mercredi 14 octobre 2026

14 octobre 2026 : Écrire la vie

Pour rendre compte d'une vie soumise à la nécessité, je n'ai pas le droit de prendre d'abord le parti de l'art, ni de chercher à faire quelque chose de « passionnant », ou « d'émouvant ».

(Annie Ernaux, La place, Gallimard,  1983)

 

                    J'ai aimé Annie Ernaux dès que j'ai commencé à la lire, j'ai tout lu d'elle au fur et à mesure des parutions (n'en déplaise au libraire de Poitiers qui me disait : "Vous aimez Annie Ernaux, vous êtes le seul de mes clients hommes !") ; elle aura une place d'honneur dans mon futur livre sur las écrivaines que j'ai commencé à rédiger, et j'ai été très heureux quand elle a obtenu en 2022 le prix Nobel de littérature. On commence à tirer des films de son œuvre, et Claire Simon a eu l'idée de faire un documentaire sur de grands lycéennes et lycéens et leurs profs qui ont lu certains de ses livres et y ont travaillé dessus, quand elle a été mise au programme du bac français en 2002-2023. Le film s'appelle Écrire la vie, comme le recueil des œuvres principales d'Annie paru en 2011 dans la collection Quarto..

                    Évidemment, pour moi qui aime Annie Eranaux, c'est un enchantement de vois dans différents lycées de France et d'Outre-mer, des ados entre 16 et 18 ans s'emparer de différents livres et en faire une lecture non pas savante mais personnelle, trouver chez elle, qui pourrait être leur grand-mère, quelque chose qui les touche... Bien sûr, les filles parlent plus facilement que les garçons. Car l'auteure est une femme, qui a dû se battre pour devenir une vraie femme, divorcer, décider par elle-même. Son écriture en a troublé plus d'un et plus d'une. Ses thématiques ont parfois choqué : elle parle d'avortement (L'événement), de viol (Mémoire de fille), d'un amour physique très cru (Passion simple). Le tout dans une écriture "plate", "neutre", factuelle, qui colle de près à la réalité et ne cherche pas à l'enjoliver.

                    Outre les trois titres précités, sont revenus assez souvent dans les discussions les deux récits consacrés à son père (La place), sa mère (Une femme) et l'essai portant sur les années 40 aux années 2000 : Les années. Ce qui a permis à ces jeunes lecteurs et lectrices de se situer dans une période qu'ils et elles n'ont pas vécu puisque la plupart sont nés principalement dans la décennie 2010. Et cet essai leur a permis de mieux saisir la formation d'écrivaine d'Annie Ernaux, douée d'un grand sens de l'observation. Ni son père ni sa mère ne sont idéalisés, mais ni l'un ni l'autre ne sont descendus en flammes non plus. La réalité toute nue, ce qui a bien plu à ces jeunes gens de découvrir toute une époque, si éloignée d'aujourd'hui et pourtant si proche.


                    Nous étions quelques spectateurs seulement et, bien qu'on soit mercredi, aucun lycéen, aucune lycéenne. Il est vrai qu'avec les manifestations, tous et toutes avaient d'autres chats à fouetter !

 

mercredi 7 octobre 2026

7 ocobre 2026 : pluies !

La manifestation n’était pas autorisée, et après ? Nous ne voulions pas ouvrir une exploitation commerciale, pour avoir besoin de leur licence. Il s’agissait de manifester, un point c’est tout. Un droit intraitable.

(Erri De Luca, Le contraire de un, trad. Danièle Valin, Gallimard, 2004)

 

                      La pluie a débarqué hier, sans prévenir, sans causer d'inondations non plus, mais me faisant immédiatement regretter le soleil, car j'étais sur ma monture (le vélo), et j'ai juste eu le temps de me mettre sous un arbre, ce qui m'a quelque peu protégé... Comme il y a à peine une semaine, ça m'aurait un peu préservé de la chaleur. Mais bon Dieu, que c'est désagréable de rouler sous la pluie ! Évidemment, je n'avais pas pris mes vêtements de pluie (cape et pantalon couvrants), comme j'étais parti sous un ciel hyper bleu. Ce qui est amusant, c'est le dernier roman que j'ai lu : c'est Maigret au Picrat's, de Simenon, et il pleut tout le temps !!! 

