dimanche 8 novembre 2026

8 novembre 2026 : la chanson du mois : Jacques Brel

N’est-ce pas là une des plus grandes libertés, le fait d’avoir assez pour subsister et trop peu pour gaspiller ?

(Julien Leblay, Le tao du vélo, petites méditations cyclopédiques, Transboréal, 2016)


                     Vers 1968-1972, j'organisais pour ma famille, avec l'aide de mes petites sœurs, (nées de 1955 à 1961, un petit spectacle de Noël : des chansons, des sketches, lecture de po-mes, un peu de théâtre. Un peu à la manière des veillées de colonies de vacances, que j'avais énormément appréciées en tant que moniteur les étés précédents. C'était sans prétention, bien sûr. Une année, j'ai eu l'idée de faire un sketch sur la chanson de Jacques Brel, Les bonbons. Je chantais la chanson et jouais le niais en même temps, tandis que mes sœurs jouaient Germaine (je crois qu c'était Marie-France, sans en être sûr), Léon (Monique, en travesti, idem), Maryse et les jumelles la foule des gens sur la Grand-Place. Bref, la comédie humaine de Brel, pour qui j'ai gardé une place dans mon cœur. 



LES BONBONS (Jacques Brel)

J’vous ai apporté des bonbons
Parce que les fleurs, c’est périssable
Puis les bonbons, c’est tellement bon
Bien que les fleurs soient plus présentables
Surtout, quand elles sont en boutons
Mais, j’vous ai apporté des bonbons

J’espère qu’on pourra se promener
Que madame vot’ mère ne dira rien
On ira voir passer les trains
A huit heures, moi, je vous ramènerai
Quel beau dimanche pour la saison!
J’vous ai apporté des bonbons

Si vous saviez c’que je suis fier
De vous voir pendue à mon bras
Les gens me regardent de travers
Y en a même qui rient derrière moi
Le monde est plein de polissons
J’vous ai apporté des bonbons

Oh oui! Germaine, est moins bien qu’vous
Oh oui! Germaine, elle est moins belle
C’est vrai qu’Germaine a des ch’veux roux
C’est vrai qu’Germaine, elle est cruelle
Ça, vous avez mille fois raison
J’vous ai apporté des bonbons

Et nous voilà sur la Grand-Place
Sur le kiosque, on joue Mozart
Mais dites-moi qu’c’est par hasard
Qu’il y a là votre ami Léon
Si vous voulez qu’je cède la place
J’avais apporté des bonbons

Mais bonjour ! Mademoiselle Germaine
J’vous ai apporté des bonbons
Parce que les fleurs, c’est périssable
Puis les bonbons c’est tellement bon
Bien que les fleurs soient plus présentables
Surtout quand elles sont en boutons.
Allez! J’vous ai apporté des bonbons

samedi 7 novembre 2026

7 novembre 2026 : expositions

 Il revenait

des fins fonds de l’enfer

parlait de l’indécence

de vivre heureux ici.

(Jean-Pierre Thuillat, Dans les ruines, L’Arrière-pays, 2014)

 

                Exceptionnellement pour une fois, j'ai été invité à deux vernissages, jeudi pour une exposition artistique de peintures, dessins et céramique, et vendredi pour une exposition sur Gaza, aussi nécessaires l'une que l'autre.


 
Élisabeth II,

le tableau va-t-il figurer un jour à la National Gallery ?

                    Bertrand Larrivière présentait un certain nombre de ses tableaux, dont plusieurs portraits d’Élisabeth II, la reine d'Angleterre, dont certains sont un peu torturés, comme celui que j'ai trouvé sur son site internet. Heureusement, d'autres portraits sont plus sages. Mais visiblement, sa façon est plutôt de déceler la face de l'inhumanité qui se cache derrière l'apparence. Pourquoi pas ? Notre monde n'est pas un monde de bisounours !

                    Les enfants de Gaza savent qu'ils ne vivent pas dans un tel monde : et l'exposition de photo Gaza, espoirs et résilience, présentée à la Bourse du Travail de Bordeaux, le montre bien. Car c'est au milieu des décombres, des ruines, du manque d'eau, de nourriture, de soins et dans le froid en hiver ou la canicule en été, sous le bruit des avions, des drones et des bombes, que les oppresseurs leur imposent, que les survivants doivent se débrouiller. Des photos en noir et blanc réalisées de 2003 à 2013 par un photographe français (à l'époque où on pouvait encore voyager à Gaza) montrent la difficulté qu'il y avait déjà à y vivre, sont complétées par des photos en couleur, plus récentes, réalisées par un photographe palestinien. L'ensemble est oppressant.

