dimanche 5 juillet 2026

5 juillet 2026 : le poème du mois

 nous sommes seuls à être ce que nous sommes, et à vivre ce que nous vivons…

(Bernard Chambaz, Petite philosophie du vélo, Milan, 2008)

                      

                    Après ma nouvelle pérégrination (Paris - Amiens - Londres) qui m'a permis de revoir famille et amie, et de m'attarder plus que prévu, car un train annulé et pour le trajet de retour Bordeaux-Paris, tous les trains étaient complets, et j'ai dû faire le parcours en bus, je me suis rappelé de ce poème de Nerval qui, certes, parle de voyage lent également, mais où il y avait des compensations : flâner aux arrêts, s'écouter vivre, s'enivrer de l'odeur du foin, prendre le temps de regarder le ciel...

                    On est loin de nos modernes machines, rapides mais qui ressemblent plus à des fabriques de déplacements qu'à de voyage en vie réelle. Bon, j'ai survécu, je suis bien rentré. Mais j'ai pensé à Ulysse et à son voyage de retour qui a duré dix années, remplies  de risques, d'aventures, de rencontres, d'amitié et d'amour. Et j'ai rêvé...

         

Le relais

En voyage, on s'arrête, on descend de voiture ;
Puis entre deux maisons on passe à l'aventure,
Des chevaux, de la route et des fouets étourdi,
L’œil fatigué de voir et le corps engourdi.

Et voici tout à coup, silencieuse et verte,
Une vallée humide et de lilas couverte,
Un ruisseau qui murmure entre les peupliers, -
Et la route et le bruit sont bien vite oubliés !

On se couche dans l'herbe et l'on s'écoute vivre,
De l'odeur du foin vert à loisir on s'enivre,
Et sans penser à rien on regarde les cieux...
Hélas ! une voix crie : "En voiture, messieurs !"

            Gérard de Nerval

                            Mais où sont passés les tortillards d'antan ?

 



 

samedi 4 juillet 2026

4 juillet 2026 : pour la Palestine, encore

 

Je sais bien des étudiants aux yeux fatigués qui grandiraient plus vite tant sur le plan intellectuel que physique si, au lieu de veiller si tard, ils dormaient tout leur saoul. 

(Henry David Thoreau, De la marche, trad. Thierry Gillebeuf, 1001 nuits, 2009)

                       

                         Je reviens de Paros (et d'Amiens, et de Londres). 

                  J'ai assisté à Paris à l'Assemblée générale de l'association de soutien à la la Palestine EUROPALESTINE, qui existe encore, encore, malgré les menaces de dissolution de notre indigne gouvernement, pour qui soutenir la Palestine est maintenant considérer comme une "apologie du terrorisme" et que de nombreux militants y sont mis en examen à ce titre. Mais enfin, pour le moment, on peut encore clamer notre soutien !


                     Je ne me prive donc pas de le faire, en vous renvoyant à un texte nouvellement sur sur le site bruxelles-pantheres, car les Français ne sont pas les seuls à protester ! Nos amis belges aussi.

                    Lire le texte, assez long, ici :  https://bruxelles-pantheres.be/?p=6835 

 

jeudi 11 juin 2026

11 juin 2026 : Un conte soufi

N'attends pas que les événements arrivent comme tu le souhaites ; décide de vouloir les événements comme ils arrivent, et tu seras heureux.
(Épictète, Manuel, Thélème, 2011)

                     Je suis en train de lire Les 5 piliers de la sagesse (Albin Michel, 2025), de Frédéric Lenoir, dont j'avais déjà lu quelques livres, toujours avec beaucoup d'intérêt. C'est un livre de philosophie pratique, qui montre comment s'approcher de la sagesse. Il nous livre ici les pistes créées par les traditions anciennes, les penseurs antiques (Socrate, Épictète, Sénèque, Marc-Aurèle),  la sagesse orientale (bouddhisme en particulier, mais aussi taoïsme), ou encore religieuse (Bible et évangiles surtout), moyen-orientale (Rûmi, les soufis), occidentale (principalement Montaigne, Spinoza et Nietzsche). Je vous laisse découvrir quels sont ces cinq piliers. J'ai pensé beaucoup à Claire en le lisant.

 

                        Je vous livre ici un conte soufi que l'auteur cite  pour illustrer son propos.

 

Un étranger arrive devant la porte d'une ville et questionne un vieil homme assis devant la porte : 

Toi, vieux sage, tu dois bien connaître les habitants d'ici. Peux-tu me dire comment sont les gens de cette ville ? Sont-ils  accueillants, aimables, bienveillants ?"

Le vieil homme sourit, comme le font souvent les sages, et, au lieu de répondre, il retourne la question :

" Dis-moi, étranger, comment étaient les gens dans la ville d'où tu viens ?"

L'homme fait une grimace.

" Honnêtement, ils étaient désagréables, mesquines, égoïstes. Une vraie plaie."

Alors le sage lui répond :

" Eh bien, ici, tu trouveras les mêmes."

Un peu plus tard, un autres étranger arrive, pose exactement le même question. Le sage lui demande également :

" Et dans la ville d'où tu viens, comment étaient les gens ?"

