samedi 25 juillet 2026

25 juillet 2026 : canicule et vélo

 — Quel pessimisme !

Non, Maurice, mais seulement la douce et souveraine mélancolie que donne la réalité vue de face.

(Michel Serres, Nouvelles du monde, Flammarion, 1997)

 

 

                    Madame de La Canicule et sa fille Mademoiselle Calor sont passées de mode. Il n'est question, depuis deux jours, que des forcenés Monsieur de L'Incendie et de sa fille Madame Fumée. On nous en raconte des vertes et des pas mûres. Journaux, radios et chaînes de télé ne savent où donner de la tête : est-ce la faute d'imprudents causant des feux accidentels, de pyromanes écervelés, voire de terroristes incendiaires, ou d'un gouvernement imprévoyant et des canicules successives ? Les commentateurs ne savent où donner de la tête, les bons vieux masques FFP2 ressortent de l'ombre, les images des flammes de l'enfer tournent en boucle, les médias hérissent les poils des peureux qui ne savent plus où se cacher, et le comble est que le Tour de France cycliste ne fait plus que pâle figure, pas aussi photogénique que les arbres calcinés, la forêt en flammes, les animaux désemparés et les évacués penauds.

                    Pour ma part, j'ai appris il y dix-sept ans que quand un grand malheur nous frappe, il ne faut pas rester enfermé chez soi. C'était le conseil du médecin, capable de soigner l'âme aussi bien que le corps. C'est aussi regarder la réalité en face, s'ouvrir à elle, s'apercevoir qu'on n'est pas tout seul, que d'autres ont connu ou connaissent pire, qu'on peut les aider, et qu'en aidant son prochain, on s'aide soi-même. Et, en sortant de chez soi, on fait de l'exercice physique, ne serait-ce qu'un ou 2 km à pied pour acheter son pain quotidien, ou pour ceux comme moi qui aiment le vélo, 5 à 10 km de promenade... On peut ainsi assister au lever du soleil (ou à son coucher), observer les fleurs, les oiseaux, faire une belle rencontre (ou pas) : une vieille dame qui promène son chien, des coureurs qui font leur jogging, quelqu'un qui embrasse un tronc d'arbre, un monsieur qui lit en marchant, une dame qui tricote sur un banc, des enfants qui jouent à la marelle ou au ballon, des amoureux qui se croient seuls au monde (et qui le sont peut-être), toutes choses qu'on ne voit pas en restant enfermé chez soi.

                Moyennant quoi, depuis mon retour d'Angleterre, le 1er juillet, j'ai parcouru 380 km en seulement 19 jours où j'ai pris mon vélo, soit une moyenne de 20 km par jour. La canicule et la chaleur ne m'ont pas empêché de rouler, ni la fumée du Cap Ferret qui est venue brouiller le ciel de Bordeaux hier et dont l'odeur persiste aujourd'hui. On a moins chaud en roulant à vélo qu'en marchant à pied, je me tue à le dire à tous mes amis, surtout à ceux qui ne font pas de véloÉvidemment je roule doucement et sur du plat. Je fais des parcours modérés et non pas des étapes longues et montagneuses comme les coureurs du Tour. Je n'ai donc pas à forcer ni à devenir très chaud. Le coulis d'air que je traverse fait même comme un petit vent qui me rafraîchit.


 

                     

 

 

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