dimanche 16 août 2026

16 août 2026 : la chanson du mois, y a d'la joie (Les Goguettes)

Si nous ne faisons rien, au moment où nait un souhait, peut-être qu'au bout du compte il disparaîtra avec nos sentiments.

(Michiko Aoyama, Un jeudi saveur chocolat, trad. Alice Hureau, J'ai lu, 2023) 

 

                    Me voici rentré de mes vacances qui m'ont mené en Normandie (où j'ai trouvé une fraîcheur relative, entre 27 et 32° l'après-midi, mais il y avait peu de vaches dans les prairies calcinées), puis dans l'Hérault (où là, il faisait entre 34 et 37°) pour finir par une courte escale dans une Toulouse caniculaire. Comme Bordeaux ! Arrivé vendredi soir, une fois rangé et nettoyé mon linge sale, j'ai fait les courses hier matin dans le nouveau supermarché du quartier qui avait ouvert le jour de mon départ : il n’y a pas de tout, mais c'est mieux que rien, alors que depuis la fermeture de notre Auchan, je devais faire un bon km à pied chaque semaine, avec mon caddy souvent surchargé. Mais ça a dû me maintenir en forme, car tout le monde me dit que je ne fais pas mes 80 ans (oh ! les hypocrites !).

                     Pour découvrir à mon retour que mon smartphone, que je tenais à la main, et qui m'avait échappé à la caisse, s'était éteint et avait perdu le petit bouton-pressoir qui permettait de l'allumer. Donc impossible de l'allumer. Je vais chez Bouygues pour en changer. Ils me proposent un nouveau contrat, plus avantageux, mais pour modifier le contrat, ils me demandent ma carte d'identité, pour être sûrs  qu'il est bien à moi, que je ne suis pas un usurpateur. Sauf que le contrat était au nom de Brethes Jean Pierre sans trait d'union entre Jean et Pierre. Or, la machine ne me reconnait pas. Il me dit : "Je ne peux rien faire, la pièce d'identité doit être identique au contrat !" Bref, je n'achèterai pas le smartphone chez eux et je garderai mon ancien contrat... Et je ré-achèterai un smartphone reconditionné !

                    Eh bien, malgré ça, j'ai réussi à garder ma bonne humeur et à me dire : "Pense aux habitants de Gaza ! Eux ont réellement à se plaindre, mal logés, mal nourris, privés d'eau, bombardés..." Et j'ai pensé à la chanson de Trenet Y a d'la joie, dont j'ai trouvé sur youtube une parodie chantée par les Goguettes, dont ma sœur et mon beau-frère de Lamalou-les-Bains m'avaient fait découvrir quelques chansons se moquant des homes et femmes politiques.

pour l'écouter, c'est ici :

https://www.youtube.com/watch?v=NW7aHPIfmMM&list=RDNW7aHPIfmMM&start_radio=1  


samedi 25 juillet 2026

25 juillet 2026 : canicule et vélo

 — Quel pessimisme !

Non, Maurice, mais seulement la douce et souveraine mélancolie que donne la réalité vue de face.

(Michel Serres, Nouvelles du monde, Flammarion, 1997)

 

 

                    Madame de La Canicule et sa fille Mademoiselle Calor sont passées de mode. Il n'est question, depuis deux jours, que des forcenés Monsieur de L'Incendie et de sa fille Madame Fumée. On nous en raconte des vertes et des pas mûres. Journaux, radios et chaînes de télé ne savent où donner de la tête : est-ce la faute d'imprudents causant des feux accidentels, de pyromanes écervelés, voire de terroristes incendiaires, ou d'un gouvernement imprévoyant et des canicules successives ? Les commentateurs ne savent où donner de la tête, les bons vieux masques FFP2 ressortent de l'ombre, les images des flammes de l'enfer tournent en boucle, les médias hérissent les poils des peureux qui ne savent plus où se cacher, et le comble est que le Tour de France cycliste ne fait plus que pâle figure, pas aussi photogénique que les arbres calcinés, la forêt en flammes, les animaux désemparés et les évacués penauds.

                    Pour ma part, j'ai appris il y dix-sept ans que quand un grand malheur nous frappe, il ne faut pas rester enfermé chez soi. C'était le conseil du médecin, capable de soigner l'âme aussi bien que le corps. C'est aussi regarder la réalité en face, s'ouvrir à elle, s'apercevoir qu'on n'est pas tout seul, que d'autres ont connu ou connaissent pire, qu'on peut les aider, et qu'en aidant son prochain, on s'aide soi-même. Et, en sortant de chez soi, on fait de l'exercice physique, ne serait-ce qu'un ou 2 km à pied pour acheter son pain quotidien, ou pour ceux comme moi qui aiment le vélo, 5 à 10 km de promenade... On peut ainsi assister au lever du soleil (ou à son coucher), observer les fleurs, les oiseaux, faire une belle rencontre (ou pas) : une vieille dame qui promène son chien, des coureurs qui font leur jogging, quelqu'un qui embrasse un tronc d'arbre, un monsieur qui lit en marchant, une dame qui tricote sur un banc, des enfants qui jouent à la marelle ou au ballon, des amoureux qui se croient seuls au monde (et qui le sont peut-être), toutes choses qu'on ne voit pas en restant enfermé chez soi.

