Le cyclo-lecteur

Le cyclo-lecteur
Photo Juan Camilo Martinez Otálvaro (2013)

mercredi 23 mai 2018

23 mai 2018 : Cuba, suite et fin


 
Tu veux que je te dise ce que c’est que le paradis ? c’est le souvenir, ma fille, rien de plus, le souvenir, beau ou laid, que nous gardons [des morts].
(Abilio Estévez, Le navigateur endormi, trad. Alice Seelow, Grasset, 2010)

 
Vu du Fort Morro de Santiago, un cargo arrivait, bravant l'embargo américain !

Il est temps de conclure sur Cuba, même si, à l’occasion, j’y reviendrai. À peine étais-je revenu qu’en plus de France-Amérique latine 33 (leur voyage va se faire en août), une autre association bordelaise (celle avec qui je suis allé au Festival de cinéma de Marrakech) me proposait un voyage à Cuba en janvier prochain. Bien sûr, la saison est moins chaude et peut-être plus propice. 

vue de l'intérieur d'un des taxis collectifs de Santiago 
(2 à l'avant à côté du chauffeur, 4 sur chaque banquette arrière)
 
Mais pour clôturer mes impressions cubaines, le déplacement en avion est ce que j’ai trouvé de plus pénible pendant ces vingt-cinq jours, surtout le voyage retour, de nuit, entassé comme des sardines dans ce Boeing. Combien j’ai regretté mes cargos ! Les autres déplacements, sur place, ont été bons, en dépit de l’état des routes incertain de Cuba : que de trous et comme les chauffeurs de taxi ont dû faire des prouesses pour les éviter ! Mais j’ai apprécié aussi les vélos-taxis, pris deux fois seulement, les bus Roturo (coopérative) et municipaux, mon grand regret est de ne pas être monté dans une voiture tirée par un cheval...

fresque murale sous un magnifique acacia tropical (Santiago)

J’ai envoyé 83 cartes postales (record battu) : à ma connaissance, aucune encore n’est arrivée ; pratiquement, 95 % de mon carnet d’adresses y est passé. À tous, je disais mon enchantement, mon avis sur ce que je voyais et sur la nourriture (que j’ai jugée bonne – j’ai toujours fini mes assiettes, ce qui confirme que je ne suis pas difficile, plusieurs membres du groupe ont été plus sévères, l’estimant manquant de variété, d’épices et de saveurs, ce qui est probablement vrai aussi). À aucun moment je ne me suis ennuyé. Je me levais souvent de bon matin pour profiter de la fraîcheur (à partir de 10/11 h, il faisait chaud) et pour me balader un peu seul.

sur l'île Largo Granma près de Santiago

Car je suis peu habitué aux voyages de groupe, sauf ceux effectués avec un objectif précis (festival de cinéma, par exemple, auquel cas chacun fait ce qu’il veut de sa journée, et on se retrouve éventuellement le soir pour le dîner ou une sortie). Ici, le programme était ficelé, et la latitude individuelle était mince, hors du petit matin justement. Mais en même temps, ça m’a fait découvrir des personnes que je ne connaissais pas, dont une Belge de mon âge assez étonnante. Donc, j’ai suivi le groupe dans ses pérégrinations, me suis inscrit aux mêmes excursions, j’ai toujours mangé avec tout le monde, et je ne me retrouvais seul que dans le silence (relatif, car parfois la musique extérieure ou le ronron des climatisations voisines se faisait entendre) de ma chambre. 

la succulente (à mes yeux) nourriture de Cuba
 
Je tenais mon carnet de bord, lisais un peu (j’ai lu sur ma liseuse un volume du cycle de Chéri Bibi de Gaston Leroux, une évocation d’un siècle de persécutions des huguenots, 1685-1789, par le pouvoir royal, et je n’ai pas pu m’empêcher de penser à la persécution des migrants et des zadistes en France aujourd’hui – au fond, d'un siècle à l'autre le pouvoir ne change pas de méthodes ! – et un formidable portrait de la conjugalité par Balzac : Petites misères de la vie conjugale, où la férocité et la noirceur de l’observation balzacienne atteint des sommets, femmes et hommes étant mis dans le même sac : "Un mari doit toujours savoir ce qu’a sa femme, car elle sait toujours ce qu’elle n’a pas") et j’ai plutôt assez bien dormi, compte tenu du fait que je ne sais plus ce que c’est que bien dormir depuis longtemps.

