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Un journal d'en France : soliloques, rencontres et paysages

samedi 4 avril 2026

4 avril 2026 : la chanson du mois, Gaël Faye et Souad Massi

 

C’est essentiel de reconnaître en l’autre, en celui que je rencontre, celui qui est différent de moi. 
(Loïc Gicquel des Touches, Ce que dit la Bible sur la vieillesse, Nouvelle Cité, 2025)

 

                     J'ai écouté par hasard sur la radio la chanson de Souad Massi et Gaël Faye D'ici de là-bas, qui m'a beaucoup plu et que j'ai eu envie de partager. Comme il m'arrive de partager un livre, un film, une conversation, un sourire, une rencontre, car la vie n'est que partage. Le texte, c'est en deux langues (arabe/français). Mais ça m'a donné un peu de bonheur, en cette veille de Pâques.

 

 Pour écouter :

https://www.youtube.com/watch?v=njqqXusy4Ws

 

Paroles

Paroles
ملي جيت لهاذ الدني
إسقسوني على لون عينيا
وأمنين وأمنين أصلي منين
ما شافو واش غرست يديا?
والشمس تحرق فيا
ورجليا في الطين
في راسي حكايات فايضة
وفي أرضي كنوز راقدة
أعطيني قدر باش نولي حر
أنا منا او مليه
مكتوبى الريح يديه
أعطيني ربيع نعطيك زهر
Enfants des deux rives j'ai le cœur qui tangue
Fils du vent jamais ne jettera l'ancre
Là où je vais mes racines je plante
Ma bouche est l'écho de toutes les langues
D'ici de là-bas, je pars, je reviens le destin d'une vague
Dessiner le large, les couleurs Baya, la soif d'Assia Djebar
Le cœur qui bat qui parle et qui s'éveille
Au goût du sel de mer et du soleil
Ton sang le mien, rouge pareil
Ton sang le mien, oui sang rouge pareil
Je suis ce que tu me donnes
L'ignorance ou un morceau de pain
Des mémoires secrètes en nous dorment et résonnent
Nos ancêtres se tiennent par la main
قلي كي تبكي واش من اللون عندها دموعك كي تقطر
Ton sang le mien, rouge pareil
Ton sang le mien, oui sang rouge pareil
السلاح اللي يجرحك فيك ولا فيا دمي او دمك أحمر
Ton sang le mien, rouge pareil
Donne-moi une chance d'être libre
Je suis d'ici, de là-bas
Mon destin emporté par les vents
Donne-moi un printemps et je t'offrirai des fleurs
Des fleurs de toutes nos couleurs
قلي كي تبكي واش من اللون عندها دموعك كي تقطر
D'ici de là-bas
كي تضيق بيك الدنيا تتشبه ليا القلب إولي احجر
Je pars, je reviens le destin d'une vague
قلي كي تتجرح واش من اللون عندو دمك كي يقطر
Ton sang le mien, rouge pareil
السلاح اللي يجرحك فيك ولا فيا دمي او دمك أحمر
Je pars, je reviens le destin d'une vague

 

Publié par cyclo-lecteur à 20:53 Aucun commentaire:

mercredi 1 avril 2026

1er avril 2026 : les petites histoire de Jipé : 4

Le silence n’est pas une fin de non-recevoir ni une rupture. Il est même le test absolu, en amitié comme en amour. L’être avec qui on peut se taire en harmonie, c’est l’élu. 

(Amélie Nothomb, Psychopompe, Albin Michel, 2023)

 

                    Ma petite histoire se passe un 1er avril, mais ce n'est pas un poisson d'avril pour  autant !


Dessin de Gelluck 

Drôle de 1er avril 

        Ce 1er avril 1954, Piccolo (ainsi surnommé par sa mamie) revint de l'école vers 17 h. Il avait fait le chemin de l'école à la maison avec Francine, la fille des voisins, avec qui il était toujours dès qu'il pouvait, laissant son frère aîné prendre le chemin des écoliers avec les grands garçons. Piccolo ne les aimait pas trop, car ils étaient trop brutaux et ne disait que des gros mots. Avec ses 11 ans, Francine aussi était une grande : elle aimait bien le petit Piccolo, de trois ans son cadet, qui ne s'était jamais moqué d'elle, et qui était fier qu'elle lui donne la main pour rentrer à la maison. Le plus souvent, ils avançaient en silence. 

