dimanche 30 août 2026

30 août 2026 : bilan de l'été

C’était une de ces journées où on se demande ce qu’on fait là. On se réveille, on se lève, et voilà. On ne sait pas d’où on vient et où on va.

(Arthur Upfield, L’homme des deux tribus, trad. Michèle Valencia,10/18,1991)

 

 

                    L'été s'achève ou du moins le mois d'août, traditionnellement consacré aux vacances, et cette année comme les autres, aux travaux urbains et à la faible prégnance en ville de la circulation automobile, aubaine pour les cyclistes âgés comme moi. A condition d'éviter les chantiers, on arrivait à circuler sans problèmes, c'était presque trop beau de braver la canicule et de se mordorer bras et jambes. Je n'ai pas utilisé une seule fois de crème solaire et, pour l'instant, je ne m'en porte que mieux. J'ai gardé mes socquettes et ma casquette tout l'été, en déplacement (Normandie, Hérault, Poitiers) comme à Bordeaux. 

                    J'ai lu de bons livres : classiques (Anatole France, Mikhaïl Boulgakov, Salluste, Sénèque, Bashō, Thoreau) et contemporains (Fabrice Caro, Eric Vuillard,, Amélie Nothomb), et la lecture reste toujours pour moi un ressourcement et un enrichissement formidables. Pourvu que mes yeux ne me lâchent pas ! De  même j'ai profité de la canicule pour aller passer pas mal d'après-midis au cinéma et vu ou revu de bons films ; deux films de Jacques Tati, des films d'animation (Jim Queen, In waves, Le corset), le formidable film espagnol L'être aimé, le très beau film indien La dernière séance, plusieurs films japonais, tous excellents, et même un blockbuster d'après Homère... Bref pas eu le temps de m'ennuyer ni de m'échauffer trop. J'ai jamais autant pédalé que cet été, du moins à Bordeaux, comme quoi la canicule aussi a du bon, ne serait-ce que faire un peu d'exercice, et on a moins chaud à vélo qu'à pied !

 

                       J'ai un peu vagabondé : à Poitiers pour un très bon stage d'écriture, en Normandie pour une belle cousinade chez ma belle-famille, et dans l’Hérault où j'ai revu mon ami de Bédarieux et ma sœur, son mari et leur chien à Lamalou-les-Bains. Dans cette même localité, j'ai assisté à une représentation d'opérette, La veuve joyeuse, qui m'a un peu déçu. J'y suis allé en souvenir de ma grand-mère qui m'en avait beaucoup parlé, étant abonnée au Grand-Théâtre de Bordeaux entre les deux guerres. Seule la partie parlée de cette comédie "musicale" m'a plu, le chant était par trop démodé. Je ne suis pas étonné qu'une seule des chansons de cette opérette soit restée relativement célèbre : le duo Heure exquise qui nous grise...

                        Et j'ai continué mon bénévolat associatif, et en particulier mes lectures en Ehpad : mon cercle d'auditeurs.trices nonagénaires a eu droit cette fois à des extraits des Misérables de Victor Hugo, la rencontre du forçat Jean Valjean avec l'évêque de Digne, le rencontre de Jean Valjean avec Cosette envoyée par les Thénardier chercher nuitamment chercher de l'eau à la source, et la mort de Gavroche sur les barricades. Ce dernier épisode que je craignais de lire, puisque ça traite de la mort (sujet qui est un peu tabou à leur âge), les a beaucoup ému.e.s Sans doute la dernière phrase ("Cette petite grande âme venait de s'envoler") les a touché.e.s. Je vais continuer avec des lectures plus modernes ; je me suis pourtant aperçu que la prose de Victor Hugo est d'une beauté incomparable en lecture à haute voix. Mais je suis toujours étonné de les voir m'attendre avec impatience, et de voir leurs sourires, quand ils/elles ne s'endorment pas en cours de lecture. 

 

samedi 29 août 2026

29 août 2026 : des médecins français dénoncent l'inacceptable

 

Je pense depuis longtemps déjà que si un jour les méthodes de destruction de plus en plus efficaces finissent par rayer notre espèce de la planète, ce ne sera pas la cruauté qui sera la cause de notre extinction, et moins encore, bien entendu, l’indignation qu’éveille la cruauté, ni même les représailles de la vengeance qu’elle s’attire… mais la docilité, l’absence de responsabilité de l’homme moderne, son acceptation vile et servile du moindre décret public. 