costumes carnavalesques dans une rue de Santiago
 
Je me disais : « quand même, comment se fait-il que nous, Français, nous plaignions tout le temps, alors que les Cubains ont tellement plus de sujets de plaintes (confort nettement moindre que chez nous, pauvreté plus générale, absence d’accès à internet, faibles salaires et retraites et pouvoir d’achat restreint), et se montrent pourtant dans l’ensemble souvent enjoués (je pense en particulier aux enfants et adolescents), chantent et dansent facilement, et donnent l’impression de savoir vivre dans des conditions qui parfois, nous paraitraient difficiles ». La rue est toujours animée, on vit d’ailleurs beaucoup dehors jusqu’à des heures tardives.

une cloche du Musée des bandits deTrinidad
 
Le régime a dû s’adapter à la suite de l’effondrement de l’URSS et de ses satellites, qui le fournissaient notamment en produits alimentaires divers et variés. L’agriculture a été en partie dé-collectivisée, des rizières ont été implantées, l’élevage bovin s’est développé, tout en restant extensif. On est cependant frappé par l’abondance des friches. On est loin de l’exploitation intensive des terres, telles que connue chez nous, où il s’agit de faire rendre gorge à la planète, à grands coups de produits chimiques mortifères. Ici, peu d’engrais artificiels, la nourriture est donc assez saine.

les inévitables grands hommes (souvent héros de la Guerre de libération au XIXème siècle)
ici, sur une place de La Havane

Mais les fameux principes ont été écornés : le slogan Jamais nous ne renoncerons à nos principes, qui fut la réponse de Castro à Bush senior, quand ce dernier a proposé de desserrer l’étau du blocus et l’embargo, à la condition que Cuba renonce à ses principes (et les USA continuent maintenant de se comporter en maîtres du monde, ils nous dictent leur loi sur ce qu’il convient de faire face à l’Iran, entravant notre liberté d’entreprendre et de commercer, alors imaginons ce que ça donne avec Cuba !), ce slogan rageur est tout de même mis à mal. On sent que les jeunes sont attirés par le mode de vie des USA, les fast-foods commencent à fleurir, le smartphone est ici aussi une addiction maladive, on s’habille de plus en plus comme chez nous... Seule la religion santeria, afro-cubaine, fleurit encore, faisant de nouveaux adeptes, tout vêtus de blanc, et nous donne une idée d’un certain Cuba sans doute plus authentique... et moins rationnel !

l'apéro, heureusement pas mortel (le rhum titre à peine 14°)

Je crois que j’y retournerai au moins une fois, que je continuerai à voir des films cubains, à lire de la littérature cubaine, à écouter de la musique cubaine. Et j’espère qu’ils résisteront encore à l’ogre américain !


une curieuse sculpture (naturelle ?) près du bord de l'eau à Santiago
 

 

Qui aurait cru que 
la Scala de Milano 
se trouvait 
à Santiago de Cuba ?

mardi 22 mai 2018

22 mai 2018 : Grégoire Damon, le poète du mois



il savait, d’expérience, qu’on écrit sans pouvoir obliger les siens à lire ni, à plus forte raison, à aimer ce que l’on a écrit...
(Patrick Rödel, Les petits papiers d’Henri Guillemin, Utovie, 2015)


Grégoire Damon, 99 noms d'un seul truc, Gros textes, 2015

Les Gens bien

elle vient de filer un euro au clodo assis devant
le bureau de tabac
un quart d’heure plus tard elle le voir ressortir
avec un paquet de Marlboro tout neuf
ELLE trouve ça scandaleux


S.M.I.C.

je ne suis pas payé pour savoir ça MAIS écrire
de la poésie par 18°C dans une chambre
froide entre vaches congelées & cartons de
frites
c’est quand même plutôt un sport extrême


