lundi 30 mars 2026

30 mars 2026 : des gares et des hommes

La destruction de Gaza a, bien sûr, duré deux ans – mais ce n’était pas une guerre, c’était un génocide, la liquidation du ghetto de Varsovie en version XXL.

(Alain Brossat, Lundi matin, 16 mars 2026)

 

                        De retour d'un week-end à Poitiers, où j'ai tenté en vain d'oublier la situation internationale et l'imbécillité meurtrière de beaucoup de dirigeants internationaux, le silence assourdissant des grands médias, y compris les journaux locaux, et celui de nos propres dirigeants, j'ai été ravi d'être convié à l'anniversaire de mon jeune ami Frédéric (44 ans, il n'a qu'un mois de plus que mon fils). On n'a pas pu s'empêcher de parler de politique, de regretter que le droite soit revenue aux commandes, tant à Poitiers qu'à Bordeaux, les deux villes où j'aurai le plus longtemps vécu (22 ans à Poitiers, 1989-2011, et pour l'instant, autant maintenant à Bordeaux, 1945-1949, 1950-1951, 1965-1968, 2011-...) et qui avaient élu des maires écolos en 2020, à mon grand plaisir de cycliste et de piéton. Mais voilà, les gens leur reprochaient, ici comme là-bas, de faire la chasse aux voitures, empêchant ainsi les autos de stationner librement au centre ville !

                        Et quelle fut ma surprise en débarquant à Poitiers : la salle d'attente de la gare SNCF était fermée et va être remplacée par "VOTRE COMMERCE OUVRIRA BIENTÔT". Ce n'est pas la première fois que je peste contre les gares transformées en centre commerciaux : j'ai vu les changements opérés à Lyon Part-Dieu, Montpellier Saint Roch, dans les gares parisiennes (Montparnasse en particulier) ces vingt dernières années. Même les toilettes sont devenues payantes (1 € pour pisser, tout de même), les salles d'attente ont quasiment disparu, et les guichets de vente de billets de train sont devenus minuscules, et encore faut-il les trouver. En attendant qu'ils disparaissent et qu'on pénètre dans le monde numérique et inhumain qui nous attend. Les vieux dinosaures (ou vieux cons) de mon espèce n'ont qu'à bien se tenir. Mais je serai mort avant de voir tout ça.

                   En attendant la fin du monde (la fin de mon monde), je savais par mon militantisme pro-palestinien qu'il y avait une manif de soutien à la Palestine dans toute la France samedi après-midi. Comme j'allais donc louper la manif de Bordeaux, je pensais ben la remplacer par celle de Poitiers. Mais où allait-elle avoir lieu ? Arrivé samedi matin, je me balade dans la ville, pas une affiche l'annonçant ! Je fonce à la Bibliothèque municipale lire la presse locale. Pas un article dans l'un et l'autre journal régional ! J'interroge ça et là quelques Poitevins. Je savais que les soutiens à la Palestine étaient peu nombreux. Aucune des personnes n'en avaient entendu parler. En désespoir de cause, je débarque Place de la Mairie vers 14 h 15 et vois plusieurs attroupements : un mariage, un groupe de jeunes venus pour danser et enfin une dizaine de drapeaux palestiniens tenus à bout de bras. 

 

                        Un groupe d'une trentaine de personnes dans lequel je reconnais deux amies de la Maison de la poésie, association qui regroupait des poètes et des ami(e)s de la poésie et dont j'ai fait partie de sa création vers 2000 jusqu'à mon départ pour Bordeaux. Vers 14 h 30, nous partons à petits pas jusqu'à Notre Dame la Grande où il est prévu des discours. Nous scandons quelques slogans. Je regrette un peu nos cercles du silence (tous les mercredis ici, Place de la victoire) où nous nous mettons en rond à Bordeaux en tenant à bout de bras des pancartes expliquant nos points de vue. Le silence, presque oublié aujourd’hui, me paraît plus efficace que les vociférations. Arrivés devant Notre Dame la Grande, nous écoutons en silence les deux oratrices, dont les paroles modestes et justes nous donnent du baume au cœur. Non, nous ne sommes pas de ceux qui oublient les opprimés, les affamés, les bombardements, les tueries sans fin, les maisons détruites, les cheptels volés, les oliviers arrachés, les gens chassés de leurs terres, les enfants privés de classes, les prisonniers sans jugement, toutes les horreurs que les Palestiniens vivent depuis depuis 1947, et j'avais les larmes aux yeux.

