lundi 16 mars 2026

16 mars 2026 : la chanson du mois : Jacques Brel

En attendant, à vous autres, mes amis de l'ici-bas, face à ce qui m'arrive, je prends la liberté, moi qui ne suis qu'un histrion, qu'un batteur de planches, qu'un comédien qui fait du rêve avec du vent, je prends la liberté de vous écrire pour vous dire ce à quoi je pense aujourd'hui : Je pense de toutes mes forces qu'il faut s'aimer à tort et à travers.

Julos - nuit du 2 au 3 février 1975 - Ecrit après l’assassinat de sa femme par leur jardinier. (Texte dit par Claude Nougaro dans son album "Femmes et famines")

 

                     Après le poème, la chanson du mois, en espérant que je ne l'ai pas encore postée. Il se trouve que je suis allé voir et écouter diamanche aprèm le spectacle poétique Ballotté par les flots au Petit théâtre des Chartrons de Bordeaux. Le concepteur et acteur Henri Bonnethon réussit la gageure de raconter une histoire entremêlé de poèmes (Rimbaud, Apollinaire,Cocteau, Prévert, Verlaine, Ronsard, Rutebeuf, Christine de Pisan, Baudelaire) et de chansons dont le texte est dit mais pas toujours chanté (Trénet, Montand, Brel, Ferré) : ce Tourbillon poétique, sous-titre du spectacle, est tour à tour nostalgique, marrant, mélancolique et tout à fait réussi dans tous ces registres.

                Parmi les chansons choisies, figurait la chanson de Brel qui suit. Je me rappelle encore le Noël 1970, où j'avais intégré cette chanson dans notre spectacle familial ; je chantais Les bonbons et jouais avec une de mes jeunes sœurs dans le rôle de la femme aimée par le narrateur. Ma grand-mère (âgée de 75 ans) avait tellement ri qu'il avait fallu l'emmener rapidement aux toilettes pour aller faire pipi;   

 

                     LES BONBONS

 

J’vous ai apporté des bonbons
Parce que les fleurs, c’est périssable
Puis les bonbons, c’est tellement bon
Bien qu’les fleurs soyent plus présentables
Surtout quand elles sont en boutons
Mais j’vous ai apporté des bonbons

J’espère qu’on pourra se promener
Que madame vot’mère ne dira rien
On ira voir passer les trains
À huit heures, moi, je vous ramènerai
Quel beau dimanche, allez, pour la saison
J’vous ai apporté des bonbons

Si vous saviez c’que je suis fier
De vous voir pendue à mon bras

Les gens me regardent de travers
Y en a même qui rient derrière moi
Le monde est plein de polissons
J’vous ai apporté des bonbons

Oh, oui, Germaine est moins bien qu’vous
Oh, oui, Germaine, elle est moins belle
C’est vrai qu’Germaine a des ch’veux roux
C’est vrai qu’Germaine elle est cruelle
Ça, vous avez mille fois raison
J’vous ai apporté des bonbons

Et nous voilà sur la grand’place
Sur le kiosque on joue Mozart
Mais dites-moi qu’c’est par hasard
Qu’il y a là votre ami Léon
Si vous voulez que je cède la place
J’avais apporté des bonbon
s  


 Pour l'écouter : https://www.youtube.com/watch?v=PgYGt2-p3gA

dimanche 15 mars 2026

15 mars 2026 : les petites histoires de JP : 3

Je n’ai jamais pensé à regarder les prévisions météo, quand j’entends le jingle qui les annonce je change de chaîne. Pas par aversion, mais parce que cela ne m’intéresse pas. Quand il y a du soleil, je suis content. Quand il pleut, il pleut. 

(Francesco Piccolo, Petits moments de bonheur volés, tard. Anaïs Bokobza, Denoël, 2014)

 

                     J'ai encore laissé quelque part un de mes nombreux parapluies. Il était censé être dans mon petit sac à dos jaune que je mets quand je pars à vélo, car vu le temps pluvieux, je ne sais jamais si je vais rentrer sans pluie. Eh bien, il n'y était pas avant-hier alors que la pluie menaçait. J'en ai un dans ma sacoche, un dans mon caddie de courses, un dans mon sac à dos de gym ou de kiné, un bien sûr dans mon sac à dos de voyage. Tous des parapluies pliants.les grands parapluies sont à la maison et me servent quad je vais faire une sortie à pied. Alors j'ai pensé que mon parapluie perdu devait être quelque part, et qu'il se plaignait de son propriétaire négligent.