L'homme répondit avec un grand sourire :

"Ils étaient accueillants, aimables, bienveillants."

Alors le sage lui dit : 

" Ici, tu les trouveras pareils."

Un vendeur de chameaux qui avait entendu les deux conversations s'approche, intrigué 

" Vieil homme, tu es un menteur ! Tu dis une chose à l'un, le contraire à l'autre ? Les gens d'ici sont-ils bons ou mauvais ?"

Et le sage de répondre calmement :

" Cela n'a aucune importance, car chacun porte le monde dans son regard. Celui qui est malheureux quelque part le sera partout. Celui qui est heureux en un lieu saura trouver le bonheur ailleurs."

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

mercredi 3 juin 2026

3 juin 2026 : la chanson du mois, Brassens/Le Forestier

Les hommes sont esclaves des normes. Quelqu’un leur a dit qu’il fallait être comme ceci ou comme cela, alors ils s’y efforcent et n’apprendront jamais quels ils furent et qui ils sont. Du coup, ils ne sont personne. Plus que tout, il faut oser être soi-même.

 (Milan Kundera, La Plaisanterie, trad. Marcel Aymonin, Gallimard, 1985)

 

                    Je viens de découvrir cette chanson écrite par Georges Brassens, et chantée par Maxime Le Forestier. Je n'ai pas oublié que l'école a été le creuset de la norme, en m^me temps que peut-être celui de la liberté, pour certains du moins. Mais pour la trouver, cette liberté de devenir soi-même, il fallait s'affranchir de la norme héritée de ses parents et de sa famille, de la bienséance qu'on s'inflige à soi-même, oublier d'être comme les autres et se frayer son propre chemin. C'est un parcours assez long, mais on peut y arriver. En tout cas, c'est ce que je souhaite à chacun de nous.

 


                La maîtresse d'école 

À l'école où nous avons appris l' ABC
La maîtresse avait des méthodes avancées.
Comme il fut doux le temps, bien éphémère hélas !
Où cette bonne fée régna sur notre classe,
Régna sur notre classe.

Avant elle, nous étions tous des paresseux,
Des lève-nez, des cancres, des crétins crasseux.
En n' travaillant exclusivement que pour nous,
Les marchands d' bonnets d'âne étaient sur les genoux,
Étaient sur les genoux.

La maîtresse avait des méthodes avancées :
Au premier de la classe elle promit un baiser,
Un baiser pour de bon, un baiser libertin,
Un baiser sur la bouche, enfin bref, un patin,
Enfin bref, un patin.

Aux pupitres alors, quelque chose changea,
L'école buissonnière eut plus jamais un chat.
Et les pauvres marchands de bonnets d'âne, crac !
Connurent tout à coup la faillite, le krach,
La faillite, le krach.

Lorsque le proviseur, à la fin de l'année,
Nous lut les résultats, il fut bien étonné.
La maîtresse, elle, rougit comme un coquelicot,
Car nous étions tous prix d'excellence ex-æquo,
D'excellence ex-æquo.

À la récréation, la bonne fée se mit
En devoir de tenir ce qu'elle avait promis.
Et comme elle embrassa cinquante lauréats,
Jusqu'à une heure indue la séance dura,
La séance dura.

Ce système bien sûr ne fut jamais admis
Par l'imbécile alors recteur d'académie.
De l'école, en dépit de son beau palmarès,
On chassa pour toujours notre chère maîtresse,
Notre chère maîtresse.

Le cancre fit alors sa réapparition,
Le fort en thème est redevenu l'exception.
À la fin de l'année suivante, quel fiasco !
Nous étions tous derniers de la classe ex-æquo,
De la classe ex-æquo !

À l'école où nous avons appris l' ABC
La maîtresse avait des méthodes avancées.
Comme il fut doux le temps, bien éphémère hélas !
Où cette bonne fée régna sur notre classe,
Régna sur notre classe.  

Pour écouter : https://www.youtube.com/watch?v=QdIj13--wLU&list=RDQdIj13--wLU&start_radio=1

 

mardi 2 juin 2026

2 juin 2026 : le poème du mois vient du Liban

 La médiocrité, c’est l’indifférence au bien et au mal,

(Georges Bernanos, L’imposture, Plon, 1927)

 

                    Voici un petit poème, récent, écrit par un Libanais, qui sait de quoi il parle, le Liba, étant actuellement attaqué par l'état le plus terroriste du monde en ce moment, avec la Russie. Mais au contraire de la Russie, sanctionnée par de nombreux autres états et par les institutions internationales, l'attaquant du Liban le fait en toute impunité... Et pas seulement au Libna, d'ailleurs. Les mots (entre autres) qui le définissent dans ses actes, et que je tire de ce beau texte : infâme, déluge, impuni, armes, sifflement, lie, poudre, morgue, drone, cendre, phosphore, chenilles... Jusqu'à quand ?

