vendredi 26 février 2021

26 février 2021 : CITOYENS, ATTENTION DANGER

 

Il faut que chaque chose soit à sa place, tranquille et pour toujours.

(Jeanne Benameur, Les mains libres, Denoël, 2004)


Décidément, on nage en pleine chasse aux sorcières, aussi bien si on pratique le devoir humanitaire d’aides aux migrants (document 1) que le devoir tout aussi humanitaire de vouloir nous protéger (et protéger les insectes qui font partie du vivant) contre les pesticides (document 2). Bientôt on ne pourra plus protester du tout, chacun se barricadera dans son bunker ; et tous les opprimés de la terre n’auront plus de défenseurs…



1 - Défends Ta Citoyenneté EMMAÜS ROYA

« Avant, dans la Vallée de la Roya, nous étions agriculteurs, infirmiers, avocats, professeurs, ouvriers. Nous étions impliqués dans notre travail, dans nos associations sportives, artistiques, culturelles, paysannes. Nous faisions vivre notre vallée car nous nous sentions lui appartenir. Cette cohésion sociale nous a permis de nous mobiliser face à ce drame qu’est la migration. Nous n’étions pas militants « pro-migrants » mais nous le sommes devenus malgré nous, par l’acharnement judiciaire et la forte médiatisation  de notre lutte. Notre vallée a été abandonnée par L’État Français, sacrifiée pour la lutte contre la migration. Notre vallée servirait de frontière sans que L’État n’en assume les conséquences. Nous n’avions pas d’autre choix que de prendre la « cape » du militant pro-migrants car pour nous il était impossible de garder l’intégrité de notre vallée sans redonner l’intégrité aux personnes exilées. 

« Grâce aux bénévoles et aux personnes réfugiées elles-mêmes, nous avons pu organiser l’accueil d’urgence de milliers de personnes. Un réel refuge où les personnes peuvent manger, dormir, se reposer, se faire soigner mais aussi rire, apprendre et s’impliquer. Très vite, nous réalisons que la qualité de l’accueil ne repose pas sur le confort du lieu, mais sur la considération de la personne. C’est en traitant les personnes réfugiées à l’égal de soi, en les responsabilisant, et en les rendant essentielles au bon fonctionnement du lieu que l’accueil amorce l’insertion de ces personnes.

« Nous avons développé le travail de la terre, par le maraîchage, l’aviculture, l’oléiculture, l’auto-construction, pour nous permettre un fonctionnement autofinancé. Les personnes trouvent une place, un rôle. La ferme complantée d’oliviers, accrochée sur un pan de colline, loin de toute habitation, est un espace de rêve pour la première phase de reconstruction. Mais pour la seconde phase, celle de l’intégration, du lien social avec la population, pour les personnes désirant s’installer et construire leur avenir, la ferme est beaucoup trop isolée. Le besoin de lien social avec la population devient indispensable. Notre constat aboutit à une évidence : nous voulons créer un lieu non pas pour les réfugiés mais avec les réfugiés, pour notre vallée, au cœur d’un village, afin d’éviter le communautarisme, et permettre la mixité entre les locaux et les personnes exclues de notre société (étrangères, précaires, en situation de handicap, etc.). Nous voulons créer une dynamique économique, territoriale et solidaire non pas seulement pour des personnes en situation de précarité, mais avec elles. Nous voulons prouver que les personnes en situation d’exclusion, quelles qu’elles soient, peuvent jouer un rôle clé dans la dynamisation de nos campagnes, et être garantes du lien social.

« Cette dynamique, nous l’avons trouvé au sein du mouvement Emmaüs. Un mouvement dont nous partageons les valeurs, mais aussi les modes d’actions, le terrain. En 2018, lors de l’accompagnement du film Libre de Michel Toesca nous avons réalisé l’ampleur de ce mouvement : un réseau fort de plus de 288 groupes en France, et 350 à l’international. Emmaüs France, par le travail de ses 112 communautés, est aussi l’un des pionniers du recyclage, de la ressourcerie en France, depuis plus de 70 ans. Le ré emploi, le développement durable, est, avec la solidarité, leur cœur de métier. Et quand on aborde le thème du développement durable, on en vient forcément à parler de la nourriture ; comment la produire, comment y accéder, comment se nourrir. Nous avons contacté Emmaüs France pour leur proposer d’être la première communauté Emmaüs dont l’activité ne serait pas la collecte et le recyclage d’objets mais la paysannerie. 

