dimanche 26 mai 2024

26 mai 2024 : retour de stage

Il y eut des chrétiens avant le Christ. Nous devrions en éprouver de la gratitude. Le malheur est qu'il n'y en en ait plus eu depuis lors. Je ferai une exception pour saint François d'Assise. Mais Dieu lui avait donné à sa naissance l'âme d'un poète; et lui-même, très jeune encore, avait pris, en un mariage mystique, la pauvreté pour épouse. Et, avec l'âme d'un poète et le corps d'un mendiant, il trouva facile le chemin de la perfection. Il comprit le Christ et devint pareil à lui.

(Oscar Wilde, De profundis, trad. Léo Lack, Le Livre de poche, 2000) 


Le stage est fini. J'étais dans l'Hérault, sur les hauteurs de Saint-Martin de Londres, dans un centre qui accueille des stages divers et variés, dans un cadre de nature boisé et rocheux, au pied des Cévennes, logé dans un hameau de mas restaurés, comprenant :

une hôtellerie avec restauration en partie végétarienne (c'est ce que j'ai pris, j'ai adoré)pouvant nourrir plus de cent personnes ;

des salles plus ou moins grandes pour le déroulement des stages : nous étions 18 (dont 1 Australien ne parlant qu'anglais et quatre Belges), plus un maître de stage et deux assistants ;

des chambres de une à quatre personnes dans le mas principal, plus des cassines et des cabanes en bois dans la forêt proche, et même des tentes pour l'été ;

un terrain immense avec des petites bois et une immense piscine jouxtant l'auberge en contrebas (deux de notre groupe s'y sont baignés).

Le stage de remise en forme et de recherche de notre force intérieure était très dense, à base d'exercices physiques et spirituels, comprenant des séances de méditation sur des textes et musiques indiens et tibétains, de la danse (vingt ans que je n'avais pas dansé depuis mes stages de qi gong de 2003 à 2005), du massage des exercices au sole en solo, duo, trio ou en groupe. J'étais de loin le plus âgé, la moyenne devais se situer ente 40 et 45 ans.

 


Avant de m'endormir, je lisais les Récits d'un pèlerin russe, un classique anonyme russe de 1870, un très grand livre de quête spirituelle chrétienne, livre qui convenait particulièrement bien comme compagnon du stage, qui a aussi contribué à m'élever l'âme. Je suis sûr que Poutine n'a jamais lu ce livre.

J'ai revu mon kiné en rentrant : en me massant les lombes, il m'a dit qu'il n'avait pas trouvé cette région de mon corps aussi souple et détendue depuis longtemps. Les effets du stage sont donc positifs, intérieurement et physiquement.

Voici les ressentis de fin de stage, après quelques jours de repos, sous forme de litanie poétique :


SORTIE DE STAGE

mes impressions intimes sont que j'ai traversé 

les labyrinthes et les obscurités du Temps

j'ai évacué le désert et les plaies du monde moderne

j'ai trouvé un chemin furtif et secret

plein de fraternité, de bienveillance et d'harmonie

à l'écart du vide existentiel

avec des proches vivifiants et aimants


comme si une force active s'était mise à bouillonner dans mon cœur

comme si j'avais suivi une ardente voie spirituelle

comme si j'avais reçu un appel pour surmonter mes ignorances

comme si j'avais surpris un entendement clair et sacré

comme si je m'étais délesté des illusions de ce monde

pour recevoir une grâce intérieure 


c'est pourquoi je me suis trouvé au bord des larmes

mon esprit s'égarait loin de ma prison habituelle

loin de ma pesanteur et de mes peurs ordinaires

cheminant désormais à l'orée d'un nouvel âge

l'air était merveilleux dans ce lieu enchanteur

mes larmes témoignaient d'une joie insolite


comme si le moment était propice à une renaissance

comme si mon âme était à portée de ma main

comme si tout chagrin, submergé, disparaissait

comme si j'avais abouti dans un autre univers

comme si mes larmes épousaient une paix inédite

 

