mercredi 1 avril 2026

1er avril 2026 : les petites histoire de Jipé : 4

Le silence n’est pas une fin de non-recevoir ni une rupture. Il est même le test absolu, en amitié comme en amour. L’être avec qui on peut se taire en harmonie, c’est l’élu. 

(Amélie Nothomb, Psychopompe, Albin Michel, 2023)

 

                    Ma petite histoire se passe un 1er avril, mais ce n'est pas un poisson d'avril pour  autant !


Dessin de Gelluck 

Drôle de 1er avril 

        Ce 1er avril 1954, Piccolo (ainsi surnommé par sa mamie) revint de l'école vers 17 h. Il avait fait le chemin de l'école à la maison avec Francine, la fille des voisins, avec qui il était toujours dès qu'il pouvait, laissant son frère aîné prendre le chemin des écoliers avec les grands garçons. Piccolo ne les aimait pas trop, car ils étaient trop brutaux et ne disait que des gros mots. Avec ses 11 ans, Francine aussi était une grande : elle aimait bien le petit Piccolo, de trois ans son cadet, qui ne s'était jamais moqué d'elle, et qui était fier qu'elle lui donne la main pour rentrer à la maison. Le plus souvent, ils avançaient en silence. 

        Mais cette fois, Francine ne put s'empêcher de lui annoncer une grande nouvelle : 

            "Tu connais le bruit qui court dans le village ?"

            Piccolo répondit : "Non. Maman et Mamie n'aiment pas les commérages !"

        "Oh, mais c'est pas un commérage. C'est Dany elle-même, Dany, tu sais, la grande du certif, qui me l'a dit! Eh ben, elle court après Gilbert, qui prépare le certif aussi. Ils sont grands, ils ont treize ans".

         "Oui, et alors ?" 

        "Ben, elle m'a dit qu'ils étaient amoureux."

        "Oh, tu sais, elle peut toujours dire ça, et lui courir après. Mais elle est pas près de rattraper, car c'est le meilleur coureur des garçons de l'école !"

       Francine se mit à rire et même à éclater de rire. Piccolo ne comprenait pas, il n'avait rien dit de drôle ! Ils arrivaient, chacun entra dans sa maison respective, après s'être donné un petit bisou sur la joue.

       Comme toujours, Piccolo avait une anecdote à raconter pendant les repas. Et, pour le dîner, après la soupe, il demanda :

        "Je peux dire quelque chose, Mamie ? C'est un truc que Francine m'a raconté."

       "Oh, si c'est Francine, ça doit pas être quelque chose de bien méchant", dit la grand-mère qui connaissait son Piccolo et Francine aussi.

      "Oui, c'est pas méchant. Il paraît que le grand Gilbert, vous savez, le fils des voisins, qui habite un peu plus loin, dans la rue en face. Eh ben, Gilbert court après Dany, la fille de l'épicier. C'est Dany elle-même qui l'a dit à Francine !"

       "Et alors ?", demandèrent d'une seule voix Maman, Mamie et Joseph, le frère aîné.

        "Eh ben alors, vous comprenez pas ? Elle peut toujours lui courir après..."

        "Oui, et alors ?"

       "Eh ben, j'ai dit à Francine, que Dany peut bien lui courir après, elle le rattrapera jamais, c'est le plus rapide de l'école."

       "Que tu es naïf, mon garçon !", dit Mamie en souriant, tandis que Joseph éclatait de rire. "Dans l'expression courir après, courir n'a pas le sens habituel, viens avec moi dans ma chambre, pendant que Joseph va aider Maman à débarrasser la table et faire la vaisselle, je t'expliquerai..." 

        Et depuis, Piccolo s'est montré plus prudent dans les conversations. Il a même souvent évité de mettre son grain de sel et préféré le silence.

 

lundi 30 mars 2026

30 mars 2026 : des gares et des hommes

La destruction de Gaza a, bien sûr, duré deux ans – mais ce n’était pas une guerre, c’était un génocide, la liquidation du ghetto de Varsovie en version XXL.

(Alain Brossat, Lundi matin, 16 mars 2026)

 

                        De retour d'un week-end à Poitiers, où j'ai tenté en vain d'oublier la situation internationale et l'imbécillité meurtrière de beaucoup de dirigeants internationaux, le silence assourdissant des grands médias, y compris les journaux locaux, et celui de nos propres dirigeants, j'ai été ravi d'être convié à l'anniversaire de mon jeune ami Frédéric (44 ans, il n'a qu'un mois de plus que mon fils). On n'a pas pu s'empêcher de parler de politique, de regretter que le droite soit revenue aux commandes, tant à Poitiers qu'à Bordeaux, les deux villes où j'aurai le plus longtemps vécu (22 ans à Poitiers, 1989-2011, et pour l'instant, autant maintenant à Bordeaux, 1945-1949, 1950-1951, 1965-1968, 2011-...) et qui avaient élu des maires écolos en 2020, à mon grand plaisir de cycliste et de piéton. Mais voilà, les gens leur reprochaient, ici comme là-bas, de faire la chasse aux voitures, empêchant ainsi les autos de stationner librement au centre ville !

