samedi 4 novembre 2017

4 novembre 2017 : Cinémed à Montpellier


Pour que l’état social soit perfectionné, il faut que chacun ait assez, et qu’aucun n’ait trop.
(Jean-Jacques Rousseau, Du Contrat social, 1762)


Je reviens donc de Montpellier où le Cinémed, Festival de cinéma méditerranéen, m’a paru une nouvelle fois d’excellente facture, tant en ce qui concerne les films récents et encore inédits (fiction et documentaires) que les reprises de films plus anciens dans le cadre de rétrospectives. Le fait que tout (ou presque) se passe dans un périmètre réduit, autour de la Place de la Comédie et du Corum, ajoute encore au charme de ce festival, aux yeux des cinéphiles. Le beau temps, quoique un peu frais cette année, permet en outre des déambulations dans le quartier, notamment sur l’esplanade ombragée qui relie la Place au Corum, et des rencontres souvent passionnantes, y compris quand il s’agit de quémandeurs qui font la manche et dorment dans la rue. Je suis toujours curieux de savoir comment et pourquoi ils en sont arrivés là, c'est souvent édifiant. Et ils sont l’illustration absolue de la phrase de Rousseau citée en exergue sur l’état d’imperfection de notre état social : oui, ils n’ont pas assez, alors que certains ont beaucoup trop (l’exemple le plus criant étant les fameuses retraites-chapeaux de nos chers dirigeants de grandes entreprises, dont le plus grand mérite est d’avoir su délocaliser la production, dégraisser les effectifs et mener à la misère et au désespoir des familles entières).

Justement, un des films en compétition, Vent du nord, du Tunisien Walid Mattar, évoquait le problème : une usine du Nord de la France est délocalisée en Tunisie. Le héros français, Hervé, quinquagénaire avancé, tente de se reconstruire une vie grâce à l’indemnité de licenciement économique, en s’achetant un bateau et s’improvisant patron-pêcheur, tandis que son homologue tunisien, Fouad, se fait embaucher, pensant ainsi gagner assez d’argent pour soigner sa mère et gagner l’amour de sa belle. Tous deux seront perdants : « Faut pas jouer les riches, quand on n’a pas le sou », chantait très justement Jacques Brel dans Ces gens-là. Film saisissant, au réalisme puissant.
Autre film qui a emporté l’Antigone d’or et le prix de la critique, Manuel (sortie le 14 février), de l’Italien Dario Albertini. Le héros, dix-huit ans, sort du foyer éducatif, où on l’a placé quelques années auparavant, quand sa mère a été mise en prison. Elle doit sortir prochainement, en liberté conditionnelle avec assignation à résidence. Manuel, qui voudrait reprendre sa mère dans leur ancien appartement, doit prouver aux autorités qu’il va être capable de la surveiller, tout en travaillant. Très beau film sur un adolescent que le malheur a mûri et sur la résilience. La fin reste ouverte.


Parmi les autres films en compétition que j’ai vus, j’ai beaucoup aimé le film palestinien Wajib (sortie le 14 février), qui se passe à Nazareth au moment du mariage de la fille d’un vieux professeur, le film géorgien Dede (prix du public), qui montre la révolte d’une jeune femme contre les traditions locales (elle préfère un mariage d’amour à un mariage arrangé) et le film serbe Requiem pour Madame J, quinquagénaire qui décide de mettre fin à ses jours au moment de l’anniversaire de la mort de son mari. Deux autres films sortaient de la Mostra de Venise (Volubilis et Les bienheureux), j’en ai déjà parlé. Donc une sélection austère, rude même. Mais le monde n’est-il pas rude ? Le cinéma n’en est que le reflet.

Une autre catégorie de longs métrages de fiction, "Panorama", présentait aussi de beaux films. Blue silence, film turc, expose la difficulté de renouer avec sa famille quand on sort d'un hôpital psychiatrique. Sur un thème voisin, le film italien Il piu grande sogno, évoque la tentative de réhabilitation d’un détenu rentrant dans son quartier après huit ans d’absence. Le film espagnol No sé décir adíos, nous montre deux sœurs aux prises avec la fin de vie de leur père. Autre film espagnol, La meilleure option, conte la difficile intégration d’un jeune immigré mauritanien. Le film tunisien L’amour des hommes (sortie prévue le 28 février), raconte la difficile émancipation d’une jeune femme photographe, désireuse de réaliser des photos sensuelles des hommes (cf l'affiche). 

