mercredi 19 août 2026

19 août 2026 : L'humanitude

Angéline avait trois secrets : elle savait ce qu’elle voulait, elle avait compris ce qui était possible (c’est-à-dire que qui ne l’est pas) et aussi ce qui se fait avec profit. Cela faisait beaucoup de sagesse.
(Alice Ferney, Grâce et dénuement, Actes sud, 1997)

 

                    Il y a des jours comme ça, où on commence à lire un livre et où on se dit : "je vais prendre le temps, je sens que ce qui est écrit me touche profondément, je vais savourer, je vais m'en mettre plein la tête, inutile de me presser !" Surtout quand le livre n'est pas très long. C'est ainsi que j'ai mis huit jours pour lire le roman d'Alice Ferney, Grâce et dénuement. Certes, ce n'est pas un roman d'action ou, si action il y a, elle este toute intérieure. C'est la rencontre entre deux mondes, celui d'Esther, bibliothécaire, trois enfants, mariée à un architecte, et d'un campement de gitans installés illégalement sur le terrain vague d'une veille institutrice en retraite qui ne souhaite pas porter plainte pour qu'ils soient expulsés de la commune. 

              La famille gitane comprend la grand-mère, Angéline, ses cinq fils, leurs familles et les petits-enfants. Tous vivent difficilement, sans eau, sans électricité, sans chauffage, dans des caravanes délabrées, mangent peu, mais ils sont libres. Les hommes vivent en vendant de la ferraille, mais aussi de menus larcins. La bibliothécaire débarque un jour, apporte des livres pour enfants et attire les enfants (c'est pour eux la fête à chaque fois) par des lectures d'histoires à haute voix. Elle revient toutes les semaines. Peu à peu, elle apprivoise ses auditeurs (et c'est réciproque) et bientôt parle aussi avec la grand-mère et les femmes, à qui il arrive aussi d'écouter de temps en temps. Elle pousse l'aînée des petites-filles à se faire inscrire à l'école du village, comme ils y auraient tous droit. 

              Mais l'institutrice meurt, les héritiers cherchent à faire expulser les gitans (et la mairie va s'y employer) pour pouvoir vendre et se partager l'héritage. Angéline meurt à son tour, philosophiquement : "On est comme les animaux, dit-elle, si on fait attention, on peut sentir quand c’est le moment de partir". Et la famille doit partir, chassée par les forces de l'ordre. Esther va essayer de continuer à les voir, et de se battre contre leur misère, leur analphabétisme, car elle a aimé la chaleur humaine qui sourdait de ce groupe un peu brut, voire brutal, mais qui, au fil des jours, se révélait si attachant.

 

                Je n'avais jamais lu de romans de cette autrice, mais celui-ci, un peu touffu, mérite qu'on s'y attarde pour peu qu'on soit adepte d'aimer l'humanité dans toute sa diversité : les enfants, les vieux, les femmes, les hommes, même s'ils sont très différents de nous, par l'âge, les mœurs, la religion, les handicaps, les activités, les caractères, etc... C'est à quoi je m'emploie tous les jours, appliquant à la lettre les derniers mots de Claire : "Tu continueras à faire ce qu'on a toujours fait : aimer les autres, les secourir si besoin est, donner de ton savoir-être, de ton savoir-faire et de ta bienveillance, et ce sera comme si je t'accompagnais encore et toujours", une charte d'humanitude, en quelque sorte. 


lundi 17 août 2026

17 août 2026 : le poème du mois, Victor Hugo

Parfois en voyage, je me laisse en arrière.

Je ne suis pas sûr à qui m’en tenir,

je me cours après pour ne pas me manquer,

je vis mon écho et pourtant je m’effraie

quand je me quitte à l’improviste, disparais à la fin.

(Peter Härtling, in Odeur de feu : 17 poètes d’Allemagne, trad. Rüdiger Fischer, En forêt, 2008)

 

                    Ce qui m'a le plus frappé dans ces vacances en Normandie puis dans le Sud-est, fut sans doute, comme Peter Härtling, cette impression de me quitter, de ne pas voir ce que j'espérais, car la canicule qui sévissait partout nous laissait en arrière, nous vaguions dans des paysages invraisemblables, des prairies sans herbe et sans vaches. Il est vrai qu'on m'a appris là-bas que ces vaches invisibles sont désormais sans cornes ! Imagine-t-on des éléphants sans trompe, des girafes (ou des hérons) sans long cou, des zèbres (ou des tigres) sans rayures ? Vive les bêtes sauvages qui, pour l'instant, sont encore vraies, peu corrompues par notre prétendue civilisation et qui nous donnent envie de redevenir barbares et de leur ressembler.

                    Aussi, comme poème de ce mois, j'ai choisi La vache, poème peu connu de Vuctor Hugo. L'âne, long poème philosophique, était trop long.



