« Aie confiance dans l'âme humaine, frère Léon, et surtout n'écoute pas les gens sages. L'âme humaine peut l'impossible. »
(Nikos Kazantzakis, Le pauvre d'Assise==, trad. Gisèle Prassinos et Pierre Fridas, Presses Pocket, 1991)
J'ai l'impression qu'à force de fréquenter des gens hors du commun, dans la vie (par exemple les vieux en EHPAD, ou ceux/celles qui ont eu affaire à la psychiatrie dans les GEM - Groupes d'Entraide Mutuelle et associations du même type, les gens qui préfèrent la précarité au salariat, les étrangers, voire les SDF, etc.), dans la littérature (cf Le pauvre d'Assise, de Nikos Kazantzakis), au cinéma (cf récemment Compostelle, Sauvage et Plus fort que moi), je me sens si bien avec eux/elles que je finis par redouter de rencontrer les gens "normaux", surtout ceux qui se prétendent tels. Et qui sont en réalité normatifs, normalisateurs, qui mettent la réalité humaine, si variée, si riche de différences, en cases, et qui sont souvent racistes, méchants, trop cadrés pour moi. Je m'efforce de ne pas trop les fréquenter, et de rester presque muet en leur présence. Tant pis pour moi, je me prive peut-être.
Aussi suis-je allé voir ces temps-ci, pour compléter mon panorama de la différence deux films dans la lignée de Compostelle. Si dans ce dernier film, le héros était un jeune dévoyé jugé irrécupérable, dans Sauvage, l'héroïne est une jeune fille complètement à part, asociale, qui préfère se retirer dans les bois, et tandis que dans Plus fort que moi, le héros dont on suit la vie depuis l'adolescence, se révèle atteint d'un mal mystérieux qui l'amène à souvent se mettre à crier ou à émettre des insanités ordurières irrépressibles.
Compostelle montrait le cheminement qui conduisait à une sorte de rédemption proche des paroles se François d'Assise dans le beau roman de Kazantzaki : on peut avoir confiance dans l'âme humaine !
Pareillement, dans Plus fort que moi, John, se trouve atteint dès ses douze ans d'un syndrome terriblement handicapant (et que même les médecins ne comprennent pas), qui va le reléguer dans une vie difficile, et qui va même disloquer sa famille : le père s'en va. La rencontre vers ses vingt ans de Dottie, la mère de son seul copain, infirmière psychiatrique, va mettre des mots sur son état de santé et va, surtout, le persuader qu'il peut s'insérer dans la société. John apprend à s'accepter et après des années de travail sur soi, à se faire accepter. Et de canard boiteux, il arrive à aider les autres atteints du même syndrome. Comme Compostelle, c'est une ode à la tolérance, un film qui nous touche profondément et, qui sait, peut être susceptible de nous faire mieux accepter les différences.
Par contre la jeune fille de Sauvage, Anja, ne trouve pas la route ni le chemin qui lui permettrait de s'adapter au monde. Ses parents vivent en communauté avec deux autres couples dans une vieille maison qu'ils ont restaurée en Ardèche. Ces néo-ruraux ont l'ambition de recréer un élevage de vers à soie. Tout se passe à peu près bien, sauf pour Anja, la fille de Sam et de Karl. La jeune fille s'isole, devient presque muette, finit par se cacher. Seule Sam, sa mère, arrive à garder un maigre contact. Ici, aucun jugement sur la vie en communauté, ni sur le fait que Sam ne juge pas sa fille et la préfère en liberté dans les bois plutôt qu'en internement dans une maison psychiatrique. Le film est dur, dérangeant même pour qu'on accepte cet amour maternel si radical. Là, c'est plus difficile d'accepter un être si différent, même si l'Ardèche est magnifique, et j'ai trouvé le film fort intéressant.



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