« De nombreux projets à vocation sociale, de lutte contre l’exclusion, entretiennent malheureusement des pratiques alimentaires peu saines et peu respectueuses de l’environnement (Banques Alimentaires, produits de mauvaise qualité, invendus, etc.). Leur travail est plus que nécessaire, mais alimente d’une certaine façon une « double peine » : une précarité sociale, accompagnée d’une précarité nutritive (et par conséquent une précarité sanitaire). La production paysanne de la communauté est en partie vivrière, ce qui permet aux personnes en situation d’exclusion de se nourrir de produits biologiques, locaux, de saison. Mais surtout, ce sont elles qui les cultivent. Les personnes en situation d’exclusion sont actrices de cette agriculture : bien que traitées comme « rebuts » de la société, elles montrent l’exemple, en développant un modèle économique pérenne basé sur une activité paysanne durable et respectueuse de l’environnement. Emmaüs Roya veut montrer qu’il est possible d’apporter des réponses croisées aux problématiques d’écologie et d’exclusion sociale, de lier concrètement justice climatique et justice sociale. »



2 - INFO MEDOC PESTICIDES

« Bonjour à tous, 

« Ce jeudi 25 février était un mauvais jour pour les associations et les lanceurs d'alerte. Le tribunal judiciaire de Libourne a rendu sa décision dans le procès bâillon intenté par les vins de Bordeaux contre Valérie Murat et l'association Alerte Aux Toxiques. En les condamnant solidairement à une amende de 125000€, au retrait de toute publication des analyses et à l'interdiction de les republier, c'est une mise à mort sociale de Valérie Murat lanceuse d'alerte qui est orchestrée. 

« Cette sentence se veut aussi un avertissement pour toute tentative de faire entendre une  voix dissidente. La viticulture bordelaise peut délibérément s'asseoir sur la législation en matière de pesticides comme sur les conditions de travail des ouvriers viticoles mais ne peut pas faire l'objet de critiques ! Soyez exploités, payés une misère, respirez des pesticides à pleins poumons, mais surtout taisez-vous ! C'est le prix des vins de Bordeaux.

« Cette décision est inacceptable pour Valérie Murat et sa famille, pour les lanceurs d'alerte et les associations. A la veille de la saison de traitement 2021, elle risque de renforcer le sentiment de toute puissance du monde viticole ouvrant la porte à des comportements mettant en péril la santé des habitants des communes viticoles et des travailleurs des vignes. 

« Nous comptons sur votre soutien à Valérie et à l'association Alerte Aux Toxiques, nous vous ferons savoir si un appel aux dons est organisé pour aider au paiement de l'amende de 125000€. Appel de cette décision a été fait par l'avocat de Valérie et de l'association mais le jugement est exécutoire, ce qui signifie que l'amende doit être payée rapidement. 

« Merci à toutes et tous, 

« Marie-Lys Bibeyran pour le Collectif Info Médoc Pesticides. »


Et vive la liberté de continuer à opprimer, puisque la justice elle-même bâillonne les lanceurs d'alerte...

 

jeudi 25 février 2021

25 février 2021 : Migrants 5, droit d'asile

 


Il y a dans le mode des jardiniers invisibles, qui cultivent les rêves des autres.

(Jeanne Benameur, Les mains libres, Denoël, 2004)


Je ne sais pas si vous êtes comme moi, mais je n’ai jamais vu autant de pétitions sur internet concernant l’OQTF (Obligation de Quitter le Territoire Français) et touchant des familles avec enfant, des jeunes en situation d’apprentissage et des lycéen.ne.s en voie d’intégration, autant de refus du droit d’asile ou de titre de séjour : ah ! il est est beau, le pays des droits de l’homme, elle est belle, la république qui voit les mots de fraternité et d’égalité au fronton de ses édifices institutionnels, mais qui les galvaude.

