jeudi 11 juin 2026

11 juin 2026 : Un conte soufi

N'attends pas que les événements arrivent comme tu le souhaites ; décide de vouloir les événements comme ils arrivent, et tu seras heureux.
(Épictète, Manuel, Thélème, 2011)

                     Je suis en train de lire Les 5 piliers de la sagesse (Albin Michel, 2025), de Frédéric Lenoir, dont j'avais déjà lu quelques livres, toujours avec beaucoup d'intérêt. C'est un livre de philosophie pratique, qui montre comment s'approcher de la sagesse. Il nous livre ici les pistes créées par les traditions anciennes, les penseurs antiques (Socrate, Épictète, Sénèque, Marc-Aurèle),  la sagesse orientale (bouddhisme en particulier, mais aussi taoïsme), ou encore religieuse (Bible et évangiles surtout), moyen-orientale (Rûmi, les soufis), occidentale (principalement Montaigne, Spinoza et Nietzsche). Je vous laisse découvrir quels sont ces cinq piliers. J'ai pensé beaucoup à Claire en le lisant.

 

                        Je vous livre ici un conte soufi que l'auteur cite  pour illustrer son propos.

 

Un étranger arrive devant la porte d'une ville et questionne un vieil homme assis devant la porte : 

Toi, vieux sage, tu dois bien connaître les habitants d'ici. Peux-tu me dire comment sont les gens de cette ville ? Sont-ils  accueillants, aimables, bienveillants ?"

Le vieil homme sourit, comme le font souvent les sages, et, au lieu de répondre, il retourne la question :

" Dis-moi, étranger, comment étaient les gens dans la ville d'où tu viens ?"

L'homme fait une grimace.

" Honnêtement, ils étaient désagréables, mesquines, égoïstes. Une vraie plaie."

Alors le sage lui répond :

" Eh bien, ici, tu trouveras les mêmes."

Un peu plus tard, un autres étranger arrive, pose exactement le même question. Le sage lui demande également :

" Et dans la ville d'où tu viens, comment étaient les gens ?"

L'homme répondit avec un grand sourire :

"Ils étaient accueillants, aimables, bienveillants."

Alors le sage lui dit : 

" Ici, tu les trouveras pareils."

Un vendeur de chameaux qui avait entendu les deux conversations s'approche, intrigué 

" Vieil homme, tu es un menteur ! Tu dis une chose à l'un, le contraire à l'autre ? Les gens d'ici sont-ils bons ou mauvais ?"

Et le sage de répondre calmement :

" Cela n'a aucune importance, car chacun porte le monde dans son regard. Celui qui est malheureux quelque part le sera partout. Celui qui est heureux en un lieu saura trouver le bonheur ailleurs."

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

mercredi 3 juin 2026

3 juin 2026 : la chanson du mois, Brassens/Le Forestier

Les hommes sont esclaves des normes. Quelqu’un leur a dit qu’il fallait être comme ceci ou comme cela, alors ils s’y efforcent et n’apprendront jamais quels ils furent et qui ils sont. Du coup, ils ne sont personne. Plus que tout, il faut oser être soi-même.

 (Milan Kundera, La Plaisanterie, trad. Marcel Aymonin, Gallimard, 1985)

 

                    Je viens de découvrir cette chanson écrite par Georges Brassens, et chantée par Maxime Le Forestier. Je n'ai pas oublié que l'école a été le creuset de la norme, en m^me temps que peut-être celui de la liberté, pour certains du moins. Mais pour la trouver, cette liberté de devenir soi-même, il fallait s'affranchir de la norme héritée de ses parents et de sa famille, de la bienséance qu'on s'inflige à soi-même, oublier d'être comme les autres et se frayer son propre chemin. C'est un parcours assez long, mais on peut y arriver. En tout cas, c'est ce que je souhaite à chacun de nous.

 


                La maîtresse d'école 

À l'école où nous avons appris l' ABC
La maîtresse avait des méthodes avancées.
Comme il fut doux le temps, bien éphémère hélas !
Où cette bonne fée régna sur notre classe,
Régna sur notre classe.

Avant elle, nous étions tous des paresseux,
Des lève-nez, des cancres, des crétins crasseux.
En n' travaillant exclusivement que pour nous,
Les marchands d' bonnets d'âne étaient sur les genoux,
Étaient sur les genoux.

