mardi 30 avril 2024

30 avril 2024 : Candide a visité la bande de Gaze

 

« Je pense depuis longtemps déjà que si un jour les méthodes de destruction de plus en plus efficaces finissent par rayer notre espèce de la planète, ce ne sera pas la cruauté qui sera la cause de notre extinction, et moins encore, bien entendu, l’indignation qu’éveille la cruauté, ni même les représailles de la vengeance qu’elle s’attire… mais la docilité, l’absence de responsabilité de l’homme moderne, son acceptation vile et servile du moindre décret public. »

(Georges Bernanos, Journal d’un curé de campagne, Flammarion, 2019)



Voici un texte de Nathalie Quintane ; décidément, ça me plaît de plus en plus de lire des écrivaines. En tant que femmes, elles en connaissent un rayon sur l’oppression. Et elles savent donc parler de la beauté de la vie à Gaza en ce moment avec élégance et style. Je vous propose le texte suivant paru sur internet et qui remettent les idées en place sur ce qui passe à Gaza, où Israël, ce pays si démocratique, ne fait pas le moindre mal !

La bande de Gaze
à Manuel Joseph

Dans la bande de Gaze, les routes ne sont pas impraticables et le boulevard qui longe la mer n’est pas défoncé, il longe la mer.

Il y a de l’eau, de l’eau potable, de l’électricité et des toilettes. On va aux toilettes dans la bande de Gaze, elles ne sont pas bondées, il y a des kits d’hygiène et chaque personne a sa propre salle de bains, chaque personne n’est pas traitée comme une ordure.

L’accès à Internet n’a pas été coupé car les bombardements sont loin d’être incessants et il n’y a guère de pénuries d’énergie. On peut donc accéder aux informations vitales et même appeler les premiers secours.

De même, on peut retirer tout l’argent que l’on veut puisque les banques n’ont pas été détruites.

Les habitants de la bande de Gaze n’ont pas été déplacés, ils continuent d’habiter dans leurs maisons non-détruites, non-incendiées, tout comme leurs véhicules sont non-détruits, non-incendiés. Tout n’a pas été aplati.

Par conséquent, on ne peut pas dire non plus que des cimetières ont été rasés et que les corps de différentes tombes se soient mélangés — et personne ne s’est filmé en train de dédier la destruction d’un immeuble à sa fille pour son anniversaire.

Dans le même ordre d’idées, on n’a pas enterré vivants des blessés ou des malades dans la cour de l’hôpital où ils étaient hospitalisés, on n’a pas mis le feu à ce qui reste comme provisions aux habitants non-morts d’un quartier non-dévasté, on n’a pas filmé des civils presque nus et agenouillés dans la rue et quand par hasard on a exhumé quelques corps de la bande de Gaze, on a creusé une fosse commune près d’une plage, puis on a fait venir une pelleteuse pour les recouvrir de sable pendant les funérailles.

Des naissances ont lieu à Gaze : les hôpitaux sont non-détruits, il y a abondance de médicaments et les nouveaux-nés ne risquent pas de mourir. Les enfants ne sont pas amputés sans anesthésie et aucun ne demande qu’on lui rattache ses jambes.

Quand il fait beau, on va à la plage non pour se laver mais pour se baigner et jouer au ballon, même si les tentes ne sont pas brûlantes comme des fours et l’air n’est pas comme du feu.

Dans leurs bureaux, sur le terrain, dans leurs maisons, dans les camps, dans leurs voitures, les habitants mangent : les boulangeries n’ont pas été ciblées et il n’en reste pas qu’une seule.

De ce fait, les enfants ne sont pas obligés d’errer sans réussir à trouver du pain et personne ne se distrait à pétrir des graines ou de la nourriture pour animaux moulue pour en faire un ersatz.

Ils se nourrissent de fèves, de thon et de haricots en boîte, par exemple, et s’il n’y a plus de fèves, de thon et de haricots en boîte ils ramassent des herbes, de telle sorte qu’ils ne sont pas réduits à manger du fourrage.

Nathalie Quintane

                                                    son dernier roman (POL, 2023) : une fable politique
J’ai bien lu La bande de Gaze avec attention et n’y ai trouvé aucune faute, aucune erreur, ni aucune contre-vérité. Je suis tranquille désormais, il ne passe rien à Gaza, et comme disait le précepteur de Candide, "tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes possible". Promis, je ne parlerai plus de Gaza ni de la Palestine...

lundi 29 avril 2024

29 avril 2024 : M. le Président, arrêtez-moi !

