lundi 27 avril 2026

28 avril 2026 : deux chefs d'œuvre et une surprise

Je redécouvris cette grâce inégalable qui s’appelle santé. Ce nom désigne un corps et une âme qui s’entendent bien.

(Amélie Nothomb, Psychopompe, Albin Michel, 2023)

 

                    Ce week-end  s'est montré riche de surprises et j'ai bien fait de ne pas rester cloitré chez moi. J’avais appris qu'on projetait samedi au cinéma de Mérignac (où je n'avais jamais mis les pieds) L'empreinte, le documentaire qui raconte la course à pieds nus de Florent Gomet qui a suivi le cours du Danube, non seulement sans chaussures, mais aussi sans papiers, sans argent et en mangeant exclusivement cru. J'ai entendu parler de cet aventurier de la vie il y a cinq ou six ans. Je sais qu'il organise des stages, des jeûnes, des sessions d'hygiénisme. C'est un doux dingue comme je les aime. Je me suis procuré son livre La marche sans faim, 360 km de randonnée sans manger au Canada, que j'ai lu avec beaucoup d'intérêt en 2025. Cette marche de deux semaines de jeûne voulait attirer l'attention sur "les bienfaits du jeûne et les formidables capacités du corps humain que recèle chaque individu dès lors qu’il n’est pas affaibli par une hygiène de vie inadaptée". Cette marche qu'il a accomplie dans les années 2010 était le prélude à sa magnifique randonnée que nous montre L'empreinte, des sources du Danube jusqu'à la Mer noire. On y voit les difficultés de traverser l'Europe, et des pays peu accueillants (en particulier la Hongrie et la Serbie) pour un individu si différent de la moyenne. Le film, une aventure vécue hors du commun, m'a passionné et je vais m'empresser de commander le livre pour en savoir plus.  Et je n'exclus pas de m'inscrire à un de ses stages de jeûne, moi sui suis tellement horrifié par la surbouffe actuelle...

   

                    Dimanche matin, dans le cadre du Festival "Lire le cinéma", l'Utopia de Bordeaux projetait La dame de Shanghaï, le chef d’œuvre d'Orson Welles, que je n'avais vu jusqu'à présent qu'à la télé, et il y a fort longtemps. Ce fut une redécouverte où j'ai entraîné ma sœur Maryse. C'est à la fois un polar complexe et une histoire d'amour fou, où le héros (un marin baroudeur joué par le réalisateur lui-même), par amour pour une femme fatale et manipulatrice (jouée par Rita Hayworth), va se trouver piégé. Je n'en dis pas plus si vous ne l'avez pas encore vu, mais ne le ratez pas s'il repasse près de chez vous au cinéma ou si vous le voyez au programme à la télévision : chef d’œuvre absolu, dans un noir et blanc superbe et des scènes d'anthologie à couper le souffle ! 

 

                   Nous avons mangé au restaurant, et Maryse m'a laissé seul aller voir, toujours au cinéma, le retransmission en direct du Cid de Corneille, un spectacle hors les murs de la Comédie française, dans une mise en scène de Denis Podalydès. Benjamin Lavernhe joue le rôle-titre avec panache (le récit du combat contre Maures, rythmé par des roulements de tambour, est dit de façon étincelante). Mais tous les acteurs et actrices servent la pièce, que je suis content d'avoir revue. La salle de cinéma était pleine à craquer, le théâtre de la Porte Saint Martin aussi. Je ne sais pas Le Cid, avec ses alexandrins et le langage soutenu du XVIIème siècle, plaît encore aux générations actuelles... En tout cas, pour les vieux de la vieille comme moi, c'est un spectacle aux petits oignons, où j'attendais les vers archiconnus, les personnages hauts en couleur (le Comte, père de Chimène, Don Diègue, père de Rodrigue), les femmes qui se révèlent fortes dans ce monde d'hommes (Chimène, L'Infante), et les hommes, parfois au bord du ridicule (le roi par exemple), justifiant l'appellation de tragi-comédie que Corneille attribua à la pièce lors de sa publication.

                   Donc un week-end très culturel qui m'a rendu heureux ! 

 

     

 


vendredi 24 avril 2026

24 avril 2026 : Paris, nouvelle "vadrouille"

 La lune est ronde

Le bébé tend le bras

Pour l'attraper 

(Jean Annon, Poèmes pour mon fils, Autoédition, 2024) 

 

                    Me voici de retour de Paris, toujours magnifiquement reçu chez mes cousins par alliance François et Claire. Je les ai trouvés en pleine forme (du moins comme on peut l'être à notre âge), ainsi que ma condisciple Christine (id.), que je vois à chacun de mes passages dans la capitale. Le dimanche, j'étais à table avec la cousine Christiane, jeune sœur de François, et les petites-cousines, filles de Claire et François, Lily et Eve, et de leurs compagnons Youssef et Jean-Marc. Ce dernier a eu un manuscrit de roman accepté par Flammarion. Lily vient d'être reçue à l'agrégation d'histoire-géographie. Lily et Youssef sont partis ensuite faire une randonnée cycliste de Bordeaux à Sète le long du Canal latéral à la Garonne puis du Canal du Midi, Eve et Jean-Marc sont partis camper vers Arles. Je les reverrai cet été début août lors de la réunion annuelle traditionnelle de leur famille, cette fois en Normandie, dans le Calvados.

