Le cyclo-lecteur

Le cyclo-lecteur
Photo Juan Camilo Martinez Otálvaro (2013)

lundi 29 avril 2019

29 avril 2019 : le poème du mois


c’est même une preuve de salubrité intellectuelle d’être en colère contre l’état du monde.
(Serge Perrin, La décroissance N° 157, mars 2019)


Au moment où le développement humain déraisonnable (la "religion" de la croissance infinie et du toujours plus dans un monde pourtant bel et bien fini) a réussi le prodige de faire disparaître de plus en plus d’insectes (pauvres apiculteurs et leurs ruches victimes des pesticides) et d’oiseaux (mon amie Odile n’a pas vu cet hiver une seule mésange venir grignoter la boule de graisse qu’elle avait mise comme d’habitude sur sa fenêtre), je vous propose ce texte tiré du recueil de Ingela Strandberg, poète suédoise, Le Royaume des bois d’élans, traduit par Virginie Büschel, paru chez Agone en 1999.

Regard de buse

Sa Majesté la buse trône
sur la branche la plus basse du chêne,
n’a pas d’autre vision du monde
que ce royaume qui lui appartient.
Le vent et la neige
s’engouffrent et tourbillonnent
dans ses plumes.

Je suis ravie par son regard,
ce gouffre noir, comme le charbon sur
la robe de neige que j’enfile
à l’extérieur de ma demeure.

Ma vie entière
dépend de son regard.
Quand il décolle c’est ma vie
qu’il emporte dans la forêt
peu importe le lieu où je suis
d’ici je sais
que je pourrai voler.

jeudi 25 avril 2019

25 avril 2019 : Panaït Istrati, un voyage en Roumanie


Je hais les touristes. Dès qu’il met les pieds à l’étranger, l’homme devient insolent et barbare.
(Georges Simenon, Il y a encore des noisetiers, Presses de la Cité, 1969)


Panaït Istrati

À peine revenu d’un formidable voyage en Roumanie, j’ai foncé voir mes vieux amis : Georges (bientôt cent ans, qui s’affaiblit beaucoup) et Odile (qui s’apprête à entrer prochainement en maison de retraite et qui apprécie mon aide pour s’y préparer, car elle redoute le choc) à Poitiers, d’où je reviens présentement, et Huguette qui, elle, est entrée aussi en maison de retraite tout près de chez moi, et que j’ai trouvée radieuse : sans doute le fait de n’être plus totalement seule, notamment pour les repas de midi et du soir. Ce qui explique que je n’ai point encore fait un compte rendu méticuleux de ce voyage sur les pas de Panaït Istrati.

la campagne roumaine

coucher de soleil : le Danube à à Sulina

Ce n’était donc pas à proprement parler un voyage touristique, même si nous avons visité le Palais Cotroceni, édifié à la fin du XIXème à Bucarest pour le roi Carol Ier, et devenu résidence du président de la république et musée, le  monastère Cocos dans la Dobroudja (visite agrémentée d’un admirable chant de deux moines chantres), le Monument paléo-chrétien de Niculitel (sous la direction d'un des deux chantres qui nous gratifia de nouveau d'un chant magnifique), l’écomusée du delta à Sulina, la mosquée de Babadag au sud du delta du Danube, aperçu non loin de là (sans la visiter) la citadelle gênoise d’Enisala, les musées du paysan roumain et de la littérature roumaine de Bucarest, la Maison mémorielle Panaït Istrati à Braïla, le Théâtre de Braïla, sans compter des églises et des déambulations à travers les villes (Bucarest en bus, Braïla et ses environs pour découvrir les lieux des personnages d’Istrati, Sulina et son phare sur un des bras du delta) et une balade sur le Danube, dans les canaux et lacs du delta, et jusqu’à la Mer noire, qui m’a paru d’un gris métallique.

le phare de Sulina (intérieur haut)
l'église du monastère Cocos, et un des deux chantres

