samedi 25 juillet 2026

25 juillet 2026 : canicule et vélo

 — Quel pessimisme !

Non, Maurice, mais seulement la douce et souveraine mélancolie que donne la réalité vue de face.

(Michel Serres, Nouvelles du monde, Flammarion, 1997)

 

 

                    Madame de La Canicule et sa fille Mademoiselle Calor sont passées de mode. Il n'est question, depuis deux jours, que des forcenés Monsieur de L'Incendie et de sa fille Madame Fumée. On nous en raconte des vertes et des pas mûres. Journaux, radios et chaînes de télé ne savent où donner de la tête : est-ce la faute d'imprudents causant des feux accidentels, de pyromanes écervelés, voire de terroristes incendiaires, ou d'un gouvernement imprévoyant et des canicules successives ? Les commentateurs ne savent où donner de la tête, les bons vieux masques FFP2 ressortent de l'ombre, les images des flammes de l'enfer tournent en boucle, les médias hérissent les poils des peureux qui ne savent plus où se cacher, et le comble est que le Tour de France cycliste ne fait plus que pâle figure, pas aussi photogénique que les arbres calcinés, la forêt en flammes, les animaux désemparés et les évacués penauds.

                    Pour ma part, j'ai appris il y dix-sept ans que quand un grand malheur nous frappe, il ne faut pas rester enfermé chez soi. C'était le conseil du médecin, capable de soigner l'âme aussi bien que le corps. C'est aussi regarder la réalité en face, s'ouvrir à elle, s'apercevoir qu'on n'est pas tout seul, que d'autres ont connu ou connaissent pire, qu'on peut les aider, et qu'en aidant son prochain, on s'aide soi-même. Et, en sortant de chez soi, on fait de l'exercice physique, ne serait-ce qu'un ou 2 km à pied pour acheter son pain quotidien, ou pour ceux comme moi qui aiment le vélo, 5 à 10 km de promenade... On peut ainsi assister au lever du soleil (ou à son coucher), observer les fleurs, les oiseaux, faire une belle rencontre (ou pas) : une vieille dame qui promène son chien, des coureurs qui font leur jogging, quelqu'un qui embrasse un tronc d'arbre, un monsieur qui lit en marchant, une dame qui tricote sur un banc, des enfants qui jouent à la marelle ou au ballon, des amoureux qui se croient seuls au monde (et qui le sont peut-être), toutes choses qu'on ne voit pas en restant enfermé chez soi.

                Moyennant quoi, depuis mon retour d'Angleterre, le 1er juillet, j'ai parcouru 380 km en seulement 19 jours où j'ai pris mon vélo, soit une moyenne de 20 km par jour. La canicule et la chaleur ne m'ont pas empêché de rouler, ni la fumée du Cap Ferret qui est venue brouiller le ciel de Bordeaux hier et dont l'odeur persiste aujourd'hui. On a moins chaud en roulant à vélo qu'en marchant à pied, je me tue à le dire à tous mes amis, surtout à ceux qui ne font pas de véloÉvidemment je roule doucement et sur du plat. Je fais des parcours modérés et non pas des étapes longues et montagneuses comme les coureurs du Tour. Je n'ai donc pas à forcer ni à devenir très chaud. Le coulis d'air que je traverse fait même comme un petit vent qui me rafraîchit.


 

                     

 

 

vendredi 24 juillet 2026

24 juillet 2026 : de la bienveillance

 Le matin, j'émerge de mes rêves, le plus heureux des anges

Je me couche le soir, un vrai salaud.

Qu'ai-je fait entretemps ?

J'ai fréquenté les hommes […]

(Abdulah Sidran, Sarajevo, 1994)

 

                     Je me pose sans cesse des questions maintenant, faisant sans doute le bilan de ma vie, comme le fit Verlaine lorsqu'il fut enfermé en prison : 

Dis, qu’as-tu fait, toi que voilà,

De ta jeunesse ?

