mercredi 7 octobre 2026

7 ocobre 2026 : pluies !

La manifestation n’était pas autorisée, et après ? Nous ne voulions pas ouvrir une exploitation commerciale, pour avoir besoin de leur licence. Il s’agissait de manifester, un point c’est tout. Un droit intraitable.

(Erri De Luca, Le contraire de un, trad. Danièle Valin, Gallimard, 2004)

 

                      La pluie a débarqué hier, sans prévenir, sans causer d'inondations non plus, mais me faisant immédiatement regretter le soleil, car j'étais sur ma monture (le vélo), et j'ai juste eu le temps de me mettre sous un arbre, ce qui m'a quelque peu protégé... Comme il y a à peine une semaine, ça m'aurait un peu préservé de la chaleur. Mais bon Dieu, que c'est désagréable de rouler sous la pluie ! Évidemment, je n'avais pas pris mes vêtements de pluie (cape et pantalon couvrants), comme j'étais parti sous un ciel hyper bleu. Ce qui est amusant, c'est le dernier roman que j'ai lu : c'est Maigret au Picrat's, de Simenon, et il pleut tout le temps !!! 

 

                    La manif des lycéens qui, ici, partait à 11 h, était finie. Je n'ai pas senti l'odeur des gaz lacrymos que la police utilise à gogo. Le journal local a montré le cours Victor Hugo enfumé devant le Lycée Montaigne. L'autre jour, les motards coursant les lycéens sont passés à toute allure à 50 cm de moi devant le Centre commercial sur les chemins réservés aux piétons ; je n'ai eu que le temps de pousser la dame avec poussette contre le grillage et de m'y plaquer à côté d'elle pour les éviter. Vous croyez qu'ils auraient ralenti ? Non, ils faisaient du rodéo avec leurs grosses machines, comme les jeunes du quartier certains soirs. Mais là, on n'a rien à dire, ils font soi-disant régner l'ordre. J'ai apprécié d'avoir encore des réflexes.

                    Ils ont donc manifesté sous le soleil. Probablement dans la gaieté. Mais je les ai pas vus. Le mardi précédent, j'avais participé à la manif pour la défense des services publics (pompiers, hôpitaux, enseignants, etc., il y avait même des représentants d'un syndicat de policiers !). Peut-être que certains policiers n'aiment pas trop ce qu'on leur faire faire. Quant aux fauteurs de trouble et casseurs, je me demande parfois s'ils ne sont pas stipendiés par le pouvoir pour déconsidérer toute contestation. Pour avoir beaucoup lu Louise Michel, dans les manifs du XIXème siècle, il y avait dans les manifestations des provocateurs qui poussaient la police à intervenir manu militari pour arrêter les meneurs (dont mon héroïne qui était toujours en première ligne), mais jamais les casseurs de l'époque. Relire l'épisode de la barricade dans Les misérables de Victor Hugo.

                    Évidemment, les médias (presque tous détenus par des milliardaires) s'en donnent à cœur-joie. Plus il y a de casse, plus ils peuvent vomir leur bile sur les rares partis qui approuvent les lycéens. Plus la réaction va se profiler, et plus c'est bon pour un bon score de la droite aux prochaines élections. Rappelons-nous les résultats après mai 68 : un raz-de-marée, il me semble qu'on les a appelées les élections de la peur. C'est même tout bon pour l'extrême droite, ça, Coco ! Jean-Luc, t'as du souci à te faire. Déjà on vomit de partout sur ton parti ! Marine, le boulevard va être grand ouvert, on oubliera tes problèmes juridiques, tu seras aussi pure et vierge que Jeanne d'Arc ! 

 

dimanche 4 octobre 2026

4 octobre 2026 : la chanson du mois : Mamy blue

 Au malheur ne jamais donner toute la place

(Sopjie Fontanel, Capitale de la douceur, Seghers, 2023)

 

                    Comme chanson du mois, j'ai choisi celle qui sert d'accompagnement au générique d'un film français récent que j'ai beaucoup aimé et qui se passe à la campagne en Bretagne : Un grand raccourci. Mamy blue fut un gros succès de Nicoletta en 1971. C'est une chanson sur le deuil, assez rafraichissante.

 

 Mamy blue

{Refrain:} 

Oh Mamy! Oh Mamy, Mamy blue
Oh Mamy blue! {2x}
Où es-tu, où es-tu Mamy blue?
Oh Mamy blue! 

Je suis partie un soir d’été
Sans dire un mot, sans t’embrasser
Sans un regard sur le passé

Dès que j’ai franchi la frontière
Le vent soufflait plus fort qu’hier
Quand j’étais près de toi ma mère

{au Refrain}

Et aujourd’hui je te reviens
Oui, j’ai refait tout le chemin
Qui m’avait entraînée si loin

Tu n’es plus là pour me sourire
Me réchauffer, me recueillir
Et je n’ai plus qu’à repartir
{au Refrain}

La maison a fermé ses yeux
Le chat et les chiens sont très vieux
Et ils viennent me dire adieu

Je ne reviendrai plus jamais
Dans ce village que j’aimais
Où tu reposes  à tout jamais désormais

Oh Mamy! Oh Mamy blue!
Oh Mamy blue!


Pour écouter : 

par Nicoletta : https://www.youtube.com/watch?v=w5F30WeqUWc

par Dalida (en italien) : 

https://www.youtube.com/watch?v=gTMJtuAHtes&list=RDgTMJtuAHtes&start_radio=1

 

samedi 3 octobre 2026

3 octobre 2026 : le poème du mois, Baudelaire

 ― Tu as pris le soleil. Pourquoi souris-tu ?

― Mon grand-père m’a appris à répondre : je n’ai rien pris, je l’ai reçu en cadeau.

(Erri De Luca, Les règles du mikado, trad. Danièle Valin, Gallimard, 2024)

 

                     Comme Baudelaire dans ce poème, j'ai toujours été ivre : 

    * ivre de soleil, d'où cet été merveilleux que je viens de passer

    * ivre de solitude, d'où le plaisir que me procure la balade à vélo ou la méditation

    * ivre de joie, dans la rencontre et la sollicitude auprès de mon prochain 

   * ivre de découvertes de toutes chose, nouveaux paysages, ami(e)s, livres, films, chants, jeux,  et tout ce qui fait le charme et la variété de la vie

    * ivre du petit jour dans l'aube naissante

    * ivre de nuit étoilée, du vent fébrile, d'herbe fraîche, de caresse d'oiseau et du toucher d'un tronc d'arbre

    * ivre de vivre, et d'apporter un peu de vie aux autres 

                    Et maintenant, lisons ce poème en prose de Baudelaire ! 

 

 

ENIVREZ-VOUS 

Il faut être toujours ivre, tout est là ; c'est l'unique question. Pour ne pas sentir l'horrible fardeau du temps qui brise vos épaules et vous penche vers la terre, il faut vous enivrer sans trêve.

Mais de quoi ? De vin, de poésie, ou de vertu, à votre guise, mais enivrez-vous !

Et si quelquefois, sur les marches d'un palais, sur l'herbe verte d'un fossé, vous vous réveillez, l'ivresse déjà diminuée ou disparue, demandez au vent, à la vague, à l'étoile, à l'oiseau, à l'horloge ; à tout ce qui fuit, à tout ce qui gémit, à tout ce qui roule, à tout ce qui chante, à tout ce qui parle, demandez quelle heure il est. Et le vent, la vague, l'étoile, l'oiseau, l'horloge, vous répondront, il est l'heure de s'enivrer ; pour ne pas être les esclaves martyrisés du temps, enivrez-vous, enivrez-vous sans cesse ! De vin, de poésie, de vertu, à votre guise.  

(Charles Baudelaire, Le spleen de Paris, 1869) 


                    Vous l'aurez compris, j'ai beaucoup aimé aussi le roman d'Erri De Luca qui raconte l'histoire de la rencontre entre un vieux monsieur et une toute jeune gitane de quinze ans fuyant son clan pour ne pas être mariée de force.