et je suis redevenu humble, prêt à accepter les autres

et toute manifestation d'amour et de fraternité

dans un ciel infini rempli de choses douces 

mon corps éclate loin des rivages vils

et ma force décuplée trace un avenir


 




samedi 11 mai 2024

11 mai 2024 : la marche du monde

Chaque classe sociale aurait prêché l'importance des vertus qu'aucun de ses membres n'aurait besoin de pratiquer. Les riches auraient souligné les mérites de l'épargne et les oisifs font assaut d'éloquence sur la dignité du travail.

(Oscar Wilde, Le portrait de Dorian Gray, trad. Richard Crevier, GF, 1995)

 

Hier, à l'atelier d'écriture, une des participantes, Isa, a choisi pour thème le bon goût et a composé un texte magnifique sur la manière dont celui-ci est imposé à la société tout entière (il suffit d'écouter la radio et de regarder la télévision, je n'ose plus dire lire le journaux, puisque plus personne, ou presque, n'en lit) par une minorité de privilégiés qui, du haut de leur statut, se permettent de critiquer les masses populaires(les pauvres, les illettrés et les analphabètes, les migrants, les SDF, les anormaux, etc.) tout en les pressurant de toutes les façons.

                                                            dessin de Karak

Et, comme écrivait Oscar Wilde, de prêcher les vertus de l'épargne à ceux qui, le matin, ne savent pas encore ce qu'ils vont bien pouvoir manger dans la journée, ni même s'ils sont manger quelque chose, et de prôner l'abstinence à ceux dont la seule consolation se trouve dans une cigarette ou une cannette de bière, et de louer la propreté à ceux qui pas d'autre toit que le ciel, et de célébrer le travail devant ceux qu'ils mettent au chômage, et de glorifier les mérites de l'instruction à ceux qui n'ont pas les codes pour suivre une scolarité normale, etc., etc...

Je lis aussi chez Oscar Wilde : "Il y eut des chrétiens avant le Christ. Nous devrions en éprouver de la gratitude. Le malheur est qu'il n'y en ait plus eu depuis lors. Je ferai une exception pour saint François d'Assise. Mais Dieu lui avait donné à sa naissance  l'âme d'un poète, et lui-même, très jeune encore, avait pris, en un mariage mystique, la pauvreté pour épouse. Et, avec l'âme d'un poète et le corps d'un mendiant, il trouva facile le chemin de la perfection. Il comprit le Christ et devint pareil à lui (De profundis, trad. Léo Lack, Le libre de poche, 2000).

Mais, pour un François d'Assise, combien de paradeurs sans états d'âme, combien d'exploiteurs sans vergogne, combien de politicards nés dans des draps de soie et qui prétendent savoir tout, combien de criminels de geurre ui, malheureusement, mènent le monde, et que le menu peuple est prié de ne pas critiquer...

Et j'ai compris Isa d'avoir dévoilé l'hypocrisie de ces gens de la haute qui prétendent vouloir nous guider, nous imposer notre façon de vivre sous la férule de lois iniques et scélérates. Allez voir le magnifique film japonais le mal n'existe pas et son superbe héros Takumi. Sans avoir l'air d'y toucher, cet ermite des bois nous console de la démence du monde.

Et Madame Mimi est décédée le lendemain de ma visite, j'ai retenu sa dernière phrase : "C'est la fin".

