Le cyclo-lecteur

Le cyclo-lecteur
Photo Juan Camilo Martinez Otálvaro (2013)

samedi 1 décembre 2018

1er décembre 2018 : les monstres ne sont pas toujours ceux qu'on croit !


Ceux qui ont appris à échanger des mots ont moins envie de s’échanger des coups.
(Régis Debray, L’obscénité démocratique, Flammarion, 2007)



Ma meilleure amie m’ayant conseillé ce film (« il va te plaire » : comme elle me connaît bien !), je me suis empressé de trouver un créneau dans mon emploi du temps surchargé et d’aller voir Yomeddine, avant qu'il ne disparaisse des écrans de Bordeaux.  
C'est un film que notre grand Victor Hugo (et tant pis pour ceux qui n'ont pas lu ou aimé Notre-Dame de Paris et L’homme qui rit, avec la création des personnages extraordinaires de Quasimodo et de Gwynplaine, et l'alliance du grotesque et du sublime) n’aurait pas renié et aurait à coup sûr apprécié. « Je suis un être humain » clame Beshay le lépreux (joué, semble-t-il, par un authentique lépreux - y a rien de pire au cinéma que ces maquillages absurdes ou ces images synthétiques -, comme on trouve aussi parmi les autres acteurs un cul-de-jatte et un nain). Ce qui renvoie à un de mes films préférés, le fameux Freaks de Todd Browning, que j’ai vu pour la première fois à Paris pendant mon année d’études à l’École Nationale Supérieure des Bibliothèques (ENSB). Et si j’ajoute que Yomeddine ne pâtit pas de la comparaison avec les romans de Hugo et avec ce grand classique du cinéma, on voit que pour moi, c’est quasiment le film de l’année, injustement oublié au palmarès du Festival de Cannes : cachez ces "monstres" que je ne saurais voir, semble nous dire le jury. 

 
Revenant de Madagascar où j’ai pu apercevoir quelques "épaves" humaines (j’appose des guillemets, car effectivement je les ai vus comme des êtres humains et non pas des monstres, mais ils sont aussi mal considérés dans ce pays très pauvres que chez nous), je n’étais donc pas dépaysé. 
Ici, nous sommes en Égypte, aux abords d’une léproserie, d’une montagne de détritus (que Beshay le lépreux trie) et d’un orphelinat. Il se fait aider par un des orphelins surnommé Obama. Beshay est marié, mais sa femme, internée dans un hospice pour malades mentaux, meurt. En fait, Beshay a été placé à la léproserie par son père quand il était petit. Il est maintenant guéri, donc non-contagieux, mais son visage et ses mains sont terriblement déformés par la maladie et l’excluent de la société ordinaire. Seule l’amitié d’Obama lui permet de ne pas sombrer dans la morosité. Avec son âne et sa charrette, Beshay se met en tête de partir retrouver sa famille d’origine, et l’orphelin nubien (donc noir, autre forme d’ostracisme ici) décide le suivre. Tous deux vont donc être confrontés à diverses attitudes de rejet, avant de découvrir que l’Égypte offre aussi des plages de solidarité entre les exclus et proscrits divers : handicapés et mendiants en particulier. Si l’on ajoute que Beshay est chrétien (copte ?), donc minoritaire dans cette société musulmane, son odyssée prend valeur d’exemplarité sur la tolérance et même sur le sens de la vie.
Je n’en raconte pas plus. J'entends déjà ceux qui vont me taxer de masochisme d'aller voir de tels films (comme ceux qui parlent de la maladie, de la vieillesse et de la mort : mais j'aime regarder la réalité en face, après tout, je suis aussi un être humain et j'aime découvrir l'humanité dans toutes ses composantes). Si donc vous n’avez pas peur de vous confronter à des personnes hors de la norme (et, au demeurant, qui sommes-nous pour en juger, de cette norme prétendue), vous finirez par trouver les héros beaux, comme dans "Freaks", où ce sont in fine les "normaux" qui nous montrent la noirceur de l’âme. Ici, c’est peut-être plus subtil : il y a du bon et du mauvais partout.