Ghassan Salhab (réalisateur libanais)- 

seul l’olivier, seul le pain, seul le thym, seule l’huile,
seule la vigne, seul le verbe, seule la danse, seul l’éclat,
seul le chant, seul le grain, seule la terre, seule la branche,
seule l’argile, seule la brise, seul le maquis, seule l’image,
seul un cri, seule l’aube, seuls nos pas, seule l’ombre,
seule l’averse, seul le rivage, seul le filet, seuls les battements,
seul le verbe, seules les fables, seul le sel, seul l’infâme,
seul le déluge, seules les statues, seul l’autel, seul l’impuni,
seules nos armes, seul l’impur, seuls les corbeaux, seuls les chardons
seule l’ogive, seul le sifflement, seuls les mortels, seul l’antre,
seules les heures, seule la pierre, seules les pages, seule la lie,
seule l’encre, seule la sève, seul l’enfant, seule la mère,
seul le cordon, seule l’aiguille, seul l’acier, seule la poudre,
seule l’odeur, seuls les brancards, seuls les couloirs, seule la morgue,
seules les mains, seules les tentures, seules les morsures,
seules les poutres, seul le verre, seule l’ouïe, seul l’agneau
seul le pollen, seule la prunelle, seul le drone, seule la cendre,
seule l’orée, seul le phosphore, seule la brune, seule la peau,
seuls les liens, seules les chenilles, seul le noyau, seules les ailes
seules nos entrailles, seuls nos boyaux, seules nos roses
seul l’écran, seule la voix, seuls les nuages, seule ton absence

paru dans lundi matin, 522, le 1er juin 2026, illustré par la photo suivante :


 

lundi 18 mai 2026

18 mai 2026 : La flotille de la liberté

 

C’est le silence, parfois impressionnant, qui précède les gestations à venir, un nouveau monde prêt à éclore.
(Loïc Gicquel des Touches, Ce que die la Bible sur la vieillesse, Nouvelle Cité, 2025)

 

                    Je reste silencieux devant les nouvelles venant d’Israël, et des nouveaux arraisonnements de bateaux de la Flottille de la liberté en route vers Gaza.

 

 

Stop à l'impunité israélienne en Méditerranée

Une fois de plus la marine israélienne attaque en toute impunité les militant-es de la solidarité qui naviguaient vers Gaza sur les bateaux de la Global Sumud Flottilla. Ce matin vers 10h, heure française, les autorités israéliennes se sont rendues coupables d’un nouvel acte de piraterie dans les eaux internationales au large de Chypre à 466 km de Gaza. À l’heure où sont écrites ces lignes, 16 des 52 embarcations de la flottille ont été interceptées. Une fois de plus, c’est en violation du droit international que les équipages humanitaires et pacifiques sont menacés et kidnappés pour avoir tenté de faire ce que tous les États européens devraient faire depuis longtemps, à savoir imposer la levée du blocus illégal de Gaza par Israël et permettre qu’arrive toute l’aide humanitaire et médicale dont la population a un urgent besoin.

L’AFPS appelle à soutenir les actions de protestation contre ce nouvel acte de piraterie. Elle appelle à organiser partout où c’est possible dès ce soir et dans les jours qui viennent des rassemblements unitaires en solidarité avec les équipages de la flottille qui doivent pouvoir poursuivre leur navigation vers Gaza et demander au gouvernement français d’agir pour assurer leur protection.



Interception israélienne des bateaux des flottilles pour Gaza dans les eaux internationales / appel à se mobiliser partout en France

Campagne française de la flottille de la liberté pour Gaza dont l'AFPS est membre

Ce matin, les bateaux des flottilles Global Sumud Flottilla et FFC ont subi des attaques de l’armée israélienne. Il s’agit d’un acte de piraterie commis dans les eaux internationales, à 400 kilomètres des côtes de Gaza. En fin de matinée 9 bateaux avaient été été interceptés sur une flottille composée de 52 bateaux. Près de 500 militant·es dont une quarantaine de Français·es, sont menacé·es par les actions illégales des forces israéliennes. 

Les flottilles sont des actions militantes et pacifiques, qui ne violent aucune loi, mais visent à contester le blocus illégal de Gaza. Ce blocus criminel emprisonne une population civile de plus de 2 millions de personnes, privées de leurs besoins les plus élémentaires et désormais plongées dans le plus grand dénuement après une guerre génocidaire.

Nous condamnons avec la plus grande fermeté ces attaques contre des bateaux humanitaires par l’armée israélienne, qui piétinent une nouvelle fois le droit international.

Nous appelons à des rassemblements pour témoigner de notre solidarité envers les flottilles, exiger la libération des personnes arrêtées et revendiquer leur droit à poursuivre leur navigation sans entrave.

La communauté internationale doit, de toute urgence, mettre fin à l’impunité de l’État israélien pour les crimes commis. Seules des sanctions fortes pourront contraindre cet État, qui repousse chaque jour davantage les limites de l’inacceptable, au respect des règles les plus élémentaires du droit international.

Liberté pour la Palestine.

Nous appelons à interpeller les autorités françaises, notamment le ministère des affaires étrangères, et à des rassemblements, partout en France et à Paris, à 18h, place de la République, pour témoigner de notre solidarité envers les flottilles, exiger la libération des personnes arrêtées et revendiquer leur droit à poursuivre leur navigation sans entrave.