 

 

mardi 7 mai 2024

7 mai 2024 : la chanson du mois, politique et polémique

vous êtes mauvais sujet, partant séditieux ; on vous applique la loi, et quelquefois, on vous l’applique un peu rudement, comme on fit dernièrement à dix de nos plus paisibles habitants…

(Paul-Louis Courier, Pamphlets politiques (1816-1824), Theolib, 2020)



Je vous propose comme chanson du mois une chanson d’actualité : la chanson de GieDré, Des droits de l’homme aux prudhommes, en défense de Guillaume Meurice, humoriste qui va être privé de ses chroniques à France inter pour s’être moqué, assez méchamment, je l’avoue, de Benjamin Netanyahou.
Pour l’écouter : https://www.youtube.com/watch?v=AHLKmioO1o0
Je n’en ai pas le texte, c’est plutôt une chanson de chansonnier, comme on disait dans ma jeunesse, quand il y avait des chansonniers à la radio, qui mettaient l’actualité ou la politique en chanson.

 

lundi 6 mai 2024

6 mai 2024 : le moral en berne

 

Ne rien posséder, mais demeurer fidèle à sa jeunesse, ce feu sacré qui ne dure pas. Faire face à la mort avec la même innocence que l’enfant qui respirait l’odeur des lentisques devant la mer. Garder jusqu’au bout cette présence au monde et puis partir en une nuit, sans un bruit, parce que le moment est venu.

(Sophie Avon, Une femme remarquable, Mercure de France, 2021)



La vieille dame est fragile : pensez donc, Madame Mimi (c’est ainsi qu’elle veut qu’on l’appelle) a 102 ans, elle est aveugle, depuis un glaucome mal soigné il y a quelques années, un peu sourde aussi, et  ne se déplace, poussée par une aide-soignante, qu'en fauteuil roulant. Mais elle parle encore trè bien, comprend bien et souhaite qu’on lui fasse la lecture. Mais pas de n’importe quoi : de romans qu’elle a aimés dans sa jeunesse. Elle a voulu commencer avec moi par Le portrait de Dorian Gray, d’Oscar Wilde. Très beau choix, mais pas facile à lire à haute voix : les dialogues (nombreux) sont un peu verbeux. Je lui lis pendant 45 minutes environ.
Ensuite nous papotons. Elle me raconte des pans de sa vie. Elle a eu cinq enfants, n'a dons pas travaillé à l'extérieur, deux garçons encore vivants, dans la septentaine, et trois filles, toutes décédées. « Forcément, quand on vit si longtemps, vos enfants meurent avant vous ! », me dit-elle. Elle trouve qu’elle a trop longtemps vécu et que, malgré la qualité de l’EHPAD où elle vit, elle est tout à fait favorable à l’euthanasie ou au suicide assisté. « Ce n’est plus une vie, c’est une survie », me claironne-t-elle presque à chaque visite (Georges Bonnet, mon grand ami poète de Poitiers, me disait à peu près le même refrain). Le personnel est sympathique, mais dispose de peu de temps pour s'occuper de chaque résident
Elle participe comme elle peut aux activités assez nombreuses : Atelier expression, Atelier créatif, Gymnastique douce, Mots croisés, Atelier mémoire, Atelier musical, Ciné-club, Conférences, Lecture collective, Culte. Mais ce qu’elle préfère, c’est les visites : celle de son fils bordelais, celles des bénévoles, et celles de son nouveau lecteur. Mais le temps est long, entre deux passages du personnel, entre deux visites, entre deux ateliers. Elle écoute un peu la télévision.
Et voilà qu’aujourd’hui, on me dit qu’elle ne va pas bien, qu’elle est au bout du rouleau. Je suis allé quand même dans sa chambre, lui, dire bonjour, lui serrer longuement la main, lui balbutier quelques mots affectueux de consolation (comme pour Georges Bonnet il y a trois ans), elle avec qui je faisais connaissance il y a un mois et demi à peine. On était arrivé au chapitre 7 (sur 20) du Portrait de Dorian Gray. Et soudain je me pose la question : mais pourquoi donc a-t-elle demandé que je lui lise ce livre-là, dont le thème est le vieillissement et la mort.
D’accord, elle l’avait lu dans son jeune temps (17 ans, je crois). Mais le livre est, d’une certaine manière, sinistre. Le héros décide de vivre une vie sans frein : "Jeunesse éternelle, passions sans limites, plaisirs subtils et secrets, joies sauvages et péchés plus sauvages encore : il lui fallait tout cela". Dorian Gray sait que toutes ses cruautés, toutes ses méchancetés, toutes ses turpitudes n’entament en rien sa beauté juvénile. C’était "au portrait de porter le fardeau de sa honte, voilé tout". Et le portrait devient ainsi le reflet de son âme corrompue, et le roman finit mal.
Est-ce que Madame Mimi voulait ainsi se préparer à la mort ? Avait-elle commis quelque ignominie qui pesait sur la conscience ? Peu importe. Je garde le souvenir d’une très vieille dame (ah non ! ne me faites pas le coup de me dire « elle faisait jeune, encore », comme beaucoup de gens qui croient me faire plaisir en parlant de moi ! Elle n’aurait pas accepté qu’on lui parle ainsi), certes d’une jolie vieille dame, mais qui savait qu’elle allait mourir. Et mourir sous peu, alors que jeune Dorian n'est pas encore trop dépravé.
J’ai eu avec elle, après lecture, de belles conversations. Elle m’a même dit un très beau conte que sa mère lui disait étant enfant et qu’elle avait gardé en mémoire précieusement. Je ne l’avais jamais lu ni entendu nulle part, c’est un comte d’explication du monde, celui de la naissance des étoiles. Je vais essayer de le transcrire de mémoire. Mais elle le disait avec une gourmandise souriante et une gouaille enfantine telles que j’avais l’impression que son regard, pourtant éteint, en était illuminé.
J’ai le moral en berne...

