jeudi 30 avril 2026

30 avril 2026 : photos et photographies

 

Quand je pose pour un photographe, à mon malaise s’ajoute la gratitude : la photo suffira à prouver mon existence, il ne sera pas nécessaire de m’empailler.

(Amélie Nothomb, Psychopompe, Albin Michel, 2023)

 

                       J'avoue que, parmi la quinzaine de romans d'Amélie Nothomb que j'ai lus, Psychopompe est le seul dont j'ai relevé et noté plusieurs phrases. Je suis frappé, en effet, de voir les "selfies" proliférer sur les réseaux sociaux que je fréquente (en fait Facebook et WhatsApp). En fait, je ne fais moi-même pratiquement jamais de "selfies", estimant que je n’ai guère besoin de "prouver mon existence", et je ne pense pas avoir abreuver de ma bouille en photo les quelques lectrices et lecteurs de mon blog, ni dans mes rares apparitions sur Facebook ni WhatsApp

 

Groix

                Mais c'est l’usage du smartphone qui a développé cette propension à s'auto-photographier, comme je l'avais dit au dernier marchand d'appareils de photo à qui j'ai eu affaire. C'est à Venise à partir de 2011 que je me suis aperçu que la mode des "selfies" s'était aggravée avec l'usage des bâtons ou perches à selfies rétractables. Moi qui n'avais à l'époque qu'un téléphone portable ordinaire avec lequel je ne faisais jamais de photos, j'ai vu les personnes seules (ou même en duos ou trios) qui se tiraient le portrait en utilisant la fameuse perche, avec en arrière-fond le Pont des Soupirs, le Grand Canal et autres curiosités vénitiennes et envoyer ça illico pour vouloir dire : "J'y étais" ou "On y était", comme si leurs correspondants risquaient d'en douter.

Madagascar

                    Il m'est arrivé que l'une ou l'un d'entre eux, ou un couple, me passent l'appareil pour que ce soit moi qui fasse le travail. Il fallait alors m'expliquer comment cette étrange machine fonctionnait et sur quel bouton il fallait appuyer. Pendant mes voyages en cargo, j'avais pris mon appareil de photo et me suis très bien passé de smartphone. Je n'en suis pas mort. Quand j'ai acheté mon smartphone (ce n'est pas très vieux, en 2023), je me suis dit que désormais j'utiliserai cet appareil pour faire des photos. J'en ai parlé au vendeur qui m'a dit : "Attention, ça fait des photos, mais pas des photographies, rien à voir avec un bon appareil à l'ancienne. De plus, vous allez voir, c'est addictif, vous en ferez des centaines, voire des milliers, que vous regarderez une fois, ou pas".


près d'Amiens

                  Effectivement, au début, j'en ai fait pas mal : au fur et à mesure, j'éliminais celles qui étaient floues ou mal cadrées. Puis j'ai fait par n'en garder qu'une petite partie, car la plupart n'avait aucun intérêt ! Je les trouve moins belles que celles qui sortaient de mon modeste appareil de photo. Et je n'en garde pas beaucoup. D'ailleurs, j'en fais de moins en moins. Je suis toujours étonné de voir des personnes s'évertuer à vouloir me montrer leurs photos de voyages, alors que j'aime beaucoup les photographies de quelques ami(e)s que j'estime en tant que photographes. Il est vrai qu'ils/elles utilisent des appareils souvent très techniques et sophistiqués. Ils/elles font des photos à valeur esthétique ajoutée, qu'il s'agisse de paysages, de monuments, d'animaux, d'oiseaux, de portraits, etc.

Londres 

                    Finalement, pour moi, le smartphone sert finalement assez peu, en dehors de téléphoner, ce que je ne fais d'ailleurs pas beaucoup. Voilà. 

                De ces quatre photos ci-dessus, toutes de moi, une seule a été faite au smartphone, saurez-vous la reconnaître ?

 

 

 

lundi 27 avril 2026

28 avril 2026 : deux chefs d'œuvre et une surprise

Je redécouvris cette grâce inégalable qui s’appelle santé. Ce nom désigne un corps et une âme qui s’entendent bien.

(Amélie Nothomb, Psychopompe, Albin Michel, 2023)

 

https://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=306165.html
bande-annonce du film 

                    Ce week-end  s'est montré riche de surprises et j'ai bien fait de ne pas rester cloitré chez moi. J’avais appris qu'on projetait samedi au cinéma de Mérignac (où je n'avais jamais mis les pieds) L'empreinte, le documentaire qui raconte la course à pieds nus de Florent Gomet qui a suivi le cours du Danube, non seulement sans chaussures, mais aussi sans papiers, sans argent et en mangeant exclusivement cru. J'ai entendu parler de cet aventurier de la vie il y a cinq ou six ans. Je sais qu'il organise des stages, des jeûnes, des sessions d'hygiénisme. C'est un doux dingue comme je les aime. Je me suis procuré son livre La marche sans faim, 360 km de randonnée sans manger au Canada, que j'ai lu avec beaucoup d'intérêt en 2025. Cette marche de deux semaines de jeûne voulait attirer l'attention sur "les bienfaits du jeûne et les formidables capacités du corps humain que recèle chaque individu dès lors qu’il n’est pas affaibli par une hygiène de vie inadaptée". Cette marche qu'il a accomplie dans les années 2010 était le prélude à sa magnifique randonnée que nous montre L'empreinte, des sources du Danube jusqu'à la Mer noire. On y voit les difficultés de traverser l'Europe, et des pays peu accueillants (en particulier la Hongrie et la Serbie) pour un individu si différent de la moyenne. Le film, une aventure vécue hors du commun, m'a passionné et je vais m'empresser de commander le livre pour en savoir plus.  Et je n'exclus pas de m'inscrire à un de ses stages de jeûne, moi sui suis tellement horrifié par la surbouffe actuelle...