                   Certes j'ai beaucoup vécu, bien plus longtemps que le poète, j'ai atteint la grande vieillesse (je crois qu'on peut dire ça, à 80 ans, même si ce n'est pas encore la très grand vieillesse) ; et j'ai peut-être été moins indiscipliné que lui, je ne pense pas avoir fait beaucoup de mal à un ami ou à un proche, j'ai beaucoup plus aimé mon prochain que je ne l'ai haï, je me suis occupé des autres parfois plus que de moi-même, j'ai fait mon métier professionnel avec rigueur, et mon métier d'homme, de mari et de père du mieux que j'ai pu.  Mais est-ce suffisant ?  

                     Par exemple, ce matin, alors que je me promenais à vélo, j'ai vu un SDF particulièrement en piteux état, je ne me suis pas arrêté, alors que je garde dans mon porte-monnaie toujours quelques pièces de 2 €, sur mon visage un sourire bienveillant, et que ma main est toujours prête à serrer la leur, et ma bouche à leur dire quelques mots. Rien. Je suis resté muet, mes mains sont restées sur le guidon, mon regard s'est vite détourné, l'argent est resté dans mon sac et j'ai continué mon chemin, "honteux comme un renard qu'une poule aurait prix" ! Certes, "on ne peut pas accueillir toute la misère du monde", comme le proclament (sans honte, eux) ministres et présidents. Et j'ai connu des gens qui m'ont dit (à plusieurs reprises) : "Tu encourages la mendicité !" 

                    Pourtant, le message du Christ est clair, et je me sens tenu de le suivre quand il nous dit ; "Car j'ai eu faim, et vous m'avez donné à manger ; j'ai eu soif, et vous m'avez donné à boire ; j'étais étranger, et vous m'avez recueilli ; j'étais nu, et vous m'avez vêtu ; j'étais malade, et vous m'avez visité ; j'étais en prison, et vous êtes venus vers moi" (évangile de Mathieu, chapitre 25). Or, ce matin, je n'ai rien fait de tout cela et je me dis, comme Verlaine, "qu'as-tu fait, toi que voilà, de ta matinée" (pour ne pas dire de ta vieillesse), tu te comportes comme un complet égoïste, comme le "vrai salaud" du poème en exergue. Tu pouvais le faire et tu ne l'as pas fait. 

                 Quelle différence avec l'autre jour (il est vrai que tu étais à pied) où un autre mendiant étant assis à terre, tu as pris place assis à coté de lui, tu lui as serré les mains, tu lui as demandé comment il en était arrivé là, s'il avait dormi dehors, comment il se sentait et tu lui as donné un petit billet. Il t'a remercié du fond de son cœur et t'a souri en te serrant les mains à son tour. Ce jour-là, il t'avait semblé avoir levé le voile sur un petit coin de paradis. Mais, en même temps, peut-il y avoir un paradis sur terre ? Alors que les marchands d'armes, les politiciens de tous bords, les maîtres de la finance et leurs suppôts, militaires, policiers, ne songent qu'au pouvoir et à la force...

                 Quelquefois, je me dis qu'en partant, je ne regretterai pas ce monde où la bienveillance, la douceur, la paix, la soif de justice, l'amour du prochain, la miséricorde, l'humanité, la générosité, la solidarité, l'entraide sont le plus souvent absents. Mais je peux me tromper, et rencontrer un juste qui me fera dire : peut-être qu'il suffit d'un seul juste pour rendre le monde plus vivable.

le bon Samaritain (évangile de Luc, 10, 29-37)
 

 

 

jeudi 23 juillet 2026

23 juillet2026 : vivre et mourir

Personne ne se prépare à ce moment. Nous pensons tous qu’il n’arrivera pas, alors que nous nous savons mortels depuis le naissance. Comme si notre voisin, parfois moins âgé, pouvait mourir, mais pas nous. 

