jeudi 3 septembre 2026

3 septembre 2026 : les petites histoire de Jipé 7

Moustique : plus dangereux que n'importe quelle bête féroce.

(Gustave Flaubert, Dictionnaire des idées reçues, Mille et une nuits, 2000)

 


                    Dans mon atelier d'écriture du mois d'août, j'ai écrit le petit texte suivant que je devais sans doute méditer depuis des années. Et pourtant, cette année, les moustiques ne sont pas montés jusqu'à mon huitième étage ! Mais à Poitiers, justement, j'avais dormi chez des amis où j'avais été importuné pendant la nuit par une des bêtes féroces dont Flaubert à fait une de ses idées reçues les plus drôles ! ce qui m'a inspiré le texte suivant :

 

Moustique

C’est la nuit,

La nuit je dors.

Normalement !

Bzbzbzbzbzbz...

Je me réveille, diable, c’est un moustique. Normal, après la pluie d’hier. Et la fenêtre, que j’ai laissé ouverte, puisque la nuit, l’ai est un peu moins caniculaire… Et puis j’espérais peut-être que les étoiles viendraient me faire un clin d’œil et m’embrasser pour me régaler de songes ardents. La fenêtre, donc, a laissé entrer un moustique qui zinzinule à mon oreille sa chanson monotone ! Car il n’a as appris la musique, lui ! Ce n’est pas du Mozart, c’est plutôt du bruit.

Voilà qui me ramène quelques quarante années en arrière. Quarante-quatre, précisément. C’était les premiers mois de mon fils : je le surnommais justement Moustique, car son prénom commençait par M, et qu’il avait la particularité de ne pas nous laisser tranquille pendant les nuits. Vers 2 h de la nuit, puis vers 6 h du matin, il poussait des hurlements à réveiller un régiment. Pour qu’on le change ou qu’on lui approte un biberon.

Et je me levais, furieux et excédé, mais content aussi : il était vivant, au moins, et le faisait entendre. C’était notre Moustique à nous, c’est nous qui l’avions fait. Et on lui pardonnait volontiers ces réveils intempestifs!

Mais ce moustique actuel, bien plus petit, j’ai beaucoup de mal à lui pardonner. Je souffre de l’entendre. Pendant une vingtaine de minutes, il reste silencieux, sans doute pour digérer la pinte de sang qu’il s’est octroyée frauduleusement, puis au moment où je me rendors, voilà-t-y pas qu’il remonte sur son manège pour tourner autour de mes oreilles ! Je me dis : « Non, l’Enfer, ce n’est pas les autres, mais bien un moustique ! »

Et je rêve du Paradis où, si ça se trouve, on n’a pas besoin de dormir : et pas de bébés hurleurs ni de moustique zinzinulant ! Oui, mais il y a des Anges. Et ils sont nombreux, dit-on. Et, quand ils battent des ailes pour prendre leur envol, ça doit en faire, du boucan ! Et c’est peut-être bien désagréable ! Et, pensant à eux, je m’envole moi aussi, je plane dans les mystères du ciel, je survole les terres et les mers, je m’endors apaisé, quand…

Bzbzbzbzbzbz...

Pardi, il ne m’a pas oublié, le bougre, ou il a envie que je l’applaudis...

Allons, voyons le bon côté des choses. Je suis encore vivant. Parfois, avec ces diables de moustiques, j’ai envie de partir définitivement. Mais, depuis qu’un vieux monsieur m’a dit qu’il avait essayé de téléphoner à Saint Pierre et que la réponse sans appel était : « Désolé, c’est complet. Il faut attendre une dizaine d’années », je me suis dit : « Mon Dieu, et moi qui n’aime pas attendre, va falloir encore que je poireaute ! »

Et j’ai préféré conclure : « Vivent les moustiques ! »


 

 





 

 

 

mardi 1 septembre 2026

1er septembre 2026 : Le 31 du mois d'août; chanson du mois

Ulysse […] n’est guère obsédé par cette ritournelle du XXIème siècle : « Le monde change ! Il faut l’accepter ! » Dans la pensée antique, on ne s’inflige pas ce pensum formulé par Hannah Arendt : « la dégradation obligatoire d’être de son temps ».

(Sylvain Tesson, Un été avec Homère, Éd. Des Équateurs, 2018)

 

 

                        Je me souviens que ma grand-mère maternelle chantait très biens ; quand elle nous emmenait cueillir les mûres en 1952 et 1953, elle nous chantait une chanson de marins célèbre, qui datait du temps du corsaire français Surcouf : Le 31 du mois d'août que nous apprécions vivement, mon frère aîné Michel et moi. Pour entamer le mois de septembre, ce sera donc la chanson du mois, en hommage à cette divine grand-mère qui nous a tant appris de la vie.

 

  

             Et bien sûr, ça me rappelle aussi aujourd'hui mes longs voyages en mer, particulièrement ceux de 2013 et 2015 sur des cargos. même si j'ai échappé aux pirates (on nous faisait visiter la salle où on devait se réfugier en cas d'attaque) et à la guerre...

 

Le trente et un du mois d'août
Nous vîmes venir sous l'vent vers nous,
Le trente et un du mois d'août
Nous vîmes venir sous l'vent vers nous,
Une frégate d'Angleterre
Qui fendait l'air et puis les eaux,
Voguant pour aller à Bordeaux 

{Refrain:}
Buvons un coup, buvons-en deux
A la santé des amoureux,
Buvons un coup, buvons-en deux
A la santé des amoureux,
A la santé du Roi de France
Et merde pour le Roi d'Angleterre,
Qui nous a déclaré la guerre !

