samedi 16 mai 2026

16 mai 2026 : la chanson du mois, Félix Leclerc

Pas même dans le mal, les hommes ne parviennent à surprendre ou à intriguer leurs semblables. De là l’action bienfaisante des bois, du désert et des étendues marines.

(Alvaro Mutis, La neige de l’amiral, trad. Annie Morvan, S. Messinger, 1989)

 

                    Je l'ai peut-être déjà écrit dans ce blog. Félix Leclerc est passé à la Maison des jeunes et de la culture d'Angers en 1972, et j'ai eu le petit bonheur d'y assister. Parmi les chansons qu'il et je les avais toutes appréciées, d'autant plus que la salle n'était pas très grande et qu'on le voyait et l'entendait de près, il y avait cet hymne au printemps. 

                Et bien d'autres chansons ! J'étais ébloui, je le découvrais, le courant passait et il est toujours là, à vibrer dans mon crâne, comme une invitation au voyage et au bonheur ! J'espère que ça vous plaira aussi. J'en mettrai d'autres.


             

 L'hymne au printemps

 

Les blés sont mûrs et la terre est mouilléeLes grands labours dorment sous la geléeL'oiseau si beau, hier, s'est envoléLa porte est close sur le jardin fanéComme un vieux râteau oubliéSous la neige je vais hivernerPhotos d'enfants qui courent dans les champsSeront mes seules joies pour passer le tempsMes cabanes d'oiseaux sont vidéesLe vent pleure dans ma cheminéeMais dans mon cœur je m'en vais composerL'hymne au printemps pour celle qui m'a quittéQuand mon amie viendra par la rivièreAu mois de mai, après le dur hiverJe sortirai, bras nus, dans la lumièreEt lui dirai le salut de la terreVois, les fleurs ont recommencéDans l'étable crient les nouveau-nésViens voir la vieille barrière rouilléeEndimanchée de toiles d'araignéeLes bourgeons sortent de la mortPapillons ont des manteaux d'orPrès du ruisseau sont alignées les féesEt les crapauds chantent la libertéEt les crapauds chantent la liberté

Félix Leclerc
 
Pour l"écouter :
https://www.youtube.com/watch?v=HcQvS5oKNGo 


 


jeudi 14 mai 2026

15 mai 2026 : les petites histoires de Jipé : 5

 Je suis de ceux qui aiment et non de ceux qui haïssent.

(Sophocle, Antigone, trad. Jean Grosjean, Gallimard, 2011)

 

                    Avant de mourir en 2013 (voir ma page du 6 novembre 2013), Igor m'avait légué son petit ours en peluche avec qui il dormait. Ce petit ourson blanc, très simple, je l'ai conservé depuis 2013 dans un panier, et depuis l'an dernier, je l'ai placé sur mon traversin, entre les deux oreillers. Je l'ai appelé Martin, en souvenir de mon enfance, et aussi de mon ami polonais, dont c'est le prénom. Double souvenir donc, Igor et Martin. Ainsi, je pense plus souvent à eux. Mais aussi à ma grand-mère maternelle, qui fut ma fée du logis. Parce qu'elle m'a raconté un jour l'histoire suivante :je devais avoir six ans, j'étais malade, n'étais pas allé à l'école, j'étais resté au lit et pour me rassurer elle me racontait des histoires, dont celle qui suit. Et qu'elle n'a dite à aucun de mes frères et sœurs.

                Je précise que j'aime beaucoup les oursons en peluche et aussi les ânes en vrai. 

 


l'ourson en peluche d'igor

 

 

Plus d'un âne s'appelle Martin

(légende ?) 

 

Je suis né à la maison. La sage-femme est là, on attend le docteur. On frappe à la porte. Mamie va ouvrir.

― Vous arrivez bien tard, docteur, c’est presque fait. Mais entrez donc vite.

Et elle referme la porte derrière lui, prend son chapeau, le débarrasse de son manteau tout mouillé, et l’emmène à la chambre où Maman gémit. Une seule ampoule centrale éclaire faiblement la scène. Mme Lesage, la sage-femme, s’active et le docteur Berthier la rejoint aussitôt.

― Voyez, docteur, pour un peu, on n’avait pas besoin de vous, dit la sage-femme en souriant. La tête apparaît ; ça ira vite maintenant. Allons, pousse, Jeanne, pousse !”