En ces temps de recul de la tolérance (vis-à-vis des migrants, de la pauvreté, des mendiants, des SDF, des chômeurs même) et de regain du racisme, le film nous offre un enseignement (je sais, ça aussi, c'est devenu un "gros mot" à bannir du vocabulaire !) salutaire qui mériterait plusieurs visions, tant le réalisateur brouille un peu les pistes : communautarisme versus universalisme par exemple. Il laisse au spectateur le choix de s’interroger et de se dire : "Qu'est-ce qu'être un être humain" ? On en sort renforcé. Courrez voir Yomeddine quand il passera par chez vous, quand on le projettera à la télé, et n'oubliez pas de découvrir Freaks, si vous n'avez jamais vu cet extraordinaire film de 1932 (rappelons que le titre français en était La monstrueuse parade !!!)  ; ces deux films nous donnent aussi une superbe leçon de vie (en particulier parce qu'ils ne prétendent pas nous asséner une "leçon" !), comme le fut, à certains égards, mon voyage à Madagascar et comme devrait l’être tout voyage, dès qu’on sort d’un cadre conventionnel.



vendredi 30 novembre 2018

30 novembre 2018 : Madagascar 5 : la meurtrissure des villes



Ou le luxe est l’effet des richesses, ou il les rend nécessaires ; il corrompt à la fois le riche et le pauvre, l’un par la possession, l’autre par la convoitise.
(Jean-Jacques Rousseau, Du Contrat social)


Tananarive : sur une colline
Et voici que, pour clôturer notre séjour, nous revenons à Antsirabé puis à Tananarive, j’allais dire vers la civilisation, en fait vers sa caricature. En effet, du fait de leur éloignement des villes, de l’argent et de la richesse, les campagnes, la brousse, les villages de paysans ou de pêcheurs me semblent ici, de par leur mode d’existence à l’écart des grandes voies de communication, du bruit et de la rumeur du monde moderne, nettement plus agréables, en dépit de l’économie de survie qui les caractérise, des problèmes de manque d’eau courante et d’électricité. Au moins chacun semble être logé, même si très modestement.

mendiante avec enfants sous le tunnel à Tana 
(tunnel irrespirable de pollution de gaz d'échappements)

Les villes, proliférantes sans plan d’ensemble, sont le cancer du pays : elles souffrent des méfaits du colonialisme ou du néo-colonialisme (on cherche à copier l’Occident) et du tourisme (on est à l’affût de l’argent à soutirer), les campagnes continuant leur petite vie traditionnelle de presque autarcie agricole ; en ville, la misère s’étale, grouille, la mendicité pullule, le logement est souvent insalubre et les problèmes d’eau et d’électricité ne manquent pas non plus, à quoi s’ajoutent les embouteillages monstres et permanents, la pollution de l’air, la mauvaise qualité de vie.

le lac Tritriva, niché dans un cratère

À Antsirabé, nous avons visité les lacs (dont un dans un cratère de volcan) atteints après une heure de trajet pour quelques km sur des pistes calamiteuses, mais aussi les artisans : fabrique de bonbons, de modèles réduits (bicyclettes, pousse-pousse, camions), de tissage pour sacs, écharpes, vêtements, de papier artisanal, d’objets en corne de zébu, de travail des pierres plus ou moins précieuses, de bijoux. Nous sommes allés nous baigner dans les baignoires des thermes d’Antsirabé. L’eau chaude d’origine volcanique jaillit, entre 45 et 48°, d’un gros tuyau directement dans la baignoire, et on l’arrête en plaçant un gros bouchon style bouchon de Champagne. Un petit robinet permet d’ajouter de l’eau froide pour ceux qui le désirent, je m'en suis passé, trop content de baigner dans l'eau très chaude. 