(Alain Charles, L’attente, Ex Æquo, 2024)

 

                    Il y a des jours comme ça, et surtout des nuits (en particulier pendant mes insomnies, et depuis quelque temps, quand je me réveille la nuit, je me dis : "Tiens, t'es encre vivant, mon pote !") où je songe à la mort, la mienne, bien entendu, mais aussi celle des autres, les victimes des guerres, des incendies, des noyades, des inondations, des accidents, des famines, de la soif... Mais dans mon cas, comme tout le monde, plus ma vie s'allonge et plus elle se rapproche de la fin. Je suis déjà très étonné d'avoir atteint un âge si avancé. Il y a peu encore, dans les années 50, pendant mon enfance, j'aurais été catalogué dans les très vieux ! Rares en effet, parmi les villageois (puisque j'habitais dans un village des Landes), étaient les hommes qui atteignaient cet âge. 
                    Et cet été caniculaire, qui voir augmenter le nombre de décès (+ 6000  en juin en France, nous claironnaient hier les statistiques) n'est pas fait pour oublier l'inéluctable. Hier, au GEM (Groupe d'entraide mutuelle) où je mange de temps en temps, on parlait de la mort. C'est curieux de voir comme les gens de cet organisme, prétendûment "anormaux" (généralement, ils ont eu affaire à la psychiatrie), n'hésitent pas à voir en face les grands problèmes de la vie. Alors que les gens dits "normaux" (mais cette catégorie existe-t-elle réellement ?) ont complètement oblitéré le sujet, devenu tabou ! Un peu comme la vieillesse, d'ailleurs, vue exclusivement comme une déchéance tragique de la personne.
                    Les gemmeurs (j'appelle ainsi les adhérents des GEM, dont je suis) n'usent pas de circonlocutions et acceptent quand je leur dis que je suis vieux. Non, mesdames et messieurs, je ne suis pas un aîné, une personne âgée, un ancien, un sénior, un croulant, un fossile, un gâteux, un vétéran, ou plutôt, je cumule tout cela dans l'adjectif vieux, à la fois plus simple et que je trouve plus adéquat.  Et chaque qu'on me dit : "Mais non, tu es encore jeune !", je pense que mon interlocuteur se fout de moi. J'ai pourtant envie de lui dire : "C'est vrai, dans ma tête, j'ai toujours vingt ans... Mais le corps, lui, me rappelle sans cesse mon âge !"  
                    Une des gemmeuses,  celle qui avait mis la question sur le tapis, m'avait dit : "J'ai peur de la mort, peur de voir le médecin, peur de ce qu'il va m'annoncer, peur de l'avenir..." La discussion s'est alors orientée sur vivre le présent, le carpe diem latin, c'est-à-dire cueillir le jour qui vient, l'accueillir et le vivre pleinement. Ce que Ronsard a aussi magnifiquement écrit dans un des Sonnets à Hélène :
Vivez, si m’en croyez, n’attendez à demain :
Cueillez dès aujourd’hui les roses de la vie.
                    Voilà, lors de mes rencontres, lors de mes déplacements, lors des mes voyages, je trouve que s'il y a des épines dans la vie, je m'efforce de voir surtout les roses qui les entourent, même en ces temps de canicule où je ne reste pas enfermé, loin de là. Et, circulant à vélo, j'ai beaucoup moins chaud que si je marchais à pied. 
tableau vu dans une exposition à Bédarieux (Hérault) en 2025
 
 
 

 

mercredi 22 juillet 2026

22 juillet 2026 : les petites histoires de Jipé : 6

 

peur et impuissance, peur par impuissance, impuissance par peur…

(Jean-Paul Sartre, Situations V, Gallimard, 1964)

 

                      Il y a beaucoup d'irrationnel dans beaucoup de situations ou de sentiments. C'est ainsi que la peur peut être terrible : ne plus sortir de chez soi, sous prétexte de pandémie, de criminels qu rôdent, de lion qui s'est échappé d'un zoo, de difficulté de traverser une rue quand on est handicapé, de pluie ou de canicule... Enfin avoir peur de tout, et pour un chat, le comble ce serait d'avoir peur d'une souris. Mais, dans l'histoire qui suit, ce n'est pas le chat qui a peur, mais son maître, un costaud pourtant, qui a peur des souris.

