mercredi 22 juillet 2026

22 juillet 2026 : les petites histoires de Jipé : 6

 

peur et impuissance, peur par impuissance, impuissance par peur…

(Jean-Paul Sartre, Situations V, Gallimard, 1964)

 

                      Il y a beaucoup d'irrationnel dans beaucoup de situations ou de sentiments. C'est ainsi que la peur peut être terrible : ne plus sortir de chez soi, sous prétexte de pandémie, de criminels qu rôdent, de lion qui s'est échappé d'un zoo, de difficulté de traverser une rue quand on est handicapé, de pluie ou de canicule... Enfin avoir peur de tout, et pour un chat, le comble ce serait d'avoir peur d'une souris. Mais, dans l'histoire qui suit, ce n'est pas le chat qui a peur, mais son maître, un costaud pourtant, qui a peur des souris.

                    Je me souviens de ma première piaule d'étudiant, où j'ai été réveille en sursaut par une souris qui, sortie d'un trou dans le mur, est tombée sur mon visage alors que je dormais. J'habitais alors une pension de famille (dans le style de la Pension Vanilos, polar d'Agatha Christie, que je venais de lire) à Pau. C'était une villa à l'anglaise datant de la fin du XIXème siècle, où Pau était une villégiature pour tuberculeux. Il y avait pourtant un chat dans la maison. Mais le gredin était trop bien nourri. Avec les trois autre pensionnaires, nous avons exploré les murs de ma chambre. on a dénombré pas moins de neuf trous. Un des pensionnaires, qui avait eu la même mauvaise surprise, avait bouché les trous avec du papier, de la colle et des petites punaise enfoncées dans le papier. Nous n'entendîmes plus parler des souris. C'était un peu méchant, mais elles ont dû creuses d'autres trous ailleurs.

                   Le chat Belzébuth raconte l'histoire suivante, car si vous ne le saviez pas, apprenez que les chats parlent, surtout quand ils ont à se plaindre de leur maître !                

 

 

Le maître, son chat et les souris


        Mon maître, qu’on appelle Kilomètre, parce qu’en plus d’être humain, il est très gros, a horreur des souris. C’est drôle, quand même, qu’un malabar pareil tremble dès qu’il en voit une ! Ça me fait toujours rire.

        Il me dit toujours : " Mais qu’est-ce que tu fous, Belzébuth (c’est le nom étrange qu’il m’a donné) ? Depuis que tu es avec moi, il n’y a jamais eu autant de souris dans la maison. Ça m’embête, tu sais. On t’avait recommandé comme un terrible attrapeur de souris. Si ça continue, je vais être obligé de te renvoyer ! "

      Je lui réponds dans ma langue de chat (qu’il comprend ou pas) : " Oui, mais moi, je m'ennuie ici ! Et les souris, au moins, elles m’amusent. Je joue avec elles. Et elles adorent ça ! Tandis que toi, ru passes ton temps sur l'ordinateur, tu ne joues jamais avec moi. Alors, quand tu montes sur une chaise ou un escabeau pour attraper un dossier ou un livre, et que dès que tu vois une souris et fais la grimace, tu pousses des cris d'orfraie ! Et tu n'as plus envie de descendre ! Alors là, c'est bien les seuls moments où j’avoue que tu m’amuses ! "

        J’ai envie d'ajouter : « Dommage que ça n’arrive pas plus souvent ! Vivent les souris ! »


 

 


 

 

mardi 21 juillet 2026

21 juillet 2026 : canicules

 

CHALEUR : Toujours insupportable. Ne pas boire quand il fait chaud. 

Gustave Flaubert, Dictionnaire des idées reçues, Mille et une nuits, 1994)

 

 

                    Je me souviens des étés caniculaires de ma jeunesse, de mes vacances à Gouze  (petit village des Basses-Pyrénées, aujourd'hui Pyrénées Atlantiques, plus aucun département ne voulant être qualifié de Bas, sauf le Bas Rhin) chez mon oncle, ma tante et mon cousin où il faisait toujours chaud. A Cauna, dans les Landes, chez nous, ma grand-mère maternelle disait souvent : "C'est du feu !" Plus tard, pendant mes années étudiantes, j'étais moniteur à la colonie de vacances de Bedous dans la vallée pyrénéenne d'Aspe, et heureusement qu'on avait des arbres et qu'on emmenait volontiers les enfants en forêt. Je ne me souviens guère des jours de pluie, ni à Gouze, ni à Cauna, ni à Bedous. 

