lundi 29 juillet 2019

29 juillet 2019 : les parasites




C’était le mois de juillet, une canicule à incendier les pelouses.
(Kent, Peine perdue, Le Dilettante, 2019)



Pour résister à la canicule, outre maintenir les volets fermés chez soi dans la journée et faire des courants d’air la nuit, si on veut sortir, le mieux est d’aller s’enfermer dans des salles plus ou moins rafraîchies (d’où les bistrots et les supermarchés bondés) ; dans mon cas, je vais volontiers au cinéma, même quand leur climatisation est médiocre. Et j'y vais à vélo, car ainsi je fends l'air, porté par la machine...


C’est ainsi que je suis allé à l’Utopia cet après-midi pour aller voir la Palme d’or de Cannes, le film coréen Parasite. Cette métaphore sur les classes sociales – et, quoiqu’en pensent nos prétendus experts d’aujourd’hui, qui soulignent à qui mieux mieux qu’elles n’existent plus – et les luttes qu’elle mènent pour conserver leurs privilèges (la bourgeoisie capitalistique et l’élite intellectuelle, ceux qui vivent du capital financier et/ou intellectuel) ou pour les combattre (en gros, les classes populaires, et aujourd’hui ce fourre-tout appelé "gilets jaunes", ceux qui ne vivent que de leur force de travail), ces luttes donc n'existeraient pas non plus, nous remet les points sur les i. 
Un scénario impeccable : deux familles qui n’auraient jamais dû se rencontrer, et voici que les prolos au chômage, quasi sortis des Misérables de Victor Hugo, as de la débrouille pour survivre, qui n’ont que leur joie de vivre pour appui, vont s’incruster dans une richissime famille qui n’y voit que du feu. Et les voici donc chacun nanti chez les richards d’une place (le père chauffeur, la mère gouvernante, le fils répétiteur d’anglais de la grande lycéenne, la fille qui essaie de délivrer les angoisses du petit garçon par l’art-thérapie) où ils finissent par se rendre indispensables. Mais l’odeur (dans tous les sens du terme) de la pauvreté – et le mépris qui l’accompagne - ne s’annule pas si facilement. Et les plans les mieux bâtis qu’ont conçu les "parasites" se heurtent à la dure réalité. Les affreux, sales et méchants sont en fait des deux côtés de la barrière sociale : sous l’aisance et le vernis des riches se cachent la dureté et l’arrogance, tandis que sous la rouerie des pauvres se dissimulent mal les frustrations, l’envie et la colère. Bref, le jour où ça explose, ça fait mal. Le montage est sec, pas de temps mort, des acteurs excellents, que demander de plus. Le film est un succès, mérité.
Mais les parasites ne sont pas forcément ceux qu’on croit !

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