                    Je me souviens de ma première piaule d'étudiant, où j'ai été réveille en sursaut par une souris qui, sortie d'un trou dans le mur, est tombée sur mon visage alors que je dormais. J'habitais alors une pension de famille (dans le style de la Pension Vanilos, polar d'Agatha Christie, que je venais de lire) à Pau. C'était une villa à l'anglaise datant de la fin du XIXème siècle, où Pau était une villégiature pour tuberculeux. Il y avait pourtant un chat dans la maison. Mais le gredin était trop bien nourri. Avec les trois autre pensionnaires, nous avons exploré les murs de ma chambre. on a dénombré pas moins de neuf trous. Un des pensionnaires, qui avait eu la même mauvaise surprise, avait bouché les trous avec du papier, de la colle et des petites punaise enfoncées dans le papier. Nous n'entendîmes plus parler des souris. C'était un peu méchant, mais elles ont dû creuses d'autres trous ailleurs.

                   Le chat Belzébuth raconte l'histoire suivante, car si vous ne le saviez pas, apprenez que les chats parlent, surtout quand ils ont à se plaindre de leur maître !                

 

 

Le maître, son chat et les souris


        Mon maître, qu’on appelle Kilomètre, parce qu’en plus d’être humain, il est très gros, a horreur des souris. C’est drôle, quand même, qu’un malabar pareil tremble dès qu’il en voit une ! Ça me fait toujours rire.

        Il me dit toujours : " Mais qu’est-ce que tu fous, Belzébuth (c’est le nom étrange qu’il m’a donné) ? Depuis que tu es avec moi, il n’y a jamais eu autant de souris dans la maison. Ça m’embête, tu sais. On t’avait recommandé comme un terrible attrapeur de souris. Si ça continue, je vais être obligé de te renvoyer ! "

      Je lui réponds dans ma langue de chat (qu’il comprend ou pas) : " Oui, mais moi, je m'ennuie ici ! Et les souris, au moins, elles m’amusent. Je joue avec elles. Et elles adorent ça ! Tandis que toi, ru passes ton temps sur l'ordinateur, tu ne joues jamais avec moi. Alors, quand tu montes sur une chaise ou un escabeau pour attraper un dossier ou un livre, et que dès que tu vois une souris et fais la grimace, tu pousses des cris d'orfraie ! Et tu n'as plus envie de descendre ! Alors là, c'est bien les seuls moments où j’avoue que tu m’amuses ! "

        J’ai envie d'ajouter : « Dommage que ça n’arrive pas plus souvent ! Vivent les souris ! »


 

 


 

 

mardi 21 juillet 2026

21 juillet 2026 : canicules

 

CHALEUR : Toujours insupportable. Ne pas boire quand il fait chaud. 

Gustave Flaubert, Dictionnaire des idées reçues, Mille et une nuits, 1994)

 

 

                    Je me souviens des étés caniculaires de ma jeunesse, de mes vacances à Gouze  (petit village des Basses-Pyrénées, aujourd'hui Pyrénées Atlantiques, plus aucun département ne voulant être qualifié de Bas, sauf le Bas Rhin) chez mon oncle, ma tante et mon cousin où il faisait toujours chaud. A Cauna, dans les Landes, chez nous, ma grand-mère maternelle disait souvent : "C'est du feu !" Plus tard, pendant mes années étudiantes, j'étais moniteur à la colonie de vacances de Bedous dans la vallée pyrénéenne d'Aspe, et heureusement qu'on avait des arbres et qu'on emmenait volontiers les enfants en forêt. Je ne me souviens guère des jours de pluie, ni à Gouze, ni à Cauna, ni à Bedous. 

                    Plus tard, jeune homme, je vécus  l'été de la sécheresse à Auch, en 1976, avec peut-être quinze jours de vacances à Cère, dans les Landes où mes parents avaient émigré. Là aussi, ce fut caniculaire, mais ça ne nous empêchait, mes petites sœurs et moi, d'organiser des virées et des jeux dans la forêt landaise limitrophe avec baignade dans la rivière Estrigon pour se rafraîchir. Et on buvait pas mal d'eau, ne suivant pas du tout l'idée reçue signalée par Flaubert.

                   On n'avait pas cette météo toujours prête à nous débiter les effets de chaud presque à la minute près, en continu comme sur nos smartphones actuels... On acceptait le temps qui venait sans en faire tout un plat. Je me souviens d'être allé discrètement dans la forêt proche, me déshabillant intégralement et faisant une petite sieste sous les fougères, où parfois un petit coulis de vent un peu frais (ou qui me semblait tel) me donnait la chair de poule. Je ne me plaignais pas de trop de la chaleur. Ce sont plutôt les quelques étés pourris, frais et pluvieux, qui me/nous paraissaient anormaux !

