lundi 17 août 2026

17 août 2026 : le poème du mois, Victor Hugo

Parfois en voyage, je me laisse en arrière.

Je ne suis pas sûr à qui m’en tenir,

je me cours après pour ne pas me manquer,

je vis mon écho et pourtant je m’effraie

quand je me quitte à l’improviste, disparais à la fin.

(Peter Härtling, in Odeur de feu : 17 poètes d’Allemagne, trad. Rüdiger Fischer, En forêt, 2008)

 

                    Ce qui m'a le plus frappé dans ces vacances en Normandie puis dans le Sud-est, fut sans doute, comme Peter Härtling, cette impression de me quitter, de ne pas voir ce que j'espérais, car la canicule qui sévissait partout nous laissait en arrière, nous vaguions dans des paysages invraisemblables, des prairies sans herbe et sans vaches. Il est vrai qu'on m'a appris là-bas que ces vaches invisibles sont désormais sans cornes ! Imagine-t-on des éléphants sans trompe, des girafes (ou des hérons) sans long cou, des zèbres (ou des tigres) sans rayures ? Vive les bêtes sauvages qui, pour l'instant, sont encore vraies, peu corrompues par notre prétendue civilisation et qui nous donnent envie de redevenir barbares et de leur ressembler.

                    Aussi, comme poème de ce mois, j'ai choisi La vache, poème peu connu de Vuctor Hugo. L'âne, long poème philosophique, était trop long.



Il faut aller vers les vaches exotiques pour trouver encore 

ces longues cornes qui nous fascinaient enfant 


  

                     La vache

Devant la blanche ferme où parfois vers midi
Un vieillard vient s’asseoir sur le seuil attiédi,
Où cent poules gaîment mêlent leurs crêtes rouges,
Où, gardiens du sommeil, les dogues dans leurs bouges
Écoutent les chansons du gardien du réveil,
Du beau coq vernissé qui reluit au soleil,
Une vache était là, tout à l’heure arrêtée.
Superbe, énorme, rousse et de blanc tachetée,
Douce comme une biche avec ses jeunes faons,
Elle avait sous le ventre un beau groupe d’enfants,
D’enfants aux dents de marbre, aux cheveux en broussailles
Frais, et plus charbonnés que de vieilles murailles,
Qui, bruyants, tous ensemble, à grands cris appelant
D’autres qui, tout petits, se hâtaient en tremblant,
Dérobant sans pitié quelque laitière absente,
Sous leur bouche joyeuse et peut-être blessante
Et sous leurs doigts pressant le lait pas mille trous,
Tiraient le pis fécond de la mère au poil roux.
Elle, bonne et puissante et de son trésor pleine,
Sous leurs mains par moments faisant frémir à peine
Son beau flanc plus ombré qu’un flanc de léopard,
Distraite, regardait vaguement quelque part.

Ainsi, Nature ! abri de toute créature !
O mère universelle ! indulgente Nature !
Ainsi, tous à la fois, mystiques et charnels,
Cherchant l’ombre et le lait sous tes flancs éternels,
Nous sommes là, savants, poètes, pêle-mêle,
Pendus de toutes parts à ta forte mamelle !
Et tandis qu’affamés, avec des cris vainqueurs,
A tes sources sans fin désaltérant nos cœurs,
Pour en faire plus tard notre sang et nos âme,
Nous aspirons à flots ta lumière et ta flamme,
Les feuillages, les monts, les prés verts, le ciel bleu,
Toi, sans te déranger, tu rêves à ton Dieu !


Victor Hugo, Les voix intérieures, 1837

 


 

dimanche 16 août 2026

16 août 2026 : la chanson du mois, y a d'la joie (Les Goguettes)

Si nous ne faisons rien, au moment où nait un souhait, peut-être qu'au bout du compte il disparaîtra avec nos sentiments.

(Michiko Aoyama, Un jeudi saveur chocolat, trad. Alice Hureau, J'ai lu, 2023) 

 

                    Me voici rentré de mes vacances qui m'ont mené en Normandie (où j'ai trouvé une fraîcheur relative, entre 27 et 32° l'après-midi, mais il y avait peu de vaches dans les prairies calcinées), puis dans l'Hérault (où là, il faisait entre 34 et 37°) pour finir par une courte escale dans une Toulouse caniculaire. Comme Bordeaux ! Arrivé vendredi soir, une fois rangé et nettoyé mon linge sale, j'ai fait les courses hier matin dans le nouveau supermarché du quartier qui avait ouvert le jour de mon départ : il n’y a pas de tout, mais c'est mieux que rien, alors que depuis la fermeture de notre Auchan, je devais faire un bon km à pied chaque semaine, avec mon caddy souvent surchargé. Mais ça a dû me maintenir en forme, car tout le monde me dit que je ne fais pas mes 80 ans (oh ! les hypocrites !).