 

                    La manif des lycéens qui, ici, partait à 11 h, était finie. Je n'ai pas senti l'odeur des gaz lacrymos que la police utilise à gogo. Le journal local a montré le cours Victor Hugo enfumé devant le Lycée Montaigne. L'autre jour, les motards coursant les lycéens sont passés à toute allure à 50 cm de moi devant le Centre commercial sur les chemins réservés aux piétons ; je n'ai eu que le temps de pousser la dame avec poussette contre le grillage et de m'y plaquer à côté d'elle pour les éviter. Vous croyez qu'ils auraient ralenti ? Non, ils faisaient du rodéo avec leurs grosses machines, comme les jeunes du quartier certains soirs. Mais là, on n'a rien à dire, ils font soi-disant régner l'ordre. J'ai apprécié d'avoir encore des réflexes.

                    Ils ont donc manifesté sous le soleil. Probablement dans la gaieté. Mais je les ai pas vus. Le mardi précédent, j'avais participé à la manif pour la défense des services publics (pompiers, hôpitaux, enseignants, etc., il y avait même des représentants d'un syndicat de policiers !). Peut-être que certains policiers n'aiment pas trop ce qu'on leur faire faire. Quant aux fauteurs de trouble et casseurs, je me demande parfois s'ils ne sont pas stipendiés par le pouvoir pour déconsidérer toute contestation. Pour avoir beaucoup lu Louise Michel, dans les manifs du XIXème siècle, il y avait dans les manifestations des provocateurs qui poussaient la police à intervenir manu militari pour arrêter les meneurs (dont mon héroïne qui était toujours en première ligne), mais jamais les casseurs de l'époque. Relire l'épisode de la barricade dans Les misérables de Victor Hugo.

                    Évidemment, les médias (presque tous détenus par des milliardaires) s'en donnent à cœur-joie. Plus il y a de casse, plus ils peuvent vomir leur bile sur les rares partis qui approuvent les lycéens. Plus la réaction va se profiler, et plus c'est bon pour un bon score de la droite aux prochaines élections. Rappelons-nous les résultats après mai 68 : un raz-de-marée, il me semble qu'on les a appelées les élections de la peur. C'est même tout bon pour l'extrême droite, ça, Coco ! Jean-Luc, t'as du souci à te faire. Déjà on vomit de partout sur ton parti ! Marine, le boulevard va être grand ouvert, on oubliera tes problèmes juridiques, tu seras aussi pure et vierge que Jeanne d'Arc ! 

 

dimanche 4 octobre 2026

4 octobre 2026 : la chanson du mois : Mamy blue

 Au malheur ne jamais donner toute la place

(Sopjie Fontanel, Capitale de la douceur, Seghers, 2023)

 

                    Comme chanson du mois, j'ai choisi celle qui sert d'accompagnement au générique d'un film français récent que j'ai beaucoup aimé et qui se passe à la campagne en Bretagne : Un grand raccourci. Mamy blue fut un gros succès de Nicoletta en 1971. C'est une chanson sur le deuil, assez rafraichissante.

 

 Mamy blue

{Refrain:} 

Oh Mamy! Oh Mamy, Mamy blue
Oh Mamy blue! {2x}
Où es-tu, où es-tu Mamy blue?
Oh Mamy blue! 

Je suis partie un soir d’été
Sans dire un mot, sans t’embrasser
Sans un regard sur le passé

Dès que j’ai franchi la frontière
Le vent soufflait plus fort qu’hier
Quand j’étais près de toi ma mère

{au Refrain}

Et aujourd’hui je te reviens
Oui, j’ai refait tout le chemin
Qui m’avait entraînée si loin

Tu n’es plus là pour me sourire
Me réchauffer, me recueillir
Et je n’ai plus qu’à repartir
{au Refrain}

La maison a fermé ses yeux
Le chat et les chiens sont très vieux
Et ils viennent me dire adieu

Je ne reviendrai plus jamais
Dans ce village que j’aimais
Où tu reposes  à tout jamais désormais

Oh Mamy! Oh Mamy blue!
Oh Mamy blue!


Pour écouter : 

par Nicoletta : https://www.youtube.com/watch?v=w5F30WeqUWc

par Dalida (en italien) : 

https://www.youtube.com/watch?v=gTMJtuAHtes&list=RDgTMJtuAHtes&start_radio=1