démonstration de fabrication d'un vélo miniature

brodeuses de nappes

aperçu d'objets en corne de zébu dans le magasin d'atelier
les Thermes d'Antsirabé
la fameuse baignoire
Et nous avons passé deux soirées dans un restaurant-cabaret. La première fois, j’ai demandé au trio de femmes de chanter des chansons de Piaf : nous avons eu droit à une belle interprétation de La vie en rose et de Je ne regrette rien. La deuxième fois, j’ai osé demander au couple de chanteurs pourquoi ils déposaient leurs smartphone sur le pupitre : c’est pour vérifier qu’ils ne se trompent pas dans les paroles. Encore un inconvénient de cet ustensile maudit : on handicape sa mémoire, plus besoin d’apprendre par cœur !

au cabaret : Marinette et Patricia

au restaurant-cabaret : ma crêpe brûlée (hélas sans sucre)

Dans la journée, pour me débarrasser de la horde de gamins hurlant "vazaha" (= étranger) et de femmes avec bébés réclamant "du riz pour manger", j’ai profité d’un petit arrêt dans un des rares supermarchés pour acheter 3 paquet d’un kg de riz, que j’ai distribués à la sortie, provoquant quasiment une émeute. Mais que faire pour ces gamins faméliques et en haillons ? Quant aux vendeurs de rue, le plus émouvant, ce fut le jeune Lanto (dont Marinette avait fait la connaissance deux ans avant et qu’elle avait surnommé "Pintade", car il vendait entre autres des pintades en pignes de pin), âgé de 25 ans (à ses dires, je lui en donnais 16, vu son apparence et sa petite taille) qu’on retrouvait tous les matins en sortant de l’hôtel, en compagnie des dames vendant des tee-shirt, des cartes brodées, des nappes, etc. et des vélos-taxis.

"Pintade" (1m60 maximum)

Le retour vers Tananarive nous prit 4 heures dans un beau paysage montagneux, avec des rizières d'un vert étincelant, et on sent que le pays est plus riche. À l’arrivée, nous mangeons au 1er étage, en terrasse au-dessus d’un carrefour où un policier s’efforce de faire avancer la circulation pléthorique à grands coups de siffler. Nous étions aux premières loges pour ressentir la pollution de l’air. Après avoir déposé nos bagages à l’hôtel, nous partons en ville. Objectif : acheter une guitare pour Jocelyn à qui Bernard l’avait promis lors de la soirée de chant sur le bateau. Les cousines de Jocelyn nous rejoignent et nous allons au magasin de musique ensemble, négocions le prix. Les cousines repartent avec et nous déambulons sur l’Avenue de l’Indépendance, admirons la gare et la mairie, au milieu d’une foule affolante, d’un regroupement auprès d’un montreur de serpents, passons devant l’Institut français, puis montons les escaliers vers la colline qui surplombe notre hôtel. 

la gare de Tananarive

la mairie
 
Le soir, repas à la Muraille de Chine, où je déguste un délicieux ravitoto (prononcé ravitoute) de porc cuisiné avec des feuilles de manioc pilé et accompagné de riz. La sauce au manioc est enchanteresse. Certains ont préféré le bol renversé, excellent aussi. En revenant à l'hôtel, nous repérons le bar karaoké où Jean-Michel veut nous emmener le lendemain soir.