                        Revenu à Bordeaux dimanche soir, j'ai cherché en vain dans les Sud-Ouest de samedi et de dimanche l'annonce de la manif, et ce matin, toujours pas un mot sur les manifs nationales. C'est à croire que le lobby pro-israélien est si puissant en France qu'il ne reste plus à voir, lire et entendre que leur propagande nauséabonde. Heureusement qu'il y a encore des associations de soutien aux Palestiniens pour faire entendre un autre son de cloche. En attendant qu'on les réduise au silence en les accusant d'antisémitisme...

 

 

vendredi 27 mars 2026

27 mars 2026 : acharnement judiciaire contre le soutien à la Palestine

Un règlement doit avoir pour base l’évacuation des territoires qui ont été pris par la force, la fin de toute belligérance, et la reconnaissance de chacun des États en cause par tous les autres. Maintenant, Israël organise sur les territoires qu’il a pris l’occupation qui ne peut pas aller sans oppression, répression, expulsion, et il s’y manifeste contre lui une résistance qu’il qualifie de terrorisme.

(Charles de Gaulle, conférence de presse, 27 novembre 1967)

 

 

                        Une fois de plus, la justice française se permet de condamner la présidente de l'Associaion Europalestine pour "apologie du terrorisme". Il suffit de condamner la guerre génocidaire qu'a menée Israël pour être taxé d'antisémitisme ou de suppôt du terrorisme. Alors qu'il s'agit d'antisionisme, c'est-à-dire d'anti-colonialisme, car le sionisme est la nouvelle forme du colonialisme avec tous les dégâts qu'il cause : vols de terres, vols de bétail, destruction de maisons et de cultures, assassinats divers et variés, torture de prisonniers, racisme généralisé, arbitraire total, guerre génocidaire, populations expulsées et affamées, défi au et déni du droit international, etc. La plupart des médias aux ordres en parle à peine. Heureusement, il existe des associations et des individus dans de nombreux pays qui ne succombent pas à la propagande sioniste quasi générale dans les médias.

                        Demain dans de nombreuses villes de France, aura lieu une manifestation dont voici l'annonce ci-dessous : allez-y nombreux !


et voici le 

 Communiqué de l"Association France Palestine Solidarité (AFPS) 27 mars 2026

Ce jeudi 26 mars, le tribunal judiciaire de Paris a condamné Olivia Zémor, présidente d’EuroPalestine, à 24 mois de prison avec sursis, une inscription au fichier judiciaire automatisé des auteurs d’infractions terroristes, 3000 euros de dommages et intérêts, 2000 euros de frais de justice, ainsi qu’une peine d’inéligibilité de cinq ans.

Poursuivie pour « apologie du terrorisme » suite à la publication de deux articles les 7 est 8 octobre 2023 sur le site d’EuroPalestine, Olivia Zémor a indiqué à la sortie du tribunal avoir évidemment fait appel de cette condamnation extrêmement lourde à l’encontre d’une militante de la solidarité avec le peuple palestinien.

L’Association France Palestine Solidarité dénonce l’acharnement politique et judiciaire subi par les porte-paroles d’EuroPalestine et apporte tout son soutien à Olivia Zémor. Elle dénonce également l’arrestation et la garde à vue brutale avec mise à sac de son appartement et celui du cofondateur et vice-président de l’association, Nicolas Shashahani, le mardi 17 mars. Le compagnon d’Olivia Zémor est également poursuivi pour « apologie du terrorisme » et doit comparaître à son tour en septembre prochain.