 
Enfin, l’excellent film franco-marocain, Tazzeka, un des rares films optimistes, décrit l’apprentissage d’un jeune cuisinier marocain qui a découvert les plaisirs de faire la cuisine avec sa grand-mère.
Parmi les documentaires, j’ai choisi Entre la roca y la ola, ou la dure vie des percebeiros, pêcheurs galiciens de pouce-pied (crustacés à pédoncule charnu fixés sur les rochers battus par les vagues), qu'ils doivent décrocher du rocher au risque de leur vie. Et beaucoup aimé aussi La danse du soleil, ou « Căluş », rituel roumain de danses et de chants venant des temps anciens et qui se déroule encore chaque année pour la Pentecôte.

 
Parmi les rétrospectives, je me suis régalé avec deux films de l’Algérien Merzak Allouache, Bab el web, excellente comédie sur l’introduction d’internet en Algérie et La baie d’Alger, sur la fin de l’Algérie française. Autre film algérien, Mascarades, de Lyes Salem, est aussi une comédie bien enlevée. J’ai apprécié El baile de la victoria (jamais sorti en France), de l’Espagnol Fernando Trueba, qui se passe au Chili à la suite de l’amnistie qui met fin à l’ère Pinochet. 

 
Et je me suis régalé avec la rétrospective Alberto Lattuada, petit-maître du cinéma italien des années 40 à 70 ; j’ai vu deux comédies un peu amères, La pensionnaire (1954), avec Martine Carol et Raf Vallone, description au vitriol de la bourgeoisie italienne en vacances en bord de mer et La grosse tête (1975) avec Giancarlo Giannini, où le héros, laveur de carreaux le jour et figurant à la Scala la nuit, rêve de devenir célèbre et va en trouver l’occasion en s’accusant d'un meurtre qu’il n’a pas commis. Sans oublier l’excellent Les feux du music-hall (1950), coréalisé par Federico Fellini et que je n’avais jamais vu : le film suit l’itinérance à travers l’Italie de l’après-guerre d’une troupe de comédiens, chanteurs et danseurs miteux, l’occasion d’admirer Giulietta Masina dans un de ses premiers rôles avant La Strada.

 
Autre rétrospective, le duo Nakache-Toledano, je suis allé voir Je préfère qu’on reste amis. Depardieu excellent comme toujours, mais pour le reste, bof, je m’y suis plutôt ennuyé.
L’intérêt de ce festival est quand même de voir des films venant de petits pays du pourtour méditerranéen. Pas de film grec ni catalan cette année, dommage ! Et grand merci à ma sœur pour son hospitalité...

vendredi 13 octobre 2017

13 octobre 2017 : entre sol et ciel


Les enfants
vivent près du sol.
Les adultes vivent
près du ciel.
(Shizue Ogawa, Une âme qui joue, trad. Michelle Duclos, À bouche perdue, 2010)


Avant une nouvelle vadrouille (Poitiers, 14-16 octobre, Toulouse, 18-20 octobre, Montpellier, 20-28 octobre, Lyon, 28 octobre-1er novembre), j’ai envie de faire le point.
Ma situation a changé d’un coup, avec la mort de mon frère. J’ai deux jours libres de plus chaque semaine, j’ai constaté que je dors mieux (minimum 5 heures d’affilée, souvent 6, parfois 8 !), étant probablement moins inquiet. Je me suis inscrit à un cours d’italien (que je vais malheureusement manquer deux fois) et à un atelier d’improvisation théâtrale (idem), je continue mon atelier d’écriture autobiographique, et en attendant de me lancer dans mon nouveau projet littéraire, j’ai révisé mes nouvelles et récits pour en sélectionner un recueil que j’ai intitulé : C’est tellement simple l’amour, qui sera à prendre par antiphrase, sauf pour la première et la dernière, où les héros, un enfant dans l’une, un chien dans l’autre, sont capables de cette vraie simplicité. Toutes les autres sont grotesques ou tragiques, parfois grand-guignolesques et tendraient à prouver que l’amour, c’est très compliqué ! Elles sont classées par ordre chronologique et vont de 1955 à 2017. Elles sont tirées de mon vécu, de ce que j’ai observé ou qu’on m’a rapporté, de faits divers aussi, le tout malaxé par mon imagination, donc très peu d'autobiographie. J’en ai tiré cinq exemplaires que je fais lire ici et là, par des amis, écrivains ou non, et des membres de ma famille, pour voir si ça tient debout et si c’est publiable.
Après, je me lancerai dans le grand œuvre, que je rumine depuis trois ou quatre mois, et qui devrait être une sorte de roman ou peut-être une chose indéfinissable ! Donc, je ne bougerai plus beaucoup, sauf pour des visites à mes vieux amis de Poitiers, chez qui je me ressource, ou, à l’occasion, un séjour à Paris, si ça paraît faisable, sans me faire perdre trop de leçons où je me suis inscrit, ni perdre le fil de mon écriture.