 

                    Avec Claire et François, j'ai vu un opéra, Platée, de Rameau, une pièce de théâtre, Le Testament du père Leleu, farce paysanne de Roger Martin du Gard, et deux films, Juste une illusion, des compères Nakache et Toledano, et La corde au cou, de Gus Van Sant. Autant de belles soirées. L'opéra de Rameau et la farce paysanne étaient des bouffonneries dont on est sortis le sourire aux lèvres. Le film français posait le problème d'un jeune adolescent de treize ans coincé entre les bousculades de son frère aîné, les difficultés de ses parents et le premier émoi amoureux : comment devenir grand ? Le film américain relate la façon dont le héros, victime de ce qu'il estime être une escroquerie financière de la part de sa banque, tente de se venger : il enlève un des courtiers responsables, mais comment va-t-il s'en sortir ?

 

                    Quant au Musée de la vie romantique, où m'a entrainé Christine et que je ne connaissais pas, situé à 400 mètres au sud du Moulin rouge, j'en ai vu les collections permanentes, et l'exposition en cours Face au ciel, Paul Huet en son temps. Ce peintre (1803-1869), portraitiste et paysagiste, m'a bien plu. Le Musée occupe l'Hôtel particulier Scheffer-Renan, rue Chaptal, qui fut le théâtre d'un salon littéraire, musical et artistique tenu tous les vendredis soirs, contient du mobilier d'époque, des dessins et peintures. Le peintre Ary Scheffer y recevait George Sand, Chopin, Liszt, Delacroix, et la fine fleur du mouvement romantique. On peut voir à l'extérieur un jardin d'hiver avec rocaille. J'étais tellement enchanté de la visite que je suis revenu chez mes cousins, sur la rive gauche, à pied, soit cinq bons kilomètres à travers Paris, du nord au sud. Il faisait beau, mais j'étais rompu à l'arrivée. J'oubliais que je n'étais plus si jeune ! J'en ai conclu que j'aurais bien du mal, aujourd'hui, à faire une randonnée de plusieurs jours à pied, surtout si elle comprend de la montagne... Adieu aux chemins de Compostelle !!! Je ne ferai jamais ce pèlerinage !

 

mardi 14 avril 2026

14 avril 2026 : accepter la différence

« Aie confiance dans l'âme humaine, frère Léon, et surtout n'écoute pas les gens sages. L'âme humaine peut l'impossible. »

(Nikos Kazantzakis, Le pauvre d'Assise==, trad. Gisèle Prassinos et Pierre Fridas, Presses Pocket, 1991)

 

                    J'ai l'impression qu'à force de fréquenter des gens hors du commun, dans la vie (par exemple les vieux en EHPAD, ou ceux/celles qui ont eu affaire à la psychiatrie dans les GEM - Groupes d'Entraide Mutuelle et associations du même type, les gens qui préfèrent la précarité au salariat, les étrangers, voire les SDF, etc.), dans la littérature (cf Le pauvre d'Assise, de Nikos Kazantzakis), au cinéma (cf récemment Compostelle, Sauvage et Plus fort que moi), je me sens si bien avec eux/elles que je finis par redouter de rencontrer les gens "normaux", surtout ceux qui se prétendent tels. Et qui sont en réalité normatifs, normalisateurs, qui mettent la réalité humaine, si variée, si riche de différences, en cases, et qui sont souvent racistes, méchants, trop cadrés pour moi. Je m'efforce de ne pas trop les fréquenter, et de rester presque muet en leur présence. Tant pis pour moi, je me prive peut-être.

                  Aussi suis-je allé voir ces temps-ci, pour compléter mon panorama de la différence deux films dans la lignée de Compostelle. Si dans ce dernier film, le héros était un jeune dévoyé jugé irrécupérable, dans Sauvage, l'héroïne est une jeune fille complètement à part, asociale, qui préfère se retirer dans les bois, et tandis que dans Plus fort que moi, le héros dont on suit la vie depuis l'adolescence, se révèle atteint d'un mal mystérieux qui l'amène à souvent se mettre à crier ou à émettre des insanités ordurières irrépressibles.

               Compostelle montrait le cheminement qui conduisait à une sorte de rédemption proche des paroles se François d'Assise dans le beau roman de Kazantzaki : on peut avoir confiance dans l'âme humaine !


                    Pareillement, dans Plus fort que moi, John, se trouve atteint dès ses douze ans d'un syndrome terriblement handicapant (et que même les médecins ne comprennent pas), qui va le reléguer dans une vie difficile, et qui va même disloquer sa famille : le père s'en va. La rencontre vers ses vingt ans de Dottie, la mère de son seul copain, infirmière psychiatrique, va mettre des mots sur son état de santé et va, surtout, le persuader qu'il peut s'insérer dans la société. John apprend à s'accepter et après des années de travail sur soi, à se faire accepter. Et de canard boiteux, il arrive à aider les autres atteints du même syndrome. Comme Compostelle, c'est une ode à la tolérance, un film qui nous touche profondément et, qui sait, peut être susceptible de nous faire mieux accepter les différences.

 

                  Par contre la jeune fille de Sauvage, Anja, ne trouve pas la route ni le chemin qui lui permettrait de s'adapter au monde. Ses parents vivent en communauté avec deux autres couples dans une vieille maison qu'ils ont restaurée en Ardèche. Ces néo-ruraux ont l'ambition de recréer un élevage de vers à soie. Tout se passe à peu près bien, sauf pour Anja, la fille de Sam et de Karl. La jeune fille s'isole, devient presque muette, finit par se cacher. Seule Sam, sa mère, arrive à garder un maigre contact. Ici, aucun jugement sur la vie en communauté,  ni sur le fait que Sam ne juge pas sa fille et la préfère en liberté dans les bois plutôt qu'en internement dans une maison psychiatrique. Le film est dur, dérangeant même pour qu'on accepte cet amour maternel si radical. Là, c'est plus difficile d'accepter un être si différent, même si l'Ardèche est magnifique, et j'ai trouvé le film fort intéressant.