                        Et quelle fut ma surprise en débarquant à Poitiers : la salle d'attente de la gare SNCF était fermée et va être remplacée par "VOTRE COMMERCE OUVRIRA BIENTÔT". Ce n'est pas la première fois que je peste contre les gares transformées en centre commerciaux : j'ai vu les changements opérés à Lyon Part-Dieu, Montpellier Saint Roch, dans les gares parisiennes (Montparnasse en particulier) ces vingt dernières années. Même les toilettes sont devenues payantes (1 € pour pisser, tout de même), les salles d'attente ont quasiment disparu, et les guichets de vente de billets de train sont devenus minuscules, et encore faut-il les trouver. En attendant qu'ils disparaissent et qu'on pénètre dans le monde numérique et inhumain qui nous attend. Les vieux dinosaures (ou vieux cons) de mon espèce n'ont qu'à bien se tenir. Mais je serai mort avant de voir tout ça.

                   En attendant la fin du monde (la fin de mon monde), je savais par mon militantisme pro-palestinien qu'il y avait une manif de soutien à la Palestine dans toute la France samedi après-midi. Comme j'allais donc louper la manif de Bordeaux, je pensais ben la remplacer par celle de Poitiers. Mais où allait-elle avoir lieu ? Arrivé samedi matin, je me balade dans la ville, pas une affiche l'annonçant ! Je fonce à la Bibliothèque municipale lire la presse locale. Pas un article dans l'un et l'autre journal régional ! J'interroge ça et là quelques Poitevins. Je savais que les soutiens à la Palestine étaient peu nombreux. Aucune des personnes n'en avaient entendu parler. En désespoir de cause, je débarque Place de la Mairie vers 14 h 15 et vois plusieurs attroupements : un mariage, un groupe de jeunes venus pour danser et enfin une dizaine de drapeaux palestiniens tenus à bout de bras. 

 

                        Un groupe d'une trentaine de personnes dans lequel je reconnais deux amies de la Maison de la poésie, association qui regroupait des poètes et des ami(e)s de la poésie et dont j'ai fait partie de sa création vers 2000 jusqu'à mon départ pour Bordeaux. Vers 14 h 30, nous partons à petits pas jusqu'à Notre Dame la Grande où il est prévu des discours. Nous scandons quelques slogans. Je regrette un peu nos cercles du silence (tous les mercredis ici, Place de la victoire) où nous nous mettons en rond à Bordeaux en tenant à bout de bras des pancartes expliquant nos points de vue. Le silence, presque oublié aujourd’hui, me paraît plus efficace que les vociférations. Arrivés devant Notre Dame la Grande, nous écoutons en silence les deux oratrices, dont les paroles modestes et justes nous donnent du baume au cœur. Non, nous ne sommes pas de ceux qui oublient les opprimés, les affamés, les bombardements, les tueries sans fin, les maisons détruites, les cheptels volés, les oliviers arrachés, les gens chassés de leurs terres, les enfants privés de classes, les prisonniers sans jugement, toutes les horreurs que les Palestiniens vivent depuis depuis 1947, et j'avais les larmes aux yeux.

                        Revenu à Bordeaux dimanche soir, j'ai cherché en vain dans les Sud-Ouest de samedi et de dimanche l'annonce de la manif, et ce matin, toujours pas un mot sur les manifs nationales. C'est à croire que le lobby pro-israélien est si puissant en France qu'il ne reste plus à voir, lire et entendre que leur propagande nauséabonde. Heureusement qu'il y a encore des associations de soutien aux Palestiniens pour faire entendre un autre son de cloche. En attendant qu'on les réduise au silence en les accusant d'antisémitisme...

 

 

vendredi 27 mars 2026

27 mars 2026 : acharnement judiciaire contre le soutien à la Palestine

Un règlement doit avoir pour base l’évacuation des territoires qui ont été pris par la force, la fin de toute belligérance, et la reconnaissance de chacun des États en cause par tous les autres. Maintenant, Israël organise sur les territoires qu’il a pris l’occupation qui ne peut pas aller sans oppression, répression, expulsion, et il s’y manifeste contre lui une résistance qu’il qualifie de terrorisme.