Cet acharnement est le signe inquiétant que les instances judiciaires de notre pays restent particulièrement mobilisées pour intimider et bâillonner le mouvement de solidarité avec la Palestine. Les accusations sont graves, les audiences à charge, les verdicts brutaux, en décalage avec les recommandations du droit international. Des procédures qui pour l’instant finissent en général par être dénoncées, notamment par la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH), comme des atteintes injustifiées à la liberté d’expression. Mais qui sont néanmoins des entraves réelles à nos libertés associatives, syndicales ou politiques d’exprimer notre solidarité avec les victimes de la politique criminelle de l’État israélien.

Personne n’est dupe du fait que derrière ces dizaines de plaintes pour « apologie du terrorisme » se trouvent des associations, notamment de juristes, qui défendent la politique d’Israël et accusent d’antisémitisme toute personne osant critiquer la colonisation ou la guerre génocidaire à Gaza. Elles se sont donné pour mission de délégitimer le mouvement de solidarité et si possible de le faire condamner. Il est assez pitoyable de constater que la justice de notre pays est plus encline à écouter les partisans du génocide à Gaza plutôt que de les condamner comme le lui recommandent pourtant des instances comme la Cour Internationale de Justice ou la Cour Pénale Internationale.

L’Association France Palestine Solidarité continuera de prendre toute sa place dans les initiatives unitaires contre la criminalisation du mouvement de solidarité avec la Palestine. Cette mobilisation est d’autant plus essentielle que le gouvernement s’apprête à proposer au vote de l’Assemblée nationale les 16 et 17 avril la proposition de loi (PPL 575) dite « loi Yadan ». Une loi qui, au prétexte de lutter « contre les formes renouvelées de l’antisémitisme », vise en fait à inscrire dans le marbre de la loi une législation encore plus liberticide et dangereuse pour notre liberté d’expression.

Partout en France se tiendront ce samedi des manifestations de solidarité avec le peuple palestinien à l’occasion de la Journée de la Terre. Nous devons y être nombreuses et nombreux pour exiger la justice et la fin du génocide mais aussi l’abandon des poursuites contre les militant·es d’EuroPalestine et tous·tes les militant·es de la cause palestinienne.

Ils ne nous feront pas taire !

*                    *                    *

 

                         Et ne manquez pas non plus deux films qui passent dans le circuit cinématographique en ce moment : Palestine 36 et Ce qu'il reste de nous et qui nous donnent des aperçus historiques pertinents sur la question palestinienne.


 

 

vendredi 20 mars 2026

20 mars 2026 : la vieillesse

 

J’ai téléphoné à Saint Pierre, il m’a dit que c’était complet.

(Un vieux monsieur - 91 ans - dans le tram à Montpellier)

 

                Lors de ma dernière vadrouille, comme toujours, j'ai rencontré plain de monde : mais je me suis aperçu que "les rencontres, quand elles doivent se faire, ont lieu par le plus beau des hasards et non par une recherche active" (Edmond Thomas, Plein chant). Ainsi je suis tombé dans la tram, entre l'arrivée du bus départemental qui venait de Pézenas et la place de la Comédie de Montpellier, trajet qui dure une bonne demi-heure, sur ce vieux monsieur couronné de cheveux blancs, qui s'est assis en face de moi. J'ai bien vu qu'il avait des difficultés à marcher et à rester debout. Et après cinq minutes d'observation, il me dit : "Mon bon monsieur, il fait pas bon vieillir !" Je lui réponds : "J'en sais quelque chose, je viens d'avoir 80 ans !" Il rétorque aussitôt : "Oh la la, vous n'êtes qu'un gamin, j'en ai 91, et de plus en plus de difficultés pour me déplacer ! J'en ai un peu marre. Alors, j’ai téléphoné à Saint Pierre, là-haut, et il m’a répondu que c’était complet. Vous vous rendez compte, ils ne veulent pas de moi, ils me laissent moisir ici et souffrit." Et, après un sourire tout de même, il a conclu: 'On devrait pas vivre si vieux..."