 

si rien n’est plus odieux que l’humiliation et l’avilissement de l’homme par l’homme, rien n’est si si beau ni si doux que l’amitié."

(Simone Weil, Réflexions sur les causes de la liberté et de l’oppression sociale, Payot, 2020)



Dans ses Réflexions sur les causes de la liberté et de l’oppression sociale, Simone Weil a des mots très durs sur les marchands d’armes et les pouvoirs publics : "Avec les masques à gaz, les abris, les alertes, on peut forger de misérables troupeaux d’êtres affolés, prêts à céder aux terreurs les plus insensées et à accueillir avec reconnaissance les plus humiliantes tyrannies, mais non pas des citoyens" ou "Avec des canons, des avions, des bombes, on peut répandre la mort, la terreur, l’oppression, mais non pas la vie et la liberté" ou encore "La puissance et la concentration des armements mettent toutes les vies humaines à la merci du pouvoir central." Mais qui lit encore Simone Weil, et de manière plus générale, qui lit encore aujourd’hui ?
Comment en est-on arrivé à accepter non seulement les bombardements et la destruction de Gaza, mais également les pogroms, vols de terres, arrachages d’oliviers, massacres de récalcitrants, par les colons israéliens appuyés de l’armée se disant "la plus morale du monde". et emprisonnements de nombreux Palestiniens de Cisjordanie par Israël.  Et l’État français voudrait qu’on ne proteste pas ou, si l’on proteste, nous taxer aussitôt d’antisémitisme !
Michel Collon, spécialiste belge de la désinformation des médias et du médiamensonge, lance un appel aux pouvoirs et à Monsieur Macron lui-même, M. le Président, arrêtez-moi !, que je relaie ici, car ce n’est pas dans nos médias (journaux, radio, télé) surpuissants que vous le trouverez :
https://www.youtube.com/watch?v=KgNxdRVivEw
Et j'estime son discours à la fois mesuré et stimulant !
Ceci étant, je préférerais parler de paix, d’amitié et de bienveillance, mais là, au bout de bientôt huit mois de destructions par bombardements incessants sur des bâtiments, des hôpitaux, des établissements scolaires, des marchés, des commerces, des êtres humains, je n’ai plus du tout d’indulgence !

 

dimanche 28 avril 2024

28 avril 2024 : gouvernés par des machines : la guerre moderne !

 

Au XXe siècle, le capitalisme s'est développé en générant une économie de la guerre permanente où règnent en maîtres de vastes complexes militaro-industriels qui tirent profit du carnage.

(Mathieu Rigouste, Les marchands de peur : la bande à Bauer et l'idéologie sécuritaire, Libertalia, 2013)

Et toujours Gaza. On en apprend tous les jours, si on veut bien quitter les médias mainstream (dominants) qui ne fournissent que renseignements fournis par Israël, et largement propagandistes.

 


Vu dans "Investig'Action", média internet indépendant, et repris dans la newsletter "PARDEM info".

 