Cela montre bien que dans la situation actuelle, l’État français fait feu de tout bois, puisqu’on n’a plus le droit de protester, de manifester, de s’assembler, de se réunir pour parer à toutes ces vilénies, et s'opposer à toutes ces expulsions orchestrées en notre nom sans qu’on n'ait jamais notre mot à dire. C’est bien beau le droit, elle est belle, la loi, mais quand le droit est inique, quand la loi est injuste, il est de notre devoir de nous y opposer, au nom de l’humanité et de notre conscience. Comme disait ma merveilleuse grand-mère maternelle à nous, ses petits-enfants : « vous n’avez qu’un droit, c’est de faire votre devoir d’homme, d’être humain, sur cette terre ; l’hospitalité est sacrée ! »

Et l’heure est grave, j’en parle en connaissance de cause, car mes amis bangladais (lui a réussi à travailler, mais sans droit, il a été payé 3,80 € de l'heure !) risquent de se retrouver à la rue ces prochains jours ou en centre de rétention administrative, sans que, pour statuer sur leur sort, on nous ait consultés sur leur manière de vivre ici, et leur désir d’intégration (apprentissage de la langue, désir de travailler, etc.).

Heureusement, des femmes et des hommes œuvrent dans ce sens : ceux de la CIMADE par exemple. Voici ci-après le mail que j’ai reçu hier de Steve Irakoze, Responsable des questions Expulsion à La Cimade. Je suis depuis des années un donateur régulier de la Cimade et je me souviens des paroles de Jésus entendues de la bouche de ma grand-mère, toujours elle, qui nous les a lues et répétées dans notre enfance : "Car j'ai eu faim, et vous m'avez donné à manger ; j'ai eu soif, et vous m'avez donné à boire ; j'étais étranger, et vous m'avez recueilli ; j'étais nu, et vous m'avez vêtu ; j'étais malade, et vous m'avez visité ; j'étais en prison, et vous êtes venus vers moi (Évangile de Mathieu, chap.25, versets 35-36)".

 


 

« Chère amie, Cher ami,


« Une Nigériane obligée de quitter le territoire français et d’abandonner époux et enfants en situation régulière… Un mineur égyptien venu rejoindre son tuteur après le décès de ses parents, menacé d’expulsion… Ces situations insensées, injustes et extrêmement violentes se multiplient en France.

« Vivant dans une zone grise, sans droits, souvent exploité·e·s, mal logé·e·s, à la merci d’un banal contrôle d’identité, des milliers de personnes étrangères ont leur vie en France mais se voient opposer des mesures de bannissement [Obligation de quitter le territoire français-OQTF ou une Interdiction de retour sur le territoire français-IRTF].

« Chaque année, la France prononce entre 80 000 et 100 000 mesures d’éloignement du territoire français, alors que le nombre d’expulsions forcées (hors espace Schengen) est évalué à environ 10 000. A quoi sert d'en prononcer autant alors que seulement 10 000 sont exécutées ? Toutes celles et ceux qui restent se retrouvent ainsi banni·e·s, « invisibilisé·e·s », plongé·e·s dans un monde où ils et elles ne peuvent se défendre, intégrer durablement la société et faire valoir leurs droits fondamentaux.

« Face à cette situation inacceptable, La Cimade, l’une des principales associations à agir aux côtés des « banni·e·s », les accueille dans ses permanences, les accompagne dans leur contentieux, et revendique haut et fort l’égalité des droits et la régularisation large et durable de toutes les personnes sans-papiers. 

« La précarisation croissante des personnes bannies qui occupent souvent des métiers dans les secteurs de la restauration, du bâtiment et de l’aide à domicile, particulièrement touchées par la crise sanitaire, nous oblige à renforcer notre mobilisation et à faire appel à votre générosité durablement par un don mensuel pour soutenir nos actions de plaidoyer dans la lutte contre ces situations absurdes de bannissement.

« Nous avons plus que jamais besoin de votre soutien dans la durée pour nous aider à protéger ces milliers de personnes étrangères extrêmement vulnérables. Chaque situation humaine est différente. Nous devons prendre le temps d’écouter et de comprendre leur parcours pour les accompagner au mieux durant de longs mois de procédures juridiques et administratives.

« En décidant de nous adresser un don mensuel par prélèvement automatique, vous nous donnez les moyens d’agir en urgence quand la situation l’exige mais aussi dans la durée, pour offrir un maximum d’humanité aux personnes migrantes.

« Merci d’avance pour votre soutien régulier »

 

                                                                     documents de la CIMADE

 

mercredi 24 février 2021

24 février 2021 : in memoriam Georges Bonnet

 

Je lui dis ma tendresse. Elle me dit la sienne. Nous partons pour un long partage.

