l’injustice afflige ceux qui ont le cœur pieux.
(Ernst Wiechert, Le buffle blanc, trad. Sylvain Duclos, Le livre de poche, 2025)
On parle beaucoup de la sécheresse exceptionnelle de cet été, et c'est vrai qu'ici, à Bordeaux, il n'y a presque pas plu depuis la fin mai. Dans ma mémoire, il y a celle de 1976, qui avait débuté dès le mois de février ; j'habitais alors dans le Gers, et cet été très sec avait été suivi l'année suivante en juillet 1977, par une pluie catastrophique et une inondation terrible à Auch. Le centre ville avait été dévasté, des centaines de maisons et d'habitants évacués,et le nettoyage et la reconstruction avaient duré. Il y avait eu des morts. L'avenir nous dira si la sécheresse de cet été aura durci les sols comme en 1976, et si de grosses pluies peuvent de nouveau ne pas être absorbées par le sol et le sous-sol.
En tout cas, ce soleil excessif aura permis à la peau de mes bras et de mes jambes de devenir presque marron. Car bien sûr, je n'ai pas cessé de sortir et de circuler à bicyclette, de préférence à la fraîche (très relative) du matin et l'après-midi pour aller en ville faire une cure de cinéma dans les salles obscures. En dehors des périodes de randonnées cyclistes longues (sur plusieurs jours voire plusieurs semaines), je n'ai jamais fait autant de km à vélo que cet été. J'avoue que, sur ma bicyclette, je redoute davantage le mauvais temps, pluie, neige, vents, froid, et autres intempéries, que le bonhomme soleil qui me chauffe, m'éclaire, me sourit : d'ailleurs on a moins chaud à vélo qu'à pied ! Sur le vélo, je cours, je danse, je vole et je me venge des jours où il vaut mieux ne pas pédaler.
Donc je ne me plains pas. Par contre, je plains les plantes et tous les végétaux, les animaux, les oiseaux, qui souffrent de la soif. Je plains aussi les humains qui, par suite des sécheresses continues et aussi des guerres (comme à Gaza, au Liban, en Iran, en Ukraine, au Soudan et je vous laisse le soin de compléter la liste), non seulement souffrent plus abominablement que nous de la sécheresse et du réchauffement climatiques, mais chez qui s'ajoute la sécheresse de cœur des grands de ce monde, des inventeurs, fabricants et marchands d'armes et qui n'en peuvent mais. Et je plains aussi tous ceux, partout dans le monde, souffrent de la sécheresse de cœur universelle, enfants non désirés, battus, humiliés, harcelés, femmes sous la coupe de machos, hommes exploités dans beaucoup de métiers, handicapés physiques et mentaux, migrants, vieux et vieillards délibérément mis de côté, s.d.f., etc.
Oui, le monde va mal, il va plus mal que dans ma jeunesse, où pourtant, j'étais très introverti et n'avais que peu d'amis. D'abord parce qu'on est aujourd'hui au courant de tout, et surtout de ce qui va mal. Que la solitude des personnes en situation de difficulté est plus grande, malgré ou à cause des moyens technologiques de communication qui nous ferment au monde au lieu de nous ouvrir aux autres... A quoi sert d'avoir 3000 ami(e) sur un réseau social si en fait, on n'en a aucun en vrai ? Résultat, beaucoup de personnes citées plus haut sont dans un isolement extrême, des jeunes sont en grande souffrance, vont très mal. Ne parlons pas des très vieux, confinés dans des établissements spécialisés soumis au rendement économique.
Alors, ouvrons notre cœur, sortons de notre égocentrisme, et regardons du côté où ça va mal, et aidons au maximum les associations qui œuvrent dans le domaine social, participons nous aussi, s'il se peut Si nous ne pouvons pas grand-chose pour la sécheresse climatique, nous pouvons énormément pour amplifier les dégâts de la sécheresse du cœur