        Mais cette fois, Francine ne put s'empêcher de lui annoncer une grande nouvelle : 

            "Tu connais le bruit qui court dans le village ?"

            Piccolo répondit : "Non. Maman et Mamie n'aiment pas les commérages !"

        "Oh, mais c'est pas un commérage. C'est Dany elle-même, Dany, tu sais, la grande du certif, qui me l'a dit! Eh ben, elle court après Gilbert, qui prépare le certif aussi. Ils sont grands, ils ont treize ans".

         "Oui, et alors ?" 

        "Ben, elle m'a dit qu'ils étaient amoureux."

        "Oh, tu sais, elle peut toujours dire ça, et lui courir après. Mais elle est pas près de rattraper, car c'est le meilleur coureur des garçons de l'école !"

       Francine se mit à rire et même à éclater de rire. Piccolo ne comprenait pas, il n'avait rien dit de drôle ! Ils arrivaient, chacun entra dans sa maison respective, après s'être donné un petit bisou sur la joue.

       Comme toujours, Piccolo avait une anecdote à raconter pendant les repas. Et, pour le dîner, après la soupe, il demanda :

        "Je peux dire quelque chose, Mamie ? C'est un truc que Francine m'a raconté."

       "Oh, si c'est Francine, ça doit pas être quelque chose de bien méchant", dit la grand-mère qui connaissait son Piccolo et Francine aussi.

      "Oui, c'est pas méchant. Il paraît que le grand Gilbert, vous savez, le fils des voisins, qui habite un peu plus loin, dans la rue en face. Eh ben, Gilbert court après Dany, la fille de l'épicier. C'est Dany elle-même qui l'a dit à Francine !"

       "Et alors ?", demandèrent d'une seule voix Maman, Mamie et Joseph, le frère aîné.

        "Eh ben alors, vous comprenez pas ? Elle peut toujours lui courir après..."

        "Oui, et alors ?"

       "Eh ben, j'ai dit à Francine, que Dany peut bien lui courir après, elle le rattrapera jamais, c'est le plus rapide de l'école."

       "Que tu es naïf, mon garçon !", dit Mamie en souriant, tandis que Joseph éclatait de rire. "Dans l'expression courir après, courir n'a pas le sens habituel, viens avec moi dans ma chambre, pendant que Joseph va aider Maman à débarrasser la table et faire la vaisselle, je t'expliquerai..." 

        Et depuis, Piccolo s'est montré plus prudent dans les conversations. Il a même souvent évité de mettre son grain de sel et préféré le silence.

 

Publié par cyclo-lecteur à 14:02 Aucun commentaire:

lundi 30 mars 2026

30 mars 2026 : des gares et des hommes

La destruction de Gaza a, bien sûr, duré deux ans – mais ce n’était pas une guerre, c’était un génocide, la liquidation du ghetto de Varsovie en version XXL.

(Alain Brossat, Lundi matin, 16 mars 2026)

 

                        De retour d'un week-end à Poitiers, où j'ai tenté en vain d'oublier la situation internationale et l'imbécillité meurtrière de beaucoup de dirigeants internationaux, le silence assourdissant des grands médias, y compris les journaux locaux, et celui de nos propres dirigeants, j'ai été ravi d'être convié à l'anniversaire de mon jeune ami Frédéric (44 ans, il n'a qu'un mois de plus que mon fils). On n'a pas pu s'empêcher de parler de politique, de regretter que le droite soit revenue aux commandes, tant à Poitiers qu'à Bordeaux, les deux villes où j'aurai le plus longtemps vécu (22 ans à Poitiers, 1989-2011, et pour l'instant, autant maintenant à Bordeaux, 1945-1949, 1950-1951, 1965-1968, 2011-...) et qui avaient élu des maires écolos en 2020, à mon grand plaisir de cycliste et de piéton. Mais voilà, les gens leur reprochaient, ici comme là-bas, de faire la chasse aux voitures, empêchant ainsi les autos de stationner librement au centre ville !

                        Et quelle fut ma surprise en débarquant à Poitiers : la salle d'attente de la gare SNCF était fermée et va être remplacée par "VOTRE COMMERCE OUVRIRA BIENTÔT". Ce n'est pas la première fois que je peste contre les gares transformées en centre commerciaux : j'ai vu les changements opérés à Lyon Part-Dieu, Montpellier Saint Roch, dans les gares parisiennes (Montparnasse en particulier) ces vingt dernières années. Même les toilettes sont devenues payantes (1 € pour pisser, tout de même), les salles d'attente ont quasiment disparu, et les guichets de vente de billets de train sont devenus minuscules, et encore faut-il les trouver. En attendant qu'ils disparaissent et qu'on pénètre dans le monde numérique et inhumain qui nous attend. Les vieux dinosaures (ou vieux cons) de mon espèce n'ont qu'à bien se tenir. Mais je serai mort avant de voir tout ça.

                   En attendant la fin du monde (la fin de mon monde), je savais par mon militantisme pro-palestinien qu'il y avait une manif de soutien à la Palestine dans toute la France samedi après-midi. Comme j'allais donc louper la manif de Bordeaux, je pensais ben la remplacer par celle de Poitiers. Mais où allait-elle avoir lieu ? Arrivé samedi matin, je me balade dans la ville, pas une affiche l'annonçant ! Je fonce à la Bibliothèque municipale lire la presse locale. Pas un article dans l'un et l'autre journal régional ! J'interroge ça et là quelques Poitevins. Je savais que les soutiens à la Palestine étaient peu nombreux. Aucune des personnes n'en avaient entendu parler. En désespoir de cause, je débarque Place de la Mairie vers 14 h 15 et vois plusieurs attroupements : un mariage, un groupe de jeunes venus pour danser et enfin une dizaine de drapeaux palestiniens tenus à bout de bras. 

 

                        Un groupe d'une trentaine de personnes dans lequel je reconnais deux amies de la Maison de la poésie, association qui regroupait des poètes et des ami(e)s de la poésie et dont j'ai fait partie de sa création vers 2000 jusqu'à mon départ pour Bordeaux. Vers 14 h 30, nous partons à petits pas jusqu'à Notre Dame la Grande où il est prévu des discours. Nous scandons quelques slogans. Je regrette un peu nos cercles du silence (tous les mercredis ici, Place de la victoire) où nous nous mettons en rond à Bordeaux en tenant à bout de bras des pancartes expliquant nos points de vue. Le silence, presque oublié aujourd’hui, me paraît plus efficace que les vociférations. Arrivés devant Notre Dame la Grande, nous écoutons en silence les deux oratrices, dont les paroles modestes et justes nous donnent du baume au cœur. Non, nous ne sommes pas de ceux qui oublient les opprimés, les affamés, les bombardements, les tueries sans fin, les maisons détruites, les cheptels volés, les oliviers arrachés, les gens chassés de leurs terres, les enfants privés de classes, les prisonniers sans jugement, toutes les horreurs que les Palestiniens vivent depuis depuis 1947, et j'avais les larmes aux yeux.

                        Revenu à Bordeaux dimanche soir, j'ai cherché en vain dans les Sud-Ouest de samedi et de dimanche l'annonce de la manif, et ce matin, toujours pas un mot sur les manifs nationales. C'est à croire que le lobby pro-israélien est si puissant en France qu'il ne reste plus à voir, lire et entendre que leur propagande nauséabonde. Heureusement qu'il y a encore des associations de soutien aux Palestiniens pour faire entendre un autre son de cloche. En attendant qu'on les réduise au silence en les accusant d'antisémitisme...

 

 

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Retraité depuis 2006, ex-bibliothécaire, devenu nomade. Pratique le partage de la lecture, de l'écriture et de l'amitié. Livres publiés : Le Journal d'un lecteur : le Poitou-Charentes et l'Aquitaine à bicyclette. - Geste éditions, 2009. 16 € / D'un livre l'autre. - L'Harmattan, 2009. 17,50 € / Un rêve d'infini. - Les Amis de la poésie, 2010. 9 € / Le temps écorché, poèmes. - L'Harmattan, 2013. 12 € / Danse sur les flots, poèmes. - L'Harmattan, 2016. 15 € / Mais délivre-nous du mâle ! - Lamiroy, 2018. 4 €
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