lundi 21 septembre 2026

21 septrmbre 2026 : smartphones, casques, etc.

Nous ne nous rendons plus compte que certains croupissent dans une misère dégradante, sans réelle possibilité d’en sortir, alors que d’autres ne savent même pas quoi faire d’autre de ce qu’ils possèdent, font étalage avec vanité d’une soi-disant supériorité, et laissent derrière eux un niveau de gaspillage qu’il serait impossible de généraliser sans anéantir la planète.

(Pape François, Laudate si’ : le souci de la maison commune, Parole et Silence, 2015)

 

                        Non, ne riez pas, j'ai bien lu, pour la première fois de ma vie (mais il faut un commencement à tout), une encyclique d'un pape, notre pape actuel : elle traite d'écologie et, ma foi, sa parole vaut bien celles des savants ou d'associations qui traitent du sujet. Je n'y ai pas trouvé une phrase à y retrancher mais beaucoup qui font réfléchir sur la vie actuelle et notre consumérisme outrancier et notre gaspillage insensé. Et pourtant, hélas, nous faisons baver d'envie tous les miséreux des pays pauvres qu'évoque le pape dans la phrase en exergue ci-dessus. J'ai bien vu le problème lors de mes voyages en Côte d'ivoire et à Madagascar : de tous les jeunes que j'ai rencontrés, tous rêvaient de venir en France. Et, avec le réchauffement climatique né de notre civilisation déboussolée, une partie de la jeunesse des pays du Tiers monde aura encore plus besoin de migrer et, déjà que nous accueillons fort mal les migrants actuels (l'Europe aurait même plutôt tendance à les refouler), nous risquons d'arriver au bord de l'explosion sociale. 

 

                    Il est paru dans Sud-Ouest récemment, un article qui faisait une page entière sur le thème : bientôt le casque obligatoire pour tous les cyclistes. Bien entendu, je suis absolument contre, mon association de cyclistes, Vélo-Cité (défense et promotion du vélo au quotidien) aussi. Je me suis dit : "Le lobby du casque a encore frappé !" C'est qu'il y en a de l'argent à gagner, vu les nombreux cyclistes qui vont tête nue ou se contentent d'une casquette à visière comme moi. J'ai fait un rapide sondage en ville, 65% environ des usagers du vélo n'ont pas de casque sur la tête à Bordeaux !  Bien sûr, j'ai un casque chez moi. Mais il est encombrant, je l'ai utilisé lors du Tour du Lac Léman à vélo en 2017, car c'était obligatoire en Suisse. En France ça n'est obligatoire que pour les moins de douze ans et pour les coureurs cyclistes. Su ça devient obligatoire, je n'utiliserai plus le vélo.

                    Je me souviens de notre séjour aux Pays-Bas en 2000, où nous avons pu faire tout à fait librement pas mal de vélo, en toute sécurité et sans caques. Il semble que là-bas seuls 1% des cyclistes en portent un. Et pourtant il y a moins d'accidents graves qu'en France. Dans ce pays, la prévention est collective, les pistes cyclables immontrables, et nettement séparées des flux automobiles. Les pouvoirs publics misent sur l'éducation et la sécurité collective plutôt que sur l'obligation individuelle. Mais je pense qu'avec les nouveaux vélos à assistance électrique (je n'en aurai jamais un) qui vont à toute vitesse et dont la maîtrise reste plus difficile, le port du casque pourrait effectivement devenir obligatoire. Car ces engins son redoutables et causeront du tort aux cyclistes non électrifiés.

                Et, pour en revenir au consumérisme, on pourrait aussi parler des téléphones mobiles actuels (smartphones et i-phones), devenus incontournables, et qui se vendent comme des petits pains, ces instruments sans cesse à la pointe du progrès, et dont il vaut mieux avoir la dernière mouture pour ne pas être dépassé (et sans doute pour mieux épater ses ami.e.s), ces instruments donc nous empoisonnent peu à peu l'existence par leur usage ininterrompu et souvent intempestif : réveils fâcheux pendant la nuit, utilisation importune et malpolie pendant les repas (au point que les repas en silence absolu dans les couvents me font rêver), dans les transports en commun, à bicyclette même ou en conduisant, pendant les spectacles, etc... On dirait que les gens ont peur du silence (très relatif, je dois dire, en ville) et sont devenus esclaves de cette machine.