 

                    Aujourd'hui tout le monde se plaint de la canicule, des incendies dévastateurs, du manque d'eau pour les plantes et pour les animaux. Mais personne ne se plaint des nuisances des piscines individuelles de plus en plus nombreuses, alors que l'on manque d'eau. Personne ne se plaint de l'excès des climatiseurs en activité, alors que j'ai vu et senti en 2020 à Basse-Terre en Guadeloupe la nuisance extrême de ces outils. Quand je travaillais là-bas de 1981 à 1984, seules les institutions (Conseil général, Préfecture, Archives...) étaient équipées ; le midi, deux fois par semaine, j'allais à pied de la Bibliothèque où je travaillais jusqu'à la salle de musculation où j'allais me détendre, à l'autre bout de la ville, un bon quart d'heure de marche. Pendant mon récent séjour, j'ai voulu refaire le même trajet. J'ai pu  en sentir les effets en longeant les trottoirs le long de toutes les maisons et immeubles d'appartements, la plupart équipés et rejetant dans les rues un air surchauffé très nuisible. Plus personne ne pouvait circuler à pied bien longtemps, donc il y avait davantage de voitures et les effets de chaleur étaient multipliés.

                    Alors, non à la climatisation généralisée qui doit jouer un rôle non négligeable dans le réchauffement climatique. Soyons sobre, là comme ailleurs. Nous vivons une époque terrible. Mais la canicule affecte davantage que nous les Palestiniens martyrisés et bombardés. Ils n'ont pas de piscines, eux, pas ou presque d'électricité, même pas d'eau courante et potable en suffisance, ils sont affamés par les oppresseurs et ne peuvent pas s'échapper. Les Libanais de même, les Iraniens idem, et tant d'autres peuples victimes de la vindicte des puissants de ce monde. Nous avons aussi nos souffre-douleurs : les SDF qui meurent en silence, les handicapés psychiques et physiques, beaucoup de nos vieillards solitaires et abandonnés, les femmes et les enfants battus et violentés, les pauvres et les misérables de notre temps...

                    Si la canicule nous fait du mal, pensons à eux qui en souffrent bien davantage ! 


 

                     

 

lundi 20 juillet 2026

20 juillet 2026 : des trains d'aujourd'hui...

 

Nous en sommes maintenant au billet dématérialisé, aux automates dans les halle de gares remplaçant les guichetiers en voie de disparition. Beaucoup moins loquaces, fréquemment hors service, ces robots ont déshumanisé les gares.

(Jean-François Troin, Même pas vieux !, L’Harmattan, 2023)

 

                    Décidément, les trains me jouent de sales tours en ce moment ! 

                    Fin mai, je rentre  de ma rencontre de Ferney-Voltaire où j'ai retrouvé mes enfants et leurs familles, à l'occasion de l'anniversaire de ma petite fille Sasha, 4 ans. Le trajet entre Ferney et Lyon, en TER, se passe bien. A Lyon, je prends le bus jusqu'à Montpellier, où je passe la nuit. Le lendemain, de nouveau le bus jusqu'à Toulouse. Puis, l'après-midi, le TGV de Toulouse à Bordeaux. Arrêt à la gare de Langon, non prévu. Au bout d'un quart d'heure, annonce au haut-parleur : "Une borne incendie à éclaté près de la voie que nous empruntons, entraînant une coulée de boue sur les rails. Nous sommes bloqués ! Pour vous dégourdir les jambes, on va vous ouvrir les portes, car la réparation peut durer longtemps, et distribuer des bouteilles d'eau." Résultat, le TGV ne bouge pas pendant trois heures. Puis il poursuit sa route en empruntant l'autre voie, et met 1 h 20 pour faire le chemin, 45 km parcourus à l'allure des trains du XIXème siècle ! Un TGV devenu TPV (Train à Petite Vitesse) !!!