                Moyennant quoi, depuis mon retour d'Angleterre, le 1er juillet, j'ai parcouru 380 km en seulement 19 jours où j'ai pris mon vélo, soit une moyenne de 20 km par jour. La canicule et la chaleur ne m'ont pas empêché de rouler, ni la fumée du Cap Ferret qui est venue brouiller le ciel de Bordeaux hier et dont l'odeur persiste aujourd'hui. On a moins chaud en roulant à vélo qu'en marchant à pied, je me tue à le dire à tous mes amis, surtout à ceux qui ne font pas de véloÉvidemment je roule doucement et sur du plat. Je fais des parcours modérés et non pas des étapes longues et montagneuses comme les coureurs du Tour. Je n'ai donc pas à forcer ni à devenir très chaud. Le coulis d'air que je traverse fait même comme un petit vent qui me rafraîchit.


 

                     

 

 

vendredi 24 juillet 2026

24 juillet 2026 : de la bienveillance

 Le matin, j'émerge de mes rêves, le plus heureux des anges

Je me couche le soir, un vrai salaud.

Qu'ai-je fait entretemps ?

J'ai fréquenté les hommes […]

(Abdulah Sidran, Sarajevo, 1994)

 

                     Je me pose sans cesse des questions maintenant, faisant sans doute le bilan de ma vie, comme le fit Verlaine lorsqu'il fut enfermé en prison : 

Dis, qu’as-tu fait, toi que voilà,

De ta jeunesse ?

                   Certes j'ai beaucoup vécu, bien plus longtemps que le poète, j'ai atteint la grande vieillesse (je crois qu'on peut dire ça, à 80 ans, même si ce n'est pas encore la très grand vieillesse) ; et j'ai peut-être été moins indiscipliné que lui, je ne pense pas avoir fait beaucoup de mal à un ami ou à un proche, j'ai beaucoup plus aimé mon prochain que je ne l'ai haï, je me suis occupé des autres parfois plus que de moi-même, j'ai fait mon métier professionnel avec rigueur, et mon métier d'homme, de mari et de père du mieux que j'ai pu.  Mais est-ce suffisant ?  

                     Par exemple, ce matin, alors que je me promenais à vélo, j'ai vu un SDF particulièrement en piteux état, je ne me suis pas arrêté, alors que je garde dans mon porte-monnaie toujours quelques pièces de 2 €, sur mon visage un sourire bienveillant, et que ma main est toujours prête à serrer la leur, et ma bouche à leur dire quelques mots. Rien. Je suis resté muet, mes mains sont restées sur le guidon, mon regard s'est vite détourné, l'argent est resté dans mon sac et j'ai continué mon chemin, "honteux comme un renard qu'une poule aurait prix" ! Certes, "on ne peut pas accueillir toute la misère du monde", comme le proclament (sans honte, eux) ministres et présidents. Et j'ai connu des gens qui m'ont dit (à plusieurs reprises) : "Tu encourages la mendicité !" 

                    Pourtant, le message du Christ est clair, et je me sens tenu de le suivre quand il nous dit ; "Car j'ai eu faim, et vous m'avez donné à manger ; j'ai eu soif, et vous m'avez donné à boire ; j'étais étranger, et vous m'avez recueilli ; j'étais nu, et vous m'avez vêtu ; j'étais malade, et vous m'avez visité ; j'étais en prison, et vous êtes venus vers moi" (évangile de Mathieu, chapitre 25). Or, ce matin, je n'ai rien fait de tout cela et je me dis, comme Verlaine, "qu'as-tu fait, toi que voilà, de ta matinée" (pour ne pas dire de ta vieillesse), tu te comportes comme un complet égoïste, comme le "vrai salaud" du poème en exergue. Tu pouvais le faire et tu ne l'as pas fait. 

                 Quelle différence avec l'autre jour (il est vrai que tu étais à pied) où un autre mendiant étant assis à terre, tu as pris place assis à coté de lui, tu lui as serré les mains, tu lui as demandé comment il en était arrivé là, s'il avait dormi dehors, comment il se sentait et tu lui as donné un petit billet. Il t'a remercié du fond de son cœur et t'a souri en te serrant les mains à son tour. Ce jour-là, il t'avait semblé avoir levé le voile sur un petit coin de paradis. Mais, en même temps, peut-il y avoir un paradis sur terre ? Alors que les marchands d'armes, les politiciens de tous bords, les maîtres de la finance et leurs suppôts, militaires, policiers, ne songent qu'au pouvoir et à la force...

                 Quelquefois, je me dis qu'en partant, je ne regretterai pas ce monde où la bienveillance, la douceur, la paix, la soif de justice, l'amour du prochain, la miséricorde, l'humanité, la générosité, la solidarité, l'entraide sont le plus souvent absents. Mais je peux me tromper, et rencontrer un juste qui me fera dire : peut-être qu'il suffit d'un seul juste pour rendre le monde plus vivable.

le bon Samaritain (évangile de Luc, 10, 29-37)