Ah ! que la Vie est quotidienne...
(Jules Laforgue, Les Complaintes, 1885)
J'ai découvert Laforgue et ses Complaintes il y a longtemps. J'étais alors étudiant et je traînais mon vague à l'âme, qui me faisait trouver chez ce poète des reflets de ce que je ressentais. Évidemment, à l'époque, je n'avais ni radio, ni télévision, ni internet, ni de véritables amis, j'étais très solitaire et je trouvais moi aussi la vie bien quotidienne et pénible. Lui, il était atteint de tuberculose et mourut à 27 ans. Je m'étais mis dans la tête que je n'allais pas dépasser 30 ! Heureusement, ma perforation de l'estomac, l'hémorragie qui s'ensuivit fin novembre 1968, l'opération et l'hospitalisation (deux mois d'hôpital quand même) me firent comprendre qu'il fallait mettre de côté mon cafard et mon spleen. J'ai donc commencé mon entreprise de ce que j'appelle aujourd'hui ma résurrection, projet qui m'a quand même pris quatre ans et qui m'a permis de quitter Angers (mon premier poste de bibliothécaire) en un homme presque nouveau.
Je vous livre ce petit poème de Laforgue que j'apprécie beaucoup. Ah, cette question finale Et que Dieu n'est-il à refaire ? m'a tourné dans la tête longtemps. Je ne suis pas sûr de ne pas me poser encore et toujours le même questionnement...
dans la France pittoresque
Je ne suis qu'un viveur lunaire...
Qui fait des ronds dans les bassins,
Et cela, sans autre dessein
Que devenir un légendaire.
Retroussant d'un air de défi
Mes manches de mandarin pâle,
J'arrondis ma bouche et - j'exhale
Des conseils doux de Crucifix.
Ah ! oui, devenir légendaire,
Au seuil des siècles charlatans !
Mais où sont les Lunes d'antan ?
Et que Dieu n'est-il à refaire ?

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