(Georges Bernanos, Journal d’un curé de campagne, Flammarion, 2019)

 

                        Je n'ai plus envie d'être  éternellement docile, ni d'accepter avec servilité toutes les horreurs du notre temps, témoin ces médecins qui témoignent d'un des innombrables drames humains de Gaza. Veuillez, s'il vous plaît, si vous savez encore écouter, et ne pas vous contenter des sornettes des médias de Bolloré et de la presse en général, entendre ce témoignage de médecins français :

 

https://video.europalestine.com/w/7v9JBUd3grc8c4j6tVvfew?start=7s

 

                    Et battons-nous contre un état (le nôtre, hélas) qui condamne trop souvent les militants contre l'insoutenable sous l'accusation indécente d'apologie du terrorisme ! 

Free Palestine !

 

 

 

 


vendredi 28 août 2026

28 août 2026 : L'humanitude 2

L’âge décape bien des croyances. C’est même une partie majeure de ce que l’on appelle le dépouillement. Chaque journée apporte sa propre nuance au dépouillement. On ne doit pas s’en attrister, la joie est ailleurs.

(Jocelyne François, Car vous ne savez ni le jour, ni l’heure, Journal 2008-2018, Les Moments littéraires, 2022)

 

 

                    Je suis bon public : un film de plus de trois heures et des poussières ne me gêne pas (sinon quand le film est boursouflé comme le Ben Hur de William Wyler) et parfois j'y prends un plaisir intense, comme quand je fais un rêve lumineux. C'est le cas de Soudain, mon meilleur film de l'année, qui m'a profondément touché et qui fut d'ailleurs longuement applaudi, ce qui est rare en salle de cinéma (sauf dans les festivals). Les actrices qui jouent les deux magnifiques héroïnes ont obtenu le prix d'interprétation ex-æquo, car on ne peut les dissocier l'une de l'autre..

                    Le cinéaste japonais Ryūsuke Hamaguchi a superbement réussi son passage en France en filmant cet Ehpad où  la directrice Marie-Lou (Virginie Effira) essaie de mettre en œuvre avec son personnel et les résidents le concept d'humanitude (https://fr.wikipedia.org/wiki/Humanitude). Le film fait une large part au silence, car les résidents d'Ehpad ne sont pas bavards, certains ne parlant pas du tout. Donc, on entre ici de plain-pied avec les vieillards. Mais le film fait la part belle aussi avec les différences culturelles et à la rencontre avec le Japon. En allant un soir au théâtre, Marie-Lou fait connaissance de Mari, une  metteuse en scène japonaise en représentation à Paris (Tao Okamoto) et ce sera un coup de foudre amical qui va réunir les deux femmes. Mari cache sous son éternel entrain qu’elle se sait condamnée à brève échéance par la maladie. Marie-Lou, elle, veut faire de l’accompagnement humain, au niveau supérieur : prendre  en compte des personnes plutôt que de simples personnes âgées et donc accorder le temps, de l’attention et de la considération à chacun.e d'entre eux, ce qui est plus difficile que de leur imposer un management froid et technique largement inhumain. Elle se veut donc à mille lieues des méthodes technocratiques de notre monde libéral. Ce projet a des résonance fortes avec la scénographe japonaise, qui travaille aux frontières entre les problèmes mentaux et la prétendue normalité avec son comédien Goro Kiyomiya qui a amené avec lui à Paris son petit-fils autiste.

                        Inutile de dire que pour moi, qui fréquente des personnages âgées depuis longtemps, en les accompagnant jusqu'à la mort, qui fait du bénévolat en Ehpad depuis quelques années, qui, de plus participe à des groupes de gens qui ont eu affaire à la psychiatrie et sont largement exclus de la société, et qui fréquente aussi des migrants et des SDF, ce film ma parlé et même m'a bouleversé. Oui, ne plus traiter les résidents comme de simples patients quand ce n'est pas comme des légumes, favoriser leurs restes d'autonomie (la scène magnifique dans le film, où ils/elles se massent mutuellement les pieds et finissent par former un groupe vautré par terre et riant, témoigne de ce souci), non seulement rend la dignité aux résidents, mais rend aussi leur humanité aux soignants. Et je me suis aperçu que, dans ma vie personnelle, je pratiquais l'humanitude sans le savoir depuis longtemps. 

                        C'est un film sublime. Pour moi, le plus beau de l'année, et pourtant j'en ai vu beaucoup, de beaux films !