                    Cette très belle rencontre, dont le vieil homme  est sorti rajeuni, m'a-t-il semblé, s'est terminée par des effusions de nos mains qui m'ont fait chaud au cœur ; je serai volontiers resté encore un peu à papoter avec lui. Quand je fais de telles rencontres de hasard ici, à Bordeaux (comme j'en ai fait toute ma vie dans les lieux où j'ai vécu), ça débouche parfois sur une amitié qui dure. Sinon, ça reste éphémère, mais ça embellit mes déplacements.

                    En tout cas, ça m'a donné envie de relire le livre de l'Ecclésiaste dont le nom hébreu est Qohéleth), un des plus beaux de l'Ancien Testament et un de mas préférés (j'aime aussi beaucoup Job et les Psaumes). Il me souvenait d'y avoir lu de belles pensées sur la vieillesse et, comme chacun sait, je me ressource dans les livres de spiritualité tout autant que dans la poésie.

QOHÉLETH (ECCLÉSIASTE) chapitre12

La vieillesse et la mort (traduction œcuménique)

Et souviens-toi de ton Créateur

aux jours de ton adolescence,

– avant que ne viennent les mauvais jours

et que n'arrivent les années dont tu diras :

« Je n'y ai aucun plaisir »,

– avant que ne s'assombrissent le soleil et la lumière

et la lune et les étoiles,

et que les nuages ne reviennent, puis la pluie,

au jour où tremblent les gardiens de la maison,

où se courbent les hommes vigoureux,

où s'arrêtent celles qui meulent, trop peu nombreuses,

où perdent leur éclat celles qui regardent par la fenêtre,

quand les battants se ferment sur la rue,

tandis que tombe la voix de la meule,

quand on se lève au chant de l'oiseau

et que les vocalises s'éteignent ;

alors, on a peur de la montée,

on a des frayeurs en chemin,

tandis que l'amandier est en fleur,

que la sauterelle s'alourdit

et que le fruit du câprier éclate ;

alors que l'homme s'en va vers sa maison d'éternité,

et que déjà les pleureuses rôdent dans la rue ;

– avant que ne se détache le fil argenté

et que la coupe d'or ne se brise,

que la jarre ne se casse à la fontaine

et qu'à la citerne la poulie ne se brise,

– avant que la poussière ne retourne à la terre, selon ce qu'elle était,

et que le souffle ne retourne à Dieu qui l'avait donné.
 
                     Chacun peut commenter ce texte à sa façon, y puiser des leçons de sagesse ou, comme moi, quand le temps de la vieillesse est arrivé, y trouver de quoi continuer à vivre dans ce moment délicat de la vie où les gestes et les paroles s'amenuisent et où on a l'impression de ne plus influer sur le cours de l'existence, si tant est qu'on ait pu le faire dans sa jeunesse ou dans son âge mûr. En tout cas, je vous recommande de lire l'Ecclésiaste (ou Qohéleth) si vous né l'avez jamais fait.
 
 
                    On y trouve les célèbres phrases vanité des vanités, tout est vanité ou Rien de nouveau sous le soleil.


 

mardi 17 mars 2026

17 mars 2026 : des monstres nous imposent leur guerre

 

11 septembre […] La différence, ce matin-là, est que ceux et celles qui tombèrent des tours et s’évanouir avec elles étaient des gens comme nous, pas des sauvages, pas des esclaves, pas des pauvres losers, pas des étrangers étranges et autres habitués de la mort […], dont les vies se sont brutalement et cruellement arrêtées, par un acte de Dieu, pas lui, mais l’autre.

