Personne ne se prépare à ce moment. Nous pensons tous qu’il n’arrivera pas, alors que nous nous savons mortels depuis le naissance. Comme si notre voisin, parfois moins âgé, pouvait mourir, mais pas nous.
(Alain Charles, L’attente, Ex Æquo, 2024)
Il y a des jours comme ça, et surtout des nuits (en particulier pendant mes insomnies, et depuis quelque temps, quand je me réveille la nuit, je me dis : "Tiens, t'es encre vivant, mon pote !") où je songe à la mort, la mienne, bien entendu, mais aussi celle des autres, les victimes des guerres, des incendies, des noyades, des inondations, des accidents, des famines, de la soif... Mais dans mon cas, comme tout le monde, plus ma vie s'allonge et plus elle se rapproche de la fin. Je suis déjà très étonné d'avoir atteint un âge si avancé. Il y a peu encore, dans les années 50, pendant mon enfance, j'aurais été catalogué dans les très vieux ! Rares en effet, parmi les villageois (puisque j'habitais dans un village des Landes), étaient les hommes qui atteignaient cet âge.
Et cet été caniculaire, qui voir augmenter le nombre de décès (+ 6000 en juin en France, nous claironnaient hier les statistiques) n'est pas fait pour oublier l'inéluctable. Hier, au GEM (Groupe d'entraide mutuelle) où je mange de temps en temps, on parlait de la mort. C'est curieux de voir comme les gens de cet organisme, prétendûment "anormaux" (généralement, ils ont eu affaire à la psychiatrie), n'hésitent pas à voir en face les grands problèmes de la vie. Alors que les gens dits "normaux" (mais cette catégorie existe-t-elle réellement ?) ont complètement oblitéré le sujet, devenu tabou ! Un peu comme la vieillesse, d'ailleurs, vue exclusivement comme une déchéance tragique de la personne.
Les gemmeurs (j'appelle ainsi les adhérents des GEM, dont je suis) n'usent pas de circonlocutions et acceptent quand je leur dis que je suis vieux. Non, mesdames et messieurs, je ne suis pas un aîné, une personne âgée, un ancien, un sénior, un croulant, un fossile, un gâteux, un vétéran, ou plutôt, je cumule tout cela dans l'adjectif vieux, à la fois plus simple et que je trouve plus adéquat. Et chaque qu'on me dit : "Mais non, tu es encore jeune !", je pense que mon interlocuteur se fout de moi. J'ai pourtant envie de lui dire : "C'est vrai, dans ma tête, j'ai toujours vingt ans... Mais le corps, lui, me rappelle sans cesse mon âge !"
Une des gemmeuses, celle qui avait mis la question sur le tapis, m'avait dit : "J'ai peur de la mort, peur de voir le médecin, peur de ce qu'il va m'annoncer, peur de l'avenir..." La discussion s'est alors orientée sur vivre le présent, le carpe diem latin, c'est-à-dire cueillir le jour qui vient, l'accueillir et le vivre pleinement. Ce que Ronsard a aussi magnifiquement écrit dans un des Sonnets à Hélène :
Vivez, si m’en croyez, n’attendez à demain :
Cueillez dès aujourd’hui les roses de la vie.
Cueillez dès aujourd’hui les roses de la vie.
Voilà, lors de mes rencontres, lors de mes déplacements, lors des mes voyages, je trouve que s'il y a des épines dans la vie, je m'efforce de voir surtout les roses qui les entourent, même en ces temps de canicule où je ne reste pas enfermé, loin de là. Et, circulant à vélo, j'ai beaucoup moins chaud que si je marchais à pied.

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