La destruction de Gaza a, bien sûr, duré deux ans – mais ce n’était pas une guerre, c’était un génocide, la liquidation du ghetto de Varsovie en version XXL.
(Alain Brossat, Lundi matin, 16 mars 2026)
De retour d'un week-end à Poitiers, où j'ai tenté en vain d'oublier la situation internationale et l'imbécillité meurtrière de beaucoup de dirigeants internationaux, le silence assourdissant des grands médias, y compris les journaux locaux, et celui de nos propres dirigeants, j'ai été ravi d'être convié à l'anniversaire de mon jeune ami Frédéric (44 ans, il n'a qu'un mois de plus que mon fils). On n'a pas pu s'empêcher de parler de politique, de regretter que le droite soit revenue aux commandes, tant à Poitiers qu'à Bordeaux, les deux villes où j'aurai le plus longtemps vécu (22 ans à Poitiers, 1989-2011, et pour l'instant, autant maintenant à Bordeaux, 1945-1949, 1950-1951, 1965-1968, 2011-...) et qui avaient élu des maires écolos en 2020, à mon grand plaisir de cycliste et de piéton. Mais voilà, les gens leur reprochaient, ici comme là-bas, de faire la chasse aux voitures, empêchant ainsi les autos de stationner librement au centre ville !
Et quelle fut ma surprise en débarquant à Poitiers : la salle d'attente de la gare SNCF était fermée et va être remplacée par "VOTRE COMMERCE OUVRIRA BIENTÔT". Ce n'est pas la première fois que je peste contre les gares transformées en centre commerciaux : j'ai vu les changements opérés à Lyon Part-Dieu, Montpellier Saint Roch, dans les gares parisiennes (Montparnasse en particulier) ces vingt dernières années. Même les toilettes sont devenues payantes (1 € pour pisser, tout de même), les salles d'attente ont quasiment disparu, et les guichets de vente de billets de train sont devenus minuscules, et encore faut-il les trouver. En attendant qu'ils disparaissent et qu'on pénètre dans le monde numérique et inhumais qui nous attend. Les vieux dinosaures (ou vieux cons) de mon espèce n'ont qu'à bien se tenir. Mais je serai mort avant de voir tout ça.
En attendant la fin du monde (la fin de mon monde), je savais par mon militantisme pro-palestinien qu'il y avait une manif de soutien à la Palestine dans toute la France samedi après-midi. Comme j'allais donc louper la manif de Bordeaux, je pensais ben la remplacer par celle de Poitiers. Mais où allait-elle avoir lieu ? Arrivé samedi matin, je me balade dans la ville, pas une affiche l'annonçant ! Je fonce à la Bibliothèque municipale lire la presse locale. Pas un article dans l'un et l'autre journal régional ! J'interroge ça et là quelques Poitevins. Je savais que les soutiens à la Palestine étaient peu nombreux. Aucune des personnes n'en avaient entendu parler. En désespoir de cause, je débarque Place de la Mairie vers 14 h 15 et vois plusieurs attroupements : un mariage, un groupe de jeunes venus pour danser et enfin une dizaine de drapeaux palestiniens tenus à bout de bras.
Un groupe d'une trentaine de personnes dans lequel je reconnais deux amies de la Maison de la poésie, association qui regroupait des poètes et des ami(e)s de la poésie et dont j'ai fait partie de sa création vers 2000 jusqu'à mon départ pour Bordeaux. Vers 14 h 30, nous partons à petits pas jusqu'à Notre Dame la Grande où il est prévu des discours. Nous scandons quelques slogans. Je regrette un peu nos cercles du silence (tous les mercredis ici, Place de la victoire) où nous nous mettons en rond à Bordeaux en tenant à bout de bras des pancartes expliquant nos points de vue. Le silence, presque oublié aujourd’hui, me paraît plus efficace que les vociférations. Arrivés devant Notre Dame la Grande, nous écoutons en silence les deux oratrices, dont les paroles modestes et justes nous donnent du baume au cœur. Non, nous ne sommes pas de ceux qui oublient les opprimés, les affamés, les bombardements, les tueries sans fin, les maisons détruites, les cheptels volés, les oliviers arrachés, les gens chassés de leurs terres, les enfants privés de classes, les prisonniers sans jugement, toutes les horreurs que les Palestiniens vivent depuis depuis 1947, et j'avais les larmes aux yeux.
Revenu à Bordeaux dimanche soir, j'ai cherché en vain dans les Sud-Ouest de samedi et de dimanche l'annonce de la manif, et ce matin, toujours pas un mot sur les manifs nationales. C'est à croire que le lobby pro-israélien est si puissant en France qu'il ne reste plus à voir, lire et entendre que leur propagande nauséabonde. Heureusement qu'il y a encore des associations de soutien aux Palestiniens pour faire entendre un autre son de cloche. En attendant qu'on les réduise au silence en les accusant d'antisémitisme...

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