mardi 17 mars 2026

17 mars 2026 : des monstres nous imposent leur guerre

 

11 septembre […] La différence, ce matin-là, est que ceux et celles qui tombèrent des tours et s’évanouir avec elles étaient des gens comme nous, pas des sauvages, pas des esclaves, pas des pauvres losers, pas des étrangers étranges et autres habitués de la mort […], dont les vies se sont brutalement et cruellement arrêtées, par un acte de Dieu, pas lui, mais l’autre.

(Serge Bouchard, Les yeux tristes de mon camion, Boréal, 2017)

 

                    Évidemment,  comme Israël a montré l'exemple en détruisant Gaza, sans que le reste du monde (grands états, ONU) ne lève le petit doigt, pourquoi va-t-on se gêner désormais pour enlever des chefs d'état (les USA et Maduro), pour continuer à affamer des peuples (Israël et Gaza, les USA et Cuba), à bombarder à tout va (la Russie en Ukraine, Israël à Gaza, au Liban et en Iran, les USA en Iran), à enlever, emprisonner, détruire et assassiner (Israël en Cisjordanie et peut-être au Liban). 

                    Ah, elles sont belles, nos démocraties, elles peuvent toujours critiquer les dictatures (et ne s'en privent pas) ! Mais qui les critique, elles ?  Elles sont blanches comme neige (Israël ne se targue-t-il pas d'avoir l'armée la plus morale du monde ?), et à la moindre critique, on est taxé d'anti-américanisme primaire ou d'antisémitisme.

                    Il est vrai que les armes se sont drôlement sophistiquées. On peut frapper sans perdre quasiment aucun homme, les drones, les missiles, les avions de chasse se chargent de la sale besogne en n'épargnant pas un bâtiment, une école, un hôpital supposés cacher d'affreux terroristes se dissimulant derrière un rideau de gens du peuple, d'enfants, de femmes, de vieillards probablement tous coupables de couvrir ces terroristes. 

 dessin de Karak

                    Mais qui dénonce le terrorisme d'état ? Je disais déjà il y a soixante ans que "Hitler avait gagné la guerre", puisque désormais les belligérants de tous bords font comme lui, sans foi ni loi... Et que, malheureusement, même le droit international (si laborieusement né après 1945)n'est plus qu'un mot vide de sens : il n'empêche pas les génocides, les crimes de guerre, les crimes contre l'humanité, la barbarie, de s'intensifier... Je ne pensais pas voir ça de mon vivant. Naïf que j'étais, à vingt ans, de croire au progrès spirituel, moral et intellectuel de l'humanité, à la sagesse des nations, à l'intelligence des gouvernants, au pacifisme, à la fraternité universelle, à l'amitié entre les peuples...

                    Maintenant, alors que j'approche de mes dernières années, je vois que tout ce que j'ai cru n'était que billevesées, que je vais laisser un monde pire que celui de ma jeunesse, où on pouvait croire encore à un monde meilleur. Et pourtant, je crois que la fraternité seule pourra sauver le monde. J'ai eu la chance d'avoir des amis (français, polonais, écossais, québécois, malgaches, marocains, etc.), qui m'empêchent de sombrer dans le désespoir. Heureusement, de nombreuses associations nous laissent un peu d'espoir ! Et les poètes sont porteurs d'espérance.

 

Écoutez le beau texte de Serge Pey sur les horreurs de la guerre et tous ceux qui ne veulent pas savoir !

https://mail.google.com/mail/u/0/?pli=1#inbox/FMfcgzQfCMwNkhNMKgBHVChtmrdkKkdG 

lundi 16 mars 2026

16 mars 2026 : la chanson du mois : Jacques Brel

En attendant, à vous autres, mes amis de l'ici-bas, face à ce qui m'arrive, je prends la liberté, moi qui ne suis qu'un histrion, qu'un batteur de planches, qu'un comédien qui fait du rêve avec du vent, je prends la liberté de vous écrire pour vous dire ce à quoi je pense aujourd'hui : Je pense de toutes mes forces qu'il faut s'aimer à tort et à travers.

Julos - nuit du 2 au 3 février 1975 - Ecrit après l’assassinat de sa femme par leur jardinier. (Texte dit par Claude Nougaro dans son album "Femmes et famines")

 

                     Après le poème, la chanson du mois, en espérant que je ne l'ai pas encore postée. Il se trouve que je suis allé voir et écouter diamanche aprèm le spectacle poétique Ballotté par les flots au Petit théâtre des Chartrons de Bordeaux. Le concepteur et acteur Henri Bonnethon réussit la gageure de raconter une histoire entremêlé de poèmes (Rimbaud, Apollinaire,Cocteau, Prévert, Verlaine, Ronsard, Rutebeuf, Christine de Pisan, Baudelaire) et de chansons dont le texte est dit mais pas toujours chanté (Trénet, Montand, Brel, Ferré) : ce Tourbillon poétique, sous-titre du spectacle, est tour à tour nostalgique, marrant, mélancolique et tout à fait réussi dans tous ces registres.

