peur et impuissance, peur par impuissance, impuissance par peur…
(Jean-Paul Sartre, Situations V, Gallimard, 1964)
Il y a beaucoup d'irrationnel dans beaucoup de situations ou de sentiments. C'est ainsi que la peur peut être terrible : ne plus sortir de chez soi, sous prétexte de pandémie, de criminels qu rôdent, de lion qui s'est échappé d'un zoo, de difficulté de traverser une rue quand on est handicapé, de pluie ou de canicule... Enfin avoir peur de tout, et pour un chat, le comble ce serait d'avoir peur d'une souris. Mais, dans l'histoire qui suit, ce n'est pas le chat qui a peur, mais son maître, un costaud pourtant, qui a peur des souris.
Je me souviens de ma première piaule d'étudiant, où j'ai été réveille en sursaut par une souris qui, sortie d'un trou dans le mur, est tombée sur mon visage alors que je dormais. J'habitais alors une pension de famille (dans le style de la Pension Vanilos, polar d'Agatha Christie, que je venais de lire) à Pau. C'était une villa à l'anglaise datant de la fin du XIXème siècle, où Pau était une villégiature pour tuberculeux. Il y avait pourtant un chat dans la maison. Mais le gredin était trop bien nourri. Avec les trois autre pensionnaires, nous avons exploré les murs de ma chambre. on a dénombré pas moins de neuf trous. Un des pensionnaires, qui avait eu la même mauvaise surprise, avait bouché les trous avec du papier, de la colle et des petites punaise enfoncées dans le papier. Nous n'entendîmes plus parler des souris. C'était un peu méchant, mais elles ont dû creuses d'autres trous ailleurs.
Le chat Belzébuth raconte l'histoire suivante, car si vous ne le saviez pas, apprenez que les chats parlent, surtout quand ils ont à se plaindre de leur maître !
Le maître, son chat et les souris
Mon maître, qu’on appelle Kilomètre, parce qu’en plus d’être humain, il est très gros, a horreur des souris. C’est drôle, quand même, qu’un malabar pareil tremble dès qu’il en voit une ! Ça me fait toujours rire.
Il me dit toujours : " Mais qu’est-ce que tu fous, Belzébuth (c’est le nom étrange qu’il m’a donné) ? Depuis que tu es avec moi, il n’y a jamais eu autant de souris dans la maison. Ça m’embête, tu sais. On t’avait recommandé comme un terrible attrapeur de souris. Si ça continue, je vais être obligé de te renvoyer ! "
Je lui réponds dans ma langue de chat (qu’il comprend ou pas) : " Oui, mais moi, je m'ennuie ici ! Et les souris, au moins, elles m’amusent. Je joue avec elles. Et elles adorent ça ! Tandis que toi, ru passes ton temps sur l'ordinateur, tu ne joues jamais avec moi. Alors, quand tu montes sur une chaise ou un escabeau pour attraper un dossier ou un livre, et que dès que tu vois une souris et fais la grimace, tu pousses des cris d'orfraie ! Et tu n'as plus envie de descendre ! Alors là, c'est bien les seuls moments où j’avoue que tu m’amuses ! "
J’ai envie d'ajouter : « Dommage que ça n’arrive pas plus souvent ! Vivent les souris ! »

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