parmi les merveilles culinaires, le "bol renversé"
Le dimanche, c’est le grand jour, nous allons partir à la découverte du père Pedro, ce prêtre argentin qui a aidé les miséreux à se construire des maisons en dur en créant des petites cités, trois à Tananarive et plusieurs dans le reste du pays. Il nous faut une heure pour faire les 8 km qui nous amènent au lieu de la fameuse messe : une sorte de grand hangar-stade couvert (il dira à notre intention dans sa superbe homélie : « Non, ici, on n’est pas aux normes européennes, mais aux normes de la fraternité, aux normes du partage et de l’amour... ») entouré de gradins contenant 10000 personnes. Il anime la messe en compagnie d’un groupe important de missionnaires français de passage (dont un est originaire de l’Aveyron et un autre du Gers, comme ils nous diront à la sortie) : ça se passe en malgache et en français (homélie dans les deux langues : j’ai noté aussi « Vous avez choisi d’être frères, de vivre pour le bien commun », et à l’intention des nombreux Français venant de diverses associations humanitaires : « Quand vous demandez et obtenez une augmentation de salaire, pensez à la partager avec les plus pauvres », sans oublier son adresse au gouvernement et aux sociétés d’adduction d’eau : « Nous avons besoin d’eau ici, il est admissible de voir les gens aller chercher l’eau à la fontaine publique parfois à un km de chez eux sur ces collines pentues et devoir porter des bidons de 20 litres ; on peut se passer d’électricité, il y a d’autres moyens d’avoir de la lumière, mais l’eau, c’est une nécessité, c’est la vie »), avec chants collectifs, et danse. L'évangile en action. Durée : plus de deux heures et demi, et personne ne s’ennuie ! Je suis même allé communier !!!

le père Pedro

l'homélie (adresse aux Français sur les salaires)
Le bar karaoké ponctua notre dernière soirée. J’avais annoncé aux autres que je chanterai La Dacquoise, chanson landaise que je connais depuis l’enfance. J’ai donc demandé l’autorisation de la chanter, a capella, évidemment, car elle n’existe pas en version karaoké. On a coupé la musique, un grand silence se fit, on m’a donné le micro et je me suis lancé. Les Malgaches, presque tous jeunes, très bon public et qui ont dû me trouver courageux, ont applaudi. Il pleuvait quand on est sorti et, revenus à l’hôtel, j’ai refilé mon parapluie à Jean-Michel qui voulait trouver un café avec téléviseur pour regarder un match de rugby ; Bernard l’a accompagné. Nous apprîmes le lendemain matin, jour du départ, qu’en rentrant, le parapluie à la main et chaussé de simples tongs, J.-M. avait glissé dans les escaliers qui descendent de la colline, était tombé, heureusement sans grosses conséquences, déclenchant l’hilarité de deux prostituées au bas des marches !

des crocos à perte de vue
un toucan dans le même zoo
Il ne nous restait plus qu’à reprendre l’avion le soir du lendemain. Nous profitâmes de la journée pour visiter le parc zoologique des crocodile ; adieu, Mada...

le jacaranda aux fleurs bleues


jeudi 29 novembre 2018

29 novembre 2018 : Madagascar 4 : montagne, brousse, désert et mer


l’idéologie du bonheur exige une croissance de consommation de bien-être en établissant le terrain favorable pour l’éclosion de nouveaux besoins.
(Jacques Ellul, Métamorphose du bourgeois, Calmann-Lévy, 1967)


une rizière le long non loin d'une piste

Nous sommes bien logés à l’hôtel Orchidée de Bekopaka, où nous retrouvons bien des personnes avec qui j’avais noué des liens pendant le convoi, Notamment les Taïwanais, les gens du Nord, les Lithuaniens et les Belges. Au dîner, se fête l’anniversaire d’une des Lithuaniennes, je vais l’embrasser. Le lendemain, on se lève tôt pour aller aux Tsingy de Bemaraha.

les Tsingy vus de notre perchoir

au loin, sur un autre "perchoir", un autre groupe
Les Tsingy, à une heure de piste, sont une formation rocheuse de type karstique constituée de pitons calcaires. Ici, c’est devenu un parc national, ce qui a permis de sauver la faune et la flore locales et de filtrer l’afflux de touristes. Le guide, très sympathique, nous harnache d’un baudrier et de mousquetons, car nous allons suivre un circuit balisé mais assez contraignant, avec passages difficiles le long de parois abruptes, sur une passerelle de planches soutenu par des cordes, et dans des grottes où il faut presque ramper…
un arbre arrive à pousser dans le chaos karstique

notre guide surveille les arrivants

la passerelle au-dessus du vide : le grand frisson

 
Des arbres et des fleurs (euphorbes) poussent miraculeusement au milieu de cet entrelacs de pierrailles et de ce relief étonnant où pointent quasiment des flèches de cathédrales naturelles. On fait une pause sur un des sommets. En repartant, on traverse un bout de forêt presque intacte (rare à Madagascar) où vivent lémuriens, serpents (inoffensifs) et oiseaux.

un lémurien dans les arbres aux abords des tsingy

des fleurs aussi contre la muraille

 Au retour, on mange dans une gargote malgache où les fruits se révèlent excellents. Et à l’hôtel, nous retrouvons Marinette, qui a renoncé à l’expédition, comme moi-même j’avais pensé le faire, tellement j’étais fatigué hier au soir. Mais je ne regrette pas d’avoir fait un peu d’escalade à presque 73 ans, sous une chaleur qui nous a liquéfiés. Lavage de linge et douche furent bienvenus.

la petite gargote
Et le lendemain, descente vers le sud par la piste qui conduit à Belo sur Tsiribihine : on aperçoit des baobabs, des termitières, quelques villages, des brûlis. En approchant de Belo, nous croisons quelques charrettes attelées à des zébus et transportant êtres humains et marchandises. Après manger, nous traversons le fleuve sur un bac : 40 minutes de navigation, car l’autre embarcadère côté sud est bien plus à l’est. Descente sur le bac et sortie du bac sont spectaculaires.

notre 4/4 avec un as pour chauffeur
Au bout d’une nouvelle heure de piste, nous débarquons au Lodge de la Saline, bel éco-hôtel au bord de marais salants, de lagunes, de mangrove. Un guide de l’hôtel nous conduit vers 19 h dans la forêt proche à la recherche des microcèbes (petits lémuriens nocturnes ne dépassant pas 60 gr) ; nos lampes frontales découvre leurs yeux rouges brillant sur les branches des arbres voisins. Le guide nous montre aussi un gros caméléon endormi.

le guide-animalier et ses lémuriens
au bord de la piste, des tombeaux

Le lendemain matin, alors que je préparais mon bagage, un lémurien téméraire est entré dans ma chambre, très familièrement. Nous repartons vers le sud, arrêt dans la parc national de Kirindy, où nous voyons des oiseaux (huppe fasciée, perroquet, tourterelle à à masque de fer…) et des arbres superbes (aroufy, ébène, palissandre, baobab). Un peu plus loin, nous passons devant le baobab sacré. Arrêt un peu plus loin dans la forêt à un restaurant-paillotte où nous retrouvons nos Taïwanais (l’un d’eux est un vrai globe-trotter, il est allé dans plus de 90 pays !). Puis nous arrivons à la fameuse Allée des Baobabs de Morondava, où le spectacle du coucher de soleil est grandiose.

le baobab sacré

l'allée des baobabs vers 17 h

autre aperçu avec des humains à côté

le fruit du baobab, on mange la pulpe, on en fait du jus
            et tout près, gamins et jeunes jouent au foot à leur manière
À Morondova, hôtel Coco Beach, où nous donnons notre linge à laver pour un prix dérisoire (j’ai ajouté un bon pourboire, car on payé le lavage au patron de l’hôtel et qui sait ce qu’a reçu la femme de ménage ?). Surprise au réveil le lendemain matin : Valérien, 29 ans, que Marinette a connu dix ans auparavant, nous rejoint. Il nous propose d’aller sous sa houlette en pirogue à balancier au village de pêcheurs voisin, car il faut traverser un bras de mer. Au moment d’entrer dans la pirogue, alors que nous avons les pieds dans l’eau jusqu’à mi-mollet, je ne lève pas les pieds assez haut et retombe en arrière dans l’eau. Plus de peur que de mal, l’appareil photo que j’avais à mon cou n’est pas mouillé et le sac à peine, car j’ai eu le réflexe de me redresser avant d’être complètement tombé.

