lundi 9 février 2026

9 février 2026 : les petites histoires de JP 2

"Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné ?" Là est la véritable preuve que le christianisme est quelque chose de divin.

(Simene Weil, La pesanteur et la grâce, Plon, 1947)

 

                    Quand j'étais enfant, j'avais peut-être six ans, ma grand-mère maternelle, qui vivait chez nous, et qu'on appelait Mamie, commença à faire notre instruction religieuse : elle nous apprit le Notre père, et commença  à haute voix la lecture de la Bible pendant les soirées de janvier 1952, pour mon frère aîné et moi, qui partagions le même lit. Elle débuta évidemment par la Genèse qui nous intrigua suffisamment pour qu'on lui posât des questions, ce qui la poussa à rééditer plusieurs fois la lecture de la création du monde jusqu'à ce que, connaissant le texte par cœur, Michel et moi, nous n'eûmes plus de questions à lui poser. Ce récit mythique nous avait fasciné suffisamment pour que, peu à peu, je réécrivais dans ma tête cette histoire à ma convenance.

                    Voici à peu près ce que j'avais élaboré.

 

Dieu et la lumière : la naissance du monde

Quand Dieu créa le monde, il fit d'abord le ciel bleu et le soleil. Mais la lumière était trop forte. Il fit ébloui et même aveuglé. c'est qu'il n'avait aucun endroit où se cacher de cette lumière éclatante. Alors il se construisit une sorte de bunker aux murs très épais où il vivait caché. Mais comme il avait oublié de faire une fenêtre, il s'est trouvé pour le coup complètement aveugle, dans un noir absolu. C'était pire que la lumière, il ne voyait plus rien.

Il fit alors une ouverture dans un mur du bunker. Et il aperçut avec satisfaction l'aube qui pointait à l'horizon. C'était son premier matin. Puis il créa les nuages, la terre où il planta des arbres, et l'ombre des feuillages apparut. La lumière du soleil n'était plus aussi forte. Puis la nuit arriva, sa première nuit, et il en profita pour sortit du bunker ; il créa la lune et les étoiles, la mer où se reflétaient les étoiles et la lune, les rivières et les fleuves, les montagnes et les plaines, les îles et les glaciers. Il ajouta sur la terre des plantes de toute sorte, puis des animaux, des insectes, des oiseaux, dans la mer et les rivières des poissons et toutes les créatures vivantes. 

Puis il se dit : "Je vais créer des êtres à ma ressemblance !", ce qu'il avait oublié de faire. C'est ainsi que les êtres humains sont apparus. Mais quand il vit que ceux-ci faisaient le mal, se lançaient dans ses guerres destructrices, il se dit : "J'ai dû rater quelque chose, ils ne me ressemblent pas du tout !" Alors il abandonna ses créatures et se réfugia dans son bunker. 

Il n'en est plus jamais ressorti ! Et c'est pour ça qu'on ne le voit pas.

Michel Ange

 

  

dimanche 8 février 2026

8 février 2026 : Charles Juliet

Quand l’estime de soi est défaillante, penser qu’autrui pourrait s’intéresser à vous et vous donner un peu d’amitié est tout bonnement impossible.

(Charles Juliet, Me meilleures années : Journal XI, Fragments, P.O.L., 2025)

 

                    Je suis un lecteur de Charles Juliet depuis longtemps. Il est, avec Michel Tournier, le seul des écrivais vivants (de mon temps) que j'ai suivis de bout en bout, côté homme, avec Annie Ernaux, Marie-Hélène Lafon ou Marguerite Duras côté femmes. J'ai toujours trouvé que ces écrivains me parlaient ou même parlaient de moi, et que je pouvais les tenir pour des amis. Une amitié littéraire en quelque sorte, bien que je ne les ai pas toujours vus en chair et en os. Mais quelquefois, des amis de ce genre sont très précieux... Car, si on a du vague-à-l'âme, ou qu'on se sent un peu déprimé ou beaucoup, il suffit d'ouvrir un de leurs livres, et on se sent revigoré. C'est d'ailleurs pareil avec les écrivains des siècles passés,  pour moi du moins. Ils ou elles me donnent du tonus !

                    C'est ainsi que je suis allé au Petit Théâtre des Chartrons fin janvier : salle pleine (40 places) pour voir un comédien nous dire avec maestria un poème de Victor Hugo, tiré de La légende des siècles intitulé La Vision de Dante. Ce long poème (durée 55 minutes) a été longuement applaudi. Je l'ai redécouvert avec un grand plaisir. J'avais lu La légende des siècles dans les années 70 avec délectation, étonnant le libraire d'Auch avec qui je causais et qui m'a dit que seuls les étudiants en lettres lisaient ce livre, par obligation.

