samedi 12 mars 2022

12 mars 2022 : le poème du mois

 

Notre médecine est à un tournant, fragmentée

Les docteurs fidèles à leur serment d’un côté

De l’autre ceux que les labos ont transformés

En associés du plus grand cartel du crime organisé

(Akhenaton, La faim de leur monde, L’iconoclaste, 2021)

 

Ce mois-ci, j’ai trouvé un poème sur internet, j’aurais aimé l’avoir écrit. Un poème, critique des pouvoirs politique (Versailles, les riches) et militaire (vestes treillis) qui marchent toujours ensemble, auxquels se sont adjoints le pouvoir médical (blouses blanches) de ceux qu’Akhenaton fustigeait dans son recueil de 2021 et le pouvoir technologique (nuit atomique)… Le texte pose beaucoup de questions sur les cobayes prisonniers du labyrinthe que nous sommes presque tous devenus (sauf les gens qui comptent). Ça donne en effet le vertige.

Le labyrinthe


Le vertige du labyrinthe, ils ne l’auront jamais.

Puisqu’ils l’ont construit.

Ils sont immortels, ils sont Versailles.

Ils sont la ligne droite, le A et le Z.

Ils ne se pensent jamais poussières, ils sont sûrs d’avoir une mission à accomplir.

Les assassins, en blouses blanches ou vestes treillis, ils connaissent les statistiques : En règle générale, les pauvres vont se coucher et les riches se pavaner.

Les assassins séquencent l’ADN des souris albinos.

Ensuite, ils se retrouvent en congrès, dans un endroit équivalent à Versailles.

Ils se félicitent entre eux, et la modestie pour eux, c’est de se savoir entre gens qui comptent.

Ils passent leurs nuits dans des hôtels à la propreté impeccable, ils passent leur temps à transformer la nature en équation, et la puissance des bombes leurs donnent raison.

La nuit atomique ne perturbe pas leurs sommeil.

Ils séquencent l’ADN des souris dont la vie consiste à tourner dans une roue métallique.

Ils ne s’appellent jamais la guerre, ils la mesurent.

La prochaine génération de souris sera de nouveau soumise à expérience.

Dans le laboratoire, il n’y a aucune poussière.

Tout est si propre.

Une autoroute vide et sans lumière, où les tanks et ceux qui connaissent le secret de la fission nucléaire roulent à fond.

Un surmulot pelé tente de s’échapper.

Il n’a aucune chance sauf celle de n’avoir pas conscience d’être sur la route des hommes en uniforme.

Le labyrinthe le plus simple est la ligne droite entre l’entrée et la sortie.

Ensuite il y a une chose qu’on ne peut pas concevoir, notre disparition au milieu.

Le vertige du labyrinthe, comme on l’appelle.



jy.D

 




vendredi 11 mars 2022

11 mars 2022 : comment voter ?

 

Ils se sentaient légers et plutôt joyeux. Âgés et au terme d’une vie vertueuse, qu’avaient-ils à craindre ? Ils allaient sans aucune appréhension à la rencontre de la mort, conclusion de toute vie humaine.

(Le Mahâbhârata conté selon la tradition orale par Serge Demetrian, Albin Michel, 2011)



 

Lu sur le blog de Karak le texte suivant qui me correspond assez bien. Je crois que cette fois, au second tout du moins (mais peut-être au premier tour aussi), je ne voterai pas utile. J’ai voté utile en 2002 et 2017, ça m’a suffi de considérer les dégâts. Et tant pis si mon (ou ma) candidat est un perdant, j’ai l’habitude, et au moins j’apprécie certaines de leurs idées inscrites dans leur programme. Il y a belle lurette que je ne me fais pas d’illusions sur ce type d’élection : au second tour, j’ai souvent voté contre, je crois que ce sera encore le cas. On verra, mais au premier tour, j’ai toujours voté "inutile", car les "grands" candidats me semblaient pourris de suffisance, et je n’ai jamais aimé ce goût du pouvoir et cet arrivisme qui les caractérisent !

