vendredi 20 mars 2026

20 mars 2026 : la vieillesse

 

J’ai téléphoné à Saint Pierre, il m’a dit que c’était complet.

(Un vieux monsieur - 91 ans - dans le tram à Montpellier)

 

                Lors de ma dernière vadrouille, comme toujours, j'ai rencontré plain de monde : mais je me suis aperçu que "les rencontres, quand elles doivent se faire, ont lieu par le plus beau des hasards et non par une recherche active" (Edmond Thomas, Plein chant). Ainsi je suis tombé dans la tram, entre l'arrivée du bus départemental qui venait de Pézenas et la place de la Comédie de Montpellier, trajet qui dure une bonne demi-heure, sur ce vieux monsieur couronné de cheveux blancs, qui s'est assis en face de moi. J'ai bien vu qu'il avait des difficultés à marcher et à rester debout. Et après cinq minutes d'observation, il me dit : "Mon bon monsieur, il fait pas bon vieillir !" Je lui réponds : "J'en sais quelque chose, je viens d'avoir 80 ans !" Il rétorque aussitôt : "Oh la la, vous n'êtes qu'un gamin, j'en ai 91, et de plus en plus de difficultés pour me déplacer ! J'en ai un peu marre. Alors, j’ai téléphoné à Saint Pierre, là-haut, et il m’a répondu que c’était complet. Vous vous rendez compte, ils ne veulent pas de moi, ils me laissent moisir ici et souffrit." Et, après un sourire tout de même, il a conclu: 'On devrait pas vivre si vieux..."

                    Cette très belle rencontre, dont le vieil homme  est sorti rajeuni, m'a-t-il semblé, s'est terminée par des effusions de nos mains qui m'ont fait chaud au cœur ; je serai volontiers resté encore un peu à papoter avec lui. Quand je fais de telles rencontres de hasard ici, à Bordeaux (comme j'en ai fait toute ma vie dans les lieux où j'ai vécu), ça débouche parfois sur une amitié qui dure. Sinon, ça reste éphémère, mais ça embellit mes déplacements.

                    En tout cas, ça m'a donné envie de relire le livre de l'Ecclésiaste dont le nom hébreu est Qohéleth), un des plus beaux de l'Ancien Testament et un de mas préférés (j'aime aussi beaucoup Job et les Psaumes). Il me souvenait d'y avoir lu de belles pensées sur la vieillesse et, comme chacun sait, je me ressource dans les livres de spiritualité tout autant que dans la poésie; 

 

QOHÉLETH (ECCLÉSIASTE) chapitre12

La vieillesse et la mort (traduction œcuménique)

Et souviens-toi de ton Créateur

aux jours de ton adolescence,

– avant que ne viennent les mauvais jours

et que n'arrivent les années dont tu diras :

« Je n'y ai aucun plaisir »,

– avant que ne s'assombrissent le soleil et la lumière

et la lune et les étoiles,

et que les nuages ne reviennent, puis la pluie,

au jour où tremblent les gardiens de la maison,

où se courbent les hommes vigoureux,

où s'arrêtent celles qui meulent, trop peu nombreuses,

où perdent leur éclat celles qui regardent par la fenêtre,

quand les battants se ferment sur la rue,

tandis que tombe la voix de la meule,

quand on se lève au chant de l'oiseau

et que les vocalises s'éteignent ;

alors, on a peur de la montée,

on a des frayeurs en chemin,

tandis que l'amandier est en fleur,

que la sauterelle s'alourdit

et que le fruit du câprier éclate ;

alors que l'homme s'en va vers sa maison d'éternité,

et que déjà les pleureuses rôdent dans la rue ;

– avant que ne se détache le fil argenté

et que la coupe d'or ne se brise,

que la jarre ne se casse à la fontaine

et qu'à la citerne la poulie ne se brise,

– avant que la poussière ne retourne à la terre, selon ce qu'elle était,

et que le souffle ne retourne à Dieu qui l'avait donné.
 
                     Chacun peut commenter ce texte à sa façon, y puiser des leçons de sagesse ou, comme moi, quand le temps de la vieillesse est arrivé, y trouver de quoi continuer à vivre dans ce moment délicat de la vie où les gestes et les paroles s'amenuisent et où on a l'impression de ne plus influer sur le cours de l'existence, si tant est qu'on ait pu le faire dans sa jeunesse ou dans son âge mûr. En tout cas, je vous recommande de lire l'Ecclésiaste (ou Qohéleth) si vous né l'avez jamais fait.
 
 
                    On y trouve les célèbres phrases vanité des vanités, tout est vanité ou Rien de nouveau sous le soleil.


 

mardi 17 mars 2026

17 mars 2026 : des monstres nous imposent leur guerre

 

11 septembre […] La différence, ce matin-là, est que ceux et celles qui tombèrent des tours et s’évanouir avec elles étaient des gens comme nous, pas des sauvages, pas des esclaves, pas des pauvres losers, pas des étrangers étranges et autres habitués de la mort […], dont les vies se sont brutalement et cruellement arrêtées, par un acte de Dieu, pas lui, mais l’autre.

(Serge Bouchard, Les yeux tristes de mon camion, Boréal, 2017)

 

                    Évidemment,  comme Israël a montré l'exemple en détruisant Gaza, sans que le reste du monde (grands états, ONU) ne lève le petit doigt, pourquoi va-t-on se gêner désormais pour enlever des chefs d'état (les USA et Maduro), pour continuer à affamer des peuples (Israël et Gaza, les USA et Cuba), à bombarder à tout va (la Russie en Ukraine, Israël à Gaza, au Liban et en Iran, les USA en Iran), à enlever, emprisonner, détruire et assassiner (Israël en Cisjordanie et peut-être au Liban). 