La maîtresse avait des méthodes avancées :
Au premier de la classe elle promit un baiser,
Un baiser pour de bon, un baiser libertin,
Un baiser sur la bouche, enfin bref, un patin,
Enfin bref, un patin.

Aux pupitres alors, quelque chose changea,
L'école buissonnière eut plus jamais un chat.
Et les pauvres marchands de bonnets d'âne, crac !
Connurent tout à coup la faillite, le krach,
La faillite, le krach.

Lorsque le proviseur, à la fin de l'année,
Nous lut les résultats, il fut bien étonné.
La maîtresse, elle, rougit comme un coquelicot,
Car nous étions tous prix d'excellence ex-æquo,
D'excellence ex-æquo.

À la récréation, la bonne fée se mit
En devoir de tenir ce qu'elle avait promis.
Et comme elle embrassa cinquante lauréats,
Jusqu'à une heure indue la séance dura,
La séance dura.

Ce système bien sûr ne fut jamais admis
Par l'imbécile alors recteur d'académie.
De l'école, en dépit de son beau palmarès,
On chassa pour toujours notre chère maîtresse,
Notre chère maîtresse.

Le cancre fit alors sa réapparition,
Le fort en thème est redevenu l'exception.
À la fin de l'année suivante, quel fiasco !
Nous étions tous derniers de la classe ex-æquo,
De la classe ex-æquo !

À l'école où nous avons appris l' ABC
La maîtresse avait des méthodes avancées.
Comme il fut doux le temps, bien éphémère hélas !
Où cette bonne fée régna sur notre classe,
Régna sur notre classe.  

Pour écouter : https://www.youtube.com/watch?v=QdIj13--wLU&list=RDQdIj13--wLU&start_radio=1

 

mardi 2 juin 2026

2 juin 2026 : le poème du mois vient du Liban

 La médiocrité, c’est l’indifférence au bien et au mal,

(Georges Bernanos, L’imposture, Plon, 1927)

 

                    Voici un petit poème, récent, écrit par un Libanais, qui sait de quoi il parle, le Liba, étant actuellement attaqué par l'état le plus terroriste du monde en ce moment, avec la Russie. Mais au contraire de la Russie, sanctionnée par de nombreux autres états et par les institutions internationales, l'attaquant du Liban le fait en toute impunité... Et pas seulement au Libna, d'ailleurs. Les mots (entre autres) qui le définissent dans ses actes, et que je tire de ce beau texte : infâme, déluge, impuni, armes, sifflement, lie, poudre, morgue, drone, cendre, phosphore, chenilles... Jusqu'à quand ?

Ghassan Salhab (réalisateur libanais)- 

seul l’olivier, seul le pain, seul le thym, seule l’huile,
seule la vigne, seul le verbe, seule la danse, seul l’éclat,
seul le chant, seul le grain, seule la terre, seule la branche,
seule l’argile, seule la brise, seul le maquis, seule l’image,
seul un cri, seule l’aube, seuls nos pas, seule l’ombre,
seule l’averse, seul le rivage, seul le filet, seuls les battements,
seul le verbe, seules les fables, seul le sel, seul l’infâme,
seul le déluge, seules les statues, seul l’autel, seul l’impuni,
seules nos armes, seul l’impur, seuls les corbeaux, seuls les chardons
seule l’ogive, seul le sifflement, seuls les mortels, seul l’antre,
seules les heures, seule la pierre, seules les pages, seule la lie,
seule l’encre, seule la sève, seul l’enfant, seule la mère,
seul le cordon, seule l’aiguille, seul l’acier, seule la poudre,
seule l’odeur, seuls les brancards, seuls les couloirs, seule la morgue,
seules les mains, seules les tentures, seules les morsures,
seules les poutres, seul le verre, seule l’ouïe, seul l’agneau
seul le pollen, seule la prunelle, seul le drone, seule la cendre,
seule l’orée, seul le phosphore, seule la brune, seule la peau,
seuls les liens, seules les chenilles, seul le noyau, seules les ailes
seules nos entrailles, seuls nos boyaux, seules nos roses
seul l’écran, seule la voix, seuls les nuages, seule ton absence

paru dans lundi matin, 522, le 1er juin 2026, illustré par la photo suivante :