                    Mais revenons à Charles Juliet. Il a écrit de la critique d'art, des récits et nouvelles, des poèmes, mais sa grande œuvre reste son Journal (11 volumes) et autres écrits annexes, carnets et chroniques de voyage. Là, il se montre dans toute son humanité, sa fraternité, sa grandeur, sa sensibilité, le tout contenu dans une écriture serrée, tenue, exempte de délayage, et toujours à hauteur d'homme qui parle à d'autres êtres humains, hommes et femmes : "Se transformer, c’est rejeter tout ce qui nous conditionne, tout ce qui ne vient pas de nos racines. Quand cet élagage a eu lieu, une lucidité survient, la capacité de se voir avec lucidité. Se voir sans se valoriser, sans se justifier, sans s’accabler. Ce cap une fois atteint, il se produit une mutation : le moi a disparu et a fait place au soi une autre manière d’être, de penser, de se comporter. On est alors présent à soi-même et apte à l’instant à se percevoir avec détachement, en toute circonstance", nous dit-il dans ce nouveau et dernier volume, puisque Charles Juliet nous a quittés en 2024. Il faut noter que l'ultime livre de son Journal n'a pas été préparé par l'auteur, mais par son éditeur, qui a rassemblé des fragments inédits à son décès.

                    Il nous parle des choses de la vie, notamment de la vie de couple : " Un être qui vit à vos côtés, il vous oblige à vous surveiller, à faire preuve de courage, à aller de l’avant même quand vous fléchissez, que vous cédez à vos doutes, à votre désespérance", et Dieu sait que notre auteur a eu une vie difficile, puisque retiré à sa mère tout petit. Et qu'il lui a fallu se construire. Parfois il eut l'impression de ne pas connaître "la vraie vie" [...] D’où souvent un ennui incurable, une solitude profonde, une désespérance sans recours. Quand ce douloureux tourment s’exacerbe, nombreux sont ceux qui trouvent une échappatoire ou qui s’acharnent à l’étouffer avec la boisson ou la drogue". Heureusement, il a échappé à ces addictions, car il avait l'écriture salvatrice. 

                    Il a donc été placé dans une famille d'accueil, qui tenait une ferme à la campagne. Sa mère adoptive l'a beaucoup aimé et on sait que l'amour vrai, gratuit, sauve du désespoir. Il a connu ensuite "ce clivage en chacun causé par les études qui éloignent de la famille. Avec la solitude qui en découle", ce qui me parle aussi beaucoup, moi qui ai pu poursuivre des études supérieures qui me coupaient de mon père et de mon milieu social. Ce père dont j'avais peur enfant : Charles Juliet note qu'à "l’idée que le père pourrait se rendre compte qu’il a peur de lui, l’enfant est anéanti". En lisant ces lignes, mon enfance a ressurgi, avec ses angoisses et ma difficulté d'être. Et, comme notre auteur, j'ai découvert cette chose effrayante vers 13-14 ans : "Il savait maintenant qu’il avait quitté son enfance et il comprenait qu’il était seul, qu’il était toujours seul, qu’il lui faudrait seul, qu’il lui faudrait désormais faire preuve de courage".

                    Ce que, comme Charles Juliet, et sans doute comme tout être humain, j'ai dû moi aussi me prendre en main pour avancer dans la vie qui m'attendait, et y trouver le courage nécessaire pour l'affronter. Heureusement, j'ai aussi découvert dans ces mêmes années l'amitié, la littérature, l'écriture, le vélo et l'exercice physique, l'envie de voyager, le goût de la vie et plus tard, au moins une fois dans ma vie, l'amour réciproque.

 



 

jeudi 5 février 2026

5 février 2026 : chanson du mois : Fernandel

Sagesse n'est pas sagesse lorsqu'elle est trop fière pour pleurer, trop sérieuse pour rire et trop pensive pour parler.

 (Khalil Gibran, Sable et écume, Knopf, 1926)

                     Hé oui, une fois n'est pas coutume, je vous propose une chanson drôle, parce que j'ai besoin de rire en ce moment. Ce sera Le tango corse, chanté par Fernandel, et que des chanteurs actuels, et aussi des chorales amateurs mettent aujourd'hui à leur répertoire et au goût du jour.

                    Chaque fois cette chanson m'amuse, et l'accompagnement à l'accordéon me rappelle ma jeunesse et les bals populaires de village. Ces derniers ont-ils disparu ?

 

Paroles de la chanson Le Tango Corse par Fernandel

Au bal du petit Ajaccio
On ne danse pas le mambo
Ni le bebop, ni la biguine
Mais un vrai tango d'origine

Le tango Corse, c'est un tango conditionné
Le tango Corse, c'est de la sieste organisée
On se déplace pour être sûr qu'on ne dort pas
On se prélasse, le tango Corse c'est comme ça

Quand Dominique est fatigué
De voir les autres travailler
Il se donne un peu de repos
Juste le temps d'un petit tango

Le tango Corse, c'est un tango conditionné 
Le tango Corse, c'est l'avant-goût de l'oreiller
Le Dominique se croit déjà en pyjama
C'est magnifique, le tango Corse c'est comme ça

Un jour des musiciens du nord
Ont joué trop vite et trop fort
Un vrai tango de salariés
On ne les a jamais retrouvés

Le tango Corse, c'est un tango sélectionné
Le tango Corse, pour les courageux fatigués
Chacun s'étire en même temps que l'accordéon
Et l'on soupire, le tango Corse que c'est bon

Quand à bout de forces
On va s'étendre une heure ou deux
Le tango Corse
C'est encore là qu'on le danse le mieux

 

https://www.google.com/search?client=firefox-b-e&q=fernandel+le+tango+corse#fpstate=ive&vld=cid:40c72ddc,vid:wepJP-iELR
E,st:0