Les organisations :
Agir pour la Palestine, Ami.es de Danielle Casanova, Amis des peuples de la Méditerranée (APM), Association des Anciens Appelés en Algérie et leurs Ami.e.s Contre la Guerre (4ACG), Association France Palestine Solidarité (AFPS), Association pour la taxation des transactions financières et pour l'action citoyenne (ATTAC), CGT FERC Sup, Comité régional CGT Nord-Pas-de-Calais, Confédération Internationale Solidaire Écologiste (CISE), Corsica Palestine, Couserans Palestine (09), Fédération CGT services publics, Fédération des Tunisiens pour une Citoyenneté des Deux Rives (FTCR), Fédération du commerce CGT, Fédération syndicale unitaire (FSU), Forum Palestine Citoyenneté, "Inseme a Manca/L'Après", La France insoumise (LFI), Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples (MRAP), Mouvement de la Paix, Nouveau parti anticapitaliste (NPA-A), Per a Pace, Réseau Coopératif de Gauche Alternative (RCGA), Ship to Gaza France, Syndicat national des journalistes CGT, Unions départementales 59-75-78-93 CGT, Union Juive Française pour la Paix (UJFP), Union nationale des étudiants de France (UNEF), Union syndicale Solidaires, Urgence Palestine (UP), Thousand Madleens to Gaza (TMTG), Waves of Freedom (WOFF).


Avec Centre Culturel Embarqué,
Et le soutien de :  Secours catholique, Aurdip, Plateforme des ONG françaises pour la Palestine


 

 

 

samedi 16 mai 2026

16 mai 2026 : la chanson du mois, Félix Leclerc

Pas même dans le mal, les hommes ne parviennent à surprendre ou à intriguer leurs semblables. De là l’action bienfaisante des bois, du désert et des étendues marines.

(Alvaro Mutis, La neige de l’amiral, trad. Annie Morvan, S. Messinger, 1989)

 

                    Je l'ai peut-être déjà écrit dans ce blog. Félix Leclerc est passé à la Maison des jeunes et de la culture d'Angers en 1972, et j'ai eu le petit bonheur d'y assister. Parmi les chansons qu'il et je les avais toutes appréciées, d'autant plus que la salle n'était pas très grande et qu'on le voyait et l'entendait de près, il y avait cet hymne au printemps. 

                Et bien d'autres chansons ! J'étais ébloui, je le découvrais, le courant passait et il est toujours là, à vibrer dans mon crâne, comme une invitation au voyage et au bonheur ! J'espère que ça vous plaira aussi. J'en mettrai d'autres.


             

 L'hymne au printemps

 

Les blés sont mûrs et la terre est mouilléeLes grands labours dorment sous la geléeL'oiseau si beau, hier, s'est envoléLa porte est close sur le jardin fanéComme un vieux râteau oubliéSous la neige je vais hivernerPhotos d'enfants qui courent dans les champsSeront mes seules joies pour passer le tempsMes cabanes d'oiseaux sont vidéesLe vent pleure dans ma cheminéeMais dans mon cœur je m'en vais composerL'hymne au printemps pour celle qui m'a quittéQuand mon amie viendra par la rivièreAu mois de mai, après le dur hiverJe sortirai, bras nus, dans la lumièreEt lui dirai le salut de la terreVois, les fleurs ont recommencéDans l'étable crient les nouveau-nésViens voir la vieille barrière rouilléeEndimanchée de toiles d'araignéeLes bourgeons sortent de la mortPapillons ont des manteaux d'orPrès du ruisseau sont alignées les féesEt les crapauds chantent la libertéEt les crapauds chantent la liberté

Félix Leclerc
 
Pour l"écouter :
https://www.youtube.com/watch?v=HcQvS5oKNGo 


 


jeudi 14 mai 2026

15 mai 2026 : les petites histoires de Jipé : 5

 Je suis de ceux qui aiment et non de ceux qui haïssent.

(Sophocle, Antigone, trad. Jean Grosjean, Gallimard, 2011)

 

                    Avant de mourir en 2013 (voir ma page du 6 novembre 2013), Igor m'avait légué son petit ours en peluche avec qui il dormait. Ce petit ourson blanc, très simple, je l'ai conservé depuis 2013 dans un panier, et depuis l'an dernier, je l'ai placé sur mon traversin, entre les deux oreillers. Je l'ai appelé Martin, en souvenir de mon enfance, et aussi de mon ami polonais, dont c'est le prénom. Double souvenir donc, Igor et Martin. Ainsi, je pense plus souvent à eux. Mais aussi à ma grand-mère maternelle, qui fut ma fée du logis. Parce qu'elle m'a raconté un jour l'histoire suivante :je devais avoir six ans, j'étais malade, n'étais pas allé à l'école, j'étais resté au lit et pour me rassurer elle me racontait des histoires, dont celle qui suit. Et qu'elle n'a dite à aucun de mes frères et sœurs.

                Je précise que j'aime beaucoup les oursons en peluche et aussi les ânes en vrai. 

