Nous ne nous rendons plus compte que certains croupissent dans une misère dégradante, sans réelle possibilité d’en sortir, alors que d’autres ne savent même pas quoi faire d’autre de ce qu’ils possèdent, font étalage avec vanité d’une soi-disant supériorité, et laissent derrière eux un niveau de gaspillage qu’il serait impossible de généraliser sans anéantir la planète.
(Pape François, Laudate si’ : le souci de la maison commune, Parole et Silence, 2015)
Non, ne riez pas, j'ai bien lu, pour la première fois de ma vie (mais il faut un commencement à tout), une encyclique d'un pape, notre pape actuel : elle traite d'écologie et, ma foi, sa parole vaut bien celles des savants ou d'associations qui traitent du sujet. Je n'y ai pas trouvé une phrase à y retrancher mais beaucoup qui font réfléchir sur la vie actuelle et notre consumérisme outrancier et notre gaspillage insensé. Et pourtant, hélas, nous faisons baver d'envie tous les miséreux des pays pauvres qu'évoque le pape dans la phrase en exergue ci-dessus. J'ai bien vu le problème lors de mes voyages en Côte d'ivoire et à Madagascar : de tous les jeunes que j'ai rencontrés, tous rêvaient de venir en France. Et, avec le réchauffement climatique né de notre civilisation déboussolée, une partie de la jeunesse des pays du Tiers monde aura encore plus besoin de migrer et, déjà que nous accueillons fort mal les migrants actuels (l'Europe aurait même plutôt tendance à les refouler), nous risquons d'arriver au bord de l'explosion sociale.
Il est paru dans Sud-Ouest récemment, un article qui faisait une page entière sur le thème : bientôt le casque obligatoire pour tous les cyclistes. Bien entendu, je suis absolument contre, mon association de cyclistes, Vélo-Cité (défense et promotion du vélo au quotidien) aussi. Je me suis dit : "Le lobby du casque a encore frappé !" C'est qu'il y en a de l'argent à gagner, vu les nombreux cyclistes qui vont tête nue ou se contentent d'une casquette à visière comme moi. J'ai fait un rapide sondage en ville, 65% environ des usagers du vélo n'ont pas de casque sur la tête à Bordeaux ! Bien sûr, j'ai un casque chez moi. Mais il est encombrant, je l'ai utilisé lors du Tour du Lac Léman à vélo en 2017, car c'était obligatoire en Suisse. En France ça n'est obligatoire que pour les moins de douze ans et pour les coureurs cyclistes. Su ça devient obligatoire, je n'utiliserai plus le vélo.
Je me souviens de notre séjour aux Pays-Bas en 2000, où nous avons pu faire tout à fait librement pas mal de vélo, en toute sécurité et sans caques. Il semble que là-bas seuls 1% des cyclistes en portent un. Et pourtant il y a moins d'accidents graves qu'en France. Dans ce pays, la prévention est collective, les pistes cyclables immontrables, et nettement séparées des flux automobiles. Les pouvoirs publics misent sur l'éducation et la sécurité collective plutôt que sur l'obligation individuelle. Mais je pense qu'avec les nouveaux vélos à assistance électrique (je n'en aurai jamais un) qui vont à toute vitesse et dont la maîtrise reste plus difficile, le port du casque pourrait effectivement devenir obligatoire. Car ces engins son redoutables et causeront du tort aux cyclistes non électrifiés.
Et, pour en revenir au consumérisme, on pourrait aussi parler des téléphones mobiles actuels (smartphones et i-phones), devenus incontournables, et qui se vendent comme des petits pains, ces instruments sans cesse à la pointe du progrès, et dont il vaut mieux avoir la dernière mouture pour ne pas être dépassé (et sans doute pour mieux épater ses ami.e.s), ces instruments donc nous empoisonnent peu à peu l'existence par leur usage ininterrompu et souvent intempestif : réveils fâcheux pendant la nuit, utilisation importune et malpolie pendant les repas (au point que les repas en silence absolu dans les couvents me font rêver), dans les transports en commun, à bicyclette même ou en conduisant, pendant les spectacles, etc... On dirait que les gens ont peur du silence (très relatif, je dois dire, en ville) et sont devenus esclaves de cette machine.
Bon, je vais arrêter de faire le grincheux, d'autant plus que je me sens en pleine forme en ce moment (due peut-être à ce magnifique soleil qui m'inonde de sa lumière et de sa chaleur bienfaisantes)...