Mais la grande affaire, c’était, bien sûr, plus que le tourisme, Panaït Istrati. J’ai relu sur ma liseuse trois de ses romans (Kyra Kyraline, Oncle Anghel, Présentation des Haïdoucs) pour me remettre dans le bain et pouvoir discuter avec plusieurs spécialistes de l’auteur qui faisaient partie du voyage (11 Français, 4 Roumains, 3 Autrichiens, tous "istratiens", moi y compris, puisque c’est un des treize écrivains qui m’ont inspiré dans D’un auteur l’autre). J’ai eu la surprise de découvrir dans le groupe que l’un des Autrichiens, Georg Kremnitz, n’était autre que le mari de Frantze Pierre-Charles, père des deux enfants de celle qui fut ma condisciple martiniquaise à l’École Nationale Supérieure des Bibliothèque. Après sept ans à la Bibliothèsue universitaire de Bordeaux, elle fut mutée à Fort-de-France et se sépara de Georg. Je la revis lors de mon passage en Guadeloupe, où elle m’invita à dîner chez elle, lors d'un de mes séjours en Martinique : je racontai à ses deux enfants, alors âgés de dix et huit ans, l’histoire d’Œdipe.

le groupe au Musée de la littérature roumaine

l'église grecque de Sulina (en restauration)

Nous participâmes donc à un colloque franco-roumain sur Panaït Istrati : une demi-journée à Bucarest au Musée du paysan roumain, puis une journée entière à Braïla à la Maison mémorielle Panaït istrati. Trois d’entre nous (le président de l’Association, Christian Delrue, qui signala la parution prochaine en mai chez Gallimard de la Correspondance Panaït Istrati–Romain Rolland 1919-1935, Frederika Zephir qui nous fit une belle communication sur l’imaginaire de l’écrivain vagabond, Panaït Istrati et sa ville, et Heinrich Stiehler, une très intéressante aussi sur le roumanisme rationnel de Panaït Istrati) firent des interventions, et une bonne dizaine de Roumains proposèrent un bel hommage (souvent en français) à l’écrivain roumain qui, en effet, écrivit son œuvre en langue française. 

un chat de Roumanie (aux abords de Braïla)

un plat (pour une personne !!!)
 
J’en suis revenu, conforté dans mon admiration pour Panaït Istrati, et ravi de voir que les Roumains célèbrent leurs écrivains. Le voyage était très bien organisé, j’ai noué quelques liens amicaux (ainsi avec deux des membres du groupe qui m’ont fait découvrir le CIRA de Marseille, Centre International de Recherches sur l’Anarchisme, et je me suis empressé d’y envoyer mon livre dès mon retour). Quelques-uns viendront peut-être me voir à Bordeaux, ou bien j’irai les voir chez eux, et je me suis promis d’aller à la prochaine AG de l’Association des amis de Panaït Istrati en novembre prochain à Paris. Par ailleurs, ce qui ne gâte rien, on a très bien mangé, notamment beaucoup de poisson quand nous fûmes dans le delta. Les hôtels étaient également excellents (quoique trop chauffés, mais il paraît que les hivers sont si froids qu'on chauffe les intérieurs à 27°), même si désormais, depuis la chute de l'URSS, l'anglais a largement supplanté le français... Dommage !

dans le delta, lors d'une promenade


la mosquée de Babadaq

Bref, je suis prêt à réitérer pour des voyages thématiques de cet acabit.

dans le Palais Cotroceni

mercredi 10 avril 2019

10 avril 2019 : London réflexions


Août 1903 : Je n'ai jamais pu passer devant une roulotte de bohémien sans brûler d'envie de me trouver à l'intérieur. Une maison, sans attaches fixes, qui se déplace dès que le cœur vous en dit, & parfaitement autonome, voilà assurément le plus enviable des logis.
(Virginia Woolf, Journal d'adolescence, 1897-1909, Stock, 2008)


 
non, je n'ai pas fait de vélo à Londres !!!

