mercredi 13 mai 2026

13 février 2026 : le poème du mois

 

Hâte-toi de bien vivre et songe que chaque jour est à lui seul une vie.

(Sénèque, Lettres à Lucilius, L’escalier, 2017)

 

 


                    J'en reviens beaucoup à Victor Hugo, en particulier depuis que j'ai entendu au théâtre le spectacle La Vision de Dante (dans La Légende des siècles), un long poème narratif. Dans ce même Petit théâtre des Chartrons  de Bordeaux, je vais d'ailleurs samedi prochain voir Une croisière en Durasie, sur des textes choisi de Marguerite Duras, qui reste pour moi une des grandes du XXème siècle. Je m'en régale à l'avance. J'ai choisi un petit poème de Hugo, un peu leste...                  

 

Elle était déchaussée, elle était décoiffée,
Assise, les pieds nus, parmi les joncs penchants ;
Moi qui passais par là, je crus voir une fée,
Et je lui dis : Veux-tu t’en venir dans les champs ?

Elle me regarda de ce regard suprême
Qui reste à la beauté quand nous en triomphons,
Et je lui dis : Veux-tu, c’est le mois où l’on aime,
Veux-tu nous en aller sous les arbres profonds ?

Elle essuya ses pieds à l’herbe de la rive ;
Elle me regarda pour la seconde fois,
Et la belle folâtre alors devint pensive.
Oh ! comme les oiseaux chantaient au fond des bois !

Comme l’eau caressait doucement le rivage !
Je vis venir à moi, dans les grands roseaux verts,
La belle fille heureuse, effarée et sauvage,
Ses cheveux dans ses yeux, et riant au travers.  

            Victor Hugo, Les Contemplations 

                    Puisse-t-il vous plaire et vous inciter à lire le recueil complet !

jeudi 30 avril 2026

30 avril 2026 : photos et photographies

 

Quand je pose pour un photographe, à mon malaise s’ajoute la gratitude : la photo suffira à prouver mon existence, il ne sera pas nécessaire de m’empailler.

(Amélie Nothomb, Psychopompe, Albin Michel, 2023)

 

                       J'avoue que, parmi la quinzaine de romans d'Amélie Nothomb que j'ai lus, Psychopompe est le seul dont j'ai relevé et noté plusieurs phrases. Je suis frappé, en effet, de voir les "selfies" proliférer sur les réseaux sociaux que je fréquente (en fait Facebook et WhatsApp). En fait, je ne fais moi-même pratiquement jamais de "selfies", estimant que je n’ai guère besoin de "prouver mon existence", et je ne pense pas avoir abreuver de ma bouille en photo les quelques lectrices et lecteurs de mon blog, ni dans mes rares apparitions sur Facebook ni WhatsApp

 

Groix

                Mais c'est l’usage du smartphone qui a développé cette propension à s'auto-photographier, comme je l'avais dit au dernier marchand d'appareils de photo à qui j'ai eu affaire. C'est à Venise à partir de 2011 que je me suis aperçu que la mode des "selfies" s'était aggravée avec l'usage des bâtons ou perches à selfies rétractables. Moi qui n'avais à l'époque qu'un téléphone portable ordinaire avec lequel je ne faisais jamais de photos, j'ai vu les personnes seules (ou même en duos ou trios) qui se tiraient le portrait en utilisant la fameuse perche, avec en arrière-fond le Pont des Soupirs, le Grand Canal et autres curiosités vénitiennes et envoyer ça illico pour vouloir dire : "J'y étais" ou "On y était", comme si leurs correspondants risquaient d'en douter.

Madagascar

                    Il m'est arrivé que l'une ou l'un d'entre eux, ou un couple, me passent l'appareil pour que ce soit moi qui fasse le travail. Il fallait alors m'expliquer comment cette étrange machine fonctionnait et sur quel bouton il fallait appuyer. Pendant mes voyages en cargo, j'avais pris mon appareil de photo et me suis très bien passé de smartphone. Je n'en suis pas mort. Quand j'ai acheté mon smartphone (ce n'est pas très vieux, en 2023), je me suis dit que désormais j'utiliserai cet appareil pour faire des photos. J'en ai parlé au vendeur qui m'a dit : "Attention, ça fait des photos, mais pas des photographies, rien à voir avec un bon appareil à l'ancienne. De plus, vous allez voir, c'est addictif, vous en ferez des centaines, voire des milliers, que vous regarderez une fois, ou pas".


près d'Amiens

                  Effectivement, au début, j'en ai fait pas mal : au fur et à mesure, j'éliminais celles qui étaient floues ou mal cadrées. Puis j'ai fait par n'en garder qu'une petite partie, car la plupart n'avait aucun intérêt ! Je les trouve moins belles que celles qui sortaient de mon modeste appareil de photo. Et je n'en garde pas beaucoup. D'ailleurs, j'en fais de moins en moins. Je suis toujours étonné de voir des personnes s'évertuer à vouloir me montrer leurs photos de voyages, alors que j'aime beaucoup les photographies de quelques ami(e)s que j'estime en tant que photographes. Il est vrai qu'ils/elles utilisent des appareils souvent très techniques et sophistiqués. Ils/elles font des photos à valeur esthétique ajoutée, qu'il s'agisse de paysages, de monuments, d'animaux, d'oiseaux, de portraits, etc.