j'ai eu bien du mal à dénicher une photo de mon vélo volé que j'avais acheté pour ma cyclo-lecture de 2008

Après le vol de mon vélo découvert à mon retour de Venise (pourtant barricadé dans mon bunker, mais y a eu forcément une complicité interne, et il ne fut pas le seul volé !), j’ai repris la bécane, en utilisant mon vieux vélo qu'on s'est bien gardé de voler (je suis allé chez ma belle-famille à Cestas avec, 38 km aller-retour) ou pour aller en ville les V3, puisque j’ai une carte d’abonnement (30 € par an, pourquoi s’en priver ?). Pour les déplacements plus lointains, j’utilise tram, bus, autocars et trains. J’étonne les gens en disant que je n’ai plus de voiture et n’en ai nul besoin. J’ai une amie qui n’a ni télé ni ordinateur, ça ne me choque pas. Je regarde peu la télé. Et nous n’en avons acquise une qu’en 1988, j’avais alors 42 ans. On n’en n’a pas fait grand usage. Résultat, nos enfants n’en sont pas esclaves.Et je connais plein de gens qui, comme moi, n'ont pas de smartphones et qui n'en meurent pas !
Dans les grandes villes, la voiture est un poids mort, surtout pour une personne isolée. Mon neveu et ma nièce de Paris n’en ont pas, ma fille à Londres non plus. Ils en louent une quand le besoin devient criant. Par contre, le vélo (que pratiquent Lucile et son compagnon à Londres pour se rendre à leur boulot), est plus souple d’utilisation, on peut le garer juste à côté de l’endroit où on veut aller, et il maintient en forme. J’ai épaté les personnes du groupe d’italien et du groupe d’improvisation théâtrale quand j’ai avoué mon âge. Ils me demandaient où est-ce que je travaillais !!!
Bref, je vais essayer de remonter la pente. c’est sûr que je ne sais plus avec qui je vais pouvoir parler de mon enfance, car même ma sœur Anne-Marie, née en 1949, n’a pas tout à fait vécu la même que la mienne. Il me reste à l’écrire, peut-être... Pour reprendre les mots de la poétesse japonaise, je me sens maintenant plus près du ciel que du sol. Mais il m’arrive encore de humer les fleurs que je rencontre, d’embrasser les arbres et d’avoir envie de m’étendre sur l’herbe, je ne suis donc pas si éloigné du sol et de l’enfance.

Braises, le dernier roman que j'ai lu de la grande Grazia Deledda, et que j'ai prêté à Corine, qui a fait le voyage avec moi ; elle a beaucoup aimé, mais l'a trouvé très rude.