nous occupions deux pirogues à balancier 
voici celle du groupe Jean-Michel
Longue balade au village où l’on voit la fabrication de boutres et de pirogues, de balanciers. Maisons traditionnelles en torchis et toit de chaume. Au retour, c’est Bernard qui se casse la figure, heureusement retenu par les autres avant d’être trop mouillé.

un enclos à cochons au village des pêcheurs

une pirogue en construction
en pantalon crème, Valérien

Retour à l’hôtel, construit en bord de mer, et menacé par l’érosion des grandes marées et des tempêtes qui y sont liées. Le propriétaire est un musulman d’origine indo-pakistanaise, on les appelle ici "karana" (prononcé karane, car le a final est élidé). Il parle très bien le français, ce qui est loin d’être généralisé dans cette partie ouest trop éloignée de la capitale.

le Coco beach
Puis on se promène en ville, où nous remarquons deux mosquées imposantes, un marché développé (achat de poivre noir, de curcuma et de miel de baobab). Bon repas du soir au Corail. Et le lendemain, départ vers Bélo-sur-mer. Presque 4 heures pour parcourir les 90 km de pistes, avec traversées de marigots, de zones maritimes salées, dans un paysage de plus en plus proche du désert : végétation rare et rabougrie, cactus et autres plantes épineuses… quelques péages à chaque entrée de village (l’argent n’arrive guère ici, c’est le moyen pour les paysans d’en récupérer un peu).

une mosquée

la piste et la végétation en voie de désertification
À Bélo-sur-Mer, logement à l’hôtel le Dauphin, dans des petits chalets individuels (patron français). Mes voisins sont un couple italo-allemend, elle parle bien français, lui seulement anglais. Douche d’eau froide. Cadre superbe pour une semaine de farniente, repas succulents. Baignade dans le bras de mer juste devant. Derrière un cordon littoral avec quelques cabanes de pêcheurs.

mon chalet

pirogue à balancier

le flamboyant superbe

dans l'expo, fragment de mâchoire d'une baleine échouée l'an passé
Au matin, je discute avec un Croate, ancien légionnaire, qui est avec une jeune Malgache. Je découvre la confiture de jujubes. Visite au chantier de boutres, du village où trône un superbe flamboyant, puis de l’exposition sur la région, ses habitants, la faune et la flore, le corail… L’après-midi, baignade dans la mer au-delà du cordon littoral. Des petites filles me proposaient de très beaux coquillages, mais je n’avais pas d’argent sur moi ! Le soir, langoustes énormes au dîner.

au bistrot du village, le chat fait sa toilette

le marais salant sous le soleil écrasant
le sel, mis en sac, transite par bateau ou camions
Puis, après un arrêt au marais salant, retour à Morondava avec nos deux 4/4 et nos chauffeurs. Changement d’hôtel, balade en ville en pousse-pousse, dîner de nouveau au Corail où Valérien nous a rejoints. Sortie sous la pluie : des vélos-taxis nous ramènent, Patricia offre sa lampe frontale à son conducteur, constatant qu’il n’avait pas de lumière, je fais de même avec le nôtre…

femme avec masque protecteur (cliché M. Vidal)
Au départ, le lendemain matin, Valérien nous présente Anne-Marie, sa fiancée. Et nous quittons les 4/4 pour rejoindre Antsirabé, via Miandrivazao : près de 8 heures de routes souvent défoncées. Nous y retrouvons l’hôtel Le Retrait, où nous arrivons après un orage superbe. Désormais, il pleuvra tous les jours en fin d'après-midi et début de soirée.

village en bord de piste (cliché M. Vidal)
Fin de la cambrousse et des villages ou petites villes.