samedi 7 novembre 2026

7 novembre 2026 : expositions

 Il revenait

des fins fonds de l’enfer

parlait de l’indécence

de vivre heureux ici.

(Jean-Pierre Thuillat, Dans les ruines, L’Arrière-pays, 2014)

 

                Exceptionnellement pour une fois, j'ai été invité à deux vernissages, jeudi pour une exposition artistique de peintures, dessins et céramique, et vendredi pour une exposition sur Gaza, aussi nécessaires l'une que l'autre.


 
Élisabeth II,

le tableau va-t-il figurer un jour à la National Gallery ?

                    Bertrand Larrivière présentait un certain nombre de ses tableaux, dont plusieurs portraits d’Élisabeth II, la reine d'Angleterre, dont certains sont un peu torturés, comme celui que j'ai trouvé sur son site internet. Heureusement, d'autres portraits sont plus sages. Mais visiblement, sa façon est plutôt de déceler la face de l'inhumanité qui se cache derrière l'apparence. Pourquoi pas ? Notre monde n'est pas un monde de bisounours !

                    Les enfants de Gaza savent qu'ils ne vivent pas dans un tel monde : et l'exposition de photo Gaza, espoirs et résilience, présentée à la Bourse du Travail de Bordeaux, le montre bien. Car c'est au milieu des décombres, des ruines, du manque d'eau, de nourriture, de soins et dans le froid en hiver ou la canicule en été, sous le bruit des avions, des drones et des bombes, que les oppresseurs leur imposent, que les survivants doivent se débrouiller. Des photos en noir et blanc réalisées de 2003 à 2013 par un photographe français (à l'époque où on pouvait encore voyager à Gaza) montrent la difficulté qu'il y avait déjà à y vivre, sont complétées par des photos en couleur, plus récentes, réalisées par un photographe palestinien. L'ensemble est oppressant.

                        Il se trouve que je venais de lire un livre de Marie Desplechin : Gaza, Eux c'est nous.  L'autrice nous a habitués à écrire de beaux livres pour la jeunesse, remplis d'humanité et d'espoir. C'est encore le cas ici, il s'agit de faire partager la vie des enfants de Gaza aux jeunes lecteurs de France (et d'autres pays, car j'espère que ce beau texte sera traduit dans bien d'autres pays, et même - rêvons un peu - en Israël). Le récit raconte l'errance de Yacoub et Amal, respectivement grand-père et grand-mère de Rim, fillette de dix ans, et de son frère Mohamed, garçonnet de quatre ans, tous deux étant orphelins, leurs parents ayant trouvé la mort dans un bombardement. Ils cherchent à rejoindre la ville où un frère de Yacoub réside encore, peut-être.
                    Amaigris, épuisés, désemparés, ils marchent au milieu des décombres et des ruines, survolés par les drones, avec quelques boites de conserve pour seule nourriture, sans eau, dormant où ils peuvent, assourdis par les bombes, se confiant à la Providence... et rêvant aussi. Yacoub, le grand-père, pour distraire ses petits-enfants, leur a donné des surnoms de cherokees, et leur conte des histoires d'Indiens d'Amérique du Nord, autres peuples opprimés et exterminés. Rim ne peut plus aller à l'école, tout ou presque, écoles, infrastructures, rues, hôpitaux, immeubles, réseaux d'eau, commerces, est détruit. Alors Rim imagine un poème pour son chaleureux grand-père qui, avec ses histoires d'Indiens, tente de leur faire oublier la misère ambiante...
                    Bonne idée que ce livre, voulu par un collectif de 80 éditeurs jeunesse pour faire comprendre à nos enfants les horreurs de la vie à Gaza aujourd'hui. Ainsi est contrebalancé le silence assourdissant des merdias généralistes sur le martyre de Gaza, de la Cisjordanie, du Sul Liban. Et l'écriture de Marie Desplechin, simple, sans pathos, mais regardant les choses en face, réussit, avec la complicité des croquis de Serge Bloch, à expliquer clairement l'extermination en cours du peuple palestinien.
                    Quatre pages documentaires sur l'histoire de la Palestine complètent le récit, qu'on peut lire à haute voix en famille à ses enfants, petits-enfants et arrière-petits-enfants.  