― Vous avez de l’eau chaude ? demande le toubib, qui avait enfilé des gants de caoutchouc. Mamie, derrière eux, montre la cuvette sur la coiffeuse avec les serviettes toutes propres.

― J’ai d’autre eau qui chauffe à la cuisine, ajoute-t-elle, en femme habituée à ne pas se laisser surprendre.

― Voilà, il vient, le petit bébé, bientôt fini de souffrir, Jeanne, tu vas le voir bientôt, le tenir dans tes bras, le bercer..

Maman, exténuée, pousse un cri, d’un seul coup, le bébé - MOI - surgit en entier :

― C’est un garçon !”, dit ma grand-mère.

― Oui, c’est un garçon, et un beau ; un peu fluet, mais difficile de demander plus, par ces temps de restriction, répond le docteur. Avec l’aide de Mme Lesage, il coupe le cordon et fait un nœud. Le bébé pousse (MOI) un hurlement étrange.

― Et ce cri, vous avez entendu ?, dit le docteur.

Tout le monde a entendu, sauf peut-être maman qui, épuisée, a fermé les yeux. On aurait dit le cri d’un ânon, un véritable hi-han, un braiment de première. Et le bébé (c'est-à-dire MOI) le répète à satiété.

Mme Lesage me pose un instant sur le ventre de maman qui ouvre les yeux et sourit enfin, soulagée, après ces heures de douleur.

― Eh bien, vous pouvez dire qu’il saura braire, murmure le toubib.

En un tournemain, le bébé (toujours MOI) est nettoyé, essuyé, tandis qu’il ne cesse de braire, et remis à mamie qui l’emmaillote et le déposa dans les bras de maman.

― Et comment va-t-on l’appeler, ce petit ânon ? poursuit le docteur.

― Ah, docteur ! chuchote maman, je m’attendais à une fille, j’avais trouvé des tas de prénoms féminins, mais pour un garçon, bernique !

Le docteur sourit : ― Ce n’est pas grave, et de toute façon, on ne pourra pas le déclarer à l’état-civil avant demain matin ; ça vous laissera la soirée et la nuit pour y réfléchir. Et puis, comme il brait très bien, appelez-le Martin, ça lui ira comme un gant ! Ne dit-on pas : il y a plus d'un âne qui s'appelle Martin !

Et c'est comme ça, selon le racontar de mamie, que j'ai failli m'appeler Martin

un bel âne : Charente, août 2025

 

 

 

mercredi 13 mai 2026

13 mai 2026 : le poème du mois

 

Hâte-toi de bien vivre et songe que chaque jour est à lui seul une vie.

(Sénèque, Lettres à Lucilius, L’escalier, 2017)

 

 


                    J'en reviens beaucoup à Victor Hugo, en particulier depuis que j'ai entendu au théâtre le spectacle La Vision de Dante (dans La Légende des siècles), un long poème narratif. Dans ce même Petit théâtre des Chartrons  de Bordeaux, je vais d'ailleurs samedi prochain voir Une croisière en Durasie, sur des textes choisi de Marguerite Duras, qui reste pour moi une des grandes du XXème siècle. Je m'en régale à l'avance. J'ai choisi un petit poème de Hugo, un peu leste...                  

 

Elle était déchaussée, elle était décoiffée,
Assise, les pieds nus, parmi les joncs penchants ;
Moi qui passais par là, je crus voir une fée,
Et je lui dis : Veux-tu t’en venir dans les champs ?

Elle me regarda de ce regard suprême
Qui reste à la beauté quand nous en triomphons,
Et je lui dis : Veux-tu, c’est le mois où l’on aime,
Veux-tu nous en aller sous les arbres profonds ?

Elle essuya ses pieds à l’herbe de la rive ;
Elle me regarda pour la seconde fois,
Et la belle folâtre alors devint pensive.
Oh ! comme les oiseaux chantaient au fond des bois !

Comme l’eau caressait doucement le rivage !
Je vis venir à moi, dans les grands roseaux verts,
La belle fille heureuse, effarée et sauvage,
Ses cheveux dans ses yeux, et riant au travers.  

            Victor Hugo, Les Contemplations 

                    Puisse-t-il vous plaire et vous inciter à lire le recueil complet !