lundi 19 février 2024

19 février : encore la Palestine (poème du mois)

 

Je ne donnais de leçon à personne d’autre qu’à moi-même. Je ne demandais à personne de m’imiter.

(Varlam Chalamov, Vichéra, trad. Sophie Benech, Verdier, 2000)



Eh bien, après plus d’un mois d’absence, où je n’avais plus envie d’écrire mon blog, je reprends. Je donnerai ultérieurement des données autobiographiques (fiançailles de Mathieu en novembre, sciatique, ma tournée de Noël et du Nouvel an, grippe de janvier, etc.). Pour l’instant, je me contenterai du poème du mois et d’un bref compte rendu des mes lectures et films récents.


La zone de désintérêt*


Je suis né à Gaza un jour de neige
il tombait du phosphore blanc

Je suis né à Rafah un jour de pluie
l’averse était de flammes et d’incendies
Je suis né à Khan Younès une nuit de vent
dans le souffle des explosions
J’ai grandi à Jabalya des années grises
dans une maison de toile et de colère
J’ai nagé à Al-Shati dans le rêve et les mirages
d’une mer hostile et barbelée
J’ai grandi à Mafhazi dans l’ignorance et l’abandon
et les mots orphelins de l’affection
J’ai vécu à Nuseirat sans livres et sans oiseaux
Je suis mort à Gaza un jour de bombes
dans un lieu sans intérêt

                                                    Ladislas

(poème publié dans Lundi matin, hebdo d’infos critiques sur internet)

Eh bien, après plus d’un mois d’absence, où je n’avais plus envie d’écrire mon blog, me revoici avec un nouveau poème militant inspiré par le martyre de Palestine.

En poésie, j’ai lu le dernier recueil de de la poétesse poitevine Catherine Baptiste, Hamlet ou ne pas être, belles variations sur le personnage de Shakespeare.

 

Dans le domaine romanesque, j’ai beaucoup ri en lisant l’italien Stefano Massini, qui raconte les débuts du football féminin en Angleterre dans The ladies football club. J’ai beaucoup aimé l’escapade en Afrique d’un groupe de résidents d’EHPAD dans le roman tonifiant de Richard Guérin, Adieu l’EHPAD, vive les Tropiques que je chroniquerai prochainement. Et venant du Japon (1929, ce n’est pas une nouveauté), le beau récit prolétarien d’une grève, Le quartier sans soleil.


Du côté des essais, le livre du Libanais Madjalani, Mille origines dénonce avec vigueur l’absurdité d’une expression comme « Français de souche », tandis que Varlam Chalamov nous parle du Goulag des années 30 dans Vichéra.

 


Au cinéma, j’ai bien apprécié les documentaires Ricardo et la peinture et La ferme des Bertrand. Du côté fiction (mais presque documentaire), le terrible film polonais sur les migrants à leur frontière, Green border et l'émouvant portrait d'une mère courage camerounaise, Mambar Pierrette. Je suis sorti de ces deux derniers titres en me disant : « Jipé, tu n‘as aucunement le droit de te plaindre ! »


 *
Le titre de ce poème est une allusion au titre du film glaçant de Jonathan Glazer, La zone d'intérêt, dont je n'ai justement pas vu l'intérêt ni la nécessité.

 

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