ce jour-là, j'ai retrouvé un train de l'ancien temps

                    Fin juin : ma fille me réclame à Londres. J'en profite pour faire un arrêt à Paris pour assister à L'Assemblée générale de mon association de soutien à la Palestine, puis un deuxième arrêt à Amines, pour rendre visite à mon amie Catherine. Le lendemain, j'emprunte le TER Amiens-Lille, d'où je rejoindrai l'Eurostar (le train passant sous la Manche) qui m'emportera jusqu'à Londres. Heureusement que j'avais prévu large. Mon TER est supprimé, je dois prendre le suivant. Résultat, une heure de retard à Lille. J'avais envisagé cette possibilité, j'avais deux heures de battement entre les deux trains. Et mon train international avait une demi-heure de retard !

                    La veille du retour de Londres, je reçois un SMS signalant que mon Eurostar de retour jusqu'à Lille est supprimé. Affolé, je me fais aider par Lucile et Pierryl, plus aptes que moi à user du smartphone. Les quatre autres Eurostars de la journée sont complets. Ils m'en dégotent un (et font l'échange) pour le lendemain, 6 h du matin, tous les autres affichant aussi complet ; je devrai prendre un taxi pour me rendre à la gare. Mais les enfants me font changer aussi les billets de retour Lille-Paris et Paris-Bordeaux. On trouve un Lille-Paris, mais tous les Paris-Bordeaux affichaient complet aussi. Donc obligation de passer une nuit à Paris, heureusement que j'ai des cousins complaisants, je leur téléphone illico, ils me disent pas de problèmes, merci à eux ! Mais pour le lendemain, tous les trains de la journée étaient complets également. Je dis à Pierryl de m'annuler le billet que j'avais pris avant de partir (la SNCF me le rembourse, incroyable), et je lui dis : "Prends-moi un Flixbus, je rentrerai en autocar". Aussitôt dit aussitôt fait, il y avait de la place dans le Paris-Lisbonne qui faisait escale à Bordeaux !


 mais où sont les trains de mon enfance ?

                    Résultat des courses : je suis rentré avec deux jours de retard. Mais mon séjour londonien a été prolongé d'une journée. J'en ai profité pour baguenauder au centre ville, le long de la Tamise, et revoir la National gallery, où j'ai vu les salles des impressionnistes, des peintres vénitiens et admirer Turner. Heureusement que j'ai eu Lucile et Pierryl pour m'aider à faire tous ces échanges de billets ! Je leur dois un grand merci.

et je pensais à Mathieu et à son petit train en bois
 

                    Revenu ici, j'en ai parlé à des voisins qui m'ont dit : "Qu'est-ce que tu t'emmerdes à aller là-bas comme ça ? Prends l'avion, c'est plus rapide, et tellement simple !" Oui, mais c'est compliqué, l'avion Bordeaux-Paris atterrit à  70 km de Londres, et puis, écologiquement, c'est pas idéal : dans ce cas, pourquoi ne pas aller aussi en avion à Paris ou à Lyon ??? Avec le train, j'arrive au centre de Londres, d'où un métro direct m'emmène chez ma fille. Et vu les ennuis que j'ai eus avec l'Eurostar, je me demande si une prochaine fois, je ne tenterai pas plutôt le ferry qui traverse la Manche, comme à l'époque de mes premiers voyages en Angleterre, au début des années 70 ! Voilà qui me rajeunirait !!!

 

dimanche 19 juillet 2026

19 juillet 2026 : Palestine (Gaza, Cisjordanie), Liban, Iran...

La destruction de Gaza a, bien sûr, duré deux ans – mais ce n’était pas une guerre, c’était un génocide, la liquidation du ghetto de Varsovie en version XXL.

(Alain Brossat, Lundi matin, 16 mars 2026)

 

                    Il ne se passe pas de jour où je ne brûle de parler des terrifiantes exactions israéliennes à Gaza (car elles continuent) et en Cisjordanie, sans parler du Liban. Si je m'écoutais, chaque jour je consacrerai une page de mon blog au martyre de ce peuple, qui se produit dans l'indifférence générale des puissants du monde entier. Car ce n'est pas les médias qui risquent de nous en informer : on ne signale des morts que quand c'est des morts israéliens ou américains. Encore aujourd'hui, deux Américains sont morts en Jordanie, suite à une frappe iranienne. Celle-ci ne faisait pourtant que répondre aux frappes américaines qui, elles, font des morts en quantité, y compris dans un bombardement d'hôpital il y a deux jours, tuant entre autres pas mal d'enfants malades. Ne comptez pas sur les grands "merdias" (journaux, télévision, internet) pour nous en parler !