Révélation : L’armée israélienne a désigné des dizaines de milliers d’habitants de Gaza comme étant suspectés de meurtres, en utilisant un système de ciblage par “intelligence artificielle" (IA) peu ou pas supervisé par des humains et une politique permissive en matière de pertes humaines… Effrayant !
En 2021, un livre intitulé “The Human-Machine Team: How to Create Synergy Between Human and Artificial Intelligence That Will Revolutionize Our World”[“La machine humaine : Comment créer une synergie entre humains et intelligence artificielle qui révolutionnera notre monde”] a été publié en anglais sous le nom de plume “Brigadier General Y.S.” Dans cet ouvrage, l’auteur un homme dont nous avons confirmé qu’il est l’actuel commandant de l’unité d’élite du renseignement israélien 8200 plaide en faveur de la conception d’une machine spéciale capable de traiter rapidement des quantités massives de données afin de générer des milliers de “cibles” potentielles pour des frappes militaires dans le feu de l’action. Cette technologie, écrit-il, résoudrait ce qu’il décrit comme une “lacune humaine tant pour la localisation des nouvelles cibles que pour la prise de décision concernant l’approbation des cibles”.
Il s’avère qu’une telle machine existe réellement. Une nouvelle enquête menée par +972 Magazine et Local Call révèle que l’armée israélienne a mis au point un programme basé sur l’intelligence artificielle, connu sous le nom de “Lavender”, dévoilé ici pour la première fois. Selon six officiers de renseignement israéliens, qui ont tous servi dans l’armée pendant la guerre actuelle contre la bande de Gaza et ont été directement impliqués dans l’utilisation de l’intelligence artificielle pour générer des cibles à assassiner, Lavender a joué un rôle central dans le bombardement sans précédent des Palestiniens, en particulier pendant les premières phases de la guerre. En fait, selon les sources, son influence sur les opérations militaires était telle qu’elles traitaient les résultats de la machine d’IA “comme s’il s’agissait d’une décision humaine”.
Officiellement, le système Lavender est conçu pour sélectionner tous les agents présumés des branches militaires du Hamas et du Jihad islamique palestinien (PIJ), y compris les agents de rang inférieur, comme des cibles potentielles d’attentats à la bombe. Les sources ont déclaré à +972 et à Local Call que, pendant les premières semaines de la guerre, l’armée s’est presque entièrement appuyée sur Lavender, qui a désigné jusqu’à 37 000 Palestiniens comme étant des militants présumés ainsi que leurs maisons en vue d’éventuelles frappes aériennes.
Au début de la guerre, l’armée a largement autorisé les officiers à générer des listes de personnes à abattre de Lavender, sans qu’il soit nécessaire de vérifier minutieusement pourquoi la machine avait fait ces choix, ou d’examiner les données brutes du renseignement sur lesquelles elles étaient basées. Une source a déclaré que le personnel humain ne faisait souvent qu’entériner les décisions de la machine, ajoutant que, normalement, il ne consacrait personnellement qu’environ “20 secondes” à chaque cible avant d’autoriser un bombardement juste pour s’assurer que la cible désignée par Lavender est bien un homme. Et ce, tout en sachant que le système commet ce que l’on considère comme des “erreurs” dans environ 10 % des cas, et qu’il est notoire qu’il sélectionne occasionnellement des individus qui n’ont qu’un lien ténu avec des groupes militants, voire aucun lien du tout.