 


l'ourson en peluche d'igor

 

 

Plus d'un âne s'appelle Martin

(légende ?) 

 

Je suis né à la maison. La sage-femme est là, on attend le docteur. On frappe à la porte. Mamie va ouvrir.

― Vous arrivez bien tard, docteur, c’est presque fait. Mais entrez donc vite.

Et elle referme la porte derrière lui, prend son chapeau, le débarrasse de son manteau tout mouillé, et l’emmène à la chambre où Maman gémit. Une seule ampoule centrale éclaire faiblement la scène. Mme Lesage, la sage-femme, s’active et le docteur Berthier la rejoint aussitôt.

― Voyez, docteur, pour un peu, on n’avait pas besoin de vous, dit la sage-femme en souriant. La tête apparaît ; ça ira vite maintenant. Allons, pousse, Jeanne, pousse !”

― Vous avez de l’eau chaude ? demande le toubib, qui avait enfilé des gants de caoutchouc. Mamie, derrière eux, montre la cuvette sur la coiffeuse avec les serviettes toutes propres.

― J’ai d’autre eau qui chauffe à la cuisine, ajoute-t-elle, en femme habituée à ne pas se laisser surprendre.

― Voilà, il vient, le petit bébé, bientôt fini de souffrir, Jeanne, tu vas le voir bientôt, le tenir dans tes bras, le bercer..

Maman, exténuée, pousse un cri, d’un seul coup, le bébé - MOI - surgit en entier :

― C’est un garçon !”, dit ma grand-mère.

― Oui, c’est un garçon, et un beau ; un peu fluet, mais difficile de demander plus, par ces temps de restriction, répond le docteur. Avec l’aide de Mme Lesage, il coupe le cordon et fait un nœud. Le bébé pousse (MOI) un hurlement étrange.

― Et ce cri, vous avez entendu ?, dit le docteur.

Tout le monde a entendu, sauf peut-être maman qui, épuisée, a fermé les yeux. On aurait dit le cri d’un ânon, un véritable hi-han, un braiment de première. Et le bébé (c'est-à-dire MOI) le répète à satiété.

Mme Lesage me pose un instant sur le ventre de maman qui ouvre les yeux et sourit enfin, soulagée, après ces heures de douleur.

― Eh bien, vous pouvez dire qu’il saura braire, murmure le toubib.

En un tournemain, le bébé (toujours MOI) est nettoyé, essuyé, tandis qu’il ne cesse de braire, et remis à mamie qui l’emmaillote et le déposa dans les bras de maman.

― Et comment va-t-on l’appeler, ce petit ânon ? poursuit le docteur.

― Ah, docteur ! chuchote maman, je m’attendais à une fille, j’avais trouvé des tas de prénoms féminins, mais pour un garçon, bernique !

Le docteur sourit : ― Ce n’est pas grave, et de toute façon, on ne pourra pas le déclarer à l’état-civil avant demain matin ; ça vous laissera la soirée et la nuit pour y réfléchir. Et puis, comme il brait très bien, appelez-le Martin, ça lui ira comme un gant ! Ne dit-on pas : il y a plus d'un âne qui s'appelle Martin !

Et c'est comme ça, selon le racontar de mamie, que j'ai failli m'appeler Martin

un bel âne : Charente, août 2025

 

 

 

mercredi 13 mai 2026

13 mai 2026 : le poème du mois

 

Hâte-toi de bien vivre et songe que chaque jour est à lui seul une vie.

(Sénèque, Lettres à Lucilius, L’escalier, 2017)

 

 


                    J'en reviens beaucoup à Victor Hugo, en particulier depuis que j'ai entendu au théâtre le spectacle La Vision de Dante (dans La Légende des siècles), un long poème narratif. Dans ce même Petit théâtre des Chartrons  de Bordeaux, je vais d'ailleurs samedi prochain voir Une croisière en Durasie, sur des textes choisi de Marguerite Duras, qui reste pour moi une des grandes du XXème siècle. Je m'en régale à l'avance. J'ai choisi un petit poème de Hugo, un peu leste...                  

 

Elle était déchaussée, elle était décoiffée,
Assise, les pieds nus, parmi les joncs penchants ;
Moi qui passais par là, je crus voir une fée,
Et je lui dis : Veux-tu t’en venir dans les champs ?

Elle me regarda de ce regard suprême
Qui reste à la beauté quand nous en triomphons,
Et je lui dis : Veux-tu, c’est le mois où l’on aime,
Veux-tu nous en aller sous les arbres profonds ?

Elle essuya ses pieds à l’herbe de la rive ;
Elle me regarda pour la seconde fois,
Et la belle folâtre alors devint pensive.
Oh ! comme les oiseaux chantaient au fond des bois !

Comme l’eau caressait doucement le rivage !
Je vis venir à moi, dans les grands roseaux verts,
La belle fille heureuse, effarée et sauvage,
Ses cheveux dans ses yeux, et riant au travers.  