Durer

ma banquière croit que je me suis offert une
année sabbatique avant de passer le CAPES
ça fait cinq ans qu’elle croit ça
chômeurs, feignasses, précaires, anciens
étudiants fiers de le rester en douce
épaves non-compétitives, philosophes de
comptoirs, preneurs de tangentes
j’ai trouvé la solution de tous vos problèmes
faites comme moi tuez une banquière par an



Nos mots

[…]
L’instant où tu m’as demandé quelles étaient
mes aspirations dans la vie
j’ai bien cru
qu’une conseillère de Pôle-Emploi était entrée
chez nous
par effraction


Rêves de Bengale

toutes les petites filles rêvent de ne surtout pas
devenir des poétesses lesbiennes shootées à la
morphine
tous les petits garçons rêvent de ne surtout pas
devenir des poètes pédés accrocs à la colle de
papier peint
décidément
on est bien barrés

Jamais autant ri à la lecture d’un recueil de poésie ! Et vous ?

lundi 21 mai 2018

21 mai 2018 : Cuba, impressions citadines


Je me suis toujours posé la question de la fin des voyages. Débarquer est toujours une chute.
(François Taburet, Traversée, P.O.L., 2018)


La Havane : le quartier chinois, fresque murale

À peine débarqué de Cuba, je suis allé rendre visite à mes vieux amis poètes de Poitiers, puis à mes anciens collègues et amis d’Auch pour un enterrement, ce qui m’a secoué vivement, puisque celle qui est morte n’est autre que la présidente de l’Association qui a organisé mon prochain voyage cet automne à Madagascar. 

un des nombreux chats de La Havane
 
Et j’en ai presque oublié Cuba ; pas tout à fait cependant, car tous m’ont demandé de leur raconter notre île tropicale. Je rajoute donc une page, avec l’aide des notes de mon carnet, en insistant cette fois davantage sur mes impressions citadines.
la Casa Armando, logement en terrasse
 
12 avril, La Havane, logé en casa particular (Casa Armando) : balade dans La Havane, tout à pied, le long du Malecon, visite de la vieille ville, des bistrots, des boutiques de la rue piétonne Obispo, d’une librairie, repas du soir au restaurant. Le lendemain, de nouveau au centre ville, passage devant le Capitole, boisson sur une terrasse de la Plaza Vieja, musiciens dans un café, observation des immeubles (certains restaurés, d’autres en cours de restauration, beaucoup en mauvais état), des écoliers en uniforme (jupe très courte pour les filles), des gamins qui jouent au base-ball dans le rue après l’école, des calèches tirées par des chevaux, des vélos-taxis, des éboueurs qui, en faisant les poubelles d’un grand hôtel, trient et récupèrent les chaussons, du flot de touristes (beaucoup de Français), du bruit (la rue profite de la musique déversée à flot par la radio des fenêtres ouvertes, les gens parlent très fort). Grosse averse vers 18 h, mais qui ne dure pas. 
Musée de la Révolution : ce qui reste d'un des avions abattus lors de l'affaire de la Baie des Cochons
 
13 avril, visite du Musée de la Révolution qui occupe l’ancien Palais présidentiel de Batista, et raconte aussi les années qui ont suivi, notamment les attentats contre-révolutionnaires des années 60 et 61, suivie d’une visite du Musée des Beaux Arts, très intéressant, car n’y sont représentés que des artistes cubains ! Passage par le Paseo Marti, la grande promenade où s’échangent les infos, les appartements, et lieu de rencontres amoureuses ou amicales.

une des toiles du Musée des Beaux Arts : du vélo !
19 avril : Cienfuegos, de nouveau en casa particular. Très jolie petite ville : promenade sous les arcades, sur le boulevard, vers la Place Martí, où se trouve le théâtre Tomas Teray, que nous visitons. 20 avril, nous observons sur un mur un des (rares) slogans politiques : JAMAS RENUNCIAREMOS A NUESTROS PRINCIPIOS. Puis passage en ville à nouveau, visite du Musée provincial où l’on peut admirer quelques objets et mobiliers anciens. Séjour reposant, où je fis du vélo-taxi !

un slogan rageur peint lors de la période spéciale (années 90) pour protester contre l'attitude des USA