                    Bon, je vais arrêter de faire le grincheux, d'autant plus que je me sens en pleine forme en ce moment (due peut-être à ce magnifique soleil qui m'inonde de sa lumière et de sa chaleur bienfaisantes)...

 

samedi 19 septembre 2026

19 septembre 2026 : sécheresses

 

l’injustice afflige ceux qui ont le cœur pieux.

(Ernst Wiechert, Le buffle blanc, trad. Sylvain Duclos, Le livre de poche, 2025)

 

 

                 On parle beaucoup de la sécheresse exceptionnelle de cet été, et c'est vrai qu'ici, à Bordeaux, il n'y a presque pas plu depuis la fin mai. Dans ma mémoire, il y a celle de 1976, qui avait débuté dès le mois de février ; j'habitais alors dans le Gers, et cet été très sec avait été suivi l'année suivante en juillet 1977, par une pluie catastrophique et une inondation terrible à Auch. Le centre ville avait été dévasté, des centaines de maisons  et d'habitants évacués,et le nettoyage et la reconstruction avaient duré. Il y avait eu des morts. L'avenir nous dira si la sécheresse de cet été aura durci les sols comme en 1976, et si de grosses pluies peuvent de nouveau ne pas être absorbées par le sol et le sous-sol.

 
Auch 1977 (cop Sud-Ouest)                     

                    En tout cas, ce soleil excessif aura permis à la peau de mes bras et de mes jambes de devenir presque marron. Car bien sûr, je n'ai pas cessé de sortir et de circuler à bicyclette, de préférence à la fraîche (très relative) du matin et l'après-midi pour aller en ville faire une cure de cinéma dans les salles obscures. En dehors des périodes de randonnées cyclistes longues (sur plusieurs jours voire plusieurs semaines), je n'ai jamais fait autant de km à vélo que cet été. J'avoue que, sur ma bicyclette, je redoute davantage le mauvais temps, pluie, neige, vents, froid, et autres intempéries, que le bonhomme soleil qui me chauffe, m'éclaire, me sourit : d'ailleurs on a moins chaud à vélo qu'à pied ! Sur le vélo, je cours, je danse, je vole et je me venge des jours où il vaut mieux ne pas pédaler.

                    Donc je ne me plains pas. Par contre, je plains les plantes et tous les végétaux, les animaux, les oiseaux, qui souffrent de la soif. Je plains aussi les humains qui, par suite des sécheresses continues et aussi des guerres (comme à Gaza, au Liban, en Iran, en Ukraine, au Soudan et je vous laisse le soin de compléter la liste), non seulement souffrent plus abominablement que nous de la sécheresse et du réchauffement climatiques, mais chez qui s'ajoute la sécheresse de cœur des grands de ce monde, des inventeurs, fabricants et marchands d'armes et qui n'en peuvent mais. Et je plains aussi tous ceux, partout dans le monde, souffrent de la sécheresse de cœur universelle, enfants non désirés, battus, humiliés, harcelés, femmes sous la coupe de machos, hommes exploités dans beaucoup de métiers, handicapés physiques et mentaux, migrants, vieux et vieillards délibérément mis de côté, s.d.f., etc.

                    Oui, le monde va mal, il va plus mal que dans ma jeunesse, où pourtant, j'étais très introverti et n'avais que peu d'amis. D'abord parce qu'on est aujourd'hui au courant de tout, et surtout de ce qui va mal. Que la solitude des personnes en situation de difficulté est plus grande, malgré ou à cause des moyens technologiques de communication qui nous ferment au monde au lieu de nous ouvrir aux autres... A quoi sert d'avoir 3000 ami(e) sur un réseau social si en fait, on n'en a aucun en vrai ? Résultat, beaucoup de personnes citées plus haut sont dans un isolement extrême, des jeunes sont en grande souffrance, vont très mal. Ne parlons pas des très vieux, confinés dans des établissements spécialisés soumis au rendement économique.