 

jeudi 2 mai 2024

2 mai 2024 : le poème du mois, La Fontaine

 

CAMILLE DESMOULINS : Les différences ne sont pas si marquées, nous sommes tous des anges et des démons, des imbéciles et des génies, et cela en même temps.

(Georg Büchner, La mort de Danton, trad. Arthur Adamov, L’Arche, 1970)



La Fontaine nous aide à voir clair dans cette différenciation des êtres humains. Ainsi la tortue de la fable est une fieffée imbécile un rien trop curieuse et imbue d’elle-même, aussi bien que les deux canards sont aussi bien des génies (l’idée superbe de transporter la tortue dans les airs) que des démons (ne pas lui avoir assez insufflé l’idée de la prudence et de ne point ouvrir la bouche). Cette fable, peut-être un peu compliquée pour des enfants, je l’avais pourtant apprise à huit ans, puisque dans notre école de village, la classe des grands allait de 8 (CE2)à 14 ans (certificat de fin d’études), et que le maître faisait le même cours à tous les enfants de sa classe, se contentant d'alléger d’un paragraphe les dictées et d’une question les problèmes d’arithmétique pour les plus jeunes. Ce dont il aurait pu se dispenser : on assistait en commun à la correction.

La Tortue et les deux Canards

Une Tortue était, à la tête légère,
Qui, lasse de son trou, voulut voir le pays,
Volontiers on fait cas d'une terre étrangère :
Volontiers gens boiteux haïssent le logis.
Deux Canards à qui la commère
Communiqua ce beau dessein,
Lui dirent qu'ils avaient de quoi la satisfaire :
Voyez-vous ce large chemin ?
Nous vous voiturerons, par l'air, en Amérique,
Vous verrez mainte République,
Maint Royaume, maint peuple, et vous profiterez
Des différentes mœurs que vous remarquerez.
Ulysse en fit autant. On ne s'attendait guère
De voir Ulysse en cette affaire.
La Tortue écouta la proposition.
Marché fait, les oiseaux forgent une machine
Pour transporter la pèlerine.
Dans la gueule en travers on lui passe un bâton.
Serrez bien, dirent-ils ; gardez de lâcher prise.
Puis chaque Canard prend ce bâton par un bout.
La Tortue enlevée on s'étonne partout
De voir aller en cette guise
L'animal lent et sa maison,
Justement au milieu de l'un et l'autre Oison.
« Miracle, criait-on. Venez voir dans les nues
Passer la Reine des Tortues.
— La Reine. Vraiment oui. Je la suis en effet ;
Ne vous en moquez point ». Elle eût beaucoup mieux fait
De passer son chemin sans dire aucune chose ;
Car lâchant le bâton en desserrant les dents,
Elle tombe, elle crève aux pieds des regardants.
Son indiscrétion de sa perte fut cause.
Imprudence, babil, et sotte vanité,
Et vaine curiosité,
Ont ensemble étroit parentage.
Ce sont enfants tous d'un lignage.


