Moustique : plus dangereux que n'importe quelle bête féroce.
(Gustave Flaubert, Dictionnaire des idées reçues, Mille et une nuits, 2000)
Dans mon atelier d'écriture du mois d'août, j'ai écrit le petit texte suivant que je devais sans doute méditer depuis des années. Et pourtant, cette année, les moustiques ne sont pas montés jusqu'à mon huitième étage ! Mais à Poitiers, justement, j'avais dormi chez des amis où j'avais été importuné pendant la nuit par une des bêtes féroces dont Flaubert à fait une de ses idées reçues les plus drôles ! ce qui m'a inspiré le texte suivant :
Moustique
C’est la nuit,
La nuit je dors.
Normalement !
Bzbzbzbzbzbz...
Je me réveille, diable, c’est un moustique. Normal, après la pluie d’hier. Et la fenêtre, que j’ai laissé ouverte, puisque la nuit, l’ai est un peu moins caniculaire… Et puis j’espérais peut-être que les étoiles viendraient me faire un clin d’œil et m’embrasser pour me régaler de songes ardents. La fenêtre, donc, a laissé entrer un moustique qui zinzinule à mon oreille sa chanson monotone ! Car il n’a as appris la musique, lui ! Ce n’est pas du Mozart, c’est plutôt du bruit.
Voilà qui me ramène quelques quarante années en arrière. Quarante-quatre, précisément. C’était les premiers mois de mon fils : je le surnommais justement Moustique, car son prénom commençait par M, et qu’il avait la particularité de ne pas nous laisser tranquille pendant les nuits. Vers 2 h de la nuit, puis vers 6 h du matin, il poussait des hurlements à réveiller un régiment. Pour qu’on le change ou qu’on lui approte un biberon.
Et je me levais, furieux et excédé, mais content aussi : il était vivant, au moins, et le faisait entendre. C’était notre Moustique à nous, c’est nous qui l’avions fait. Et on lui pardonnait volontiers ces réveils intempestifs!
Mais ce moustique actuel, bien plus petit, j’ai beaucoup de mal à lui pardonner. Je souffre de l’entendre. Pendant une vingtaine de minutes, il reste silencieux, sans doute pour digérer la pinte de sang qu’il s’est octroyée frauduleusement, puis au moment où je me rendors, voilà-t-y pas qu’il remonte sur son manège pour tourner autour de mes oreilles ! Je me dis : « Non, l’Enfer, ce n’est pas les autres, mais bien un moustique ! »
Et je rêve du Paradis où, si ça se trouve, on n’a pas besoin de dormir : et pas de bébés hurleurs ni de moustique zinzinulant ! Oui, mais il y a des Anges. Et ils sont nombreux, dit-on. Et, quand ils battent des ailes pour prendre leur envol, ça doit en faire, du boucan ! Et c’est peut-être bien désagréable ! Et, pensant à eux, je m’envole moi aussi, je plane dans les mystères du ciel, je survole les terres et les mers, je m’endors apaisé, quand…
Bzbzbzbzbzbz...
Pardi, il ne m’a pas oublié, le bougre, ou il a envie que je l’applaudis...
Allons, voyons le bon côté des choses. Je suis encore vivant. Parfois, avec ces diables de moustiques, j’ai envie de partir définitivement. Mais, depuis qu’un vieux monsieur m’a dit qu’il avait essayé de téléphoner à Saint Pierre et que la réponse sans appel était : « Désolé, c’est complet. Il faut attendre une dizaine d’années », je me suis dit : « Mon Dieu, et moi qui n’aime pas attendre, va falloir encore que je poireaute ! »
Et j’ai préféré conclure : « Vivent les moustiques ! »


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