Rien de tel pour être dans l’ambiance londonienne que de lire des auteurs anglais. J’avais donc emporté un volume de Virginia Woolf, un recueil de ses essais sur la littérature, Les livres tiennent tout seuls sur leurs pieds (traduit en français), et en anglais, un Conan Doyle (The Hound of the Baskervilles) et un Anthony Horowitz (Stormbreaker). Je suis toujours enthousiasmé par Virginia (une des auteurs que je nomme par son seul prénom, tant elle est devenue un pivot de mes lectures depuis une dizaine d’années), et bien sûr j’ai relu avec plaisir le Sherlock Holmes, premier roman que j’avais lu de Conan Doyle vers mes quatorze ans, et découvert le premier volume de la série "Alex Rider, l’espion malgré lui", imaginé par un Horowitz en grande forme.

acrobate nu sur un crocodile, sculpture égyptienne (British Museum)

J’ai trouvé Londres plus grand que Paris, on fait rapidement 5 ou 6 km à pied, donc l’usage du bus (ou du bateau bus) est impérieuse. La circulation est terrifiante – en dépit du fameux péage pour pénétrer dans le cœur de ville, et je ne me suis pas risqué à prendre un des vélos "Santander", le vélib londonien. Car, se faufiler entre les bus et les taxis, sans oublier qu’en plus ici on roule à gauche, relève quasiment de la prestidigitation. Il y faut une souplesse et une présence d’esprit qui ne sont plus de mon âge : et oui, soudain, on se sent vieux ! Ou du moins, on s’aperçoit que l'âge est là. 

le London eye (et au fond, à droite, Houses of Parliament et Big Ben)
 
Sinon, Londres est une ville riche, des riches et pour les riches. Ce qui n’empêche pas une pollution énorme (trop de circulation et de gaz d’échappements, un bruit permanent auquel on finit par ne plus faire attention), même si elle n’a plus rien à voir avec le "smog" d’autrefois, des embouteillages monstres (selon les heures le bus mettait 30 ou 50 minutes pour faire le même trajet). Et aussi de nombreux SDF : le libéralisme fait là aussi des ravages, comme chez nous, et laisse sur ses franges de nombreux exclus. Pierryl, le compagnon de Lucile, cherchant à changer d’emploi, j’ai pu observer de près le parcours de combattant des entretiens, des déplacements, des nombreux coups de téléphone et messages électroniques qu’une telle démarche impose. Qu’en est-il pour ceux qui n’ont pas d’ordiphone (il y a encore ici et là des cabines téléphoniques qui marchent, et j’ai pu voir des gens qui les utilisent), qui ne maîtrisent pas bien l’anglais ni l’informatique, ils sont perdus. Au fond, le Londres de Dickens n’a pas disparu, il s’est déplacé vers des banlieues lointaines où les marchands de sommeil et propriétaires font la loi. Les loyers sont exorbitants et on se demande comment on peut se loger !

dans certaines rues, on encourage les automobilistes à couper le moteur 
quand ils sont à l'arrêt (pollution !!!)

Sans doute les grands musées sont gratuits (d’ailleurs, ça explique leurs statistiques pharamineuses, puisqu’en totalisant les entrées, ils incluent ceux qui n’y sont entrés que pour aller aux toilettes). On peut aussi manger pour pas très cher ici ou là, notamment dans la chaîne "Prêt à manger". Mais le coût de la vie est très élevé ; j’ai vu des gens demander qu’on leur achète quelque chose à manger dans le supermarché. Les cinémas, les restaurants normaux, les déplacements, sont chers. Et je ne parle pas des expositions temporaires (il y en avait une de Van Gogh à la Tate Britain (22 £ soit 25 €), une de Bonnard à la Tate modern (17 £ soit 19 €), ni les visites un peu spéciales (monter au 72ème étage du Shard, la plus haute tour d’Europe, 32 £ minimum ; 25 £ pour monter sur le London Eye, la grande roue haute de 135 m, après avoir fait une queue interminable dans le froid des bords de Tamise ; je me suis passé des deux, j’ai eu un beau panorama de Londres du haut du 10ème étage de la Tate modern, et sans payer). 