Je vous raconterai ma Sardaigne au retour. De toute façon, j’y ai perdu (ou on me l’a volé, ce qui revient au même) mon appareil de photo et donc je suis revenu sans image, sauf celles que j’ai dans la tête ! C’est très beau et je vous recommande la lecture de son prix Nobel 1926, Grazia Deledda, dont on doit bien pouvoir trouver les œuvres dans toutes les bonnes bibliothèques, celles qui ne désherbent pas à tout-va. Et aussi les auteurs plus récents, Milena Agus, Sergio Atzeni ou Marcello Fois.


jeudi 5 octobre 2017

5 octobre 2017 : adieu, frérot


À l’époque, il y avait toujours quelqu’un pour me donner courage. Cette fois, je ne pouvais compter que sur moi...
(Paolo Cognetti, Le garçon sauvage : carnet de montagne, trad. Anita Rochedy, Zoé, 2016)


Il y a des moments dans la vie, où les événements prennent une tournure inattendue, ai-je lu quelque part (je cite de mémoire). Ce fut le cas quand, en avril 2015, au retour de mon demi-tour du monde de trois mois en cargo sur les océans, je débarquais pour découvrir que Michel, mon frère aîné, mais aussi mon presque jumeau, 364 jours d'écart (chaque 23 décembre, il s'amusait à me téléphoner malicieusement pour me rappeler que nous avions le même âge), se trouvait dans une maison de santé en Dordogne et allait peut-être désormais être sous oxygène 24 h sur 24. Très rapidement, nous comprîmes qu'il ne pourrait plus rester dans sa thébaïde périgourdine, loin de tout. Je me mis donc en quête de résidences pour personnes âgées (RPA) ou maisons de retraite pouvant l'accueillir dans l'agglomération bordelaise. Ce qui me valut de faire de nombreuses étapes à vélo en ce beau mois de mai 2015, explorant Bordeaux, Mérignac, Gradignan, Le Bouscat et quelques autres communes de la rive gauche de la Garonne. Chemin faisant d'ailleurs, j'en découvris d'excellentes, et pourtant bon marché, et d'autres nettement plus pimpantes et onéreuses et qui me parurent pourtant sinistres. Comme quoi l'habit ne fait pas le moine.

portrait de Michel, croqué par Mathieu au stylo bille en 2009
Mais bien sûr, il nous fallait son feu vert. Il comprit très vite, de retour chez lui, qu'il lui serait impossible d'y rester. Nous passâmes donc l'été à lui rendre visite, à faire du tri dans ses affaires. C'est finalement Béatrice, son ex-femme, dont il était séparé depuis une douzaine d'années, qui lui dénicha une RPA à Talence, ville où il avait travaillé et conservé des ami/es. Ce n'est pas sans déchirement qu'il procéda aux préparatifs de son départ en septembre pour venir s'installer chez moi, en attendant qu'une place se libère. Depuis qu'il était en Dordogne, j'avais renoué fortement avec lui et il nous avait reçus à plusieurs reprises, Claire déjà gravement malade et moi. Après mon veuvage, je lui rendis visite plusieurs fois par an, pour deux ou trois jours à chaque fois, essayant de le faire sortir un peu dans la campagne et autour des étangs, prenant conscience de son affaiblissement progressif. Mais aussi renouant les liens très forts qui nous unissaient dans notre enfance et notre jeunesse, essayant de lui rappeler l'importance qu'il avait eue pour moi (en fait je la lui apprenais, il ne s'en était pas rendu compte) en tant que grand frère protecteur et pilier sur qui je m'étais appuyé.
Je ressortais des souvenirs presque toujours heureux, car j'ai un caractère qui permet l'oubli sélectif de ce qui ne va pas, à son opposé : en effet, j'ai pu constater qu'il noircissait immanquablement le tableau de notre enfance, de notre famille, et chaque fois que je parlais d'un moment heureux, il me disait, incrédule : « Tu es sûr ? C'est possible, mais je ne m'en souviens pas ! » Il me disait qu'il avait raté sa vie, et il me fallait des doses de patience pour lui démontrer que non, que sa vie professionnelle avait été modeste, mais brillante (je connais peu de professeurs de collèges qui ont gardé un suivi affectif avec autant d'élèves que lui), qu'il avait contribué à former de grands artistes de cirque par ses ateliers cirque du mercredi après-midi (peut-être la seule chose dont il était fier, avec la réussite de ses enfants, dont il s'est admirablement occupé)... Mais je compris qu'il n'avait pas apprécié d'avoir été l'aîné d'une famille nombreuse dans un milieu modeste, et qu'il s'en voulait d'avoir divorcé deux fois.
J'ai essayé, mais sans y réussir, de le réconcilier avec notre enfance, qu'il semblait traîner comme un boulet, avec nos parents : mais rien à faire, il a trop subi l'autorité de mon père, pas toujours justifiée, il faut bien le dire, et de nombreux souvenirs, toujours négatifs, surgissaient quand on parlait de lui. Je lui ai pourtant rappelé que c'est papa qui lui a fait aimer le sport, qui lui a appris à pêcher (et ce fut un de ses derniers plaisirs), qui nous a poussés à faire des études pour ne pas endurer une vie "de merde", comme papa nous a dit souvent. Et, par ailleurs, il n'a pas pardonné à maman d'avoir été une femme soumise, effacée, au point qu'une fois veuve, et alors qu'il habitait plus près d'elle que moi, il est allé la voir très rarement, ce qui chagrinait ma pauvre mère. La seule personne de notre enfance qu'il sortait de la nuit absolue, c'était notre grand-mère, sans toutefois la placer aussi haut que moi dans son estime. Résultat, en fin de compte, il n'était pas réconcilié avec lui-même, gardant au fond de l'âme une sorte d'amertume qui le faisait souvent pencher vers la dérision pour se maintenir en survie.
J'aurais pourtant aimé qu'il accepte le pardon : si dans mes nombreuses lectures littéraires et spirituelles, une chose m'est apparue essentielle, c'est la puissance du pardon qui seul, nous permet de nous sentir bien dans notre tête, dans notre cœur, et peut-être même dans notre corps. Je me proposais justement de travailler avec lui là-dessus cet hiver, ne soupçonnant pas qu’il était si mal en point, même s’il donnait l’impression depuis janvier dernier d’être une lumière qui s’éteint progressivement. 

