jeudi 5 février 2026

5 février 2026 : chanson du mois : Fernandel

Sagesse n'est pas sagesse lorsqu'elle est trop fière pour pleurer, trop sérieuse pour rire et trop pensive pour parler.

 (Khalil Gibran, Sable et écume, Knopf, 1926)

                     Hé oui, une fois n'est pas coutume, je vous propose une chanson drôle, parce que j'ai besoin de rire en ce moment. Ce sera Le tango corse, chanté par Fernandel, et que des chanteurs actuels, et aussi des chorales amateurs mettent aujourd'hui à leur répertoire et au goût du jour.

                    Chaque fois cette chanson m'amuse, et l'accompagnement à l'accordéon me rappelle ma jeunesse et les bals populaires de village. Ces derniers ont-ils disparu ?

 

Paroles de la chanson Le Tango Corse par Fernandel

Au bal du petit Ajaccio
On ne danse pas le mambo
Ni le bebop, ni la biguine
Mais un vrai tango d'origine

Le tango Corse, c'est un tango conditionné
Le tango Corse, c'est de la sieste organisée
On se déplace pour être sûr qu'on ne dort pas
On se prélasse, le tango Corse c'est comme ça

Quand Dominique est fatigué
De voir les autres travailler
Il se donne un peu de repos
Juste le temps d'un petit tango

Le tango Corse, c'est un tango conditionné 
Le tango Corse, c'est l'avant-goût de l'oreiller
Le Dominique se croit déjà en pyjama
C'est magnifique, le tango Corse c'est comme ça

Un jour des musiciens du nord
Ont joué trop vite et trop fort
Un vrai tango de salariés
On ne les a jamais retrouvés

Le tango Corse, c'est un tango sélectionné
Le tango Corse, pour les courageux fatigués
Chacun s'étire en même temps que l'accordéon
Et l'on soupire, le tango Corse que c'est bon

Quand à bout de forces
On va s'étendre une heure ou deux
Le tango Corse
C'est encore là qu'on le danse le mieux

 

https://www.google.com/search?client=firefox-b-e&q=fernandel+le+tango+corse#fpstate=ive&vld=cid:40c72ddc,vid:wepJP-iELR
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dimanche 1 février 2026

1er février 2026 : le poème du mois, Bernard Mazo

La seule déchirure

inguérissable

c’est le visage désespéré

de la solitude

où se consument sans fin

nos rêves calcinés

(Bernrad Mazo, Dans l’insomnie de la mémoire, Voix d’encre, 2011)

 

                    Je viens de lire le recueil de poèmes de Bernard Mazo magnifiquement illustré par des lavis de Hamid Tibouchi, et je n'ai pas pu m"empêcher de penser à Claire, qui aurait aussi beaucoup aimé ces poèmes. Je possédais ce livre depuis des années, peut-être acheté lors d'un de mes passages au Marché de la poésie de Paris, qui se tient à Saint-Sulpice chaque année en juin, ou à ma visite au Festival Voix vives de Sète où je me suis rendu à vélo en 2012 (voir mon blog du 4 août 2012) et deux autres fois dans les années suivantes.  Mais quelquefois, il vaut mieux attendre le moment propice pour ouvrir et lire un livre. Surtout quand il s'agit de poésie !  

                    Outre le petit poème en exergue, je vous soumets ce plus long poème qui m'a littéralement pris aux tripes, et en le lisant, vous excuserez cette expression triviale, mais qui exprime bien mon ressenti.         


Toi qui fus l'herbe et la source

et le feu sauvegardé

ma belle et douce sérénité

lorsque égarée parmi les ombres marines

ayant oublié de nos liens

jusqu’à l’existence même

tu seras là-bas errante sans mémoire

parmi les hauts murs de brouillard

j’irai par le labyrinthe de la nuit

comme vers un lointain passé

                            à ta rencontre

visage entre mille autres visages

je te reconnaîtrai et nous irons ensemble

vivre dans un pays plus clair


 


 

samedi 31 janvier 2026

31 janvier 2026 : Claire et Gilles

Quand ils sont les deux, chez [Claire], à table, [Gilles] ne dit pas les parents, il dit les vieux ; pour le père, il a des mots, le vieux, le fou, le malade, le taré, le maboule, l’abruti, l’autre. Il dit surtout l’autre, et il n’arrête pas, il dit quelques phrases, six ou sept, qu’elle sait par cœur.

(Marie-Hélène Lafon, Hors-champ, Seuil, 2025)

 

                    Encore un roman campagnard ! Oui, mais d’une superbe facture. Deux héros seulement, une sœur et son frère, enfants de paysans. On va les suivre pendant plusieurs décennies. Claire, la fille, réussit dans ses études et va quitter le Cantal pour vivre sa vie à Paris comme professeure de lettres. Gilles, le fils, ne réussit pas à l’école, mais il est de toute façon destiné à reprendre et tenir la ferme de ses parents, où Claire ne réapparaîtra que lors des vacances.

                    Dans ce roman qui procède par longues ellipses, on revoit le frère et la sœur tous les dix ans. On saisit le passage du temps, les destins qui diffèrent, le poids de la vie. Le terroir est la toile de fond, avec le père taiseux, dur à la tâche et violent, et la mère qui essaie de survivre dans cette ferme isolée. Les points de vue de Claire et de Gilles alternent. Claire voit bien le malheur de ce frère assigné à la ferme et qui vit mal. Elle mesure sa solitude d’homme cabossé par la vie qu’il mène et qu’il n’a pas choisie : il n’a pas les mots pour dire ce destin étriqué, sa fatigue, son isolement. Elle, a construit sa vie dans l’éloignement, elle est devenue écrivaine, et elle sent tout ça chaque fois qu’elle revient vers ses origines, et elle mesure que, si elle a su orienter son existence et est devenue hors champ, celle de son frère a été broyée, elle est devenue suffocante.

                    Le récit est sec et précis, chaque séquence est intense, tendue, les personnages forts et présentés avec une grande justesse. Un roman ? Il y a sans doute une grande part d’autobiographie qui m'a touché au fond du cœur, quand on a vécu, comme moi, une grande partie de son enfance et de sa jeunesse dans un village et parmi les paysans.