Il faut aller vers les vaches exotiques pour trouver encore 

ces longues cornes qui nous fascinaient enfant 


  

                     La vache

Devant la blanche ferme où parfois vers midi
Un vieillard vient s’asseoir sur le seuil attiédi,
Où cent poules gaîment mêlent leurs crêtes rouges,
Où, gardiens du sommeil, les dogues dans leurs bouges
Écoutent les chansons du gardien du réveil,
Du beau coq vernissé qui reluit au soleil,
Une vache était là, tout à l’heure arrêtée.
Superbe, énorme, rousse et de blanc tachetée,
Douce comme une biche avec ses jeunes faons,
Elle avait sous le ventre un beau groupe d’enfants,
D’enfants aux dents de marbre, aux cheveux en broussailles
Frais, et plus charbonnés que de vieilles murailles,
Qui, bruyants, tous ensemble, à grands cris appelant
D’autres qui, tout petits, se hâtaient en tremblant,
Dérobant sans pitié quelque laitière absente,
Sous leur bouche joyeuse et peut-être blessante
Et sous leurs doigts pressant le lait pas mille trous,
Tiraient le pis fécond de la mère au poil roux.
Elle, bonne et puissante et de son trésor pleine,
Sous leurs mains par moments faisant frémir à peine
Son beau flanc plus ombré qu’un flanc de léopard,
Distraite, regardait vaguement quelque part.

Ainsi, Nature ! abri de toute créature !
O mère universelle ! indulgente Nature !
Ainsi, tous à la fois, mystiques et charnels,
Cherchant l’ombre et le lait sous tes flancs éternels,
Nous sommes là, savants, poètes, pêle-mêle,
Pendus de toutes parts à ta forte mamelle !
Et tandis qu’affamés, avec des cris vainqueurs,
A tes sources sans fin désaltérant nos cœurs,
Pour en faire plus tard notre sang et nos âme,
Nous aspirons à flots ta lumière et ta flamme,
Les feuillages, les monts, les prés verts, le ciel bleu,
Toi, sans te déranger, tu rêves à ton Dieu !


Victor Hugo, Les voix intérieures, 1837

 


 

dimanche 16 août 2026

16 août 2026 : la chanson du mois, y a d'la joie (Les Goguettes)

Si nous ne faisons rien, au moment où nait un souhait, peut-être qu'au bout du compte il disparaîtra avec nos sentiments.

(Michiko Aoyama, Un jeudi saveur chocolat, trad. Alice Hureau, J'ai lu, 2023) 

 

                    Me voici rentré de mes vacances qui m'ont mené en Normandie (où j'ai trouvé une fraîcheur relative, entre 27 et 32° l'après-midi, mais il y avait peu de vaches dans les prairies calcinées), puis dans l'Hérault (où là, il faisait entre 34 et 37°) pour finir par une courte escale dans une Toulouse caniculaire. Comme Bordeaux ! Arrivé vendredi soir, une fois rangé et nettoyé mon linge sale, j'ai fait les courses hier matin dans le nouveau supermarché du quartier qui avait ouvert le jour de mon départ : il n’y a pas de tout, mais c'est mieux que rien, alors que depuis la fermeture de notre Auchan, je devais faire un bon km à pied chaque semaine, avec mon caddy souvent surchargé. Mais ça a dû me maintenir en forme, car tout le monde me dit que je ne fais pas mes 80 ans (oh ! les hypocrites !).

                     Pour découvrir à mon retour que mon smartphone, que je tenais à la main, et qui m'avait échappé à la caisse, s'était éteint et avait perdu le petit bouton-pressoir qui permettait de l'allumer. Donc impossible de l'allumer. Je vais chez Bouygues pour en changer. Ils me proposent un nouveau contrat, plus avantageux, mais pour modifier le contrat, ils me demandent ma carte d'identité, pour être sûrs  qu'il est bien à moi, que je ne suis pas un usurpateur. Sauf que le contrat était au nom de Brethes Jean Pierre sans trait d'union entre Jean et Pierre. Or, la machine ne me reconnait pas. Il me dit : "Je ne peux rien faire, la pièce d'identité doit être identique au contrat !" Bref, je n'achèterai pas le smartphone chez eux et je garderai mon ancien contrat... Et je ré-achèterai un smartphone reconditionné !

                    Eh bien, malgré ça, j'ai réussi à garder ma bonne humeur et à me dire : "Pense aux habitants de Gaza ! Eux ont réellement à se plaindre, mal logés, mal nourris, privés d'eau, bombardés..." Et j'ai pensé à la chanson de Trenet Y a d'la joie, dont j'ai trouvé sur youtube une parodie chantée par les Goguettes, dont ma sœur et mon beau-frère de Lamalou-les-Bains m'avaient fait découvrir quelques chansons se moquant des homes et femmes politiques.

pour l'écouter, c'est ici :

https://www.youtube.com/watch?v=NW7aHPIfmMM&list=RDNW7aHPIfmMM&start_radio=1