Quand je pose pour un photographe, à mon malaise s’ajoute la gratitude : la photo suffira à prouver mon existence, il ne sera pas nécessaire de m’empailler.
(Amélie Nothomb, Psychopompe, Albin Michel, 2023)
J'avoue que, parmi la quinzaine de romans d'Amélie Nothomb que j'ai lus, Psychopompe est le seul dont j'ai relevé et noté plusieurs phrases. Je suis frappé, en effet, de voir les "selfies" proliférer sur les réseaux sociaux que je fréquente (en fait Facebook et WhatsApp). En fait, je ne fais moi-même pratiquement jamais de "selfies", estimant que je n’ai guère besoin de "prouver mon existence", et je ne pense pas avoir abreuver de ma bouille en photo les quelques lectrices et lecteurs de mon blog, ni dans mes rares apparitions sur Facebook ni WhatsApp.
Groix
Mais c'est l’usage du smartphone qui a développé cette propension à s'auto-photographier, comme je l'avais dit au dernier marchand d'appareils de photo à qui j'ai eu affaire. C'est à Venise à partir de 2011 que je me suis aperçu que la mode des "selfies" s'était aggravée avec l'usage des bâtons ou perches à selfies rétractables. Moi qui n'avais à l'époque qu'un téléphone portable ordinaire avec lequel je ne faisais jamais de photos, j'ai vu les personnes seules (ou même en duos ou trios) qui se tiraient le portrait en utilisant la fameuse perche, avec en arrière-fond le Pont des Soupirs, le Grand Canal et autres curiosités vénitiennes et envoyer ça illico pour vouloir dire : "J'y étais" ou "On y était", comme si leurs correspondants risquaient d'en douter.
Madagascar
Il m'est arrivé que l'une ou l'un d'entre eux, ou un couple, me passent l'appareil pour que ce soit moi qui fasse le travail. Il fallait alors m'expliquer comment cette étrange machine fonctionnait et sur quel bouton il fallait appuyer. Pendant mes voyages en cargo, j'avais pris mon appareil de photo et me suis très bien passé de smartphone. Je n'en suis pas mort. Quand j'ai acheté mon smartphone (ce n'est pas très vieux, en 2023), je me suis dit que désormais j'utiliserai cet appareil pour faire des photos. J'en ai parlé au vendeur qui m'a dit : "Attention, ça fait des photos, mais pas des photographies, rien à voir avec un bon appareil à l'ancienne. De plus, vous allez voir, c'est addictif, vous en ferez des centaines, voire des milliers, que vous regarderez une fois, ou pas".
Effectivement, au début, j'en ai fait pas mal : au fur et à mesure, j'éliminais celles qui étaient floues ou mal cadrées. Puis j'ai fait par n'en garder qu'une petite partie, car la plupart n'avait aucun intérêt ! Je les trouve moins belles que celles qui sortaient de mon modeste appareil de photo. Et je n'en garde pas beaucoup. D'ailleurs, j'en fais de moins en moins. Je suis toujours étonné de voir des personnes s'évertuer à vouloir me montrer leurs photos de voyages, alors que j'aime beaucoup les photographies de quelques ami(e)s que j'estime en tant que photographes. Il est vrai qu'ils/elles utilisent des appareils souvent très techniques et sophistiqués. Ils/elles font des photos à valeur esthétique ajoutée, qu'il s'agisse de paysages, de monuments, d'animaux, d'oiseaux, de portraits, etc.
Londres
Finalement, pour moi, le smartphone sert finalement assez peu, en dehors de téléphoner, ce que je ne fais d'ailleurs pas beaucoup. Voilà.
De ces quatre photos ci-dessus, toutes de moi, une seule a été faite au smartphone, saurez-vous la reconnaître ?
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