                    Plus tard, jeune homme, je vécus  l'été de la sécheresse à Auch, en 1976, avec peut-être quinze jours de vacances à Cère, dans les Landes où mes parents avaient émigré. Là aussi, ce fut caniculaire, mais ça ne nous empêchait, mes petites sœurs et moi, d'organiser des virées et des jeux dans la forêt landaise limitrophe avec baignade dans la rivière Estrigon pour se rafraîchir. Et on buvait pas mal d'eau, ne suivant pas du tout l'idée reçue signalée par Flaubert.

                   On n'avait pas cette météo toujours prête à nous débiter les effets de chaud presque à la minute près, en continu comme sur nos smartphones actuels... On acceptait le temps qui venait sans en faire tout un plat. Je me souviens d'être allé discrètement dans la forêt proche, me déshabillant intégralement et faisant une petite sieste sous les fougères, où parfois un petit coulis de vent un peu frais (ou qui me semblait tel) me donnait la chair de poule. Je ne me plaignais pas de trop de la chaleur. Ce sont plutôt les quelques étés pourris, frais et pluvieux, qui me/nous paraissaient anormaux !

 

                    Aujourd'hui tout le monde se plaint de la canicule, des incendies dévastateurs, du manque d'eau pour les plantes et pour les animaux. Mais personne ne se plaint des nuisances des piscines individuelles de plus en plus nombreuses, alors que l'on manque d'eau. Personne ne se plaint de l'excès des climatiseurs en activité, alors que j'ai vu et senti en 2020 à Basse-Terre en Guadeloupe la nuisance extrême de ces outils. Quand je travaillais là-bas de 1981 à 1984, seules les institutions (Conseil général, Préfecture, Archives...) étaient équipées ; le midi, deux fois par semaine, j'allais à pied de la Bibliothèque où je travaillais jusqu'à la salle de musculation où j'allais me détendre, à l'autre bout de la ville, un bon quart d'heure de marche. Pendant mon récent séjour, j'ai voulu refaire le même trajet. J'ai pu  en sentir les effets en longeant les trottoirs le long de toutes les maisons et immeubles d'appartements, la plupart équipés et rejetant dans les rues un air surchauffé très nuisible. Plus personne ne pouvait circuler à pied bien longtemps, donc il y avait davantage de voitures et les effets de chaleur étaient multipliés.

                    Alors, non à la climatisation généralisée qui doit jouer un rôle non négligeable dans le réchauffement climatique. Soyons sobre, là comme ailleurs. Nous vivons une époque terrible. Mais la canicule affecte davantage que nous les Palestiniens martyrisés et bombardés. Ils n'ont pas de piscines, eux, pas ou presque d'électricité, même pas d'eau courante et potable en suffisance, ils sont affamés par les oppresseurs et ne peuvent pas s'échapper. Les Libanais de même, les Iraniens idem, et tant d'autres peuples victimes de la vindicte des puissants de ce monde. Nous avons aussi nos souffre-douleurs : les SDF qui meurent en silence, les handicapés psychiques et physiques, beaucoup de nos vieillards solitaires et abandonnés, les femmes et les enfants battus et violentés, les pauvres et les misérables de notre temps...

                    Si la canicule nous fait du mal, pensons à eux qui en souffrent bien davantage ! 


 

                     

 

lundi 20 juillet 2026

20 juillet 2026 : des trains d'aujourd'hui...

 

Nous en sommes maintenant au billet dématérialisé, aux automates dans les halle de gares remplaçant les guichetiers en voie de disparition. Beaucoup moins loquaces, fréquemment hors service, ces robots ont déshumanisé les gares.

(Jean-François Troin, Même pas vieux !, L’Harmattan, 2023)

 

                    Décidément, les trains me jouent de sales tours en ce moment ! 