            Victor Hugo, Les Contemplations 

                    Puisse-t-il vous plaire et vous inciter à lire le recueil complet !

jeudi 30 avril 2026

30 avril 2026 : photos et photographies

 

Quand je pose pour un photographe, à mon malaise s’ajoute la gratitude : la photo suffira à prouver mon existence, il ne sera pas nécessaire de m’empailler.

(Amélie Nothomb, Psychopompe, Albin Michel, 2023)

 

                       J'avoue que, parmi la quinzaine de romans d'Amélie Nothomb que j'ai lus, Psychopompe est le seul dont j'ai relevé et noté plusieurs phrases. Je suis frappé, en effet, de voir les "selfies" proliférer sur les réseaux sociaux que je fréquente (en fait Facebook et WhatsApp). En fait, je ne fais moi-même pratiquement jamais de "selfies", estimant que je n’ai guère besoin de "prouver mon existence", et je ne pense pas avoir abreuver de ma bouille en photo les quelques lectrices et lecteurs de mon blog, ni dans mes rares apparitions sur Facebook ni WhatsApp

 

Groix

                Mais c'est l’usage du smartphone qui a développé cette propension à s'auto-photographier, comme je l'avais dit au dernier marchand d'appareils de photo à qui j'ai eu affaire. C'est à Venise à partir de 2011 que je me suis aperçu que la mode des "selfies" s'était aggravée avec l'usage des bâtons ou perches à selfies rétractables. Moi qui n'avais à l'époque qu'un téléphone portable ordinaire avec lequel je ne faisais jamais de photos, j'ai vu les personnes seules (ou même en duos ou trios) qui se tiraient le portrait en utilisant la fameuse perche, avec en arrière-fond le Pont des Soupirs, le Grand Canal et autres curiosités vénitiennes et envoyer ça illico pour vouloir dire : "J'y étais" ou "On y était", comme si leurs correspondants risquaient d'en douter.

Madagascar

                    Il m'est arrivé que l'une ou l'un d'entre eux, ou un couple, me passent l'appareil pour que ce soit moi qui fasse le travail. Il fallait alors m'expliquer comment cette étrange machine fonctionnait et sur quel bouton il fallait appuyer. Pendant mes voyages en cargo, j'avais pris mon appareil de photo et me suis très bien passé de smartphone. Je n'en suis pas mort. Quand j'ai acheté mon smartphone (ce n'est pas très vieux, en 2023), je me suis dit que désormais j'utiliserai cet appareil pour faire des photos. J'en ai parlé au vendeur qui m'a dit : "Attention, ça fait des photos, mais pas des photographies, rien à voir avec un bon appareil à l'ancienne. De plus, vous allez voir, c'est addictif, vous en ferez des centaines, voire des milliers, que vous regarderez une fois, ou pas".


près d'Amiens

                  Effectivement, au début, j'en ai fait pas mal : au fur et à mesure, j'éliminais celles qui étaient floues ou mal cadrées. Puis j'ai fait par n'en garder qu'une petite partie, car la plupart n'avait aucun intérêt ! Je les trouve moins belles que celles qui sortaient de mon modeste appareil de photo. Et je n'en garde pas beaucoup. D'ailleurs, j'en fais de moins en moins. Je suis toujours étonné de voir des personnes s'évertuer à vouloir me montrer leurs photos de voyages, alors que j'aime beaucoup les photographies de quelques ami(e)s que j'estime en tant que photographes. Il est vrai qu'ils/elles utilisent des appareils souvent très techniques et sophistiqués. Ils/elles font des photos à valeur esthétique ajoutée, qu'il s'agisse de paysages, de monuments, d'animaux, d'oiseaux, de portraits, etc.

Londres 

                    Finalement, pour moi, le smartphone sert finalement assez peu, en dehors de téléphoner, ce que je ne fais d'ailleurs pas beaucoup. Voilà. 

                De ces quatre photos ci-dessus, toutes de moi, une seule a été faite au smartphone, saurez-vous la reconnaître ?

 

 

 

lundi 27 avril 2026

28 avril 2026 : deux chefs d'œuvre et une surprise

Je redécouvris cette grâce inégalable qui s’appelle santé. Ce nom désigne un corps et une âme qui s’entendent bien.

(Amélie Nothomb, Psychopompe, Albin Michel, 2023)

 

https://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=306165.html
bande-annonce du film 

                    Ce week-end  s'est montré riche de surprises et j'ai bien fait de ne pas rester cloitré chez moi. J’avais appris qu'on projetait samedi au cinéma de Mérignac (où je n'avais jamais mis les pieds) L'empreinte, le documentaire qui raconte la course à pieds nus de Florent Gomet qui a suivi le cours du Danube, non seulement sans chaussures, mais aussi sans papiers, sans argent et en mangeant exclusivement cru. J'ai entendu parler de cet aventurier de la vie il y a cinq ou six ans. Je sais qu'il organise des stages, des jeûnes, des sessions d'hygiénisme. C'est un doux dingue comme je les aime. Je me suis procuré son livre La marche sans faim, 360 km de randonnée sans manger au Canada, que j'ai lu avec beaucoup d'intérêt en 2025. Cette marche de deux semaines de jeûne voulait attirer l'attention sur "les bienfaits du jeûne et les formidables capacités du corps humain que recèle chaque individu dès lors qu’il n’est pas affaibli par une hygiène de vie inadaptée". Cette marche qu'il a accomplie dans les années 2010 était le prélude à sa magnifique randonnée que nous montre L'empreinte, des sources du Danube jusqu'à la Mer noire. On y voit les difficultés de traverser l'Europe, et des pays peu accueillants (en particulier la Hongrie et la Serbie) pour un individu si différent de la moyenne. Le film, une aventure vécue hors du commun, m'a passionné et je vais m'empresser de commander le livre pour en savoir plus.  Et je n'exclus pas de m'inscrire à un de ses stages de jeûne, moi sui suis tellement horrifié par la surbouffe actuelle...