 

mardi 30 avril 2024

30 avril 2024 : Candide a visité la bande de Gaze

 

« Je pense depuis longtemps déjà que si un jour les méthodes de destruction de plus en plus efficaces finissent par rayer notre espèce de la planète, ce ne sera pas la cruauté qui sera la cause de notre extinction, et moins encore, bien entendu, l’indignation qu’éveille la cruauté, ni même les représailles de la vengeance qu’elle s’attire… mais la docilité, l’absence de responsabilité de l’homme moderne, son acceptation vile et servile du moindre décret public. »

(Georges Bernanos, Journal d’un curé de campagne, Flammarion, 2019)



Voici un texte de Nathalie Quintane ; décidément, ça me plaît de plus en plus de lire des écrivaines. En tant que femmes, elles en connaissent un rayon sur l’oppression. Et elles savent donc parler de la beauté de la vie à Gaza en ce moment avec élégance et style. Je vous propose le texte suivant paru sur internet et qui remettent les idées en place sur ce qui passe à Gaza, où Israël, ce pays si démocratique, ne fait pas le moindre mal !

La bande de Gaze
à Manuel Joseph

Dans la bande de Gaze, les routes ne sont pas impraticables et le boulevard qui longe la mer n’est pas défoncé, il longe la mer.

Il y a de l’eau, de l’eau potable, de l’électricité et des toilettes. On va aux toilettes dans la bande de Gaze, elles ne sont pas bondées, il y a des kits d’hygiène et chaque personne a sa propre salle de bains, chaque personne n’est pas traitée comme une ordure.

L’accès à Internet n’a pas été coupé car les bombardements sont loin d’être incessants et il n’y a guère de pénuries d’énergie. On peut donc accéder aux informations vitales et même appeler les premiers secours.

De même, on peut retirer tout l’argent que l’on veut puisque les banques n’ont pas été détruites.

Les habitants de la bande de Gaze n’ont pas été déplacés, ils continuent d’habiter dans leurs maisons non-détruites, non-incendiées, tout comme leurs véhicules sont non-détruits, non-incendiés. Tout n’a pas été aplati.

Par conséquent, on ne peut pas dire non plus que des cimetières ont été rasés et que les corps de différentes tombes se soient mélangés — et personne ne s’est filmé en train de dédier la destruction d’un immeuble à sa fille pour son anniversaire.

Dans le même ordre d’idées, on n’a pas enterré vivants des blessés ou des malades dans la cour de l’hôpital où ils étaient hospitalisés, on n’a pas mis le feu à ce qui reste comme provisions aux habitants non-morts d’un quartier non-dévasté, on n’a pas filmé des civils presque nus et agenouillés dans la rue et quand par hasard on a exhumé quelques corps de la bande de Gaze, on a creusé une fosse commune près d’une plage, puis on a fait venir une pelleteuse pour les recouvrir de sable pendant les funérailles.

Des naissances ont lieu à Gaze : les hôpitaux sont non-détruits, il y a abondance de médicaments et les nouveaux-nés ne risquent pas de mourir. Les enfants ne sont pas amputés sans anesthésie et aucun ne demande qu’on lui rattache ses jambes.