                        Il se trouve que je venais de lire un livre de Marie Desplechin : Gaza, Eux c'est nous.  L'autrice nous a habitués à écrire de beaux livres pour la jeunesse, remplis d'humanité et d'espoir. C'est encore le cas ici, il s'agit de faire partager la vie des enfants de Gaza aux jeunes lecteurs de France (et d'autres pays, car j'espère que ce beau texte sera traduit dans bien d'autres pays, et même - rêvons un peu - en Israël). Le récit raconte l'errance de Yacoub et Amal, respectivement grand-père et grand-mère de Rim, fillette de dix ans, et de son frère Mohamed, garçonnet de quatre ans, tous deux étant orphelins, leurs parents ayant trouvé la mort dans un bombardement. Ils cherchent à rejoindre la ville où un frère de Yacoub réside encore, peut-être.
                    Amaigris, épuisés, désemparés, ils marchent au milieu des décombres et des ruines, survolés par les drones, avec quelques boites de conserve pour seule nourriture, sans eau, dormant où ils peuvent, assourdis par les bombes, se confiant à la Providence... et rêvant aussi. Yacoub, le grand-père, pour distraire ses petits-enfants, leur a donné des surnoms de cherokees, et leur conte des histoires d'Indiens d'Amérique du Nord, autres peuples opprimés et exterminés. Rim ne peut plus aller à l'école, tout ou presque, écoles, infrastructures, rues, hôpitaux, immeubles, réseaux d'eau, commerces, est détruit. Alors Rim imagine un poème pour son chaleureux grand-père qui, avec ses histoires d'Indiens, tente de leur faire oublier la misère ambiante...
                    Bonne idée que ce livre, voulu par un collectif de 80 éditeurs jeunesse pour faire comprendre à nos enfants les horreurs de la vie à Gaza aujourd'hui. Ainsi est contrebalancé le silence assourdissant des merdias généralistes sur le martyre de Gaza, de la Cisjordanie, du Sul Liban. Et l'écriture de Marie Desplechin, simple, sans pathos, mais regardant les choses en face, réussit, avec la complicité des croquis de Serge Bloch, à expliquer clairement l'extermination en cours du peuple palestinien.
                    Quatre pages documentaires sur l'histoire de la Palestine complètent le récit, qu'on peut lire à haute voix en famille à ses enfants, petits-enfants et arrière-petits-enfants.  


 

 

 

 

mercredi 4 novembre 2026

4 novembre 2026 : le poème du mois

C’était le fils du roi.
Il m’a dit : « Viens avec moi,
et si tu veux tu seras reine.
Tu auras pour filer la laine
un rouet d’or, et un fuseau
aussi léger qu’un os d’oiseau ! 

(Madeleine Ley, Les petites voix, Stock, 1937)

 

                    Pour le poème de ce mois-ci, j'ai pensé à un poème sur les oiseaux. Les malheureux ont tant souffert, eux aussi, de la canicule et du manque d'eau qu'on n'en voyait plus beaucoup. Et ils n'ont pas tellement réapparu. Ils me manquent : leurs vols, leur gazouillis, leurs cris, leurs plumages. Ils sont la joie de la nature et des jardins, des haies et des bois, les amis de l'homme et des enfants, le charme personnifié, ainsi pour le poète :

  

Une charmante coquette


Elle est là dans ma cour

Elle m’attend

L’œil grand ouvert

Elle me lance un regard latéral

Tu vois

Je suis là

Elle trottine à pas vifs et menus

Tête droite

Le corsage galbé projeté en avantage

Elle lance de nouveau

Un œil de côté

Ah ! Tu me suis encore

J’en suis ravi

Elle file de nouveau

Nouvel arrêt

Encore une œillade

Oui moi aussi je me réjouis

Un ou deux hochements de queue

De contentement

Ô délicieuse bergeronnette

Tu me ravis

(Jean-Baptiste Libouban, Sentiers d’aurore, L’Harmattan, 2017)