Il revenait
des fins fonds de l’enfer
parlait de l’indécence
de vivre heureux ici.
(Jean-Pierre Thuillat, Dans les ruines, L’Arrière-pays, 2014)
Exceptionnellement pour une fois, j'ai été invité à deux vernissages, jeudi pour une exposition artistique de peintures, dessins et céramique, et vendredi pour une exposition sur Gaza, aussi nécessaires l'une que l'autre.
Élisabeth II,
le tableau va-t-il figurer un jour à la National Gallery ?
Bertrand Larrivière présentait un certain nombre de ses tableaux, dont plusieurs portraits d’Élisabeth II, la reine d'Angleterre, dont certains sont un peu torturés, comme celui que j'ai trouvé sur son site internet. Heureusement, d'autres portraits sont plus sages. Mais visiblement, sa façon est plutôt de déceler la face de l'inhumanité qui se cache derrière l'apparence. Pourquoi pas ? Notre monde n'est pas un monde de bisounours !
Les enfants de Gaza savent qu'ils ne vivent pas dans un tel monde : et l'exposition de photo Gaza, espoirs et résilience, présentée à la Bourse du Travail de Bordeaux, le montre bien. Car c'est au milieu des décombres, des ruines, du manque d'eau, de nourriture, de soins et dans le froid en hiver ou la canicule en été, sous le bruit des avions, des drones et des bombes, que les oppresseurs leur imposent, que les survivants doivent se débrouiller. Des photos en noir et blanc réalisées de 2003 à 2013 par un photographe français (à l'époque où on pouvait encore voyager à Gaza) montrent la difficulté qu'il y avait déjà à y vivre, sont complétées par des photos en couleur, plus récentes, réalisées par un photographe palestinien. L'ensemble est oppressant.
Il se trouve que je venais de lire un livre de Marie Desplechin : Gaza, Eux c'est nous. L'autrice nous a habitués à écrire de beaux livres pour la jeunesse, remplis d'humanité et d'espoir. C'est encore le cas ici, il s'agit de faire partager la vie des enfants de Gaza aux jeunes lecteurs de France (et d'autres pays, car j'espère que ce beau texte sera traduit dans bien d'autres pays, et même - rêvons un peu - en Israël). Le récit raconte l'errance de Yacoub et Amal, respectivement grand-père et grand-mère de Rim, fillette de dix ans, et de son frère Mohamed, garçonnet de quatre ans, tous deux étant orphelins, leurs parents ayant trouvé la mort dans un bombardement. Ils cherchent à rejoindre la ville où un frère de Yacoub réside encore, peut-être.
Amaigris, épuisés, désemparés, ils marchent au milieu des décombres et des ruines, survolés par les drones, avec quelques boites de conserve pour seule nourriture, sans eau, dormant où ils peuvent, assourdis par les bombes, se confiant à la Providence... et rêvant aussi. Yacoub, le grand-père, pour distraire ses petits-enfants, leur a donné des surnoms de cherokees, et leur conte des histoires d'Indiens d'Amérique du Nord, autres peuples opprimés et exterminés. Rim ne peut plus aller à l'école, tout ou presque, écoles, infrastructures, rues, hôpitaux, immeubles, réseaux d'eau, commerces, est détruit. Alors Rim imagine un poème pour son chaleureux grand-père qui, avec ses histoires d'Indiens, tente de leur faire oublier la misère ambiante...
Bonne idée que ce livre, voulu par un collectif de 80 éditeurs jeunesse pour faire comprendre à nos enfants les horreurs de la vie à Gaza aujourd'hui. Ainsi est contrebalancé le silence assourdissant des merdias généralistes sur le martyre de Gaza, de la Cisjordanie, du Sul Liban. Et l'écriture de Marie Desplechin, simple, sans pathos, mais regardant les choses en face, réussit, avec la complicité des croquis de Serge Bloch, à expliquer clairement l'extermination en cours du peuple palestinien.
Quatre pages documentaires sur l'histoire de la Palestine complètent le récit, qu'on peut lire à haute voix en famille à ses enfants, petits-enfants et arrière-petits-enfants.