 

                    Et pourtant, voici en une seule journée, celle d'hier, quelques phases de ce qui set passe par là-bas :

Assassins !

Destruction massive causée par un bombardement israélien visant un appartement dans le centre de la ville de Gaza, qui a tué 8 Palestiniens, dont 3 enfants. Depuis samedi matin matin, 10 Palestiniens ont été tués dans la bande de Gaza par les attaques israéliennes en cours. Et l’on compte au moins 17 blessés.

Israël ne s’arrête que lorsqu’on l’arrête…

Des colons et des soldats israéliens rasent des centaines d’acres de terres palestiniennes à l’ouest de Ramallah. Ces opérations de nivellement sont généralement suivies de la saisie de terres palestiniennes en vue d’établir des colonies israéliennes illégales et d’expulser les Palestiniens de leurs terres. Les milliers d’oliviers arrachés le sont dans le même but.

Un journaliste palestinien interdit d’entrer dans la mosquée al-Aqsa !

Israël vient d’interdire au journaliste Areen Zaanin, détenu palestinien libéré, d’entrer dans la mosquée Al-Aqsa pendant six mois ! Israël n’aime pas les journalistes. Combien de fois faudra-t-il vous le répéter ? 

Ils empoisonnent les puits des Palestiniens

Des colons israéliens ont commis un crime dans l’ouest de Ramallah ,en empoisonnant, à l’aide de substances mortelles, l’unique puits de l’agriculteur Saber Othman il s’agit là d’une tentative manifeste de couper une ressource vitale et de compromettre sa capacité à demeurer sur la terre ancestrale dont il a hérité.

Cisjordanie : enlèvements en série

Dans le village de Fahma, au sud-ouest de Jénine, Labeeb Nawasrah, un père palestinien, a été séparé de ses quatre fils — Yusuf, Ihsan, Ibrahim et Mahmoud — après que les forces d’occupation les ont tous enlevés en l’espace d’un an. 

                    Etc... etc...

                      Et pourtant les Palestiniens, malgré les bombardements, les emprisonnements, les enlèvements, les tortures, les vols de terres, les empoisonnements d'eau potable, les checkpoints, le racisme institutionnalisé, les empêchements de toute sorte, les Palestiniens résistent, comme en témoigne le document (film d'animation) qu'ils ont réalisé, 1000 jours de génocide, que vous pouvez regarder ici :  

https://europalestine.com/2026/07/14/video-realisee-par-des-palestiniens-pour-illustrer-1000-jours-de-genocide-a-gaza/ 

samedi 18 juillet 2026

18 juillet 2026: la chanson du mois, Jeanne Moreau

Shakespeare, c’est cela : il faut creuser son âme pour espérer de belles profondeurs, il faut fortifier la berge de ses lèvres et les quais de ses mâchoires pour que des supertankers de mots manœuvrent et profitent de leur erre pour faire escale et décharger leurs soutes pleines de sens.

(Philippe Torreton, Thank you, Shakespeare, Flammarion, 2016)

                    Eh bien, ce que Torreton  dit de Shakespeare, peut se dire aussi de beaucoup de chansons : ainsi les chansons de Rezvani atteignent souvent de belles profondeurs, touchent l'âme et leurs mots apportent du sens. Et quand elles sont chantées par Jeanne Moreau la magnifique, on est troublé, on se comprend soi-même mieux et l'envie nous prend de chanter aussi.