Londres 

                    Finalement, pour moi, le smartphone sert finalement assez peu, en dehors de téléphoner, ce que je ne fais d'ailleurs pas beaucoup. Voilà. 

                De ces quatre photos ci-dessus, toutes de moi, une seule a été faite au smartphone, saurez-vous la reconnaître ?

 

 

 

lundi 27 avril 2026

28 avril 2026 : deux chefs d'œuvre et une surprise

Je redécouvris cette grâce inégalable qui s’appelle santé. Ce nom désigne un corps et une âme qui s’entendent bien.

(Amélie Nothomb, Psychopompe, Albin Michel, 2023)

 

https://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=306165.html
bande-annonce du film 

                    Ce week-end  s'est montré riche de surprises et j'ai bien fait de ne pas rester cloitré chez moi. J’avais appris qu'on projetait samedi au cinéma de Mérignac (où je n'avais jamais mis les pieds) L'empreinte, le documentaire qui raconte la course à pieds nus de Florent Gomet qui a suivi le cours du Danube, non seulement sans chaussures, mais aussi sans papiers, sans argent et en mangeant exclusivement cru. J'ai entendu parler de cet aventurier de la vie il y a cinq ou six ans. Je sais qu'il organise des stages, des jeûnes, des sessions d'hygiénisme. C'est un doux dingue comme je les aime. Je me suis procuré son livre La marche sans faim, 360 km de randonnée sans manger au Canada, que j'ai lu avec beaucoup d'intérêt en 2025. Cette marche de deux semaines de jeûne voulait attirer l'attention sur "les bienfaits du jeûne et les formidables capacités du corps humain que recèle chaque individu dès lors qu’il n’est pas affaibli par une hygiène de vie inadaptée". Cette marche qu'il a accomplie dans les années 2010 était le prélude à sa magnifique randonnée que nous montre L'empreinte, des sources du Danube jusqu'à la Mer noire. On y voit les difficultés de traverser l'Europe, et des pays peu accueillants (en particulier la Hongrie et la Serbie) pour un individu si différent de la moyenne. Le film, une aventure vécue hors du commun, m'a passionné et je vais m'empresser de commander le livre pour en savoir plus.  Et je n'exclus pas de m'inscrire à un de ses stages de jeûne, moi sui suis tellement horrifié par la surbouffe actuelle...

   

                    Dimanche matin, dans le cadre du Festival "Lire le cinéma", l'Utopia de Bordeaux projetait La dame de Shanghaï, le chef d’œuvre d'Orson Welles, que je n'avais vu jusqu'à présent qu'à la télé, et il y a fort longtemps. Ce fut une redécouverte où j'ai entraîné ma sœur Maryse. C'est à la fois un polar complexe et une histoire d'amour fou, où le héros (un marin baroudeur joué par le réalisateur lui-même), par amour pour une femme fatale et manipulatrice (jouée par Rita Hayworth), va se trouver piégé. Je n'en dis pas plus si vous ne l'avez pas encore vu, mais ne le ratez pas s'il repasse près de chez vous au cinéma ou si vous le voyez au programme à la télévision : chef d’œuvre absolu, dans un noir et blanc superbe et des scènes d'anthologie à couper le souffle ! 

 

                   Nous avons mangé au restaurant, et Maryse m'a laissé seul aller voir, toujours au cinéma, le retransmission en direct du Cid de Corneille, un spectacle hors les murs de la Comédie française, dans une mise en scène de Denis Podalydès. Benjamin Lavernhe joue le rôle-titre avec panache (le récit du combat contre Maures, rythmé par des roulements de tambour, est dit de façon étincelante). Mais tous les acteurs et actrices servent la pièce, que je suis content d'avoir revue. La salle de cinéma était pleine à craquer, le théâtre de la Porte Saint Martin aussi. Je ne sais pas Le Cid, avec ses alexandrins et le langage soutenu du XVIIème siècle, plaît encore aux générations actuelles... En tout cas, pour les vieux de la vieille comme moi, c'est un spectacle aux petits oignons, où j'attendais les vers archiconnus, les personnages hauts en couleur (le Comte, père de Chimène, Don Diègue, père de Rodrigue), les femmes qui se révèlent fortes dans ce monde d'hommes (Chimène, L'Infante), et les hommes, parfois au bord du ridicule (le roi par exemple), justifiant l'appellation de tragi-comédie que Corneille attribua à la pièce lors de sa publication.

                   Donc un week-end très culturel qui m'a rendu heureux !