vendredi 28 septembre 2018

28 septembre 2018 : des hommes libres et fraternels


Des gens quittent leur pays pour mille raisons : pour sauver leur vie, pour manger, pour vivre décemment, pour fuir des persécutions, à cause d’une pénurie, à cause de leur religion, à cause de leur orientation sexuelle...
(Éric Pessan, Dans la forêt de Hokkaïdo, L’école des loisirs, 2017)


J’attendais ce film avec impatience, et je dois dire qu’il ne m’a pas déçu. Libre relate deux années environ de la vie de Cédric Herrou, un de ces Français admirables (si, si, il en existe !) qui font que je n’ai pas honte d’être français. Il se trouve que ce matin même, à la radio, j’entendais que selon un sondage, 74 % des Français sont hostiles à "l’accueil de l'Aquarius", soi-disant toutes sensibilités politiques confondues (même la France insoumise serait à 53 % ou quelque chose comme ça…). Je sais bien ce qu’il faut penser de la radio et des sondages : c’est bien souvent du vent ! Cependant, je trouve étonnant d’une part, qu’ils aient sorti ce sondage, en même temps que le film, d’autre part, qu’ils aient cru bon d’ajouter le score des "Insoumis". Comme pour dire, voyez, même les gens prétendument de gauche sont contre ! Je regrette, je me considère comme de gauche, j'étais et je suis toujours pour l'accueil de l'Aquarius en France, et je trouve ignoble, d'abord la tenue d’un tel sondage, et surtout la façon de le manipuler. J’ai pu discuter avec quelques spectatrices à la sortie du film, et constater que la France accueillante existe bel et bien, c’est celle qui n’oublie pas la totalité de la devise républicaine, et pour qui la fraternité et l’égalité ne sont pas des vains mots…


Donc on trouve ici le portrait d’un juste, d’un solidaire pour qui les migrants sont d’abord des êtres humains, des frères et sœurs. Son action a tout de même permis que le Conseil constitutionnel le 6 juillet dernier, rappelle que l’aide désintéressée au séjour de personnes en situation irrégulière (sans papiers) ne pourra plus être passible de poursuites. C’est donc la fin du délit de solidarité ! Cédric est un simple paysan, mais un homme qui réfléchit, un homme de bon sens aussi ; il a de l’espace chez lui et commence en 2016 à accueillir des réfugiés (c’est le terme qu’il utilise), à convaincre d’autres solidaires comme lui d’apporter une aide alimentaire, juridique (avocats), médicale (infirmières et médecins), à squatter un bâtiment inoccupé des la SNCF pour les loger, quand l’afflux devient trop massif. Il est harcelé par la police et la gendarmerie aussi bien que par la Préfecture qui, pourtant, se met elle-même hors-la-loi en refusant d’accueillir les demandeurs de droit d’asile. Toujours calme, jamais il ne se laisse intimider par les gardes à vue et les convocations au tribunal, et galvanise par son action d’autres hommes et femmes de bonne volonté. Pour justifier son action, outre le devoir d'humanité, il prend surtout prétexte que, parmi les réfugiés qui débarquent chez lui, il y a de nombreux enfants et adolescents, et que les mineurs sont censés être protégés, une fois qu’ils sont en France.


Au moment où jeudi prochain, je vais à Aigues-Mortes participer à la journée de commémoration du deux cent cinquantième anniversaire de la libération de Marie Durand (après trente-huit ans de détention !), célèbre résistante protestante aux persécutions du fanatisme étatique de la Royauté française, consécutif à la Révocation de l’Édit de Nantes, voir qu’il existe des hommes et des femmes qui ne sacrifient rien au principe de la fraternité, ça fait chaud au cœur ! Et, le 17 octobre prochain, sort le superbe documentaire consacré au procès de Mandela ; je nage dans la félicité de la fraternité en marche, pour reprendre une expression à la mode...




Lire, sur le même sujet de l'accueil des migrants, une autre action intéressante, celle du maire de Lalizolle : 
https://www.anti-k.org/2018/09/28/lalizolle-terroir-daccueil-pourlaccueildesmigrants-regards-fr/

Aucun commentaire: