― Tu as pris le soleil. Pourquoi souris-tu ?
― Mon grand-père m’a appris à répondre : je n’ai rien pris, je l’ai reçu en cadeau.
(Erri De Luca, Les règles du mikado, trad. Danièle Valin, Gallimard, 2024)
Comme Baudelaire dans ce poème, j'ai toujours été ivre :
* ivre de soleil, d'où cet été merveilleux que je viens de passer
* ivre de solitude, d'où le plaisir que me procure la balade à vélo ou la méditation
* ivre de joie, dans la rencontre et la sollicitude auprès de mon prochain
* ivre de découvertes de toutes chose, nouveaux paysages, ami(e)s, livres, films, chants, jeux, et tout ce qui fait le charme et la variété de la vie
* ivre du petit jour dans l'aube naissante
* ivre de nuit étoilée, du vent fébrile, d'herbe fraîche, de caresse d'oiseau et du toucher d'un tronc d'arbre
* ivre de vivre, et d'apporter un peu de vie aux autres
Et maintenant, lisons ce poème en prose de Baudelaire !
ENIVREZ-VOUS
Il faut être toujours ivre, tout est là ; c'est l'unique question. Pour ne pas sentir l'horrible fardeau du temps qui brise vos épaules et vous penche vers la terre, il faut vous enivrer sans trêve.
Mais de quoi ? De vin, de poésie, ou de vertu, à votre guise, mais enivrez-vous !
Et si quelquefois, sur les marches d'un palais, sur l'herbe verte d'un fossé, vous vous réveillez, l'ivresse déjà diminuée ou disparue, demandez au vent, à la vague, à l'étoile, à l'oiseau, à l'horloge ; à tout ce qui fuit, à tout ce qui gémit, à tout ce qui roule, à tout ce qui chante, à tout ce qui parle, demandez quelle heure il est. Et le vent, la vague, l'étoile, l'oiseau, l'horloge, vous répondront, il est l'heure de s'enivrer ; pour ne pas être les esclaves martyrisés du temps, enivrez-vous, enivrez-vous sans cesse ! De vin, de poésie, de vertu, à votre guise.
(Charles Baudelaire, Le spleen de Paris, 1869)
Vous l'aurez compris, j'ai beaucoup aimé aussi le roman d'Erri De Luca qui raconte l'histoire de la rencontre entre un vieux monsieur et une toute jeune gitane de quinze ans fuyant son clan pour ne pas être mariée de force.