   

                    Dimanche matin, dans le cadre du Festival "Lire le cinéma", l'Utopia de Bordeaux projetait La dame de Shanghaï, le chef d’œuvre d'Orson Welles, que je n'avais vu jusqu'à présent qu'à la télé, et il y a fort longtemps. Ce fut une redécouverte où j'ai entraîné ma sœur Maryse. C'est à la fois un polar complexe et une histoire d'amour fou, où le héros (un marin baroudeur joué par le réalisateur lui-même), par amour pour une femme fatale et manipulatrice (jouée par Rita Hayworth), va se trouver piégé. Je n'en dis pas plus si vous ne l'avez pas encore vu, mais ne le ratez pas s'il repasse près de chez vous au cinéma ou si vous le voyez au programme à la télévision : chef d’œuvre absolu, dans un noir et blanc superbe et des scènes d'anthologie à couper le souffle ! 

 

                   Nous avons mangé au restaurant, et Maryse m'a laissé seul aller voir, toujours au cinéma, le retransmission en direct du Cid de Corneille, un spectacle hors les murs de la Comédie française, dans une mise en scène de Denis Podalydès. Benjamin Lavernhe joue le rôle-titre avec panache (le récit du combat contre Maures, rythmé par des roulements de tambour, est dit de façon étincelante). Mais tous les acteurs et actrices servent la pièce, que je suis content d'avoir revue. La salle de cinéma était pleine à craquer, le théâtre de la Porte Saint Martin aussi. Je ne sais pas Le Cid, avec ses alexandrins et le langage soutenu du XVIIème siècle, plaît encore aux générations actuelles... En tout cas, pour les vieux de la vieille comme moi, c'est un spectacle aux petits oignons, où j'attendais les vers archiconnus, les personnages hauts en couleur (le Comte, père de Chimène, Don Diègue, père de Rodrigue), les femmes qui se révèlent fortes dans ce monde d'hommes (Chimène, L'Infante), et les hommes, parfois au bord du ridicule (le roi par exemple), justifiant l'appellation de tragi-comédie que Corneille attribua à la pièce lors de sa publication.

                   Donc un week-end très culturel qui m'a rendu heureux ! 

 

     

 


vendredi 24 avril 2026

24 avril 2026 : Paris, nouvelle "vadrouille"

 La lune est ronde

Le bébé tend le bras

Pour l'attraper 

(Jean Annon, Poèmes pour mon fils, Autoédition, 2024) 

 

                    Me voici de retour de Paris, toujours magnifiquement reçu chez mes cousins par alliance François et Claire. Je les ai trouvés en pleine forme (du moins comme on peut l'être à notre âge), ainsi que ma condisciple Christine (id.), que je vois à chacun de mes passages dans la capitale. Le dimanche, j'étais à table avec la cousine Christiane, jeune sœur de François, et les petites-cousines, filles de Claire et François, Lily et Eve, et de leurs compagnons Youssef et Jean-Marc. Ce dernier a eu un manuscrit de roman accepté par Flammarion. Lily vient d'être reçue à l'agrégation d'histoire-géographie. Lily et Youssef sont partis ensuite faire une randonnée cycliste de Bordeaux à Sète le long du Canal latéral à la Garonne puis du Canal du Midi, Eve et Jean-Marc sont partis camper vers Arles. Je les reverrai cet été début août lors de la réunion annuelle traditionnelle de leur famille, cette fois en Normandie, dans le Calvados.

 

                    Avec Claire et François, j'ai vu un opéra, Platée, de Rameau, une pièce de théâtre, Le Testament du père Leleu, farce paysanne de Roger Martin du Gard, et deux films, Juste une illusion, des compères Nakache et Toledano, et La corde au cou, de Gus Van Sant. Autant de belles soirées. L'opéra de Rameau et la farce paysanne étaient des bouffonneries dont on est sortis le sourire aux lèvres. Le film français posait le problème d'un jeune adolescent de treize ans coincé entre les bousculades de son frère aîné, les difficultés de ses parents et le premier émoi amoureux : comment devenir grand ? Le film américain relate la façon dont le héros, victime de ce qu'il estime être une escroquerie financière de la part de sa banque, tente de se venger : il enlève un des courtiers responsables, mais comment va-t-il s'en sortir ?