(Serge Bouchard, Les yeux tristes de mon camion, Boréal, 2017)

 

                    Évidemment,  comme Israël a montré l'exemple en détruisant Gaza, sans que le reste du monde (grands états, ONU) ne lève le petit doigt, pourquoi va-t-on se gêner désormais pour enlever des chefs d'état (les USA et Maduro), pour continuer à affamer des peuples (Israël et Gaza, les USA et Cuba), à bombarder à tout va (la Russie en Ukraine, Israël à Gaza, au Liban et en Iran, les USA en Iran), à enlever, emprisonner, détruire et assassiner (Israël en Cisjordanie et peut-être au Liban). 

                    Ah, elles sont belles, nos démocraties, elles peuvent toujours critiquer les dictatures (et ne s'en privent pas) ! Mais qui les critique, elles ?  Elles sont blanches comme neige (Israël ne se targue-t-il pas d'avoir l'armée la plus morale du monde ?), et à la moindre critique, on est taxé d'anti-américanisme primaire ou d'antisémitisme.

                    Il est vrai que les armes se sont drôlement sophistiquées. On peut frapper sans perdre quasiment aucun homme, les drones, les missiles, les avions de chasse se chargent de la sale besogne en n'épargnant pas un bâtiment, une école, un hôpital supposés cacher d'affreux terroristes se dissimulant derrière un rideau de gens du peuple, d'enfants, de femmes, de vieillards probablement tous coupables de couvrir ces terroristes. 

 dessin de Karak

                    Mais qui dénonce le terrorisme d'état ? Je disais déjà il y a soixante ans que "Hitler avait gagné la guerre", puisque désormais les belligérants de tous bords font comme lui, sans foi ni loi... Et que, malheureusement, même le droit international (si laborieusement né après 1945)n'est plus qu'un mot vide de sens : il n'empêche pas les génocides, les crimes de guerre, les crimes contre l'humanité, la barbarie, de s'intensifier... Je ne pensais pas voir ça de mon vivant. Naïf que j'étais, à vingt ans, de croire au progrès spirituel, moral et intellectuel de l'humanité, à la sagesse des nations, à l'intelligence des gouvernants, au pacifisme, à la fraternité universelle, à l'amitié entre les peuples...

                    Maintenant, alors que j'approche de mes dernières années, je vois que tout ce que j'ai cru n'était que billevesées, que je vais laisser un monde pire que celui de ma jeunesse, où on pouvait croire encore à un monde meilleur. Et pourtant, je crois que la fraternité seule pourra sauver le monde. J'ai eu la chance d'avoir des amis (français, polonais, écossais, québécois, malgaches, marocains, etc.), qui m'empêchent de sombrer dans le désespoir. Heureusement, de nombreuses associations nous laissent un peu d'espoir ! Et les poètes sont porteurs d'espérance.

 

Écoutez le beau texte de Serge Pey sur les horreurs de la guerre et tous ceux qui ne veulent pas savoir !

https://mail.google.com/mail/u/0/?pli=1#inbox/FMfcgzQfCMwNkhNMKgBHVChtmrdkKkdG 

lundi 16 mars 2026

16 mars 2026 : la chanson du mois, Jacques Brel

En attendant, à vous autres, mes amis de l'ici-bas, face à ce qui m'arrive, je prends la liberté, moi qui ne suis qu'un histrion, qu'un batteur de planches, qu'un comédien qui fait du rêve avec du vent, je prends la liberté de vous écrire pour vous dire ce à quoi je pense aujourd'hui : Je pense de toutes mes forces qu'il faut s'aimer à tort et à travers.

Julos - nuit du 2 au 3 février 1975 - Ecrit après l’assassinat de sa femme par leur jardinier. (Texte dit par Claude Nougaro dans son album "Femmes et famines")

 

                     Après le poème, la chanson du mois, en espérant que je ne l'ai pas encore postée. Il se trouve que je suis allé voir et écouter diamanche aprèm le spectacle poétique Ballotté par les flots au Petit théâtre des Chartrons de Bordeaux. Le concepteur et acteur Henri Bonnethon réussit la gageure de raconter une histoire entremêlé de poèmes (Rimbaud, Apollinaire,Cocteau, Prévert, Verlaine, Ronsard, Rutebeuf, Christine de Pisan, Baudelaire) et de chansons dont le texte est dit mais pas toujours chanté (Trénet, Montand, Brel, Ferré) : ce Tourbillon poétique, sous-titre du spectacle, est tour à tour nostalgique, marrant, mélancolique et tout à fait réussi dans tous ces registres.