                     Pour découvrir à mon retour que mon smartphone, que je tenais à la main, et qui m'avait échappé à la caisse, s'était éteint et avait perdu le petit bouton-pressoir qui permettait de l'allumer. Donc impossible de l'allumer. Je vais chez Bouygues pour en changer. Ils me proposent un nouveau contrat, plus avantageux, mais pour modifier le contrat, ils me demandent ma carte d'identité, pour être sûrs  qu'il est bien à moi, que je ne suis pas un usurpateur. Sauf que le contrat était au nom de Brethes Jean Pierre sans trait d'union entre Jean et Pierre. Or, la machine ne me reconnait pas. Il me dit : "Je ne peux rien faire, la pièce d'identité doit être identique au contrat !" Bref, je n'achèterai pas le smartphone chez eux et je garderai mon ancien contrat... Et je ré-achèterai un smartphone reconditionné !

                    Eh bien, malgré ça, j'ai réussi à garder ma bonne humeur et à me dire : "Pense aux habitants de Gaza ! Eux ont réellement à se plaindre, mal logés, mal nourris, privés d'eau, bombardés..." Et j'ai pensé à la chanson de Trenet Y a d'la joie, dont j'ai trouvé sur youtube une parodie chantée par les Goguettes, dont ma sœur et mon beau-frère de Lamalou-les-Bains m'avaient fait découvrir quelques chansons se moquant des homes et femmes politiques.

pour l'écouter, c'est ici :

https://www.youtube.com/watch?v=NW7aHPIfmMM&list=RDNW7aHPIfmMM&start_radio=1  


samedi 25 juillet 2026

25 juillet 2026 : canicule et vélo

 — Quel pessimisme !

Non, Maurice, mais seulement la douce et souveraine mélancolie que donne la réalité vue de face.

(Michel Serres, Nouvelles du monde, Flammarion, 1997)

 

 

                    Madame de La Canicule et sa fille Mademoiselle Calor sont passées de mode. Il n'est question, depuis deux jours, que des forcenés Monsieur de L'Incendie et de sa fille Madame Fumée. On nous en raconte des vertes et des pas mûres. Journaux, radios et chaînes de télé ne savent où donner de la tête : est-ce la faute d'imprudents causant des feux accidentels, de pyromanes écervelés, voire de terroristes incendiaires, ou d'un gouvernement imprévoyant et des canicules successives ? Les commentateurs ne savent où donner de la tête, les bons vieux masques FFP2 ressortent de l'ombre, les images des flammes de l'enfer tournent en boucle, les médias hérissent les poils des peureux qui ne savent plus où se cacher, et le comble est que le Tour de France cycliste ne fait plus que pâle figure, pas aussi photogénique que les arbres calcinés, la forêt en flammes, les animaux désemparés et les évacués penauds.

                    Pour ma part, j'ai appris il y dix-sept ans que quand un grand malheur nous frappe, il ne faut pas rester enfermé chez soi. C'était le conseil du médecin, capable de soigner l'âme aussi bien que le corps. C'est aussi regarder la réalité en face, s'ouvrir à elle, s'apercevoir qu'on n'est pas tout seul, que d'autres ont connu ou connaissent pire, qu'on peut les aider, et qu'en aidant son prochain, on s'aide soi-même. Et, en sortant de chez soi, on fait de l'exercice physique, ne serait-ce qu'un ou 2 km à pied pour acheter son pain quotidien, ou pour ceux comme moi qui aiment le vélo, 5 à 10 km de promenade... On peut ainsi assister au lever du soleil (ou à son coucher), observer les fleurs, les oiseaux, faire une belle rencontre (ou pas) : une vieille dame qui promène son chien, des coureurs qui font leur jogging, quelqu'un qui embrasse un tronc d'arbre, un monsieur qui lit en marchant, une dame qui tricote sur un banc, des enfants qui jouent à la marelle ou au ballon, des amoureux qui se croient seuls au monde (et qui le sont peut-être), toutes choses qu'on ne voit pas en restant enfermé chez soi.

                Moyennant quoi, depuis mon retour d'Angleterre, le 1er juillet, j'ai parcouru 380 km en seulement 19 jours où j'ai pris mon vélo, soit une moyenne de 20 km par jour. La canicule et la chaleur ne m'ont pas empêché de rouler, ni la fumée du Cap Ferret qui est venue brouiller le ciel de Bordeaux hier et dont l'odeur persiste aujourd'hui. On a moins chaud en roulant à vélo qu'en marchant à pied, je me tue à le dire à tous mes amis, surtout à ceux qui ne font pas de véloÉvidemment je roule doucement et sur du plat. Je fais des parcours modérés et non pas des étapes longues et montagneuses comme les coureurs du Tour. Je n'ai donc pas à forcer ni à devenir très chaud. Le coulis d'air que je traverse fait même comme un petit vent qui me rafraîchit.