 

                    Quant au Musée de la vie romantique, où m'a entrainé Christine et que je ne connaissais pas, situé à 400 mètres au sud du Moulin rouge, j'en ai vu les collections permanentes, et l'exposition en cours Face au ciel, Paul Huet en son temps. Ce peintre (1803-1869), portraitiste et paysagiste, m'a bien plu. Le Musée occupe l'Hôtel particulier Scheffer-Renan, rue Chaptal, qui fut le théâtre d'un salon littéraire, musical et artistique tenu tous les vendredis soirs, contient du mobilier d'époque, des dessins et peintures. Le peintre Ary Scheffer y recevait George Sand, Chopin, Liszt, Delacroix, et la fine fleur du mouvement romantique. On peut voir à l'extérieur un jardin d'hiver avec rocaille. J'étais tellement enchanté de la visite que je suis revenu chez mes cousins, sur la rive gauche, à pied, soit cinq bons kilomètres à travers Paris, du nord au sud. Il faisait beau, mais j'étais rompu à l'arrivée. J'oubliais que je n'étais plus si jeune ! J'en ai conclu que j'aurais bien du mal, aujourd'hui, à faire une randonnée de plusieurs jours à pied, surtout si elle comprend de la montagne... Adieu aux chemins de Compostelle !!! Je ne ferai jamais ce pèlerinage !

 

mardi 14 avril 2026

14 avril 2026 : accepter la différence

« Aie confiance dans l'âme humaine, frère Léon, et surtout n'écoute pas les gens sages. L'âme humaine peut l'impossible. »

(Nikos Kazantzakis, Le pauvre d'Assise==, trad. Gisèle Prassinos et Pierre Fridas, Presses Pocket, 1991)

 

                    J'ai l'impression qu'à force de fréquenter des gens hors du commun, dans la vie (par exemple les vieux en EHPAD, ou ceux/celles qui ont eu affaire à la psychiatrie dans les GEM - Groupes d'Entraide Mutuelle et associations du même type, les gens qui préfèrent la précarité au salariat, les étrangers, voire les SDF, etc.), dans la littérature (cf Le pauvre d'Assise, de Nikos Kazantzakis), au cinéma (cf récemment Compostelle, Sauvage et Plus fort que moi), je me sens si bien avec eux/elles que je finis par redouter de rencontrer les gens "normaux", surtout ceux qui se prétendent tels. Et qui sont en réalité normatifs, normalisateurs, qui mettent la réalité humaine, si variée, si riche de différences, en cases, et qui sont souvent racistes, méchants, trop cadrés pour moi. Je m'efforce de ne pas trop les fréquenter, et de rester presque muet en leur présence. Tant pis pour moi, je me prive peut-être.

                  Aussi suis-je allé voir ces temps-ci, pour compléter mon panorama de la différence deux films dans la lignée de Compostelle. Si dans ce dernier film, le héros était un jeune dévoyé jugé irrécupérable, dans Sauvage, l'héroïne est une jeune fille complètement à part, asociale, qui préfère se retirer dans les bois, et tandis que dans Plus fort que moi, le héros dont on suit la vie depuis l'adolescence, se révèle atteint d'un mal mystérieux qui l'amène à souvent se mettre à crier ou à émettre des insanités ordurières irrépressibles.

               Compostelle montrait le cheminement qui conduisait à une sorte de rédemption proche des paroles se François d'Assise dans le beau roman de Kazantzaki : on peut avoir confiance dans l'âme humaine !


                    Pareillement, dans Plus fort que moi, John, se trouve atteint dès ses douze ans d'un syndrome terriblement handicapant (et que même les médecins ne comprennent pas), qui va le reléguer dans une vie difficile, et qui va même disloquer sa famille : le père s'en va. La rencontre vers ses vingt ans de Dottie, la mère de son seul copain, infirmière psychiatrique, va mettre des mots sur son état de santé et va, surtout, le persuader qu'il peut s'insérer dans la société. John apprend à s'accepter et après des années de travail sur soi, à se faire accepter. Et de canard boiteux, il arrive à aider les autres atteints du même syndrome. Comme Compostelle, c'est une ode à la tolérance, un film qui nous touche profondément et, qui sait, peut être susceptible de nous faire mieux accepter les différences.

 

                  Par contre la jeune fille de Sauvage, Anja, ne trouve pas la route ni le chemin qui lui permettrait de s'adapter au monde. Ses parents vivent en communauté avec deux autres couples dans une vieille maison qu'ils ont restaurée en Ardèche. Ces néo-ruraux ont l'ambition de recréer un élevage de vers à soie. Tout se passe à peu près bien, sauf pour Anja, la fille de Sam et de Karl. La jeune fille s'isole, devient presque muette, finit par se cacher. Seule Sam, sa mère, arrive à garder un maigre contact. Ici, aucun jugement sur la vie en communauté,  ni sur le fait que Sam ne juge pas sa fille et la préfère en liberté dans les bois plutôt qu'en internement dans une maison psychiatrique. Le film est dur, dérangeant même pour qu'on accepte cet amour maternel si radical. Là, c'est plus difficile d'accepter un être si différent, même si l'Ardèche est magnifique, et j'ai trouvé le film fort intéressant.