 

 

 

 

mercredi 4 novembre 2026

4 novembre 2026 : le poème du mois

C’était le fils du roi.
Il m’a dit : « Viens avec moi,
et si tu veux tu seras reine.
Tu auras pour filer la laine
un rouet d’or, et un fuseau
aussi léger qu’un os d’oiseau ! 

(Madeleine Ley, Les petites voix, Stock, 1937)

 

                    Pour le poème de ce mois-ci, j'ai pensé à un poème sur les oiseaux. Les malheureux ont tant souffert, eux aussi, de la canicule et du manque d'eau qu'on n'en voyait plus beaucoup. Et ils n'ont pas tellement réapparu. Ils me manquent : leurs vols, leur gazouillis, leurs cris, leurs plumages. Ils sont la joie de la nature et des jardins, des haies et des bois, les amis de l'homme et des enfants, le charme personnifié, ainsi pour le poète :

  

Une charmante coquette


Elle est là dans ma cour

Elle m’attend

L’œil grand ouvert

Elle me lance un regard latéral

Tu vois

Je suis là

Elle trottine à pas vifs et menus

Tête droite

Le corsage galbé projeté en avantage

Elle lance de nouveau

Un œil de côté

Ah ! Tu me suis encore

J’en suis ravi

Elle file de nouveau

Nouvel arrêt

Encore une œillade

Oui moi aussi je me réjouis

Un ou deux hochements de queue

De contentement

Ô délicieuse bergeronnette

Tu me ravis

(Jean-Baptiste Libouban, Sentiers d’aurore, L’Harmattan, 2017)


 

 

mardi 3 novembre 2026

3 novembre 2026 : Toussaint, jour des morts

Lorsque ce corps corruptible aura revêtu l'incorruptibilité, et que ce corps mortel aura revêtu l'immortalité, alors s'accomplira la parole qui est écrite: La mort a été engloutie dans la victoire. O mort, où est ta victoire ?

(Nouveau Testament,  Épître de Paul aux Corinthiens, 15, 54-55) 

 

                    Il est fréquent de penser à nos morts le 1er novembre, jour de la Toussaint. Pour ma part, je pense à eux et elles toute l'année, et je fréquente assez souvent les cimetières, pas forcément ceux où mes morts ont leur dernière demeure. Comme écrivait Prévert, "Le père et la mère vont au cimetière / Ils trouvent ça naturel le père et la mère / La vie continue". Il y a eu même une période, ma période amiénoise, où on allait souvent au cimetière, Claire et moi, car le cimetière d'Amiens constituait une belle promenade, et l'on se recueillait volontiers devant la tombe de Jules Verne.


Tombeau de Jules Verne (Amiens)  

                    En tout cas, cette année, sans pousser jusqu'à m'incliner sur sa tombe (qui est la tombe communes des "généreux donateurs" (les personnes qui ont donné leur corps à la science, ce qui fut le cas de Claire) au Cimetière de la Pierre levée à Poitiers, j'ai écrit un texte à sa mémoire dans la journée du 30 octobre. Je vous le livre ici :

 Tombeau pour Claire

            Je pense toujours à toi, Claire, perdue dans la brume du temps, toi qui es venue percer ma carapace, enchanter mon âge adulte, ébranler l'ombre de moi-même, étoile illuminant ma solitude.

            Tu as as accepté mes énigmes, mes bizarreries, mes orages et mes silences. Tu m'as fait découvrir la boussole de l'amour, moi qui étais si peu aimable, moi qui ne l'avais pas encore trouvée et m'en croyais incapable. Tu m'as accompagné dans les labyrinthe de notre vie commune, tu m'as rendu aimable, amical, sociable, meilleur. Tu m'as donné des enfants qui ont fait ma joie.

            En retour, je t'ai escortée dans ton crépuscule, dans les murmures stridents de la maladie, dans le naufrage de ta dernière année. Tu m'as rendu apte à devenir un baume pour lubrifier ces moments difficiles, un parfum pour oublier la douleur et la dureté de la vie, un trésor, peut-être, à tes yeux.

            Tu restes dans mes pensées comme un écho des méandres du temps, un chuchotement secret quand je rêve, un exemple à suivre au fil des jours qui me restent, une racine qui m'a implanté mille ramifications pour continuer à vivre, une perspective pour trouver un sentier où nos âmes se réuniront un jour.