Quand il fait beau, on va à la plage non pour se laver mais pour se baigner et jouer au ballon, même si les tentes ne sont pas brûlantes comme des fours et l’air n’est pas comme du feu.

Dans leurs bureaux, sur le terrain, dans leurs maisons, dans les camps, dans leurs voitures, les habitants mangent : les boulangeries n’ont pas été ciblées et il n’en reste pas qu’une seule.

De ce fait, les enfants ne sont pas obligés d’errer sans réussir à trouver du pain et personne ne se distrait à pétrir des graines ou de la nourriture pour animaux moulue pour en faire un ersatz.

Ils se nourrissent de fèves, de thon et de haricots en boîte, par exemple, et s’il n’y a plus de fèves, de thon et de haricots en boîte ils ramassent des herbes, de telle sorte qu’ils ne sont pas réduits à manger du fourrage.

Nathalie Quintane

                                                    son dernier roman (POL, 2023) : une fable politique
J’ai bien lu La bande de Gaze avec attention et n’y ai trouvé aucune faute, aucune erreur, ni aucune contre-vérité. Je suis tranquille désormais, il ne passe rien à Gaza, et comme disait le précepteur de Candide, "tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes possible". Promis, je ne parlerai plus de Gaza ni de la Palestine...

lundi 29 avril 2024

29 avril 2024 : M. le Président, arrêtez-moi !

 

si rien n’est plus odieux que l’humiliation et l’avilissement de l’homme par l’homme, rien n’est si si beau ni si doux que l’amitié."

(Simone Weil, Réflexions sur les causes de la liberté et de l’oppression sociale, Payot, 2020)



Dans ses Réflexions sur les causes de la liberté et de l’oppression sociale, Simone Weil a des mots très durs sur les marchands d’armes et les pouvoirs publics : "Avec les masques à gaz, les abris, les alertes, on peut forger de misérables troupeaux d’êtres affolés, prêts à céder aux terreurs les plus insensées et à accueillir avec reconnaissance les plus humiliantes tyrannies, mais non pas des citoyens" ou "Avec des canons, des avions, des bombes, on peut répandre la mort, la terreur, l’oppression, mais non pas la vie et la liberté" ou encore "La puissance et la concentration des armements mettent toutes les vies humaines à la merci du pouvoir central." Mais qui lit encore Simone Weil, et de manière plus générale, qui lit encore aujourd’hui ?
Comment en est-on arrivé à accepter non seulement les bombardements et la destruction de Gaza, mais également les pogroms, vols de terres, arrachages d’oliviers, massacres de récalcitrants, par les colons israéliens appuyés de l’armée se disant "la plus morale du monde". et emprisonnements de nombreux Palestiniens de Cisjordanie par Israël.  Et l’État français voudrait qu’on ne proteste pas ou, si l’on proteste, nous taxer aussitôt d’antisémitisme !
Michel Collon, spécialiste belge de la désinformation des médias et du médiamensonge, lance un appel aux pouvoirs et à Monsieur Macron lui-même, M. le Président, arrêtez-moi !, que je relaie ici, car ce n’est pas dans nos médias (journaux, radio, télé) surpuissants que vous le trouverez :
https://www.youtube.com/watch?v=KgNxdRVivEw
Et j'estime son discours à la fois mesuré et stimulant !
Ceci étant, je préférerais parler de paix, d’amitié et de bienveillance, mais là, au bout de bientôt huit mois de destructions par bombardements incessants sur des bâtiments, des hôpitaux, des établissements scolaires, des marchés, des commerces, des êtres humains, je n’ai plus du tout d’indulgence !

 

dimanche 28 avril 2024

28 avril 2024 : gouvernés par des machines : la guerre moderne !

 

Au XXe siècle, le capitalisme s'est développé en générant une économie de la guerre permanente où règnent en maîtres de vastes complexes militaro-industriels qui tirent profit du carnage.