                Parmi les chansons choisies, figurait la chanson de Brel qui suit. Je me rappelle encore le Noël 1970, où j'avais intégré cette chanson dans notre spectacle familial ; je chantais Les bonbons et jouais avec une de mes jeunes sœurs dans le rôle de la femme aimée par le narrateur. Ma grand-mère (âgée de 75 ans) avait tellement ri qu'il avait fallu l'emmener rapidement aux toilettes pour aller faire pipi.   

 

                     LES BONBONS

 

J’vous ai apporté des bonbons
Parce que les fleurs, c’est périssable
Puis les bonbons, c’est tellement bon
Bien qu’les fleurs soyent plus présentables
Surtout quand elles sont en boutons
Mais j’vous ai apporté des bonbons

J’espère qu’on pourra se promener
Que madame vot’mère ne dira rien
On ira voir passer les trains
À huit heures, moi, je vous ramènerai
Quel beau dimanche, allez, pour la saison
J’vous ai apporté des bonbons

Si vous saviez c’que je suis fier
De vous voir pendue à mon bras

Les gens me regardent de travers
Y en a même qui rient derrière moi
Le monde est plein de polissons
J’vous ai apporté des bonbons

Oh, oui, Germaine est moins bien qu’vous
Oh, oui, Germaine, elle est moins belle
C’est vrai qu’Germaine a des ch’veux roux
C’est vrai qu’Germaine elle est cruelle
Ça, vous avez mille fois raison
J’vous ai apporté des bonbons

Et nous voilà sur la grand’place
Sur le kiosque on joue Mozart
Mais dites-moi qu’c’est par hasard
Qu’il y a là votre ami Léon
Si vous voulez que je cède la place
J’avais apporté des bonbon
s  


 Pour l'écouter : https://www.youtube.com/watch?v=PgYGt2-p3gA

dimanche 15 mars 2026

15 mars 2026 : les petites histoires de Jipé : 3

Je n’ai jamais pensé à regarder les prévisions météo, quand j’entends le jingle qui les annonce je change de chaîne. Pas par aversion, mais parce que cela ne m’intéresse pas. Quand il y a du soleil, je suis content. Quand il pleut, il pleut. 

(Francesco Piccolo, Petits moments de bonheur volés, tard. Anaïs Bokobza, Denoël, 2014)

 

                  J'ai encore laissé quelque part un de mes nombreux parapluies. Il était censé être dans mon petit sac à dos jaune que je mets quand je pars à vélo, car vu le temps pluvieux, je ne sais jamais si je vais rentrer sans pluie. Eh bien, il n'y était pas avant-hier alors que la pluie menaçait. J'en ai un dans ma sacoche, un dans mon caddie de courses, un dans mon sac à dos de gym ou de kiné, un bien sûr dans mon sac à dos de voyage. Tous des parapluies pliants. Les grands parapluies sont à la maison et me servent quand je vais faire une sortie à pied. Alors j'ai pensé que mon parapluie perdu devait être quelque part, et qu'il se plaignait de son propriétaire négligent.

 


 Le parapluie qui grogne

 

 Cette fois-ci, il m’a réellement oublié.

J’ai langui dans la salle de bains où il m'a déposé dans la baignoire pour me faire sécher. Puis il n'a plus pensé à moi.

Impossible de sortir tout seul et de rejoindre les autres parapluies pendus au mur du cellier et de jouer avec eux.