(Georges Bonnet, Entre deux mots la nuit, L’Escampette, 2012)


Georges Bonnet est mort, dans sa cent-deuxième année. C’était un ami très cher. C’est rare d’avoir un ami nettement plus âgé que soi, qui aurait pu être mon père. Je n’en ai eu que deux dans ma vie : Marius Noguès, l’écrivain-paysan gersois (1919-2012) et Georges Bonnet, tous deux écrivains et poètes, nés tous deux en 1919, un an avant mon père et tous deux paysan (Marius) ou fils de paysan (Georges) qui me parlait souvent de son enfance. Ils furent pour moi comme des pères spirituels, des mentors qui m’ont fait écrire, et je les ai longuement fréquentés, à la fois admiratif et amical.

 

 

 

 

des poèmes

 

Pour ce qui concerne Georges Bonnet, c’est peu de temps après mon arrivée à Poitiers que j’entendis parler de lui. Partout où je suis passé dans ma carrière de bibliothécaire, je me suis intéressé aux écrivains du cru. En consultant mes carnets de lecture, je vois que j’ai commencé à lire ses livres de poésie dès 1993, mais je ne l’ai connu en personne qu’en 1996, quand je suis devenu conseiller pour le livre et la lecture à la DRAC Poitou-Charentes et qu’il faisait partie du conseil d’administration du Centre du livre et de la lecture, où je participais comme financeur. Assez rapidement, je me suis rapproché de lui, très admiratif de son œuvre passée et sachant qu’il continuait à écrire et se mettait même à la prose. Et finalement, à partir de 1999, nous sommes devenus amis : j’allais le rencontrer à son domicile et nous discutions de poésie, de revues littéraires, des autres écrivains et poètes de la région


 

 

 

son roman le plus lu

 

Il m’a encouragé à me remettre à écrire, alors que j’avais cessé depuis une trentaine d’années, je n’écrivais plus que des poèmes de circonstance (anniversaires, mutations, départ à la retraite). Il me faisait lire ses manuscrits (plus exactement « tapuscrits » qu’il tapait lui-même à la machine à écrire électrique) et j’en ai tapé quelques-uns sur mon ordinateur pour des envois aux éditeurs.


 

 

 

                                                                           des nouvelles

 

 

Peu à peu, vers 2004, nous devînmes suffisamment intimes pour qu’il me fasse part de l’évolution de la maladie de sa femme (une variante de la maladie d’Alzheimer), et nous en discutions ; puis, quand Claire, ma femme, fut à son tour tombée malade en juillet 2004, il accepta que je continue à le visiter. Nous nous consolions mutuellement, j’avais, auprès de lui une oreille attentive, et il contribua fortement à ce que je ne tombe pas dans la déprime, pendant cette longue et douloureuse maladie de Claire qui dura jusqu’en 2009, alors que presque tous nos amis (et même une partie de ma famille) m’avaient laissé tomber. Je me souviens encore de son invitation dans sa maison de vacances de l’île d’Oléron en août 2008, alors que Claire était dans ses derniers jours de validité, et du plaisir, de la joie qu’elle en avait tirée. Et moi avec elle, bien sûr.

                                                            le sommet de l’œuvre

Il fut de ceux qui me redonnèrent le goût de vivre. Quand j’ai quitté Poitiers, cette ville devenue pour moi synonyme de douleur, je n’ai pas abandonné Georges et j’ai essayé de venir lui rendre visite le plus souvent possible, chez lui où nous mangions ensemble et allions parfois nous promener sur les rives du Clain. Puis quand il fut en EHPAD, à la suite de sa fracture du col du fémur, à chaque déplacement à Poitiers, j’allais le voir et je prenais plaisir à m’entretenir avec lui. Son leitmotiv était : « c’est plus une vie, mais une survie », et ça me rendait triste pour lui. Ces derniers temps, avec le covid et les règlements draconiens de visites en ENPAD (et mes propres soucis de santé), mes visites ont dû s’espacer, mais mon amitié et mon admiration pour lui étaient restées vivaces et intactes, et il nous restait aussi le téléphone pour suppléer un peu à l’absence.


 

Cette amitié restera une des plus extraordinaires de ma vie, où l’amitié a joué un si grand rôle. Mais, comme je l’ai dit, rencontrer un mentor amical comme Georges dans un âge mûr (j’avais 50 ans que je l’ai réellement connu) est une expérience inoubliable. Je ne l’oublierai jamais.