Le capitaine, un grand forban,
Fait appeler son lieutenant
Le capitaine, un grand forban,
Fait appeler son lieutenant :
"Lieutenant, te sens-tu capable,
Dis-moi, te sens-tu z'assez fort
Pour prendre l'Anglais à son bord ? 
{au Refrain} 
Le lieutenant fier z'et hardi
Lui répond : Capitaine, z'oui
Le lieutenant fier z'et hardi
Lui répond : Capitaine, z'oui
Faites branl'bas à l'équipage
Je vas z'hisser not'pavillon
Qui rest'ra haut, nous le jurons.

{au Refrain}

Le maître donne un coup d'sifflet
Pour faire monter les deux bordées
Le maître donne un coup d'sifflet
Pour faire monter les deux bordées
Tout est paré pour l'abordage
Hardis gabiers, fiers matelots
Braves canonniers, mousses, petiots.

{au Refrain}

Vire lof pour lof en bourlinguant,
Je l'abordions par son avant
Vire lof pour lof en bourlinguant,
Je l'abordions par son avant
A coup de haches d'abordage
De pique, de sabre, de mousquetons,
En trois cinq sec, je l'arrimions

{au Refrain}

Que dira-t-on du grand rafiot,
En Angleterre et à Bordeaux,
Que dira-t-on du grand rafiot,
En Angleterre et à Bordeaux,
Qu'a laissé prendre son équipage
Par un corsaire de six canons
Lui qu'en avait trente et si bons ?

{au Refrain}

 

 

Pour l'écouter, deux versions aux paroles légèrement différentes :

https://www.youtube.com/watch?v=N0g0mfS3j6s 

https://www.youtube.com/watch?v= et Igvsl0HbUZA 

dimanche 30 août 2026

30 août 2026 : bilan de l'été

C’était une de ces journées où on se demande ce qu’on fait là. On se réveille, on se lève, et voilà. On ne sait pas d’où on vient et où on va.

(Arthur Upfield, L’homme des deux tribus, trad. Michèle Valencia,10/18,1991)

 

 

                    L'été s'achève ou du moins le mois d'août, traditionnellement consacré aux vacances, et cette année comme les autres, aux travaux urbains et à la faible prégnance en ville de la circulation automobile, aubaine pour les cyclistes âgés comme moi. A condition d'éviter les chantiers, on arrivait à circuler sans problèmes, c'était presque trop beau de braver la canicule et de se mordorer bras et jambes. Je n'ai pas utilisé une seule fois de crème solaire et, pour l'instant, je ne m'en porte que mieux. J'ai gardé mes socquettes et ma casquette tout l'été, en déplacement (Normandie, Hérault, Poitiers) comme à Bordeaux. 

                    J'ai lu de bons livres : classiques (Anatole France, Mikhaïl Boulgakov, Salluste, Sénèque, Bashō, Thoreau) et contemporains (Fabrice Caro, Eric Vuillard,, Amélie Nothomb), et la lecture reste toujours pour moi un ressourcement et un enrichissement formidables. Pourvu que mes yeux ne me lâchent pas ! De  même j'ai profité de la canicule pour aller passer pas mal d'après-midis au cinéma et vu ou revu de bons films ; deux films de Jacques Tati, des films d'animation (Jim Queen, In waves, Le corset), le formidable film espagnol L'être aimé, le très beau film indien La dernière séance, plusieurs films japonais, tous excellents, et même un blockbuster d'après Homère... Bref pas eu le temps de m'ennuyer ni de m'échauffer trop. J'ai jamais autant pédalé que cet été, du moins à Bordeaux, comme quoi la canicule aussi a du bon, ne serait-ce que faire un peu d'exercice, et on a moins chaud à vélo qu'à pied !

 

                       J'ai un peu vagabondé : à Poitiers pour un très bon stage d'écriture, en Normandie pour une belle cousinade chez ma belle-famille, et dans l’Hérault où j'ai revu mon ami de Bédarieux et ma sœur, son mari et leur chien à Lamalou-les-Bains. Dans cette même localité, j'ai assisté à une représentation d'opérette, La veuve joyeuse, qui m'a un peu déçu. J'y suis allé en souvenir de ma grand-mère qui m'en avait beaucoup parlé, étant abonnée au Grand-Théâtre de Bordeaux entre les deux guerres. Seule la partie parlée de cette comédie "musicale" m'a plu, le chant était par trop démodé. Je ne suis pas étonné qu'une seule des chansons de cette opérette soit restée relativement célèbre : le duo Heure exquise qui nous grise...

                        Et j'ai continué mon bénévolat associatif, et en particulier mes lectures en Ehpad : mon cercle d'auditeurs.trices nonagénaires a eu droit cette fois à des extraits des Misérables de Victor Hugo, la rencontre du forçat Jean Valjean avec l'évêque de Digne, le rencontre de Jean Valjean avec Cosette envoyée par les Thénardier chercher nuitamment chercher de l'eau à la source, et la mort de Gavroche sur les barricades. Ce dernier épisode que je craignais de lire, puisque ça traite de la mort (sujet qui est un peu tabou à leur âge), les a beaucoup ému.e.s Sans doute la dernière phrase ("Cette petite grande âme venait de s'envoler") les a touché.e.s. Je vais continuer avec des lectures plus modernes ; je me suis pourtant aperçu que la prose de Victor Hugo est d'une beauté incomparable en lecture à haute voix. Mais je suis toujours étonné de les voir m'attendre avec impatience, et de voir leurs sourires, quand ils/elles ne s'endorment pas en cours de lecture.