Le cyclo-lecteur

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Photo Juan Camilo Martinez Otálvaro (2013)

mercredi 6 juin 2018

7 juin 2018 : le jour où...


De tous côtés, les preuves affluent que les intellectuels n’ont jamais été aussi conformistes qu’aujourd’hui, c’est-à-dire entièrement soumis au pouvoir du jour, prêts à s’incliner devant toutes les puissances...
(Marc Bernard, À l’attaque, Le Dilettante, 2004)


Le jour où je n’aurai plus envie de découvrir de nouveaux auteurs et de nouveaux livres, ce sera le commencement de la fin. Le jour où je n’aurai plus envie de découvrir de nouveaux cinéastes et de nouveaux films, ce sera le commencement de la fin. Le jour où je n’aurai plus envie de découvrir de nouvelles têtes à qui offrir un sourire, ce sera le commencement de la fin. Le jour où je n’aurai plus envie de donner aux associations humanitaires, aux SDF, aux migrants, aux cagnottes des grévistes, ce sera le commencement de la fin. Le jour où je n’aurai plus envie de me donner aux vieillards ou aux jeunes en difficulté, aux malades et aux isolés, ce sera le commencement de la fin. Le jour où je n’aurai plus envie de me révolter contre l’injustice, contre les marchands d’armes, contre la violence d’État, ce sera le commencement de la fin. Le jour où je n’aurai plus envie d’être dans l’empathie, dans l’accueil, dans l’ouverture aux autres, ce sera le commencement de la fin. Le jour où je n'aurai plus envie de monter à vélo, ce sera le commencement de la fin. Le jour où j’applaudirai les puissants de ce monde, ce sera le commencement de la fin. Le jour où j’applaudirai les gendarmes casseurs de ZAD et les soldats qui tirent sur une foule sans armes, ce sera le commencement de la fin. Le jour où j’applaudirai les patrons et les actionnaires qui délocalisent sans état d’âme, ce sera le commencement de la fin. Le jour où j’applaudirai la casse des services publics, ce sera le commencement de la fin. Le jour où je n’aurais plus envie d’écrire...

Sem, le Néerlandais en route vers Compostelle à vélo, de passage chez moi

Mais ces jours ne sont pas encore arrivés. Tant mieux. 

manif du 26 mai à Paris : une des banderoles de notre groupe

Je garde encore l’espérance, malgré tous les malheurs qui nous environnent (migrants qui se noient en Méditerranée – et j’en connais qui applaudissent ! Gazaouis désarmés sauvagement mitraillés par la soldatesque – et j’en connais qui applaudissent ! Zadistes dont on démolit les réalisations et les projets – et j’en connais qui applaudissent ! militants qui aident les migrants et se retrouvent condamnés pour délit de solidarité – et j’en connais qui applaudissent ! familles entières qui dorment dans la rue – et j’en connais qui applaudissent ! chômeurs à qui on propose un emploi à 200 km de chez eux – et j’en connais qui applaudissent ! députés qui votent la prolongation du glyphosate – et j’en connais qui applaudissent !...), oui, je garde l’espoir que des jours meilleurs arriveront, peuvent encore survenir. 


manif du 26 mai à Paris : un autre groupe
 
Nous avons encore (pour combien de temps ?) le droit de manifester – et pourquoi s’en priver : pour l’instant, contrairement à Gaza, l’armée ne nous tire pas dessus (quoique... à Notre-Dame-des-Landes !) ; nous avons encore le droit de dire non à la publicité envahissante – et même de la combattre ; nous avons encore le droit de refuser d’être addict aux objets technologiques (encore vu hier dans le parc de jeux d’enfants en bas de chez moi un petit gamin de deux ans accroché aux jupes de sa mère et pleurant, celle-ci plongée dans son pianotage de smartphone finit par lui dire, excédée, sans quitter des yeux son smartphone : « Mais tu m’embêtes, à la fin ! » j’ai eu une forte envie de lui arracher son engin et de le fracasser contre le toboggan) ; nous avons encore le droit de refuser les caisses automatiques dans les supermarchés ; nous avons encore le droit de ne regarder ni le tournoi de Roland-Garros, ni les courses de Formule 1, ni la Coupe du monde de foot, nouveaux opiums du peuple ; nous avons encore le droit de prôner une saine sobriété et de refuser cette course à la croissance infinie qui va finir par dévorer notre planète ; nous avons encore le droit de dire non à cette "boulimie possessive du monde" que dénonce à juste titre Christophe Salaün dans son excellent Éloge de la roue libre...


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