 

 

 

des poèmes encore et toujours ces si beaux titres

dimanche 14 février 2021

14 février 2021 : des nouvelles du Chiapas, toujours en lutte


quand quelqu’un frappe à ma porte

c’est Dieu qui demande l’hospitalité

(Abdourahman A. Waberi, Mon nom est aube, Vents d’ailleurs, 2016)


Eh bien, l’année continue bien mal, nos élites et nos gouvernants européens – et le nôtre avec – profitent de la pandémie pour durcir les positions, renforcer un peu plus les bornes de l’indécence en laissant les hyper riches s’en mettre plein les poches et à pratiquer à grande échelle l’évasion fiscale, tandis que les pauvres en sont réduits à mendier aux soupes populaires pour ne pas crever de faim.

Pendant ce temps, au Chiapas, ceux qui ne veulent plus de notre monde ont tenu leur congrès dont voici les conclusions.

 

DÉCLARATION DE LA CINQUIÈME ASSEMBLÉE DU CONGRÈS NATIONAL INDIGÈNE ET DU CONSEIL INDIGÈNE DE GOUVERNEMENT

À L’ARMÉE ZAPATISTE DE LIBÉRATION NATIONALE

AUX PEUPLES DU MONDE

AUX PERSONNES QUI LUTTENT SUR LES CINQ CONTINENTS

SŒURS, FRÈRES ET COMPAÑER@S


« ...Nous observons qu’il s’agit d’une crise globale et civilisationnelle sans précédent qui oblige l’humanité entière à détruire ce système actuel capitaliste et patriarcal, responsable de la destruction de la nature et qui est fondé sur l’exploitation et la spoliation chaque fois plus importantes de millions et de millions d’êtres humains. Ce système, afin de générer des profits et de la richesse, s’appuie sur le crime organisé, sur les guerres et sur les épidémies et les pandémies.

C’est pour cela que, en tant que Congrès National Indigène - Conseil Indigène de Gouvernement et en tant que Front des Peuples en Défense de la Terre et de l’Eau des États de Morelos, Puebla et Tlaxacala (FPDTA) réunis durant cette CINQUIÈME ASSEMBLÉE ENTRE LE CONGRÈS NATIONAL INDIGÈNE (CNI) ET LE CONSEIL INDIGÈNE DE GOUVERNEMENT (CIG), nous prenons les ACCORDS suivants :


UN. - Nous souscrivons à la Déclaration pour la vie réalisée par l’Armée Zapatiste de Libération Nationale (AZLN), par des peuples, des organisations, des collectifs et des personnes du monde entier. En nous engageant à renforcer nos luttes en défense de la vie dans nos territoires et en ouvrant l’écoute, l’organisation et la parole à nos frères-sœurs du Mexique et du monde qui luttent contre ce système capitaliste et patriarcal, avec pour objectif de le faire disparaître.

DEUX. - Participer de manière directe, suivant les critères accordés durant cette assemblée, par le biais d’une délégation du CNI-CIG et du FPDTA-MPT, ensemble avec l’AZLN, à la tournée au travers de l’Europe proposée par nos frères-soeurs et nos compañer@s de l’AZLN et du monde durant les mois de juillet à octobre 2021 et, dans la mesure de nos possibilités, à celles qui seront réalisées postérieurement en Asie, en Afrique, en Océanie et en Amérique.

TROIS. - Réaliser des actions pour la vie, contre les mégaprojets et en mémoire de notre frère Samir Flores Soberanes du 19 au 21 février prochain, à deux ans de son lâche assassinat. Nous lançons un appel à nos sœurs-frères et à nos compañer@s du Mexique et du monde à réaliser des actions à ces dates-là.

QUATRE. - Nous exigeons la fin de l’attaque et du harcèlement des communautés zapatistes ; la libération immédiate de nos frères Fredy Garcia Ramirez, porte-parole de l’organisation CODEDI de Oaxaca, et celle de Fidencio Aldama, membre de la tribu Yaqui ; ainsi que la libération de nos frères Adrian Gomez Jimenez, German Lopez Montejo et Abraham Lopez Montejo, membres de l’organisation "La Véritable Voix de l’Amate", celle de Marcelino Ruiz Gomez, membre de Viniketik [ndt : "les hommes véritables"] en résistance, ainsi que celle d’Osman Alberto Espinales Rodriguez et de Pedro Cano Sanchez, qui se retrouvent injustement emprisonnés dans les centres pénitentiaires de San Cristobal de Las Casas et de Comitan, Chiapas ; Halte à l’assassinat de nos frères du Conseil Indigène Populaire Du Guerrero ( CIPOG-EZ) ; la présentation en vie du frère Sergio Rivera Hernandez, membre de l’organisation MAIZ dans la Sierra Negra de Puebla, celle des 43 étudiants d’Ayotzinapa et celle de tous et toutes les disparu.e.s.