En outre, l’armée israélienne a systématiquement attaqué les personnes ciblées alors qu’elles se trouvaient chez elles généralement la nuit, en présence de toute leur famille plutôt qu’au cours d’une activité militaire présumée. Selon les sources, cela s’expliquerait par le fait que, du point de vue du renseignement, il est plus facile de localiser les individus chez eux. D’autres systèmes automatisés, dont celui appelé “Where’s Daddy ?” [Où est papa ?], également révélé ici pour la première fois, ont été utilisés spécifiquement pour suivre les personnes ciblées et commettre des attentats à la bombe lorsqu’elles sont chez elles avec leur famille.
Le résultat, comme en témoignent les sources, est que des milliers de Palestiniens pour la plupart des femmes et des enfants ou des personnes qui n’étaient pas impliquées dans les combats ont été tués par les frappes aériennes israéliennes, en particulier au cours des premières semaines de la guerre, en raison des décisions du programme d’intelligence artificielle.
Nous ne voulions pas tuer les agents [du Hamas] uniquement lorsqu’ils se trouvent dans un bâtiment militaire ou participent à une activité militaire”, a déclaré A., un officier de renseignement, à +972 et à Local Call. “Au contraire, les Forces de défense israéliennes les ont bombardés dans leurs maisons sans hésiter, en première option. Il est beaucoup plus facile de bombarder la maison d’une famille. Le système est conçu pour les rechercher dans ce type de situation”.
La machine Lavender rejoint un autre système d’IA, “The Gospel”, dont +972 et Local Call ont révélé des informations lors d’une précédente enquête en novembre 2023, et visibles dans les propres publications de l’armée israélienne. Une différence fondamentale entre les deux systèmes réside dans la définition de la cible : alors que The Gospel marque les bâtiments et les structures à partir desquels, selon l’armée, les militants opèrent, Lavender désigne les personnes et les inscrit sur une liste de suspects à abattre.
En outre, selon les sources, lorsqu’il s’agit de cibler des militants juniors présumés marqués par Lavender, l’armée préfère n’utiliser que des missiles non guidés, communément appelés bombes “muettes” (par opposition aux bombes de précision dites “intelligentes”), qui peuvent détruire des bâtiments entiers et causer d’importantes pertes humaines.
Nous ne voulons pas gaspiller des bombes coûteuses sur des personnes sans importance – cela coûte très cher au pays, alors que la pénurie [de ces bombes] se fait sentir”, a déclaré C., l’un des officiers de renseignement. Une autre source a déclaré qu’ils avaient personnellement autorisé le bombardement de “centaines” d’habitations privées d’agents subalternes présumés marqués par Lavender, nombre de ces attaques tuant des civils et des familles entières en tant que “dommages collatéraux”.
Selon deux des sources, l’armée a également décidé, au cours des premières semaines de la guerre, que pour chaque agent subalterne du Hamas marqué par Lavender, il était permis de tuer jusqu’à 15 ou 20 civils. Par le passé, l’armée n’autorisait aucun “dommage collatéral” lors de l’assassinat de militants de moindre importance. Les sources ont ajouté que, quand la cible est un haut responsable du Hamas commandant de bataillon ou de brigade, l’armée a autorisé à plusieurs reprises le meurtre de plus de 100 civils pour l’assassinat d’un seul commandant.
Et voilà le résultat brillant de l’Intelligence Artificielle, du règne de la machine. L’horreur absolue. Comment voulez-vous que ça ne me révulse pas ?
Nous n’étions qu’une poignée samedi après-midi à Bordeaux pour le Rassemblement contre le génocide en cours. Toujours à Bordeaux le lundi précédent, même pas une centaine pour la conférence du médecin Christophe Oberlin, de retour de Gaza. Il faut croire que l’intelligence humaine est en jachère, la sensibilité écorchée, la compassion éteinte, le cœur bouché. Il faut croire que nous ne sommes plus que des monstres inhumains guidés par des machines. Pouah ! Vivement que je quitte ce monde, même pour aller en enfer : ce dernier ne peut pas être pire...