                    Ah, elles sont belles, nos démocraties, elles peuvent toujours critiquer les dictatures (et ne s'en privent pas) ! Mais qui les critique, elles ?  Elles sont blanches comme neige (Israël ne se targue-t-il pas d'avoir l'armée la plus morale du monde ?), et à la moindre critique, on est taxé d'anti-américanisme primaire ou d'antisémitisme.

                    Il est vrai que les armes se sont drôlement sophistiquées. On peut frapper sans perdre quasiment aucun homme, les drones, les missiles, les avions de chasse se chargent de la sale besogne en n'épargnant pas un bâtiment, une école, un hôpital supposés cacher d'affreux terroristes se dissimulant derrière un rideau de gens du peuple, d'enfants, de femmes, de vieillards probablement tous coupables de couvrir ces terroristes. 

 dessin de Karak

                    Mais qui dénonce le terrorisme d'état ? Je disais déjà il y a soixante ans que "Hitler avait gagné la guerre", puisque désormais les belligérants de tous bords font comme lui, sans foi ni loi... Et que, malheureusement, même le droit international (si laborieusement né après 1945)n'est plus qu'un mot vide de sens : il n'empêche pas les génocides, les crimes de guerre, les crimes contre l'humanité, la barbarie, de s'intensifier... Je ne pensais pas voir ça de mon vivant. Naïf que j'étais, à vingt ans, de croire au progrès spirituel, moral et intellectuel de l'humanité, à la sagesse des nations, à l'intelligence des gouvernants, au pacifisme, à la fraternité universelle, à l'amitié entre les peuples...

                    Maintenant, alors que j'approche de mes dernières années, je vois que tout ce que j'ai cru n'était que billevesées, que je vais laisser un monde pire que celui de ma jeunesse, où on pouvait croire encore à un monde meilleur. Et pourtant, je crois que la fraternité seule pourra sauver le monde. J'ai eu la chance d'avoir des amis (français, polonais, écossais, québécois, malgaches, marocains, etc.), qui m'empêchent de sombrer dans le désespoir. Heureusement, de nombreuses associations nous laissent un peu d'espoir ! Et les poètes sont porteurs d'espérance.

 

Écoutez le beau texte de Serge Pey sur les horreurs de la guerre et tous ceux qui ne veulent pas savoir !

https://mail.google.com/mail/u/0/?pli=1#inbox/FMfcgzQfCMwNkhNMKgBHVChtmrdkKkdG 

lundi 16 mars 2026

16 mars 2026 : la chanson du mois : Jacques Brel

En attendant, à vous autres, mes amis de l'ici-bas, face à ce qui m'arrive, je prends la liberté, moi qui ne suis qu'un histrion, qu'un batteur de planches, qu'un comédien qui fait du rêve avec du vent, je prends la liberté de vous écrire pour vous dire ce à quoi je pense aujourd'hui : Je pense de toutes mes forces qu'il faut s'aimer à tort et à travers.

Julos - nuit du 2 au 3 février 1975 - Ecrit après l’assassinat de sa femme par leur jardinier. (Texte dit par Claude Nougaro dans son album "Femmes et famines")

 

                     Après le poème, la chanson du mois, en espérant que je ne l'ai pas encore postée. Il se trouve que je suis allé voir et écouter diamanche aprèm le spectacle poétique Ballotté par les flots au Petit théâtre des Chartrons de Bordeaux. Le concepteur et acteur Henri Bonnethon réussit la gageure de raconter une histoire entremêlé de poèmes (Rimbaud, Apollinaire,Cocteau, Prévert, Verlaine, Ronsard, Rutebeuf, Christine de Pisan, Baudelaire) et de chansons dont le texte est dit mais pas toujours chanté (Trénet, Montand, Brel, Ferré) : ce Tourbillon poétique, sous-titre du spectacle, est tour à tour nostalgique, marrant, mélancolique et tout à fait réussi dans tous ces registres.

                Parmi les chansons choisies, figurait la chanson de Brel qui suit. Je me rappelle encore le Noël 1970, où j'avais intégré cette chanson dans notre spectacle familial ; je chantais Les bonbons et jouais avec une de mes jeunes sœurs dans le rôle de la femme aimée par le narrateur. Ma grand-mère (âgée de 75 ans) avait tellement ri qu'il avait fallu l'emmener rapidement aux toilettes pour aller faire pipi;   

 

                     LES BONBONS

 

J’vous ai apporté des bonbons
Parce que les fleurs, c’est périssable
Puis les bonbons, c’est tellement bon
Bien qu’les fleurs soyent plus présentables
Surtout quand elles sont en boutons
Mais j’vous ai apporté des bonbons

J’espère qu’on pourra se promener
Que madame vot’mère ne dira rien
On ira voir passer les trains
À huit heures, moi, je vous ramènerai
Quel beau dimanche, allez, pour la saison
J’vous ai apporté des bonbons

Si vous saviez c’que je suis fier
De vous voir pendue à mon bras

Les gens me regardent de travers
Y en a même qui rient derrière moi
Le monde est plein de polissons
J’vous ai apporté des bonbons

Oh, oui, Germaine est moins bien qu’vous
Oh, oui, Germaine, elle est moins belle
C’est vrai qu’Germaine a des ch’veux roux
C’est vrai qu’Germaine elle est cruelle
Ça, vous avez mille fois raison
J’vous ai apporté des bonbons

Et nous voilà sur la grand’place
Sur le kiosque on joue Mozart
Mais dites-moi qu’c’est par hasard
Qu’il y a là votre ami Léon
Si vous voulez que je cède la place
J’avais apporté des bonbon
s  


 Pour l'écouter : https://www.youtube.com/watch?v=PgYGt2-p3gA