jeudi 4 décembre 2014

4 décembre 2014 : retour sur le Festival de Pessac


Camille : elles ont besoin de nous, si nous étions dans leur situation, nous serions bien contents qu'on nous vienne en aide et il faut toujours faire pour les autres ce que nous voudrions qu'il soit fait pour nous.
(Carlo Goldoni, L'amour paternel ou la servante reconnaissante, trad. Ginette Herry, in Les Années françaises, vol. 1, Imprimerie nationale, 1993)

Est-ce que je vais trop au cinéma (sans compter les films que je vois en dvd ou que j'enregistre) ? Je ne sais pas, j'ai toujours eu une passion pour le cinéma, dès mon premier film, qui fut Blanche neige et les sept nains, vu dans une grange, projeté sur un drap, dans le petit village de Gouze, où je passais les vacances chez mon cousin en 1952. Depuis, il y eut le ciné-club du lycée (chaque mercredi soir, après dîner, où j'ai découvert l'histoire du cinéma, de Harold Lloyd et Fritz Lang pour le muet à Marcel Carné et John Ford pour le parlant, entre autres bien sûr, puisque ça a duré toutes mes années de pensionnaire, entre 10 et 17 ans), les salles commerciales où nous emmenaient les pions le jeudi ou le dimanche, s'il pleuvait (sinon, c'était promenade dans la forêt, ou match de rugby), puis les films à la télévision (heureuse époque du début des années 60, où l'on pouvait voir La strada ou Les enfants du paradis à 20 h 30 !). Le cinéma, tout autant que le roman, me fait vivre des vies innombrables, découvrir des pays et des époques inconnus de moi, me permet de sortir totalement de moi-même : quand je regarde un film, je suis dans le film, les personnages sont des connaissances, des amis parfois. Est-ce fuite de la réalité ? Je ne sais, je crois plutôt qu'il s'agit d'atteindre une autre réalité (une surréalité ?), celle qu'on ne peut pas vivre... Je n'irai jamais sur les routes, comme Gelsomina, en compagnie d'un saltimbanque, par exemple...


La Strada

Maintenant que je n'ai plus de femme, que les enfants sont loin, que mes amis d'Angoulins-sur-Mer m'ont fait découvrir le Festival de La Rochelle (en 2010), mes cousins de Pignan la Mostra de Venise (en 2011), non seulement je fréquente toujours beaucoup les salles obscures, mais je hante les festivals de cinéma. Cette année, par exemple, il y aura eu ceux de Pézenas (début mars), de La Rochelle (juillet), de Douarnenez (août), de Bordeaux et de Montpellier (octobre), les Rencontres de Pessac (novembre) et bientôt, à partir de samedi, celui de Marrakech, où je vais avec un groupe de Bordeaux, groupe avec qui j'avais d'ailleurs fait connaissance à Venise en 2013. C'est dans ces festivals que l'on voit des films de tous pays en avant-première, aussi bien que des films plus anciens (ça faisait des années que je n'avais pas vu de films muets au cinéma !), des reprises de films restaurés, des rétrospectives sur un cinéaste ou un pays, des films sur une ou des thématiques, aussi bien que des acteurs ou des réalisateurs. Et surtout, au contraire des salles commerciales, il n'y a que des films intéressants, et souvent excellents.

Loulou

Les dernières rencontres du Film d'histoire de Pessac (17-24 novembre) n'échappent pas à la règle : cette année, le thème était l'Allemagne. J'ai donc pu voir, entre autres, des muets des années 20 : un inconnu, Les hommes le dimanche de Siodmak, deux classiques sublimes dont j'avais seulement entendu parler : Loulou de Pabst, avec la merveilleuse Louise Brooks (et aussi du même, L'opéra de quat'sous, un parlant encore jamais vu), Faust de Murnau, des films allemands de l'est (dont le magnifique Étoiles, de Konrad Wolf), de très beaux Schloendorff (Le coup de grâce) et Margarethe von Trotta (Rosa Luxembourg et Rosenstrasse), un film tiré d'un roman pour la jeunesse (non traduit en français) de Lisa Tetzner, Les enfants du n° 67, sur la montée du nazisme en 1933 (qui serait à montrer dans tous les collèges), le désopilant Un, deux, trois (1962) de Billy Wilder, qui, en pleine guerre froide, renvoie dos à dos Russes (à l'idéologie douteuse), Allemands (nostalgiques du nazisme) et Américains (satire du dollar qui peut tout acheter). Il y avait aussi (pas vus) les films-fleuve de Fassbinder, Berlin Alexanderplatz, de Edgar Reitz (Heimat) et de Claude Lanzman (Shoah), de nombreux documentaires, des conférences, etc.

Retour à Ithaque

Et puis, il y avait les films en compétition. Je ne les ai pas tous vus, j'ai raté en particulier celui qui a obtenu tous les prix (jury, critique, public) : Le labyrinthe du silence, que je pourrai voir lors de sa sortie française en mai 2015. par contre, tous les autres que j'ai vus étaient soit bons, À la vie (film sorti la semaine dernière : trois femmes rescapées d'Auschwitz, se retrouvent quinze plus tard), Leopardi (biopic du poète italien, qui sortira en avril), Amour fou (autre biopic, de l'écrivain allemand Kleist et de son suicide avec sa fiancée, sortira en février), soit très bons, Le temps des aveux (film franco-cambodgien très émouvant sur la prise du pouvoir par les Khmers rouges en 1975, qui sortira le 17 décembre), L'enquête (belle évocation de l'affaire Clearstream, sortira en février), soit excellents, le dernier Laurent Cantet, Retour à Ithaque (sur le retour à La Havane d'un exilé cubain, qui retrouve son petit groupe d'amis, retour sur un passé et donc sur les illusions perdues, à recommander à ceux qui parlent espagnol, il est sorti hier) et Timbuktu, mon préféré peut-être, sur l'imposition de l'islamisme au nord du Mali, un film d'une très grande beauté visuelle : il va sortir le 10 décembre et je vous le recommande vivement. Un très grand cru, comme celui de Montpellier.

Timbuktu


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