                    Alors, ouvrons notre cœur, sortons de notre égocentrisme, et regardons du côté où ça va mal, et aidons au maximum les associations qui œuvrent dans le domaine social, participons nous aussi, s'il se peut Si nous ne pouvons pas grand-chose pour la sécheresse climatique, nous pouvons énormément pour limiter les dégâts de la sécheresse du cœur


 

 

 

 

 

                         

mardi 8 septembre 2026

8 septembre 2026 : L'humanitude 3

Être vieux, c’est quand les horizons deviennent limités. Le vélo ou la bicyclette permettent de compenser, à un rythme légèrement supérieur à celui de la marche à pied, tout en étant porté par la machine et par le vent. Vieillir, c’est moins la vie qui s’en va que le temps-qui-nous-reste-qui-se-rétrécit-comme-peau-de-chagrin.

(Bernard Chambaz, Petite philosophie du vélo, Milan, 2008)

 

                     Décidément, depuis que j'ai découvert le concept d'humanitude, je le découvre à l’œuvre un peu partout, dans la vie comme dans les films que je vois ou les livres que je lis. C'est ainsi que je suis allé voir hier le film magnifique Trois adieux d'Isabel Coixet, encore une réalisatrice, ce qui me laisse penser que les femmes sont plus capables d'approcher le concept. Comme il est porté par la lumineuse actrice Alba Rohrwacher dans le rôle principal, on comprend pourquoi j'ai été bouleversé par ce film comme les quelques spectateurs.trices avec qui j'en ai parlé à la sortie. Un film qui ne fait pas de bruit, mais dont les dialogues (et les silences, les regards des personnages) nous touchent particulièrement. Et en plus, l'héroïne roule à bicyclette, a une façon de parler qui ma rappelle les paroles de ma femme à la fin de sa vie, et il n'en faut pas plus pour que je conseille ce film à tous ceux et celles que j'aime.

 

            L'argument est simple, adapté d'un roman autobiographique de Michela Murgia (non publié en français pour l’instant) : à Rome, un couple se sépare après une dispute un peu bébête qui a dégénéré, comme il en est tant dans une vie commune. Antonio s'en va : chef cuisinier, il se réfugie dans son restaurant où il va vivre très mal la séparation. Marta, professeur de sport en lycée, après un commencement de désespoir, découvre que la vie est pleine de surprises et peut être envisagée sans peur. Ce qui la rend apte à affronter la terrible maladie qui la rongeait et se déclare soudain  : des métastases d'un cancer de type IV N'ayez pas peur, le film n'a rien de larmoyant ! Au contraire, l'épreuve est traitée avec une pudeur, une retenue, une tendresse même, qui excluent le pathos. Et Marta va essayer de vivre chaque moment ordinaire de sa vie, avec ses élèves, ses collègues, sa sœur Elisa, en quelque chose de rare, de beau et de bon.

                    Confrontée à la perte et à la solitude, se sachant condamnée, elle vit dans l'urgence et veut encore savourer l'instant. Ni victime, ni femme courage, elle se murmure ce que la vie peut encore lui apporter. Et elle réapprend à parler ou à négocier le silence. J'ai bien connu ça avec Claire. L’amoureux transi, les élèves, les médecins, la sœur, tous ceux qui entourent Marta, y compris son mari qui vient la revoir une dernière fois, sont saisis de cet élan vital qui la porte désormais, alors même qu'elle est condamnée. C'est donc un film d'adieu dont on sort ému et grandi, invité à vivre pleinement. Les images sont superbes, ciels flamboyants de Rome au crépuscule, vols d'étourneaux tourbillonnants, Marta à bicyclette (d'où sans doute le plaisir que j'ai eu à voir ce film, sans compter les réminiscences, même dans les dialogues, des dernières années de Claire), les petits plaisirs de repas au restaurant, les scènes traitées avec beaucoup de délicatesse, tout y sonne juste. Marta se rend compte qu'elle se fait du bien, et qu'au passage ça fait du bien aux autres. 

                        Décidément, on voit beaucoup de bons films en ce moment. Ils traitent de la vie, de l'amour et de la mort, dans ces temps d'actualités désespérantes on a bien besoin de ça. Bravo à la réalisatrice espagnole de ce film italien !