La manifestation n’était pas autorisée, et après ? Nous ne voulions pas ouvrir une exploitation commerciale, pour avoir besoin de leur licence. Il s’agissait de manifester, un point c’est tout. Un droit intraitable.
(Erri De Luca, Le contraire de un, trad. Danièle Valin, Gallimard, 2004)
La pluie a débarqué hier, sans prévenir, sans causer d'inondations non plus, mais me faisant immédiatement regretter le soleil, car j'étais sur ma monture (le vélo), et j'ai juste eu le temps de me mettre sous un arbre, ce qui m'a quelque peu protégé... Comme il y a à peine une semaine, ça m'aurait un peu préservé de la chaleur. Mais bon Dieu, que c'est désagréable de rouler sous la pluie ! Évidemment, je n'avais pas pris mes vêtements de pluie (cape et pantalon couvrants), comme j'étais parti sous un ciel hyper bleu. Ce qui est amusant, c'est le dernier roman que j'ai lu : c'est Maigret au Picrat's, de Simenon, et il pleut tout le temps !!!
La manif des lycéens qui, ici, partait à 11 h, était finie. Je n'ai pas senti l'odeur des gaz lacrymos que la police utilise à gogo. Le journal local a montré le cours Victor Hugo enfumé devant le Lycée Montaigne. L'autre jour, les motards coursant les lycéens sont passés à toute allure à 50 cm de moi devant le Centre commercial sur les chemins réservés aux piétons ; je n'ai eu que le temps de pousser la dame avec poussette contre le grillage et de m'y plaquer à côté d'elle pour les éviter. Vous croyez qu'ils auraient ralenti ? Non, ils faisaient du rodéo avec leurs grosses machines, comme les jeunes du quartier certains soirs. Mais là, on n'a rien à dire, ils font soi-disant régner l'ordre. J'ai apprécié d'avoir encore des réflexes.
Ils ont donc manifesté sous le soleil. Probablement dans la gaieté. Mais je les ai pas vus. Le mardi précédent, j'avais participé à la manif pour la défense des services publics (pompiers, hôpitaux, enseignants, etc., il y avait même des représentants d'un syndicat de policiers !). Peut-être que certains policiers n'aiment pas trop ce qu'on leur faire faire. Quant aux fauteurs de trouble et casseurs, je me demande parfois s'ils ne sont pas stipendiés par le pouvoir pour déconsidérer toute contestation. Pour avoir beaucoup lu Louise Michel, dans les manifs du XIXème siècle, il y avait dans les manifestations des provocateurs qui poussaient la police à intervenir manu militari pour arrêter les meneurs (dont mon héroïne qui était toujours en première ligne), mais jamais les casseurs de l'époque. Relire l'épisode de la barricade dans Les misérables de Victor Hugo.
Évidemment, les médias (presque tous détenus par des milliardaires) s'en donnent à cœur-joie. Plus il y a de casse, plus ils peuvent vomir leur bile sur les rares partis qui approuvent les lycéens. Plus la réaction va se profiler, et plus c'est bon pour un bon score de la droite aux prochaines élections. Rappelons-nous les résultats après mai 68 : un raz-de-marée, il me semble qu'on les a appelées les élections de la peur. C'est même tout bon pour l'extrême droite, ça, Coco ! Jean-Luc, t'as du souci à te faire. Déjà on vomit de partout sur ton parti ! Marine, le boulevard va être grand ouvert, on oubliera tes problèmes juridiques, tu seras aussi pure et vierge que Jeanne d'Arc !