 

« Le vote utile… le vote utile » J’entends que ça autour de moi, de droite comme de gauche, et je dois avouer que ça m’agace un peu. Quand on dit vote utile, cela sous-entend qu’il y a un vote inutile. C’est quoi la différence entre utile et inutile ? On m’explique que c’est la position dans les sondages. « Et tu crois aux sondages, toi qui es toujours en train de les dénigrer, de dire qu’ils se trompent, qu’ils sont orientés, aux mains des puissants qui nous dirigent ? » « Non, mais heu… faut regarder les choses en face ! ».  En face, c’est cela, oui.

Si je comprends bien les sondages sont une sorte de primaire populaire, Ouah !!! Il ne faut plus voter pour ses idées, ses convictions, mais, comme aux courses, parier sur le bourrin qui risque d’aller en finale. Une haute idée de la démocratie ! Plus la peine de se faire suer à lire les programmes, regarder les propositions, écouter les débats, non, les sondages suffisent ! Finie la politique, vive la peopletique ! Ensuite, le vote soi-disant utile est à géométrie non pas variable mais très variée. Tiens par exemple, pour dégager Macron il faudrait peut-être voter Marine pour lui donner plus de poids au second tour, non ? « Mais elle est d’extrême droite !!! » « Oui, mais on a dit qu’on se foutait pas mal des convictions ! » En plus en votant pour elle on élimine l’ignoble Zemmour, et aussi les Républicains. Génial ! Non ?

Toute ma vie, j’ai voté inutilement, pour des candidats qui n’ont jamais été élus, mais qui pensaient un peu comme moi, qui me ressemblaient en fait ! Des loosers ! Et vous savez quoi, j’en suis fier quand je vois ceux qui ont été élus par le vote utile ! »


vendredi 4 mars 2022

4 mars 2022 : un autre son de cloche ou "deux poids, deux mesures"

 

Sans le spectacle du crime, que serait l’existence des gens probes, sinon une morne plaine ?

(Franz Bartelt, Of course, L’arbre vengeur, 2021)



Depuis une dizaine de jours, on n’entend dans les médias que bruits de bottes, de tanks, de missiles, de bombes, avec, comme d’habitude, depuis les gilets jaunes et la pandémie, un seul et même son de cloche. On sait bien que tous nos médias (journaux et magazines, radios, télés) sont entre les mains de quatre ou cinq milliardaires (tiens, personne ne les traite d’oligarques, eux, ce qu’ils sont bien pourtant) et que leur doxa est unique (à de très faibles nuances près) et visent principalement à soutenir le capitalisme occidental dont ils sont "les chiens de garde". Quitte à mentir sciemment, bien souvent, et à vilipender tous ceux qui ne sont pas à suivre cette doxa : gilets jaunes, manifestants de toute sorte, ou qui ne sont pas prêts à les admirer béatement. Et ceci partout dans le monde.


La Russie n’y échappe pas, d’ailleurs. Mais croyait-on réellement, en haut lieu, qu’elle accepterait voir l’OTAN s’installer dans un pays voisin. Si la Mongolie demandait à entrer dans l’OTAN, la Chine laisserait-elle faire ? Il faut avoir une mentalité de vassaux pour accepter ça (de Gaulle ne l’avait pas, et nous avait dégagé de cette organisation américano-belliqueuse, on l’a bien vu avec les bombardements de Belgrade naguère, et plus tard Chirac a bien eu raison de ne pas vouloir entraîner la France dans la guerre d'Irak où les USA voulaient nous engluer). Poutine, pas très finaud et mal conseillé, est tombé dans un piège similaire.

Mais de là à admettre tous les bobards officiels et médiatiques ! Car l’Ukraine n’est pas si innocente non plus. On le voit bien avec le sort des Africains (le plus souvent étudiants) qui sont sur son sol, et qui sont éjectés des gares quand ils veulent fuir : "Les Africains voulant fuir l’Ukraine et la guerre en sont empêchés. Les Ukrainiens doivent tous passer avant eux quand il s’agit de monter dans les trains ou de franchir les frontières". D’ailleurs, la Pologne les admettrait-elle, elle qui a eu il y a peu un ignoble comportement avec les migrants syriens, soudanais, etc, contre qui elle a construit un mur pour les empêcher d’accéder en Europe ? Tiens, parlons un peu des murs : on n’avait pas eu de mots assez durs en Occident pour le mur de Berlin. A-t-on entendu la moindre protestation contre le Mur qu’a construit Israël en Cisjordanie ?