(Mathieu Rigouste, Les marchands de peur : la bande à Bauer et l'idéologie sécuritaire, Libertalia, 2013)

Et toujours Gaza. On en apprend tous les jours, si on veut bien quitter les médias mainstream (dominants) qui ne fournissent que renseignements fournis par Israël, et largement propagandistes.

 


Vu dans "Investig'Action", média internet indépendant, et repris dans la newsletter "PARDEM info".

 

Révélation : L’armée israélienne a désigné des dizaines de milliers d’habitants de Gaza comme étant suspectés de meurtres, en utilisant un système de ciblage par “intelligence artificielle" (IA) peu ou pas supervisé par des humains et une politique permissive en matière de pertes humaines… Effrayant !
En 2021, un livre intitulé “The Human-Machine Team: How to Create Synergy Between Human and Artificial Intelligence That Will Revolutionize Our World”[“La machine humaine : Comment créer une synergie entre humains et intelligence artificielle qui révolutionnera notre monde”] a été publié en anglais sous le nom de plume “Brigadier General Y.S.” Dans cet ouvrage, l’auteur un homme dont nous avons confirmé qu’il est l’actuel commandant de l’unité d’élite du renseignement israélien 8200 plaide en faveur de la conception d’une machine spéciale capable de traiter rapidement des quantités massives de données afin de générer des milliers de “cibles” potentielles pour des frappes militaires dans le feu de l’action. Cette technologie, écrit-il, résoudrait ce qu’il décrit comme une “lacune humaine tant pour la localisation des nouvelles cibles que pour la prise de décision concernant l’approbation des cibles”.
Il s’avère qu’une telle machine existe réellement. Une nouvelle enquête menée par +972 Magazine et Local Call révèle que l’armée israélienne a mis au point un programme basé sur l’intelligence artificielle, connu sous le nom de “Lavender”, dévoilé ici pour la première fois. Selon six officiers de renseignement israéliens, qui ont tous servi dans l’armée pendant la guerre actuelle contre la bande de Gaza et ont été directement impliqués dans l’utilisation de l’intelligence artificielle pour générer des cibles à assassiner, Lavender a joué un rôle central dans le bombardement sans précédent des Palestiniens, en particulier pendant les premières phases de la guerre. En fait, selon les sources, son influence sur les opérations militaires était telle qu’elles traitaient les résultats de la machine d’IA “comme s’il s’agissait d’une décision humaine”.
Officiellement, le système Lavender est conçu pour sélectionner tous les agents présumés des branches militaires du Hamas et du Jihad islamique palestinien (PIJ), y compris les agents de rang inférieur, comme des cibles potentielles d’attentats à la bombe. Les sources ont déclaré à +972 et à Local Call que, pendant les premières semaines de la guerre, l’armée s’est presque entièrement appuyée sur Lavender, qui a désigné jusqu’à 37 000 Palestiniens comme étant des militants présumés ainsi que leurs maisons en vue d’éventuelles frappes aériennes.
Au début de la guerre, l’armée a largement autorisé les officiers à générer des listes de personnes à abattre de Lavender, sans qu’il soit nécessaire de vérifier minutieusement pourquoi la machine avait fait ces choix, ou d’examiner les données brutes du renseignement sur lesquelles elles étaient basées. Une source a déclaré que le personnel humain ne faisait souvent qu’entériner les décisions de la machine, ajoutant que, normalement, il ne consacrait personnellement qu’environ “20 secondes” à chaque cible avant d’autoriser un bombardement juste pour s’assurer que la cible désignée par Lavender est bien un homme. Et ce, tout en sachant que le système commet ce que l’on considère comme des “erreurs” dans environ 10 % des cas, et qu’il est notoire qu’il sélectionne occasionnellement des individus qui n’ont qu’un lien ténu avec des groupes militants, voire aucun lien du tout.
