lundi 14 août 2023

14 août 2023 : Ode à ma nouvelle bicyclette (merci Pablo Neruda)

Il est plus facile de croire en Dieu quand on sait qu’il n’existe pas.

(Arnaldur Indridasson, Le duel, trad. Éric Boury, Métailié, 2014)



Et voici que, depuis le vendredi 4 août, j’ai ma nouvelle Ketty, euh, je veux dire ma nouvelle bicyclette, achetée d’occasion chez Écocycles à Mérignac, comme les deux précédentes. Ce magasin recycle de vieux biclous, notamment ceux qui viennent de groupes, et les remet en bon état. Cette fois, pour éviter un nouveau vol, j’ai acheté un antivol en U qui, j’espère, sera solide. En tout cas, j’en ai déjà fait bon usage, et notamment en profitant des fraîches matinées (je me lève tôt) pour faire des circuits en partant de chez moi pour gagner Bordeaux-Lac, faire le tour du lac et constater qu’ils ont remis en état la piste cyclable…

Je ne sais pas si on peut se passer de Dieu, mais pour ma part, je ne saurai me passer de bicyclette.

                                                                    (Photo H. Diaz)

Et j’en profite pour ressortir le beau poème de Pablo Neruda (à l’approche du cinquantième anniversaire de sa mort) que j’avais recopié, sur un de mes cahiers de poésie :



Ode à la bicyclette



        J’allais sur le chemin crépitant :
        le soleil s’égrenait comme maïs ardent
        et la terre chaleureuse était un cercle infini
        avec un ciel là-haut, azur, inhabité.
Passèrent près de moi les bicyclettes,
les uniques insectes
de cette minute sèche de l’été,
discrètes, véloces, transparentes :
elles m’ont semblé simples mouvements de l’air.
Ouvriers et filles allaient aux usines,
livrant leurs yeux à l’été,
leur tête au ciel, assis
sur les élytres des vertigineuses
bicyclettes qui sifflaient passant
ponts, rosiers, ronces
et midi.
J’ai pensé au soir, quand les jeunes se lavent
chantent, mangent, lèvent un verre de vin
en l’honneur de l’amour et de la vie,
et qu’à la porte attend la bicyclette,
immobile parce que son âme
n’était que de mouvement,
et, tombée là, elle n’est pas
insecte transparent qui parcourt l’été,
mais squelette froid
qui seulement retrouve un corps errant
avec l’urgence et la lumière,
c’est-à-dire avec la
résurrection de chaque jour.
(Pablo Neruda, Troisième livre des odes, Gallimard, 1978)

 

                                                       (Photo H. Diaz)

jeudi 3 août 2023

3 août 2023 : poème du mois : Éluard

Il était, comme lui, de cette pâte fine qui, chez les meilleurs hommes, garde un peu de la femme, et qui n’en rougit pas.

(Brigitte Giraud, Porté disparu, L’école des loisirs, 2022)



En ce moment, je lis une anthologie de Paul Éluard (Dit de la force de poésie : 100 poèmes de Paul Éluard, L’Harmattan, 2023) , et je dois dire que ça donne du baume au cœur. Je vous propose ce poème qui me semble assez connu, en tout cas, je l’avais déjà recopié à la main sur mes cahiers de poésie, et je l’ai retrouvé avec plaisir dans ce recueil.


L’amoureuse

(Capitale de la douleur, 1926)

 

Elle est debout sur mes paupières

Et ses cheveux sont dans les miens,

Elle a la forme de mes mains,

Elle a la couleur de mes yeux,

Elle s'engloutit dans mon ombre
Comme une pierre sur le ciel.


Elle a toujours les yeux ouverts
Et ne me laisse pas dormir.

Ses rêves en pleine lumière
Font s'évaporer les soleils,
Me font rire, pleurer et rire,
Parler sans avoir rien à dire.

Poème dit par Gilles-Claude Thériault :

https://www.youtube.com/watch?v=XsqHgoNNsqQ

chanté par Gérard Pilliot

https://www.youtube.com/watch?v=AFf_fL52kbk

 

 

mardi 1 août 2023

1er août 2023 : Ô cangaceiro, la chanson du mois

 

J’aime ceux qui ne savent vivre qu’à condition de périr, car en périssant ils se dépassent. /

(Frédéric Nietzsche, Ainsi parlait Zarathoustra, trad. Geneviève Bianquis, Flammarion, 2020)



Je viens de lire Cangaceiros, roman du Brésilien José Lins do Rego : c'est très violent, mais très intéressant. Les cangaceiros étaient des bandits qui luttaient contre les gros propriétaires fonciers et contre l’État et les institutions. Ça m’a rappelé le film brésilien de 1953 que j’avais vu au ciné-club du lycée en 1959, O cangaceiros et qui nous avait beaucoup intéressés. La musique était palpitante, ponctuée par une chanson qui, adaptée en français par Armand Mestral, devint un tube. Joan Baez a même chanté la chanson originale en portugais.

Je vous en livre les paroles françaises :

Ô Cangaceiro (Musique de Gabriel Migliori ; Paroles Armand Mestral)

pour l’écouter : https://www.youtube.com/watch?v=rlM8I1RfI3E

Oh ! Oh ! O Cangaceiro
Oh ! Oh ! Le ciel est beau
 

Les Cangaceiros
Vont descendre des montagnes
Gens
des vallées gardez
Vos filles et vos maisons.
Oh ! Oh ! La lune éclaire
Debout les vagabonds,
Nous allons semer la honte
Dans les champs de la vertu,

Et nous réglerons les comptes
Des braves gens qui se sont tus.
Ils sont venus dans la plaine,
La chapelle ils ont pillée,
Ils ont tué tous ceux que j'aime
Et se sont mis à prier.

Oh ! Oh ! O Cangaceiro
Oh ! Oh ! Le ciel est beau.

 
Pleure, pleure fille sage,
Sous mon baiser de vaurien
Tu m'as craché au visage,
Mais tu m'aimeras demain.
Au lointain brûle la terre,
Et je tiens ton corps de miel
Renversé sur la crinière
D'un cheval qui monte au ciel.

Oh ! Oh ! O Cangaceiro
Oh ! Oh ! Le ciel est beau.

 
Tu ne verras plus ta mère,
Tu n'auras plus de maison,
Mais nous n'aurons pour frontière
Que le ciel et l'horizon.
Par les monts, par les rivières,
La mort m'attend chaque jour,
Tu m'apprendras tes prières,
Et je t'apprendrai l'amour

Oh ! Oh ! O Cangaceiro
Oh ! Oh ! O Cangaceiro

 

                                        image du film de 1953