nous sommes seuls à être ce que nous sommes, et à vivre ce que nous vivons…
(Bernard Chambaz, Petite philosophie du vélo, Milan, 2008)
Après ma nouvelle pérégrination (Paris - Amiens - Londres) qui m'a permis de revoir famille et amie, et de m'attarder plus que prévu, car un train annulé et pour le trajet de retour Bordeaux-Paris, tous les trains étaient complets, et j'ai dû faire le parcours en bus, je me suis rappelé de ce poème de Nerval qui, certes, parle de voyage lent également, mais où il y avait des compensations : flâner aux arrêts, s'écouter vivre, s'enivrer de l'odeur du foin, prendre le temps de regarder le ciel...
On est loin de nos modernes machines, rapides mais qui ressemblent plus à des fabriques de déplacements qu'à de voyage en vie réelle. Bon, j'ai survécu, je suis bien rentré. Mais j'ai pensé à Ulysse et à son voyage de retour qui a duré dix années, remplies de risques, d'aventures, de rencontres, d'amitié et d'amour. Et j'ai rêvé...
Le relais
En
voyage, on s'arrête, on descend de voiture ;
Puis entre deux
maisons on passe à l'aventure,
Des chevaux, de la route et des
fouets étourdi,
L’œil fatigué de voir et le corps
engourdi.
Et voici tout à coup, silencieuse et verte,
Une vallée humide et de lilas couverte,
Un ruisseau qui
murmure entre les peupliers, -
Et la route et le bruit sont bien
vite oubliés !
On
se couche dans l'herbe et l'on s'écoute vivre,
De l'odeur du
foin vert à loisir on s'enivre,
Et sans penser à rien on
regarde les cieux...
Hélas ! une voix crie : "En voiture,
messieurs !"
Gérard de Nerval
Mais où sont passés les tortillards d'antan ?