21-23 avril, Trinidad : nous sommes logé à l’hôtel, en bord de mer. Ville coloniale qui aurait bien besoin d’être restaurée. Balade à pied, tout le centre est piétonnier. Visite du Musée des bandits ; dans cette région où de nombreux instituteurs et étudiants ont été mobilisés pour participer aux campagnes d’alphabétisation des paysans, nous apprenons que 87 d’entre eux ont été assassinés, ainsi que les familles qui les hébergeaient, par des bandits contre-révolutionnaires. Ce qui a suscité la création des CDR (Comités de Défense de la Révolution). Ce musée est situé dans un ancien couvent, nous sommes montés au clocher. Ici aussi, des maisons presque luxueuses en côtoient des délabrées. Nombreuses carrioles tirées par des chevaux. 

Trinidad vu du clocher du Musée
 
24 avril, escale à Camaguey, à l’hôtel, près de l’ancienne gare, en travaux pour être transformée en musée ferroviaire. Visite de la ville, d’un intérêt mineur, mais qui contient de belles galeries d’art.

les chanteuses et leur guitariste

25-30 avril : Santiago de Cuba (hôtel). Arrivée après plusieurs heures de taxi. Belle première impression de la ville, à la recherche d’un restaurant pour le repas du soir. Rue piétonne très animée. Grosse chaleur. Nous mangeons une langouste succulente au Compay Gallo. Le lendemain, départ vers le port en taxi collectif (deux devant à côté du chauffeur, huit derrière sur des banquettes latérales) que nous a procuré un rabatteur. Remontée vers le centre ville par l’ancien quartier français Tivoli, très pauvre, malgré quelques maisons anciennes somptueuses. Passage à la maison du poète cubain José Maria Heredia (cousin du nôtre, qui s’est ajouté une particule pour faire bien), arrêt à la bibliothèque publique (peu de livres neufs) et dans un café musical, et le soir, nouveau repas de langoustes. Le 27, nouveau taxi collectif jusqu’au magnifique cimetière où se trouve le Mausolée de José Martí et la modeste tombe de Fidel Castro. Retour en vélo-taxi, visite du Musée de la Moncada qui retrace le 1er haut fait de la Révolution en 1953. Le 28, visite du Musée du rhum, avec dégustation (il ne titre que 14°), puis du Musée du Carnaval, avec de jolis costumes. Le 30, nouvelle balade en ville. Décidément, Santiago me plaît beaucoup, c’est vivant, chaleureux, bien que très bruyant. Spectacle folklorique sur la place principale.

un cargo au port de Santiago

la maison de la famille Heredia






1er mai-5 mai, La Havane, dans la casa particular de Carlos. Mais l’avion de Santiago ayant eu six heures de retard, nous n’y arrivons qu’à 4 h du matin, ce qui a exclu qu’on assiste à la grande manifestation du 1er mai ! On est très loin du centre de La Havane (12 km) et donc, ayant peu dormi, nous nous contentons de visiter le quartier et la plage voisine. Lu sur un mur : Cuando el mundo no te quiera, y te inonda la soledad, toca a mi puerta, esa es tu casa. Devise que je ferai bien mienne ! Le 2 mai, nous prenons avec Maria-Julia le bus, nous arrêtons au fameux glacier Coppelia, puis à pied, gagnons la Place de la Révolution en passant devant l’Université. Et là, nous montons pour un tour de ville d’une heure en décapotable américaine : Malecon, avec arrêt devant la statue de John Lennon et à la Casa del tabaco. Le 3 mai, en taxi jusqu’à la maison de Compay Segundo, qu’on visite. On continue à pied vers le centre ville, par le Callejon de Hamel, petite rue d’artistes bordée de fresques murales et de sculptures.














une fresque murale en hommage au Petit prince














un peu plus bas, dans le Callejon

Que dire de la vie citadine cubaine ? La densité de la population y est phénoménale, tous les âges s’y côtoient, ça bouge et se trémousse dans tous les sens, il y a toujours quelque chose à voir. Il fait chaud (ce fut surtout le cas à Santiago, La Havane est plus ventilée), on passe à l’ombre ; si on a soif, ce ne sont pas les bistrots qui manquent et, à peine y est-on et se croit-on au calme, des musiciens arrivent avec leurs instruments et leurs baffles et on ne peut plus se parler... Il y a plein de petits métiers, des rabatteurs pour taxis ou restaurants aux vendeurs de cigares ou de cigarettes, de pains et de biscuits, des petits marchés, une vie intense.