Car ce monstre, comme il ne sait plus trop ce qu'il fait, il n'arrête pas d'oublier un de ses parapluies et, à chaque fois, il en achète un nouveau, car les autres parapluies, s'ils sont pliables, sont dans leur sac attitré et, s'ils ne sont pas pliables, ils sont accrochés au mur du cellier et dissimulés sous des pulls, des blousons, des impers, des k-ways ou des écharpes…

Mon maître est bon pour l’EHPAD : je crois qu’il a Alzheimer ou quelque chose comme ça, et que je suis bon pour pourrir dans cette baignoire qu'il n'utilise jamais. Il préfère la douche du cabinet de toilette.

Jusqu’à ce qu’un ou une invitée prenne un bain. Mais ça n’arrive que rarement.

Car beaucoup de ses amis sont morts. Ou vieux ou vieilles. Et quand il leur téléphone pour les inviter à venir, le temps qu’ils répondent, il ne sait plus pourquoi il leur a téléphoné.

Je vous le dis, mon maître est bon pour l’EHPAD, et moi, quand il y aura déménagé, on me transférera à la déchetterie, car sa famille me découvrira enfin ! 


                    Finalement, je t'ai retrouvé dans la baignoire où je t'avais mis à sécher. Mais ça m'a quand même fait plaisir que tu te plaignes. C'est que tu tiens à moi ! 

 

samedi 14 mars 2026

14 mars 2026 : le poème du mois, Verlaine

 

Ainsi l’amour s’en va rongé par la douleur

(Grisélidis Réal, Chair vive : poésies complètes, Seghers, 2022)

 

                 Me voici revenu de ma vadrouille dans le sud-est fin février : Lamalou-les-Bains, où j'ai vu ma sœur Monique, son mari, et ses animaux domestiques, puis Pézenas, où Monique m'a accompagné pendant deux jours au Festival de cinéma consacré cette année à la Grèce. J'avais loué un très beau gîte dans le centre ancien. J'ai continué seul le festival pendant deux jours, puis j'ai passé une journée à Montpellier avant de filer vers Lyon pour voir mon ami Jean. Puis retour à Bordeaux, le tout en train. Tout s'est bien passé, j'ai bénéficié d'un beau temps remarquable après un mois et demi très pluvieux, qui m'a rappelé les trois hivers bordelais de ma jeunesse étudiante ; j'en avais conclu et dit à mes parents : "je ne travaillerai jamais à Bordeaux, il pleut tout le temps !" Et j'ai, ma foi, tenu parole.


la jolie fenêtre d'une chambre du gîte vue du petit balcon 

                Le blog est resté en jachère depuis. J'étais très pris par mes activités de bénévolat et associatives, et aussi par les élections municipales ; inscrit sur une liste d'extrême gauche (aucune chance d'être élu, rassurez-vous tout de suite), ça m'a permis de faire campagne, réunions publiques tout les vendredis soirs, tractage de flyers dans les boites aux lettres du quartier. C'était nouveau pour moi et assez sympa ! Et aujourd'hui, je suis allé à la manif contre le racisme où j’ai retrouvé copains et copines de mon groupe de vote associés à la Cimade, à la Ligue des droits de l'homme, à Amnesty international, à d'autres associations, au NPA, à la CGT, à des féministes, enfin que du beau monde. Et du beau temps !!!

                Comme poème du mois, je vous propose ce sonnet de Verlaine... 

 

                            Nevermore


Souvenir, souvenir, que me veux-tu ? L’automne
Faisait voler la grive à travers l’air atone,
Et le soleil dardait un rayon monotone
Sur le bois jaunissant où la bise détone.


Nous étions seul à seule et marchions en rêvant,
Elle et moi, les cheveux et la pensée au vent.
Soudain, tournant vers moi son regard émouvant :
« Quel fut ton plus beau jour ? » fit sa voix d’or vivant,


Sa voix douce et sonore, au frais timbre angélique.
Un sourire discret lui donna la réplique,
Et je baisai sa main blanche, dévotement.


– Ah ! les premières fleurs, qu’elles sont parfumées !
Et qu’il bruit avec un murmure charmant
Le premier oui qui sort de lèvres bien-aimées !