En outre, l’armée israélienne a systématiquement attaqué les personnes ciblées alors qu’elles se trouvaient chez elles généralement la nuit, en présence de toute leur famille plutôt qu’au cours d’une activité militaire présumée. Selon les sources, cela s’expliquerait par le fait que, du point de vue du renseignement, il est plus facile de localiser les individus chez eux. D’autres systèmes automatisés, dont celui appelé “Where’s Daddy ?” [Où est papa ?], également révélé ici pour la première fois, ont été utilisés spécifiquement pour suivre les personnes ciblées et commettre des attentats à la bombe lorsqu’elles sont chez elles avec leur famille.
Le résultat, comme en témoignent les sources, est que des milliers de Palestiniens pour la plupart des femmes et des enfants ou des personnes qui n’étaient pas impliquées dans les combats ont été tués par les frappes aériennes israéliennes, en particulier au cours des premières semaines de la guerre, en raison des décisions du programme d’intelligence artificielle.
Nous ne voulions pas tuer les agents [du Hamas] uniquement lorsqu’ils se trouvent dans un bâtiment militaire ou participent à une activité militaire”, a déclaré A., un officier de renseignement, à +972 et à Local Call. “Au contraire, les Forces de défense israéliennes les ont bombardés dans leurs maisons sans hésiter, en première option. Il est beaucoup plus facile de bombarder la maison d’une famille. Le système est conçu pour les rechercher dans ce type de situation”.
La machine Lavender rejoint un autre système d’IA, “The Gospel”, dont +972 et Local Call ont révélé des informations lors d’une précédente enquête en novembre 2023, et visibles dans les propres publications de l’armée israélienne. Une différence fondamentale entre les deux systèmes réside dans la définition de la cible : alors que The Gospel marque les bâtiments et les structures à partir desquels, selon l’armée, les militants opèrent, Lavender désigne les personnes et les inscrit sur une liste de suspects à abattre.
En outre, selon les sources, lorsqu’il s’agit de cibler des militants juniors présumés marqués par Lavender, l’armée préfère n’utiliser que des missiles non guidés, communément appelés bombes “muettes” (par opposition aux bombes de précision dites “intelligentes”), qui peuvent détruire des bâtiments entiers et causer d’importantes pertes humaines.
Nous ne voulons pas gaspiller des bombes coûteuses sur des personnes sans importance – cela coûte très cher au pays, alors que la pénurie [de ces bombes] se fait sentir”, a déclaré C., l’un des officiers de renseignement. Une autre source a déclaré qu’ils avaient personnellement autorisé le bombardement de “centaines” d’habitations privées d’agents subalternes présumés marqués par Lavender, nombre de ces attaques tuant des civils et des familles entières en tant que “dommages collatéraux”.
Selon deux des sources, l’armée a également décidé, au cours des premières semaines de la guerre, que pour chaque agent subalterne du Hamas marqué par Lavender, il était permis de tuer jusqu’à 15 ou 20 civils. Par le passé, l’armée n’autorisait aucun “dommage collatéral” lors de l’assassinat de militants de moindre importance. Les sources ont ajouté que, quand la cible est un haut responsable du Hamas commandant de bataillon ou de brigade, l’armée a autorisé à plusieurs reprises le meurtre de plus de 100 civils pour l’assassinat d’un seul commandant.
Et voilà le résultat brillant de l’Intelligence Artificielle, du règne de la machine. L’horreur absolue. Comment voulez-vous que ça ne me révulse pas ?
Nous n’étions qu’une poignée samedi après-midi à Bordeaux pour le Rassemblement contre le génocide en cours. Toujours à Bordeaux le lundi précédent, même pas une centaine pour la conférence du médecin Christophe Oberlin, de retour de Gaza. Il faut croire que l’intelligence humaine est en jachère, la sensibilité écorchée, la compassion éteinte, le cœur bouché. Il faut croire que nous ne sommes plus que des monstres inhumains guidés par des machines. Pouah ! Vivement que je quitte ce monde, même pour aller en enfer : ce dernier ne peut pas être pire...