en route pour faire les courses (23 août 2017)
 
Lors de notre dernière journée ensemble, le mercredi 20 septembre, il faisait très beau. Je lui avais proposé la veille au téléphone qu’il sorte le fauteuil roulant électrique, et qu’il m’accompagne faire les courses. Quand je suis arrivé le matin, vers dix heures, il me dit : « Je viens juste de sortir du lit, je suis très fatigué, je t’ai préparé la liste, je ne pourrai pas t’accompagner. » Il n’est pas sorti de l’appartement de toute la journée. Nous avons fait plusieurs parties de scrabble, il en a gagné la plupart, mais il a refusé de descendre à la grande salle pour jouer avec d’autres résidents. Comme je devais partir en Sardaigne le vendredi et que son comportement m’inquiétait, je lui dis : « Tu es sûr que ça va ? Tu sais, je peux renoncer au voyage ! » Il m’a répondu : « Non, ça va aller, j’ai des hauts et des bas, hier ça allait bien, aujourd’hui, non ; mais vas-y, toi, voyage tant que tu peux, n’attends pas d’être dans mon état, et de ne plus pouvoir. » Ce fut notre adieu.
Adieu donc, mon frère de cœur. C’est là que tu viens trouver désormais ta place, comme ma grand-mère nous l’avait appris quand nous étions encore petits et qu’à six ans, je lui demandais (j'ai toujours été curieux) : « Mamie, qu’est-ce qu’on devient quand on est mort ? » Et, après nous avoir serré dans ses bras, elle nous dit : « On met les morts sous terre. Certains, les croyants, pensent qu’ils vont au ciel, où ils nous attendent. Peut-être. Mais je vais vous dire un secret : les morts ne sont ni dans la terre ni au ciel, ils sont cachés dans le cœur de ceux qui les ont aimés. Et, tant qu’on pense à eux, ils n’ont pas totalement disparu, ils sont là, nichés dans notre cœur. »
Et elle avait ajouté : « C’est aussi le secret de l’amour : les personnes que l’on aime, même quand elles ne sont pas avec nous, elles sont là, nichées dans notre cœur. C’est pour ça qu’on a un cœur gros comme ça (elle arrondissait les bras), parce qu’il peut contenir tout l’amour du monde. »

quand il était jeune (photo permis de conduire)
Merci, Michel, de nous avoir aimés, et merci, Mamie, de ta leçon inoubliable. C’est en pensant à vous, et à tous les autres que nous avons aimés, que je vais me donner du courage pour continuer sur le chemin tortueux de la vie.