le "Shard", 312 m de hauteur
 
Par ailleurs, la quantité de boutiques, de rabatteurs pour entrer dans certaines (les restaurants en particulier), le consumérisme effréné, découragent le simple déambulateur avide de voir autre chose. Bref, j’y ai passé dix jours que je ne regrette pas, mais je ne crois pas que je pourrai y vivre. À côté, Bordeaux me semble avoir une taille humaine, je m’y sens à hauteur d’homme. Là-bas, j’avais l’impression d’être un extra-terrestre !

Antinoüs, le favori d'Hadrien (British Museum)
j'ai pensé à Marguerite Yourcenar et à son beau roman

Et sur ce, au revoir, chers lecteurs. Je pars en Roumanie pour un voyage littéraire "sur les traces de Panaït Istrati". Retour le 21 au soir à Bordeaux !

l'amie Venetia devant sa maison             



lundi 8 avril 2019

8 avril 2019 : escapade chez Albion


affronter les seuls faits essentiels de la vie, voir si je ne pouvais pas apprendre ce qu’elle avait à m’enseigner, et ne pas découvrir, au moment de mourir, que je n’avais pas vécu.
(Henry- David Thoreau, Walden ou la vie dans les bois, cité par Virginia Woolf, Thoreau in Les livres tiennent tout seuls sur leurs pieds, trad. Michel Venaille, Les Belles lettres, 2017 )

The hound of the Baskervilles (Musée Sherlock Holmes)

Avant de quitter Londres, et profitant de la matinée (Eurostar après 14 h), je fais un petit bilan.

écureuil londonien

Première impression : Londres est plus propre que Paris, il y a davantage de balayeurs de rue. Mais sur la distance, on s’aperçoit que, malgré tout, les mégots, les papiers, les canettes, et même les crottes de chien ne sont pas absents du panorama piétonnier. Sans doute une insuffisance du nombre de corbeilles ou poubelles publiques. Sinon, c’est très agréable de déambuler, avec un petit bémol : il y a rarement des bancs sur les trottoirs, souvent très larges, et donc reposer ses vieilles jambes nécessite de faire des arrêts-bistrots ou des arrêts-musées (les grands musées nationaux sont gratuits), arrêts rendus d’ailleurs obligatoires par l’absence quasi-totale de toilettes publiques visibles (une sanisette vue à Greenwich, deux urinoirs, l’un derrière Saint-Martin-in-the-Fields, l’autre à Paddington, maigre moisson en dix jours de promenades, sinon, il faut voir dans les gares)…

le tigre (douanier Rousseau), National gallery

les soeurs Brontë par leur frère Patrick (National Portrait gallery)

J’ai donc pas mal visité les principaux musées : National Gallery, à Trafalgar square, où je tenais à voir un Caravage, et où j’ai fait plusieurs visites, tant il y a à voir ; tout à côté, National portrait Gallery, étonnant musée consacré aux portraits des rois et reines, hommes et femmes politiques, artistes, savants et écrivains des deux sexes, enfin des hommes et femmes célèbres de la nation ; Tate modern, sur la rive sud de la Tamise, qui renferme des salles diverses consacrés à l’art du XXème siècle : de son dixième étage, on peut avoir une belle vue sur Londres ; Tate Britain, ma seule déception, consacré aux peintres britanniques de l’époque classique, beaucoup de Turner, mais bien mal présentés et éclairés, et j’espérais y voir des œuvres de Vanessa Bell et Duncan Grant, sœur et ami de Virginia Woolf (il y en a peut-être dans le Tate modern, dont je n’ai pas fait toutes les salles) ; National maritime museum, à Greenwich, consacré à la Royal navy, un peu pompeux, avec la redingote de Nelson présentant le trou de la balle qui le tua ; le British museum, mon préféré, avec des salles sur l’Antiquité fastueuses : l’Égypte pharaonique (la pierre de Rosette, nombreux sarcophages), l’Assyrie, la Grèce (les frises du Parthénon achetées à l’Empire ottoman et que la Grèce réclame depuis son indépendance), Rome, mais aussi l’Afrique, l’Asie, l’Amérique...