 


 Le parapluie qui grogne

 

 Cette fois-ci, il m’a réellement oublié.

J’ai langui dans la salle de bains où il m'a déposé dans la baignoire pour me faire sécher. Puis il n'a plus pensé à moi.

Impossible de sortir tout seul et de rejoindre les autres parapluies pendus au mur du cellier et de jouer avec eux.

Car ce monstre, comme il ne sait plus trop ce qu'il fait, il n'arrête pas d'oublier un de ses parapluies et, à chaque fois, il en achète un nouveau, car les autres parapluies, s'ils sont pliables, sont dans leur sac attitré et, s'ils ne sont pas pliables, ils sont accrochés au mur au cellier et dissimulés sous des pulls, des blousons, des impers, des k-ways ou des écharpes…

Mon maître est bon pour l’EHPAD : je crois qu’il a Alzheimer ou quelque chose comme ça, et que je suis bon pour pourrir dans cette baignoire qu'il n'utilise jamais. Il préfère la douche du cabinet de toilette.

Jusqu’à ce qu’un ou une invitée prenne un bain. Mais ça n’arrive que rarement.

Car beaucoup de ses amis sont morts. Ou vieux ou vieilles. Et quand il leur téléphone pour les inviter à venir, le temps qu’ils répondent, il ne sait plus pourquoi il leur a téléphoné.

Je vous le dis, mon maître est bon pour l’EHPAD, et moi, quand il y aura déménagé, on me transférera à la déchetterie, car sa famille me découvrira enfin ! 


                    Finalement, je t'ai retrouvé dans la baignoire où je t'avais mis à sécher. Mais ça m'a quand même fait plaisir que tu te plaignes. C'est que tu tiens à moi ! 

 

samedi 14 mars 2026

14 mars 2026 : le poème du mois, Verlaine

 

Ainsi l’amour s’en va rongé par la douleur

(Grisélidis Réal, Chair vive : poésies complètes, Seghers, 2022)

 

                 Me voici revenu de ma vadrouille dans le sud-est fin février : Lamalou-les-Bains, où j'ai vu ma sœur Monique, son mari, et ses animaux domestiques, puis Pézenas, où Monique m'a accompagné pendant deux jours au Festival de cinéma consacré cette année à la Grèce. J'avais loué un très beau gîte dans le centre ancien. J'ai continué seul le festival pendant deux jours, puis j'ai passé une journée à Montpellier avant de filer vers Lyon pour voir mon ami Jean. Puis retour à Bordeaux, le tout en train. Tout s'est bien passé, j'ai bénéficié d'un beau temps remarquable après un mois et demi très pluvieux, qui m'a rappelé les trois hivers bordelais de ma jeunesse étudiante ; j'en avais conclu et dit à mes parents : "je ne travaillerai jamais à Bordeaux, il pleut tout le temps !" Et j'ai, ma foi, tenu parole.


la jolie fenêtre d'une chambre du gîte vue du petit balcon 

                Le blog est resté en jachère depuis. J'étais très pris par mes activités de bénévolat et associatives, et aussi par les élections municipales ; inscrit sur une liste d'extrême gauche (aucune chance d'être élu, rassurez-vous tout de suite), ça m'a permis de faire campagne, réunions publiques tout les vendredis soirs, tractage de flyers dans les boites aux lettres du quartier. C'était nouveau pour moi et assez sympa ! Et aujourd'hui, je suis allé à la manif contre le racisme où j’ai retrouvé copains et copines de mon groupe de vote associés à la Cimade, à la Ligue des droits de l'homme, à Amnesty international, à d'autres associations, au NPA, à la CGT, à des féministes, enfin que du beau monde. Et du beau temps !!!

                Comme poème du mois, je vous propose ce sonnet de Verlaine... 

 

                            Nevermore


Souvenir, souvenir, que me veux-tu ? L’automne
Faisait voler la grive à travers l’air atone,
Et le soleil dardait un rayon monotone
Sur le bois jaunissant où la bise détone.


Nous étions seul à seule et marchions en rêvant,
Elle et moi, les cheveux et la pensée au vent.
Soudain, tournant vers moi son regard émouvant :
« Quel fut ton plus beau jour ? » fit sa voix d’or vivant,


Sa voix douce et sonore, au frais timbre angélique.
Un sourire discret lui donna la réplique,
Et je baisai sa main blanche, dévotement.


– Ah ! les premières fleurs, qu’elles sont parfumées !
Et qu’il bruit avec un murmure charmant
Le premier oui qui sort de lèvres bien-aimées !