un vélo-taxi, ils sont tous entièrement bricolés-main

Bref, j’ai aimé autant me balader en ville que nos excursions à la campagne.

une curiosité cubaine, la bière apportée dans un pichet réfrigéré, et chacun se sert au robinet
(ici au restaurant El conejito à La Havane) 

À suivre...



mardi 15 mai 2018

15 mai 2018 : Anne-Marie Turon, bibliothécaire et humaniste


Mais il n’y a jamais une seule réponse au pourquoi.
(Jean-Acier Danès, Bicyclettres, Seuil, 2018)

Anne-Marie Turon est née à Antananarivo, capitale de Madagascar (qu’on appelait alors Tananarive) en 1949. Elle a vécu là-bas, notamment à Fort-Dauphin, où ses parents étaient enseignants, et, de retour en France, n’a jamais oublié ce pays, son île natale. Elle est décédée hier des suites d’une longue maladie. Elle fut une de mes collaboratrices à la Bibliothèque centrale de prêt du Gers, à la fin des années 70 et au début des années 80. Alors que je partais vers d’autres cieux et poursuivais une carrière nomade, elle y resta jusqu’à sa retraite il y a quelques années. Elle se consacra dès lors à créer une association, l’Association des amis de Jean Laborde, ce natif d’Auch (1805-1876) qui passa à Madagascar une grande partie de sa vie et y fut le premier consul de France : https://fr.wikipedia.org/wiki/Jean_Laborde_(aventurier).
L’Association (https://www.lesamisdejeanlaborde.fr/) a les buts suivants : œuvrer pour faire connaître Jean Laborde et participer à la conservation du patrimoine qu'il a laissé ; agir auprès de tout organisme local ou extérieur pour réhabiliter et entretenir les vestiges et la Villa Jean Laborde de Mantasoa ; agir auprès des autorités locales pour le classement dans le Patrimoine National de tous les vestiges « Labordiens » non encore classés ; rechercher et archiver tout document concernant Jean Laborde et son œuvre ; promouvoir et encourager toute production de documents concernant Jean Laborde (thèse, BD, livres, feuilleton télévisé ou film) en veillant à l'authenticité des documents publiés ; soutenir et promouvoir toutes actions renforçant les liens de solidarité et de développement entre la France et Madagascar.
L'Association participe notamment à la réalisation de nombreux projets de développement dans les domaines sanitaire et éducatif. Elle a obtenu le jumelage de la ville d’Auch avec celle de Mantasoa, où vécut Jean Laborde, en particulier pour un projet d’assainissement de l’eau potable. Elle organise des voyages solidaires et humanitaires pour ses adhérents, qui peuvent ainsi voir sur place les réalisations en cours et rencontrer la population. C’est à un de ces voyages que je me suis inscrit l’automne prochain (27 octobre-21 novembre). Je ne manquerai pas d’en faire ici un compte rendu.

Trente ans après (d'après Alexandre Dumas)
 Les trois mousquetaires gersois retraités :
Anne-Marie Turon, entre Paul Toulouse, qui conduisait un bibliobus et leur ex-directeur
(photo Mimi Toulouse)

J’ai toujours apprécié Anne-Marie pour sa gentillesse, son sourire enfantin, son rire cristallin, sa bonne humeur, ses capacités organisatrices (c’est elle qui a organisé ma tournée de cyclo-lecteur dans le Gers en 2008 : voir mes posts du 25 au 29 mars de cette année-là, notamment les pages du 28 et du 29, où il y a des photos du cyclo-lecteur, prises par elle). Inutile de dire que, quand j’ai appris qu’elle avait créé cette association et connu ses activités, je me suis empressé d’y adhérer.
C’est aussi grâce à elle que j’ai renoué avec d'autres amis du Gers que j’avais un peu perdus de vue. Tout ça me renvoie à ma jeunesse et à l’époque où le métier de bibliothécaire itinérant dans les campagnes avait une saveur incomparable, riche de rencontres inattendues (Marius Noguès, mon grand ami écrivain-paysan, par exemple, mais aussi bien les nombreux bénévoles qui faisaient vivre nos livres déposés dans les villages), saveur sans doute perdue aujourd’hui, où les outils numériques et la virtualité sont en passe de remplacer les contacts réels...
Au revoir, Anne-Marie, tu as été dans ta vie une personne magnifique, tu le resteras dans notre pensée. 
 