 ADIEU MA VIE

Adieu ma vie, je fais la belle
Adieu ma vie et ses tracas
Moi, je me tire pour toujours
J'ai rencontré le grand amour
Et je n' veux pas, et je n' veux pas
Le mélanger à mon passé
À mes ennuis de chaque jour
Pour cette fois, vous n' m'aurez pas

Adieu ma vie toute en dentelle
À l'ombre de la tour Eiffel
Adieu ma vie, j' me r'tourne pas
J' n'ai pas un seul regret pour toi
Je t'aimais pas, je t'aimais pas
J'ai rencontré le grand amour
Et je me tire à tout jamais
Sans le moindre regret pour toi

Adieu ma vie tracée d'avance
Ce petit ch'min qui va tout droit
À moi les horizons immenses
Respirer en ouvrant les bras
Pouvoir chanter, pouvoir chanter
Aimer sans plus penser à rien
Sans lendemain, sans aucun lien
D'un jour à l'autre, tout comme ça vient

Adieu ma vie, je fais la belle
Adieu ma vie et ses tracas
Moi, je me tire pour toujours
J'ai rencontré le grand amour
Et je n' veux pas, et je n' veux pas
Le mélanger à mon passé
À mes ennuis de chaque jour

Pour cette fois, vous n' m'aurez pas !  

Pour l'écouter : 

https://www.youtube.com/watch?v=iCVqb_EocdI 

dimanche 5 juillet 2026

5 juillet 2026 : le poème du mois, Nerval

 nous sommes seuls à être ce que nous sommes, et à vivre ce que nous vivons…

(Bernard Chambaz, Petite philosophie du vélo, Milan, 2008)

                      

                    Après ma nouvelle pérégrination (Paris - Amiens - Londres) qui m'a permis de revoir famille et amie, et de m'attarder plus que prévu, car un train annulé et pour le trajet de retour Bordeaux-Paris, tous les trains étaient complets, et j'ai dû faire le parcours en bus, je me suis rappelé de ce poème de Nerval qui, certes, parle de voyage lent également, mais où il y avait des compensations : flâner aux arrêts, s'écouter vivre, s'enivrer de l'odeur du foin, prendre le temps de regarder le ciel...

                    On est loin de nos modernes machines, rapides mais qui ressemblent plus à des fabriques de déplacements qu'à de voyage en vie réelle. Bon, j'ai survécu, je suis bien rentré. Mais j'ai pensé à Ulysse et à son voyage de retour qui a duré dix années, remplies  de risques, d'aventures, de rencontres, d'amitié et d'amour. Et j'ai rêvé...

         

                    Le relais

En voyage, on s’arrête, on descend de voiture ;
Puis entre deux maisons on passe à l’aventure,
Des chevaux, de la route et des fouets étourdi,
L’œil fatigué de voir et le corps engourdi.

Et voici tout à coup, silencieuse et verte,
Une vallée humide et de lilas couverte,
Un ruisseau qui murmure entre les peupliers,
Et la route et le bruit sont bien vite oubliés !

On se couche dans l’herbe et l’on s’écoute vivre,
De l’odeur du foin vert à loisir on s’enivre,
Et sans penser à rien on regarde les cieux…
Hélas ! une voix crie : "En voiture, messieurs !"

                 Gérard de Nerval



                            

 



 

samedi 4 juillet 2026

4 juillet 2026 : pour la Palestine, encore

 

Je sais bien des étudiants aux yeux fatigués qui grandiraient plus vite tant sur le plan intellectuel que physique si, au lieu de veiller si tard, ils dormaient tout leur saoul. 

(Henry David Thoreau, De la marche, trad. Thierry Gillebeuf, 1001 nuits, 2009)

                       

                        Je reviens de Paris (et d'Amiens, et de Londres). 

                  J'ai assisté à Paris à l'Assemblée générale de l'association de soutien à la la Palestine EUROPALESTINE, qui existe encore, encore, malgré les menaces de dissolution de notre indigne gouvernement, pour qui soutenir la Palestine est maintenant considérer comme une "apologie du terrorisme" et que de nombreux militants y sont mis en examen à ce titre. Mais enfin, pour le moment, on peut encore clamer notre soutien !


                     Je ne me prive donc pas de le faire, en vous renvoyant à un texte nouvellement sur sur le site bruxelles-pantheres, car les Français ne sont pas les seuls à protester ! Nos amis belges aussi.

                    Lire le texte, assez long, ici :  https://bruxelles-pantheres.be/?p=6835