chat égyptien antique (British Museum)
                      le Globe theatre

Parmi les curiosités, quelques quartiers : Soho, Leicester square, Chinatown, Little Venice (les canaux de Londres), le Greenwich market... Le Musée Sherlock Holmes, à Baker street, of course. Des monuments : Buckingham Palace – la reine n’y était pas ; le Globe theatre, reproduction du théâtre de l’époque de Shakespeare ; l’Old royal naval college, où Lucile a pu tester un heaume et un gantelet métallique, et moi un costume d’élève-officier ; Big Ben, emmaillotée comme des vieux dans des maisons de retraite, et qui ne sonnera plus pendant quatre ans ; les grandioses Houses of Parliament ; de nombreuses églises, ma préférée étant Saint-Martin-in-the Fields, dans laquelle on peut assister l’après-midi aux répétitions des musiciens du concert du soir ; un obélisque rapporté d’Égypte (nettement plus petit que celui de Paris) placé au bord de la Tamise. Le Cutty sark, trois-mâts du XIXème siècle, symbolisant la maîtrise des mers par l’Empire britannique. Et bien sûr, les nombreux parcs, où je me suis assez peu promené, vu le temps qui s’est dégradé dans le seconde partie de mon séjour. Sans oublier les fameux bus à étage, dans lesquels j’ai sillonné Londres.

Saint-Martin-in-the-Fields : plafond et lustres
le Cutty sark
Une petite parenthèse pour voir mon amie (et ancienne chef de ma chorale) Venetia le week-end à Glastonbury aux portes de la Cornouaille, dans le Somerset. Voyage en autocar. Très bel accueil ; logement dans une chambre d’hôte un peu spéciale (un salon de méditation, des figurines asiatiques un peu partout), bon repas de saucisses au restaurant, promenade pour gravir la colline du Tor, visite au bourg voisin de West où se trouvait l‘usine Clarks (les célèbres chaussures) et visite de la ville et de ses passages, aux boutiques vintage et baba cool.

une des deux chattes de Venetia

Deux spectacles : le fameux « musical » Les Misérables, digest en musique du roman de Hugo, qui triomphe depuis vingt-cinq ans dans ce même théâtre, sorte d’opéra grandiloquent qui aurait peut-être plu à notre poète national. Et The magic flute, l’opéra de Mozart, chanté en anglais à l’English national opera. Nous l’avions vu, Claire et moi, lors de notre voyage de noces en 1979, dans ce même théâtre, mais dans une mise en scène plus traditionnelle. Ici, costumes modernes, décors projetés sur un rideau transparent, chanteurs placés sur un plateau mouvant ; pour moi, ça perdait un peu de sa magie et du côté féerique de l’histoire, mais la musique était là, le chant et l’humour (personnage de Papageno) aussi.

Chinatown

Donc séjour agréable, ponctué de repas de toute sorte : indien, anglais, italien, thaï, même si je comprends toujours aussi mal l’anglais parlé, surtout celui des garçons de café, qui avalent les mots comme si c’était des pintes de bière. J’ai eu moins de mal dans les musées où le personnel, habitué aux étrangers, s’efforce de parler avec plus de lenteur. Reviendrai-je encore : oui, si Lucile est toujours là, mais pas avant deux ans, donc mystère !

Little Venice