   

                    Dimanche matin, dans le cadre du Festival "Lire le cinéma", l'Utopia de Bordeaux projetait La dame de Shanghaï, le chef d’œuvre d'Orson Welles, que je n'avais vu jusqu'à présent qu'à la télé, et il y a fort longtemps. Ce fut une redécouverte où j'ai entraîné ma sœur Maryse. C'est à la fois un polar complexe et une histoire d'amour fou, où le héros (un marin baroudeur joué par le réalisateur lui-même), par amour pour une femme fatale et manipulatrice (jouée par Rita Hayworth), va se trouver piégé. Je n'en dis pas plus si vous ne l'avez pas encore vu, mais ne le ratez pas s'il repasse près de chez vous au cinéma ou si vous le voyez au programme à la télévision : chef d’œuvre absolu, dans un noir et blanc superbe et des scènes d'anthologie à couper le souffle ! 

 

                   Nous avons mangé au restaurant, et Maryse m'a laissé seul aller voir, toujours au cinéma, le retransmission en direct du Cid de Corneille, un spectacle hors les murs de la Comédie française, dans une mise en scène de Denis Podalydès. Benjamin Lavernhe joue le rôle-titre avec panache (le récit du combat contre Maures, rythmé par des roulements de tambour, est dit de façon étincelante). Mais tous les acteurs et actrices servent la pièce, que je suis content d'avoir revue. La salle de cinéma était pleine à craquer, le théâtre de la Porte Saint Martin aussi. Je ne sais pas Le Cid, avec ses alexandrins et le langage soutenu du XVIIème siècle, plaît encore aux générations actuelles... En tout cas, pour les vieux de la vieille comme moi, c'est un spectacle aux petits oignons, où j'attendais les vers archiconnus, les personnages hauts en couleur (le Comte, père de Chimène, Don Diègue, père de Rodrigue), les femmes qui se révèlent fortes dans ce monde d'hommes (Chimène, L'Infante), et les hommes, parfois au bord du ridicule (le roi par exemple), justifiant l'appellation de tragi-comédie que Corneille attribua à la pièce lors de sa publication.

                   Donc un week-end très culturel qui m'a rendu heureux ! 

 

     

 


vendredi 24 avril 2026

24 avril 2026 : Paris, nouvelle "vadrouille"

 La lune est ronde

Le bébé tend le bras

Pour l'attraper 

(Jean Annon, Poèmes pour mon fils, Autoédition, 2024) 

 

                    Me voici de retour de Paris, toujours magnifiquement reçu chez mes cousins par alliance François et Claire. Je les ai trouvés en pleine forme (du moins comme on peut l'être à notre âge), ainsi que ma condisciple Christine (id.), que je vois à chacun de mes passages dans la capitale. Le dimanche, j'étais à table avec la cousine Christiane, jeune sœur de François, et les petites-cousines, filles de Claire et François, Lily et Eve, et de leurs compagnons Youssef et Jean-Marc. Ce dernier a eu un manuscrit de roman accepté par Flammarion. Lily vient d'être reçue à l'agrégation d'histoire-géographie. Lily et Youssef sont partis ensuite faire une randonnée cycliste de Bordeaux à Sète le long du Canal latéral à la Garonne puis du Canal du Midi, Eve et Jean-Marc sont partis camper vers Arles. Je les reverrai cet été début août lors de la réunion annuelle traditionnelle de leur famille, cette fois en Normandie, dans le Calvados.

 

                    Avec Claire et François, j'ai vu un opéra, Platée, de Rameau, une pièce de théâtre, Le Testament du père Leleu, farce paysanne de Roger Martin du Gard, et deux films, Juste une illusion, des compères Nakache et Toledano, et La corde au cou, de Gus Van Sant. Autant de belles soirées. L'opéra de Rameau et la farce paysanne étaient des bouffonneries dont on est sortis le sourire aux lèvres. Le film français posait le problème d'un jeune adolescent de treize ans coincé entre les bousculades de son frère aîné, les difficultés de ses parents et le premier émoi amoureux : comment devenir grand ? Le film américain relate la façon dont le héros, victime de ce qu'il estime être une escroquerie financière de la part de sa banque, tente de se venger : il enlève un des courtiers responsables, mais comment va-t-il s'en sortir ?

 

                    Quant au Musée de la vie romantique, où m'a entrainé Christine et que je ne connaissais pas, situé à 400 mètres au sud du Moulin rouge, j'en ai vu les collections permanentes, et l'exposition en cours Face au ciel, Paul Huet en son temps. Ce peintre (1803-1869), portraitiste et paysagiste, m'a bien plu. Le Musée occupe l'Hôtel particulier Scheffer-Renan, rue Chaptal, qui fut le théâtre d'un salon littéraire, musical et artistique tenu tous les vendredis soirs, contient du mobilier d'époque, des dessins et peintures. Le peintre Ary Scheffer y recevait George Sand, Chopin, Liszt, Delacroix, et la fine fleur du mouvement romantique. On peut voir à l'extérieur un jardin d'hiver avec rocaille. J'étais tellement enchanté de la visite que je suis revenu chez mes cousins, sur la rive gauche, à pied, soit cinq bons kilomètres à travers Paris, du nord au sud. Il faisait beau, mais j'étais rompu à l'arrivée. J'oubliais que je n'étais plus si jeune ! J'en ai conclu que j'aurais bien du mal, aujourd'hui, à faire une randonnée de plusieurs jours à pied, surtout si elle comprend de la montagne... Adieu aux chemins de Compostelle !!! Je ne ferai jamais ce pèlerinage !