                Parmi les chansons choisies, figurait la chanson de Brel qui suit. Je me rappelle encore le Noël 1970, où j'avais intégré cette chanson dans notre spectacle familial ; je chantais Les bonbons et jouais avec une de mes jeunes sœurs dans le rôle de la femme aimée par le narrateur. Ma grand-mère (âgée de 75 ans) avait tellement ri qu'il avait fallu l'emmener rapidement aux toilettes pour aller faire pipi;   

 

                     LES BONBONS

 

J’vous ai apporté des bonbons
Parce que les fleurs, c’est périssable
Puis les bonbons, c’est tellement bon
Bien qu’les fleurs soyent plus présentables
Surtout quand elles sont en boutons
Mais j’vous ai apporté des bonbons

J’espère qu’on pourra se promener
Que madame vot’mère ne dira rien
On ira voir passer les trains
À huit heures, moi, je vous ramènerai
Quel beau dimanche, allez, pour la saison
J’vous ai apporté des bonbons

Si vous saviez c’que je suis fier
De vous voir pendue à mon bras

Les gens me regardent de travers
Y en a même qui rient derrière moi
Le monde est plein de polissons
J’vous ai apporté des bonbons

Oh, oui, Germaine est moins bien qu’vous
Oh, oui, Germaine, elle est moins belle
C’est vrai qu’Germaine a des ch’veux roux
C’est vrai qu’Germaine elle est cruelle
Ça, vous avez mille fois raison
J’vous ai apporté des bonbons

Et nous voilà sur la grand’place
Sur le kiosque on joue Mozart
Mais dites-moi qu’c’est par hasard
Qu’il y a là votre ami Léon
Si vous voulez que je cède la place
J’avais apporté des bonbon
s  


 Pour l'écouter : https://www.youtube.com/watch?v=PgYGt2-p3gA

dimanche 15 mars 2026

15 mars 2026 : les petites histoires de JP : 3

Je n’ai jamais pensé à regarder les prévisions météo, quand j’entends le jingle qui les annonce je change de chaîne. Pas par aversion, mais parce que cela ne m’intéresse pas. Quand il y a du soleil, je suis content. Quand il pleut, il pleut. 

(Francesco Piccolo, Petits moments de bonheur volés, tard. Anaïs Bokobza, Denoël, 2014)

 

                     J'ai encore laissé quelque part un de mes nombreux parapluies. Il était censé être dans mon petit sac à dos jaune que je mets quand je pars à vélo, car vu le temps pluvieux, je ne sais jamais si je vais rentrer sans pluie. Eh bien, il n'y était pas avant-hier alors que la pluie menaçait. J'en ai un dans ma sacoche, un dans mon caddie de courses, un dans mon sac à dos de gym ou de kiné, un bien sûr dans mon sac à dos de voyage. Tous des parapluies pliants.les grands parapluies sont à la maison et me servent quad je vais faire une sortie à pied. Alors j'ai pensé que mon parapluie perdu devait être quelque part, et qu'il se plaignait de son propriétaire négligent.

 


 Le parapluie qui grogne

 

 Cette fois-ci, il m’a réellement oublié.

J’ai langui dans la salle de bains où il m'a déposé dans la baignoire pour me faire sécher. Puis il n'a plus pensé à moi.

Impossible de sortir tout seul et de rejoindre les autres parapluies pendus au mur du cellier et de jouer avec eux.

Car ce monstre, comme il ne sait plus trop ce qu'il fait, il n'arrête pas d'oublier un de ses parapluies et, à chaque fois, il en achète un nouveau, car les autres parapluies, s'ils sont pliables, sont dans leur sac attitré et, s'ils ne sont pas pliables, ils sont accrochés au mur au cellier et dissimulés sous des pulls, des blousons, des impers, des k-ways ou des écharpes…

Mon maître est bon pour l’EHPAD : je crois qu’il a Alzheimer ou quelque chose comme ça, et que je suis bon pour pourrir dans cette baignoire qu'il n'utilise jamais. Il préfère la douche du cabinet de toilette.

Jusqu’à ce qu’un ou une invitée prenne un bain. Mais ça n’arrive que rarement.

Car beaucoup de ses amis sont morts. Ou vieux ou vieilles. Et quand il leur téléphone pour les inviter à venir, le temps qu’ils répondent, il ne sait plus pourquoi il leur a téléphoné.

Je vous le dis, mon maître est bon pour l’EHPAD, et moi, quand il y aura déménagé, on me transférera à la déchetterie, car sa famille me découvrira enfin ! 


                    Finalement, je t'ai retrouvé dans la baignoire où je t'avais mis à sécher. Mais ça m'a quand même fait plaisir que tu te plaignes. C'est que tu tiens à moi !