lundi 14 mai 2018

14 mai 2018 : Cuba, impressions de campagne


La véritable instruction est celle qui vous dépayse.
(André Gide, Journal, 12 juillet 1934)


photo de groupe : de gauche à droite, au balcon du théâtre de Cienfuegos :
Maria-Julia, Anne-Marie, Didier, Marie-Cécile, Patricia, Dorothée, Lenny, Colette, Josué
(manquent Marie-France et Jipé)

Dépaysement, c’est vraiment le mot qui sort de la bouche, quand je repense à ce qu’on a vu là-bas. Nous étions donc onze : deux de mes sœurs (Anne-Marie et Marie-France) et les beaux-frères correspondants (Josué et Helenio, dit Lenny), un couple du Cher : Didier et Marie-Cécile, une Parisienne : Patricia, deux Montoises, Colette et Dorothée, Maria-Julia, la Cubaine de Mont de Marsan et votre serviteur. Anne-Marie avait tout organisé (à la perfection) avec l’aide d’une agence de voyages de la capitale landaise (pour les avions et les hôtels), de Maria-Julia pour dresser l’itinéraire et les choses à voir, et avait réservé elle-même les chambres d’hôte et la compagnie de taxis qui nous a déplacés d’un lieu à l’autre de cette île si vaste. Bravo, car elle a dû y passer beaucoup de temps à l’agence et sur internet, et tout a bien fonctionné !

les fameux taxis qui nous ont emmenés d'un bout à l'autre de l'île

L’itinéraire fut le suivant : La Havane en casas particulares chez Armando (11-14 avril), 170 km en taxi jusqu’à Viñales (logement à l’hôtel 15-16 avril), retour à La Havane puis 230 km en taxi jusqu’à Playa Larga (logement à l’hôtel 17-18 avril), 130 km en taxi vers Cienfuegos (logement en casas particulares chez Manolo 19-20 avril), 100 km en taxi jusqu’à Trinidad (logement à l’hôtel 21-23 avril), 260 km en taxi vers Camaguey (logement à l’hôtel 24 avril), 330 km de taxi vers Santiago de Cuba (logement à l’hôtel 25-30 avril), avion local jusqu’à La Havane (de nouveau en casas particulares chez Carlos du 1er au 4 mai). Je donne des distances approximatives, n’ayant pas de carte sous les yeux et les compteurs des taxis ne marchaient pas toujours, mais cela veut dire dans les 1500 km au bas mot sur des routes souvent médiocres.
Ce qui m’a le plus plu là-bas, en dehors de l’atmosphère générale, à la campagne : 

un séchoir à tabac
 
la ferme de Viñales où l’on cultive du tabac et les explications qui nous ont été données par l’ouvrier agricole noir préposé à ça dans le hangar de séchage du tabac, et qui a expliqué le roulage et la fabrication de cigares. Outre qu’il avait un très beau visage, ce que Colette m’a confirmé (autant signaler, me souvenant de ma mésaventure de Melbourne en 2015, que si je n’ai pas photographié les personnes, autant Colette a fait beaucoup de portraits), il a fait une démonstration parfaitement documentée. Puis nous avons visité le reste, avec les clapiers à lapins, le cochon dans son enclos, et dégusté le rhum qui est très léger à Cuba : 14°. Ce qui explique qu’on a vu très peu de poivrots pendant notre séjour ! 

la hutte de l'Indien, près de la grotte
 
Toujours à Viñales, l’excursion dans la petite montagne, avec l’arrêt à la Cueva del Indio (grotte de l’Indien) : avant d’y pénétrer, on passe devant le reconstitution d’un campement amérindien. La visite se termine par une promenade en barque dans la rivière souterraine.