mercredi 24 avril 2024

24 avril 2024 : Ah l le smartphone 9 : il m'a tuer !

 

Ulysse […] n’est guère obsédé par cette ritournelle du XXème siècle : « Le monde change ! Il faut l’accepter ! » Dans la pensée antique, on ne s’inflige pas ce pensum formulé par Hannah Arendt : « la dégradation obligatoire d’être de son temps ».

(Sylvain Tesson, Un été avec Homère, Éd. Des Équateurs, 2018)



Comme Sylvain Tesson et Hannah Arendt ont raison ! Cette injonction d’être de son temps, comme presque toutes les injonctions d’ailleurs, est insupportable. Et plus je vieillis, moins j’en ai envie. On n’a pas renoncé aux injonctions religieuses pour succomber aux injonctions commerciales : ou alors, la consommation est devenue la nouvelle religion ! À voir la foule compacte dans la rue Sainte Catherine de Bordeaux et le peu de monde dans les église ou les temples, j’en serai presque convaincu. Quand je dis à certaines personnes que je n’ai jamais mangé un burger ni un kebab de ma vie, ni chez Macdo, on me dit : « Mais comment tu fais ! » Quand les jeunes du quartier me voient avec mon vieux vélo (acheté d’occase et recyclé), ils me disent : « Monsieur, quand est-ce que vous allez vous mettre au vélo électrique ? », je réponds : « peut-être que quand je n’aurai plus d’énergie musculaire, j’essaierai l’énergie nucléaire. » En fait, je ne le ferai pas, car dans ce monde où il faudrait se modérer sur le plan énergétique, je veux montrer l’exemple. Et tant pis si c’est désuet, à la fois un vieux vélo et montrer l'exemple.
                                                            le "vieux" vélo 
C’est aussi pour ça que j’ai reculé le plus possible de me mettre au smartphone ; je n’en voyais pas l’intérêt, et maintenant que j’en ai un, je n’en vois toujours pas. Et même ça va entraîner mon vieillissement prématuré par le stress permanent qu’il me procure : il faudrait à tout instant que je l’ai dans ma poche, que je réponde instantanément quand ce petit instrument me siffle, que je sois en permanence connecté grâce à ce machin, alors que justement je ne le désire pas. Une amie me disait que, justement, quand elle était en vacances, elle ne souhaitait absolument que l’on sache où elle était. Moi, c’est pareil, je n’ai jamais été aussi heureux, ni aussi détendu, que pendant mes nombreuses randonnées à vélo (seul ou avec Claire pendant les étés 1981 et 1982), en montagne, en cargo (où ça ne me coûtait pas de rester jusqu’à trois mois totalement hors du monde et où jamais je n’ai eu la moindre velléité de téléphoner !).
Par contre je suis beaucoup plus stressé, depuis que je possède ce phénomène. Au point où je me suis inscrit le mois prochain à un stage de bien-être : la première étape sera de ranger le bidule dans ses affaires et de ne pas y toucher pendant quatre jours. Tant mieux. Deux épisodes récents m’ont montré à quel point le smartphone m’a tuer comme était écrite sur le mur une accusation à Nice il y a quelques années.
Avant mes déplacements à Poitiers, Vannes et Toulouse, j’avais de la famille chez moi ; ils repartaient le jeudi matin 4 avril. J’ai donc sorti ce jour-là à 7 heures du matin le smartphone de ma chambre où il avait dormi en mode avion (pour ne pas recevoir des SMS intempestifs en pleine nuit comme ça m’était arrivé une fois) et je l’ai rangé, mal réveillé, dans ma veste rouge dans le cellier. Sauf que mon beau-frère avait placé lui aussi une veste d’à peu la même couleur rouge. Après déjeuner, j’ai pris mon vélo pour faire une course. Quand je suis rentré, ils étaient partis. Deux heures plus tard, mon autre sœur, Maryse, qui était chez moi, reçoit un coup de téléphone : mon beau-frère avait trouvé un smartphone, ne serait-ce pas celui de JP par hasard ? Je vais farfouiller dans mes poches du blouson, effectivement il n’y était pas ! Ils proposent de le rapporter le lendemain vendredi puisque je partais le samedi. J’ai eu beau rétorquer que je n’en aurais pas besoin, ils n’en démordaient pas et sont venus gentiment le rapporter (100 km quand même !).
J’avais donc mon smartphone quand je suis arrivé en Bretagne. Tout alla bien jusqu’au jour du départ, le jeudi 11. En l’attrapant dans la poche de mon blouson (noir cette fois) où il avait passé la nuit en mode avion, j’ai dû appuyer sur un des boutons extérieurs. Résultat, l’image était hyper agrandie, je ne pouvais la faire bouger et je n’avais pas accès à la ligne du code pin et au clavier qui le suit sur l’écran. Je veux l’éteindre, impossible ! J’ai pris mon mal en patience jusqu’à Nantes où heureusement j’avais deux heures de battement, et non loin de la gare, il y avait une galerie commerciale au Centre Leclerc, avec des boutiques de téléphonie mobile. L’employé d’Orange ouvre la partie arrière du smartphone et me dit : « c’est un Bouygues, allez à leur boutique, elle est là-bas. » l’employé de Bouygues ouvre le smartphone, enlève la carte sim et une autre carte, les replace, et me dit : « Maintenant, ça marche, entrez votre code ! » Je le fais, heureusement que j’avais 600 m de marche pour me détendre avant de reprendre l’autocar !
J’ai pensé que cet engin diabolique sait que je lui voue une haine féroce et n’est pas près de finit de m’embêter. J’ai presque envie, lors de mes prochains voyages, de ne pas l’emporter, ce qui serait un comble dans notre monde de communication instantanée perpétuelle. Si seulement les cabines téléphoniques existaient encore, pensais-je avec mélancolie... Mais y a peut-être de l'espoir : cf le site https://www.carenews.com/carenews-info/news/reinstaller-des-cabines-telephoniques-en-france-le-pari-original-de-telecoop-et

 

 

lundi 22 avril 2024

22 avril 2024 : nouveaux vagabondages 2

 

Je pense avec acuité à ceux que j’aime depuis longtemps ou depuis peu de mois. L’agrandissement de la vie par les autres est capital.

(Jocelyne François, Car vous ne savez ni le jour, ni l’heure, Journal 2008-2018, Les Moments littéraires, 2022)



Après une journée chez moi, j’ai repris le 13 avril le bus vers Toulouse, qui allait lui aussi en Espagne, et plus précisément en Catalogne, jusqu’à Barcelone. Pas d’incident technique cette fois. Arrivé à l’heure.