BIEN À VOUS Janvier2021.

Pour la reconstitution intégrale de nos peuples. Jamais plus un Mexique sans nous

CONGRÈS NATIONAL INDIGÈNE / CONSEIL INDIGÈNE DE GOUVERNEMENT

FRONT DES PEUPLES EN DÉFENSE DE LA TERRE ET DE L’EAU DES ÉTATS DE MORELOS, PUEBLA,TLAXCALA

 

samedi 13 février 2021

13 février 2021 : la chanson du mois, François Béranger

 

Tu dis ça parce que tu n’appartiens pas à une minorité […] Tu ne peux pas savoir ce que l’insécurité veut dire, ni la peur que l’on porte en soi, ni la haine qui peut se déchaîner à la moindre étincelle. Jamais une minorité n’aura été comprise par ceux qui appartiennent au plus grand nombre.

(Petros Markaris, L’empoisonneuse d’Istanbul, trad. Caroline Nicolas, Seuil, 2010)

        Voici une chanson retrouvée, et tout à fait à l’ordre du jour, au moment où les préfets font un zèle inouï, AU NOM DU PEUPLE FRANÇAIS (sans doute en ce même nom qu'on éborgne et mutile des gilets jaunes, au mépris de ce même peuple, à qui on ne demande pas son avis), en multipliant les OQTF (Obligation de Quitter le Territoire Français) et expulsions en plein hiver, tout ça pour complaire à l’électorat du RN et des fachos de tous bords, espérant les ramener au bercail (c’est-à-dire à la REM) lors des prochaines élections.

        C’est pourquoi je propose comme chanson du mois, cette retrouvaille avec François Béranger, un des chanteurs de ma jeunesse des années 70 :

Pour écouter : https://www.youtube.com/watch?v=8NyywgrYtIA

Paroles

Mamadou m'a dit


Mamadou m'a dit
Mamadou m'a dit
On a pressé le citron
On peut jeter la peau
Les citrons c'est les négros



Tous les négros d'Afrique
Sénégal Mauritanie
Haute-Volta Togo Mali
Côte d'Ivoire et Guinée
Cameroun et Tutti Quanti

Les colons sont partis avec des flons-flons
Des discours solennels des bénédictions
Chaque peuple c'est normal dispose de lui-même
Et doit s'épanouir dans l' harmonie
Une fois qu'on l'a saigné aux quatre veines
Qu'on l'a bien ratissé et qu'on lui a tout pris.

Les colons sont partis
Ils ont mis à leur place
Une nouvelle élite
Des noirs bien blanchis
Le monde blanc rigole
Les nouveaux c'est bizarre
Sont pires que les anciens
C'est sûrement un hasard.

Le monde blanc rigole quand un petit sergent
Se fait sacrer empereur avec mille glorioles
Après tout c'est pas grave du moment que les terres
Produisent pour les blancs ce qui est nécessaire
Le coton l'arachide le sucre le cacao
Remplissent les bateaux saturent les entrepôts.

Après tout c'est pas grave
Les colons sont partis
Que l'Afrique se démerde
Que les paysans crèvent
Les colons sont partis
Avec dans leurs bagages
Quelques bateaux d'esclaves
Pour ne pas perdre la main.

Quelques bateaux d'esclaves pour balayer les rues
Ils se ressemblent tous avec leur passe-montagne
Ils ont froid à la peau et encore plus au cœur
Là-bas c'est la famine et ici la misère
Et comme il faut parfois manger et puis dormir
Dans les foyers taudis on vit dans le sordide.

Et puis un jour la Crise
Nous envahit aussi
Qu'on les renvoie chez eux
Ils seront plus heureux
Qu'on leur donne un pourboire
Faut être libéral
Et quand à ceux qui râlent
Un bon coup de pied au cul.

Vous comprenez Monsieur c'est quand pas normal
Ils nous bouffent notre pain ils reluquent nos femmes
Qu'ils retournent faire les singes dans leur cocotiers
Tous nos bons nègres à nous qu'on a si bien soignés
Et puis c'qui est certain c'est qu'un rien les amuse
Ils sont toujours à rire ce sont de vrais gamins

 

        Pour compléter, voir et lire le livre de Gilles de Staal, Mamadou m'a dit, éditions Syllepse, 2008