(Charles de Gaulle, conférence de presse, 27 novembre 1967)

 

 

                        Une fois de plus, la justice française se permet de condamner la présidente de l'Associaion Europalestine pour "apologie du terrorisme". Il suffit de condamner la guerre génocidaire qu'a menée Israël pour être taxé d'antisémitisme ou de suppôt du terrorisme. Alors qu'il s'agit d'antisionisme, c'est-à-dire d'anti-colonialisme, car le sionisme est la nouvelle forme du colonialisme avec tous les dégâts qu'il cause : vols de terres, vols de bétail, destruction de maisons et de cultures, assassinats divers et variés, torture de prisonniers, racisme généralisé, arbitraire total, guerre génocidaire, populations expulsées et affamées, défi au et déni du droit international, etc. La plupart des médias aux ordres en parle à peine. Heureusement, il existe des associations et des individus dans de nombreux pays qui ne succombent pas à la propagande sioniste quasi générale dans les médias.

                        Demain dans de nombreuses villes de France, aura lieu une manifestation dont voici l'annonce ci-dessous : allez-y nombreux !


et voici le 

 Communiqué de l"Association France Palestine Solidarité (AFPS) 27 mars 2026

Ce jeudi 26 mars, le tribunal judiciaire de Paris a condamné Olivia Zémor, présidente d’EuroPalestine, à 24 mois de prison avec sursis, une inscription au fichier judiciaire automatisé des auteurs d’infractions terroristes, 3000 euros de dommages et intérêts, 2000 euros de frais de justice, ainsi qu’une peine d’inéligibilité de cinq ans.

Poursuivie pour « apologie du terrorisme » suite à la publication de deux articles les 7 est 8 octobre 2023 sur le site d’EuroPalestine, Olivia Zémor a indiqué à la sortie du tribunal avoir évidemment fait appel de cette condamnation extrêmement lourde à l’encontre d’une militante de la solidarité avec le peuple palestinien.

L’Association France Palestine Solidarité dénonce l’acharnement politique et judiciaire subi par les porte-paroles d’EuroPalestine et apporte tout son soutien à Olivia Zémor. Elle dénonce également l’arrestation et la garde à vue brutale avec mise à sac de son appartement et celui du cofondateur et vice-président de l’association, Nicolas Shashahani, le mardi 17 mars. Le compagnon d’Olivia Zémor est également poursuivi pour « apologie du terrorisme » et doit comparaître à son tour en septembre prochain.

Cet acharnement est le signe inquiétant que les instances judiciaires de notre pays restent particulièrement mobilisées pour intimider et bâillonner le mouvement de solidarité avec la Palestine. Les accusations sont graves, les audiences à charge, les verdicts brutaux, en décalage avec les recommandations du droit international. Des procédures qui pour l’instant finissent en général par être dénoncées, notamment par la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH), comme des atteintes injustifiées à la liberté d’expression. Mais qui sont néanmoins des entraves réelles à nos libertés associatives, syndicales ou politiques d’exprimer notre solidarité avec les victimes de la politique criminelle de l’État israélien.

Personne n’est dupe du fait que derrière ces dizaines de plaintes pour « apologie du terrorisme » se trouvent des associations, notamment de juristes, qui défendent la politique d’Israël et accusent d’antisémitisme toute personne osant critiquer la colonisation ou la guerre génocidaire à Gaza. Elles se sont donné pour mission de délégitimer le mouvement de solidarité et si possible de le faire condamner. Il est assez pitoyable de constater que la justice de notre pays est plus encline à écouter les partisans du génocide à Gaza plutôt que de les condamner comme le lui recommandent pourtant des instances comme la Cour Internationale de Justice ou la Cour Pénale Internationale.

L’Association France Palestine Solidarité continuera de prendre toute sa place dans les initiatives unitaires contre la criminalisation du mouvement de solidarité avec la Palestine. Cette mobilisation est d’autant plus essentielle que le gouvernement s’apprête à proposer au vote de l’Assemblée nationale les 16 et 17 avril la proposition de loi (PPL 575) dite « loi Yadan ». Une loi qui, au prétexte de lutter « contre les formes renouvelées de l’antisémitisme », vise en fait à inscrire dans le marbre de la loi une législation encore plus liberticide et dangereuse pour notre liberté d’expression.

Partout en France se tiendront ce samedi des manifestations de solidarité avec le peuple palestinien à l’occasion de la Journée de la Terre. Nous devons y être nombreuses et nombreux pour exiger la justice et la fin du génocide mais aussi l’abandon des poursuites contre les militant·es d’EuroPalestine et tous·tes les militant·es de la cause palestinienne.

Ils ne nous feront pas taire !

*                    *                    *

 

                         Et ne manquez pas non plus deux films qui passent dans le circuit cinématographique en ce moment : Palestine 36 et Ce qu'il reste de nous et qui nous donnent des aperçus historiques pertinents sur la question palestinienne.