la sortie de la grotte (un autre bateau nous suivait et s'apprête à sortir)

À la fin du séjour, la visite de la finca de Carlos, notre hôte de La Havane, avec sa bananeraie, ses arbres fruitiers (manguiers, goyaviers), son petit élevage ; j’ai noté au passage que ses employés agricoles, tous noirs, sont assez misérablement logés dans une case en bois en tout point semblable à celles de La rue Cases-nègres de Joseph Zobel.

un des veaux de Carlos

À proximité de Playa Larga, l’impressionnante ferme aux crocodiles ; ceux-ci sont logés dans des sortes de bassins bétonnés et remplis d’eau, par taille. Ils sont destinés à l’alimentation mais aussi à la maroquinerie, ou à être expédiés dans des zoos. C’est assez effrayant à regarder, mais fascinant.
  

un crocodile à l'affût, dans l'herbe


Non loin de là, voyage en bateau sur la lagune vers Aldea Taïna, une petite île où a été reconstitué un village indien ; de belles sculptures représentent les Amérindiens dans leurs activités ordinaires : chasse et pêche. 

non loin, dans un arbre, une termitière
 
À proximité de Trinidad, excursion vers une ancienne plantation sucrière, l’Hacienda de los destiladoras San Isidro. On y voit la maison du maître, la tour destinée à surveiller les esclaves pour les empêcher de s’échapper, les ruines des habitations destinées aux esclaves, des pressoirs et des moulins... Un vrai site archéologique !

la tour de guet : gare aux cimarrons (esclaves qui s'enfuient)

Près de Santiago, visite du Fort Morro, destiné par les Espagnols au XVIIIème siècle à protéger la côte sud des attaques des pirates de la Caraïbe ; puis de là, départ en bateau vers la petite île Largo Granma, avec son village de pêcheurs : très bon repas dans un joli petit restaurant, El Marino, où deux musiciens sexagénaires, le chanteur costaud et svelte, le guitariste avec un bel embonpoint, nous ont gratifié d’un petit concert de superbes chansons.

le Fort Morro
 
Sinon, nous avons traversé la campagne avec nos fameux taxis, assez confortables. Quelques observations : l’omniprésence des chevaux (comme animaux de trait, de travail, ou de déplacement), l’élevage extensif de bovins et, de temps en temps, d’ovins, les nombreuses friches, les rizières et les bassins de pisciculture (Cuba toujours soumise au blocus américain, a dû dans les années 90, après l’effondrement du bloc soviétique qui lui apportait une aide économique importante, reconsidérer son agriculture pour tenter de parvenir à l’autosuffisance alimentaire, notamment en lait et en riz, en poulets et œufs, en poissons, en légumes et fruits divers), les montagnes plus ou moins élevées (la Sierra Maestra au sud-est, culmine à 1990 m), les petits villages entraperçus. Les gens de la campagne circulent à pied, à cheval ou sur des carrioles, à bicyclette, sur des vélomoteurs, scooters ou motos, mais il y a peu de circulation automobile, des poids lourds surtout. Les autobus (parfois sous forme de camions aménagés qui ressemblent à des bétaillères) et taxis collectifs sont pris d’assaut. Le stop a l’air aussi de fonctionner. 

un cavalier (il monte à cru)
 
Mais il y faisait très très chaud. On a eu de 30 à 40°. Les Cubains font avec, mais on comprend que la productivité soit vraisemblablement assez faible et que les gens qui se déplacent à pied n’aient aucune envie de se presser ! Les animaux eux-mêmes, soumis à des chaleurs pareilles, et n’ayant sans doute qu’une végétation assez sèche et peu d’eau (beaucoup de rivières étaient à sec), recherchaient l’ombre ; et ils n’étaient pas épais. Vaches, chevaux, chèvres, jusqu’aux poulets, aux chiens et aux chats, étaient plutôt maigres ; seuls les cochons que nous avons vus avaient l’air un peu gras. Avantages du blocus : il paraît que les paysans n’utilisent que très peu de produits chimiques dans les champs et qu’ainsi les productions sont plus ou moins bio. Et la nourriture saine, quoique peu variée...

attelage de bœufs

 À suivre...