                    Fin mai, je rentre  de ma rencontre de Ferney-Voltaire où j'ai retrouvé mes enfants et leurs familles, à l'occasion de l'anniversaire de ma petite fille Sasha, 4 ans. Le trajet entre Ferney et Lyon, en TER, se passe bien. A Lyon, je prends le bus jusqu'à Montpellier, où je passe la nuit. Le lendemain, de nouveau le bus jusqu'à Toulouse. Puis, l'après-midi, le TGV de Toulouse à Bordeaux. Arrêt à la gare de Langon, non prévu. Au bout d'un quart d'heure, annonce au haut-parleur : "Une borne incendie à éclaté près de la voie que nous empruntons, entraînant une coulée de boue sur les rails. Nous sommes bloqués ! Pour vous dégourdir les jambes, on va vous ouvrir les portes, car la réparation peut durer longtemps, et distribuer des bouteilles d'eau." Résultat, le TGV ne bouge pas pendant trois heures. Puis il poursuit sa route en empruntant l'autre voie, et met 1 h 20 pour faire le chemin, 45 km parcourus à l'allure des trains du XIXème siècle ! Un TGV devenu TPV (Train à Petite Vitesse) !!!


ce jour-là, j'ai retrouvé un train de l'ancien temps

                    Fin juin : ma fille me réclame à Londres. J'en profite pour faire un arrêt à Paris pour assister à L'Assemblée générale de mon association de soutien à la Palestine, puis un deuxième arrêt à Amines, pour rendre visite à mon amie Catherine. Le lendemain, j'emprunte le TER Amiens-Lille, d'où je rejoindrai l'Eurostar (le train passant sous la Manche) qui m'emportera jusqu'à Londres. Heureusement que j'avais prévu large. Mon TER est supprimé, je dois prendre le suivant. Résultat, une heure de retard à Lille. J'avais envisagé cette possibilité, j'avais deux heures de battement entre les deux trains. Et mon train international avait une demi-heure de retard !

                    La veille du retour de Londres, je reçois un SMS signalant que mon Eurostar de retour jusqu'à Lille est supprimé. Affolé, je me fais aider par Lucile et Pierryl, plus aptes que moi à user du smartphone. Les quatre autres Eurostars de la journée sont complets. Ils m'en dégotent un (et font l'échange) pour le lendemain, 6 h du matin, tous les autres affichant aussi complet ; je devrai prendre un taxi pour me rendre à la gare. Mais les enfants me font changer aussi les billets de retour Lille-Paris et Paris-Bordeaux. On trouve un Lille-Paris, mais tous les Paris-Bordeaux affichaient complet aussi. Donc obligation de passer une nuit à Paris, heureusement que j'ai des cousins complaisants, je leur téléphone illico, ils me disent pas de problèmes, merci à eux ! Mais pour le lendemain, tous les trains de la journée étaient complets également. Je dis à Pierryl de m'annuler le billet que j'avais pris avant de partir (la SNCF me le rembourse, incroyable), et je lui dis : "Prends-moi un Flixbus, je rentrerai en autocar". Aussitôt dit aussitôt fait, il y avait de la place dans le Paris-Lisbonne qui faisait escale à Bordeaux !


 mais où sont les trains de mon enfance ?

                    Résultat des courses : je suis rentré avec deux jours de retard. Mais mon séjour londonien a été prolongé d'une journée. J'en ai profité pour baguenauder au centre ville, le long de la Tamise, et revoir la National gallery, où j'ai vu les salles des impressionnistes, des peintres vénitiens et admirer Turner. Heureusement que j'ai eu Lucile et Pierryl pour m'aider à faire tous ces échanges de billets ! Je leur dois un grand merci.

et je pensais à Mathieu et à son petit train en bois
 

                    Revenu ici, j'en ai parlé à des voisins qui m'ont dit : "Qu'est-ce que tu t'emmerdes à aller là-bas comme ça ? Prends l'avion, c'est plus rapide, et tellement simple !" Oui, mais c'est compliqué, l'avion Bordeaux-Paris atterrit à  70 km de Londres, et puis, écologiquement, c'est pas idéal : dans ce cas, pourquoi ne pas aller aussi en avion à Paris ou à Lyon ??? Avec le train, j'arrive au centre de Londres, d'où un métro direct m'emmène chez ma fille. Et vu les ennuis que j'ai eus avec l'Eurostar, je me demande si une prochaine fois, je ne tenterai pas plutôt le ferry qui traverse la Manche, comme à l'époque de mes premiers voyages en Angleterre, au début des années 70 ! Voilà qui me rajeunirait !!!