                                                        Anne, Lenny et Marie-France

Mon beau-frère, Alain, et ma belle-sœur, Anne, sont venus me chercher à la gare routière. Nous avons mangé sans attendre mon neveu, Nicolas, qui arrivait de Saclay, où il a intégré l’École centrale. Après le repas, Anne et moi avons filé en voiture vers Blagnac où elle avait fixé rendez-vous a ma sœur Mari-France et son mari Helenio (Lenny) qui étaient venus à pied de Beauzelle. Promenade bucolique au parc des Quinze Sols, en bord de Garonne, agrémenté d’un lac pour pêcheurs où je leur ai lu un de mes contes. Il y avait la foule des familles qui venaient de pique-niquer et qui se baladaient avec insouciance. Forte chaleur, nous sommes restés au maximum à l’ombre d’arbres majestueux. J’ai repensé à mon ami et poète Michel Baglin (1950-2019), qui habitait non loin de là.
                                                                    le lac
Le dimanche, j’ai accompagné Anne au marché du quartier qui s’installe devant l’ancienne manufacture Job, qui fabriquait du papier à cigarettes. J’ai revu son fils Nicolas qui me semblait encore grandi (21 ans prochainement et 1,90 m). Et l’après-midi, départ pour Flourens où son frère Jean-François est en EHPAD depuis trois ans. Je ne l’avais pas vu depuis octobre dernier. Je savais qu’il s’était dégradé depuis lors, atteint d’Alzheimer. Il a été monté au 2ème étage, quartier fermé des Alzheimer. Je ne suis certain qu’il m’ait reconnu ; mais enfin, il parle encore. Il ne sort pratiquement plus de cet étage-là, d’autant plus que le journée était caniculaire.
On y est donc restés aussi, allant dans le grand salon nous installer à une table pour jouer au scrabble. Au bout d’un moment, il a fallu l’aider à trouver des mots, et j’étais triste pour cet ancien professeur de lettres. Puis nous sommes allés dans sa chambre et avons joué au jeu des 7 familles qu’Anne avait apporté, mais il n’a pas réussi à constituer une famille, il manquait de concentration, ne savait plus à qui il avait donné une carte. Le jeu était trop rapide pour lui.
J’étais portant content de l’avoir vu et entendu, mais le voir si diminué m’a attristé. Où est passé le Jean-François encore si actif et fringant d’avant le covid et le confinement ? Que devenons-nous ? J’ai pourtant l’habitude des EHPAD : j’y ai accompagné Georges Bonnet jusqu’à ses 101 ans ; j’y vois Huguette ici, 87 ans, toutes les semaines ; j’ai commencé il y a peu, dans un autre EHPAD, à faire la lecture à Madame Mimi, 102 ans et aveugle... J’ai tout autant l’habitude des personnages âgées qui restent chez elles, ainsi à Poitiers Jeanne, que j’ai encore vu peu de temps avant son décès à domicile en 2019, ou Odile, à qui j’ai rendu visite pour des longs week-ends toutes les trois semaines, jusqu’à sa mort en 2022.
Peut-être devrais-je plus souvent aller voir mon beau-frère ? Au contraire de beaucoup de personnes de mon âge, je n’ai pas peur des EHPAD, comme je n’ai pas eu peur de la prison à l’époque où j’y faisais également des lectures. Le collectif ne m’embarrasse pas, j’ai vécu en internat pendant des années dans le secondaire, ce que mon frère aîné a considéré comme une prison ! Ce qui m’angoisse, c’est surtout le lent affaiblissement de la personnalité de ceux qui sont en fin de vie ou atteints d’une affection grave. J’attends aussi la loi sur l’aide à mourir qu’on nous promet et qui pourrait aider ceux qui n’envisagent pas la déchéance physique ou le délabrement mental et souhaitent abréger leur vie avant qu’il soit trop tard.
Mais rassurez-vous, je parle volontiers de la mort, mais je n’ai jamais peut-être été davantage en vie, autant prêt à aider les autres, ami.e.s, hommes et femmes de ma famille, inconnu.e.s aussi, mais quand je jugerai le moment voulu...