 

Et puis les "migrants" sont devenus des "réfugiés", dès lors qu’ils sont Ukrainiens. Ça ne vous dit rien, ce changement de sémantique ? On les présente comme des saints, venant d’un pays "civilisé", pas comme ceux venant de pays africains ou du Moyen-Orient (dixit un de nos brillants ministres macronistes, ce qui ne m’étonne guère). Orientaux et Africains peuvent crever noyés ou de faim et de froid, les Ukrainiens seront accueillis en héros, victimes d’un monstre barbare. Par contre, les Palestiniens peuvent être victimes d’exactions innombrables (éjections de leurs maisons pour implantation de "colonies", assassinats quasi quotidiens, enlèvements et mises en détention sans jugement, maisons et plantations détruites par l’armée d’occupation, mais chacun sait selon nos médias que ce sont tous des terroristes et que l'armée israélienne est la plus pure du monde) : critiquer l’état d’Israël montrerait que nous sommes des antisémites !


Par ailleurs, il ne faut pas croire que l’état ukrainien se soit montré tendre avec ses minorités russophones du Donbass ; cf le docu d’Anne-Laure Bonne, encore visible sur youtube avant qu’il en soit dégagé par nos censeurs de ce qui n’est pas le son de cloche officiel : https://www.youtube.com/watch?v=6Oh-IE2zmJc. Je parie qu'il va être interdit d'ici peu ! Quand on a vu ça, difficile de parler de fraternité et de solidarité de la part des certains Ukrainiens, et on peut comprendre que ces territoires fassent dissidence en faisant appel à leur grand frère russe.

Nos médias sont nettement moins complaisants envers les combattants kurdes qui ont lutté contre les Turcs (il est vrai que la Turquie fait partie de l’OTAN) et je n’ai pas l’impression qu’on ait accueilli les réfugiés kurdes à bras ouverts. Il est vrai que ces derniers sont des "migrants", pas des "réfugiés", nuance ! Je veux bien évidemment qu’on accueille des Ukrainiens comme on devrait accueillir des Kurdes et des Syriens ou des Afghans. Je ne me sens aucune affinité avec des Zemmour et des Le Pen criant haro sur les migrants, et le tri sélectif de ceux-ci me paraît inhumain. Il semble d’ailleurs que l’Ukraine a vendu à la Turquie des drones tueurs dont Erdogan se sert actuellement pour faire du nettoyage ethnique dans les le Kurdistan itakien. Je suis dans les plus de 85000 personnes qui ont signé la pétition qui stigmatise le traitement des Ukrainiens vis-à-vis des Africains : https://www.change.org/p/stop-%C3%A0-la-discrimination-des-africains-fuyant-l-ukraine-%C3%A0-la-fronti%C3%A8re.

Les médias européens et américains surfent à qui mieux mieux sur la résistance ukrainienne à l’invasion russe. Ils font l’éloge des mesures de boycott. Soit. Mais quand on sait que le boycott, non pas d’Israël, mais des produits provenant des colonies illégales des Territoires palestiniens occupés est désapprouvé ici (campagne Boycott, Désinvestissement et Sanctions), l’hypocrisie occidentale est totale ! Et je ne parle pas de la manière dont on traite dans nos médias la résistance des Palestiniens qui pourtant n’ont que des pierres à opposer à l’occupation militaire.

Beaucoup de journalistes peuvent soutenir à bon compte l’armée ukrainienne et qualifier de héros ceux qui résistent à l’invasion/aux attaques de la Russie. Que n’en font-ils autant pour honorer la résistance palestinienne ? Et pour clamer que les boycotts, désinvestissements et sanctions sont des actions légitimes contre une force d’occupation israélienne ? Au contraire, aujourd’hui, on voit nos gouvernants s’attaquer à des associations de soutien à la Palestine et les criminaliser ! Tout en restant proches des Ukrainiens, avec les réserves que j’ai signalées, n’oublions pas nos frères et sœurs palestiniens... ou kurdes, afghans, syriens, soudanais, ouïghours, tchétchènes (la liste est longue et prendrait encore plusieurs lignes).

 

La seule bonne chose de cette guerre est qu'elle nous a enfin débarrassé de la litanie covidienne quotidienne assénée par la radio et la télévision : nombre de vaccinés, nombre de contaminés, nombre de réanimés, nombre de morts...