dimanche 4 octobre 2026

4 octobre 2026 : la chanson du mois : Mamy blue

 Au malheur ne jamais donner toute la place

(Sopjie Fontanel, Capitale de la douceur, Seghers, 2023)

 

                    Comme chanson du mois, j'ai choisi celle qui sert d'accompagnement au générique d'un film français récent que j'ai beaucoup aimé et qui se passe à la campagne en Bretagne : Un grand raccourci. Mamy blue fut un gros succès de Nicoletta en 1971. C'est une chanson sur le deuil, assez rafraichissante.

 

 Mamy blue

{Refrain:} 

Oh Mamy! Oh Mamy, Mamy blue
Oh Mamy blue! {2x}
Où es-tu, où es-tu Mamy blue?
Oh Mamy blue! 

Je suis partie un soir d’été
Sans dire un mot, sans t’embrasser
Sans un regard sur le passé

Dès que j’ai franchi la frontière
Le vent soufflait plus fort qu’hier
Quand j’étais près de toi ma mère

{au Refrain}

Et aujourd’hui je te reviens
Oui, j’ai refait tout le chemin
Qui m’avait entraînée si loin

Tu n’es plus là pour me sourire
Me réchauffer, me recueillir
Et je n’ai plus qu’à repartir
{au Refrain}

La maison a fermé ses yeux
Le chat et les chiens sont très vieux
Et ils viennent me dire adieu

Je ne reviendrai plus jamais
Dans ce village que j’aimais
Où tu reposes  à tout jamais désormais

Oh Mamy! Oh Mamy blue!
Oh Mamy blue!


Pour écouter : 

par Nicoletta : https://www.youtube.com/watch?v=w5F30WeqUWc

par Dalida (en italien) : 

https://www.youtube.com/watch?v=gTMJtuAHtes&list=RDgTMJtuAHtes&start_radio=1

 

samedi 3 octobre 2026

3 octobre 2026 : le poème du mois, Baudelaire

 ― Tu as pris le soleil. Pourquoi souris-tu ?

― Mon grand-père m’a appris à répondre : je n’ai rien pris, je l’ai reçu en cadeau.

(Erri De Luca, Les règles du mikado, trad. Danièle Valin, Gallimard, 2024)

 

                     Comme Baudelaire dans ce poème, j'ai toujours été ivre : 

    * ivre de soleil, d'où cet été merveilleux que je viens de passer

    * ivre de solitude, d'où le plaisir que me procure la balade à vélo ou la méditation

    * ivre de joie, dans la rencontre et la sollicitude auprès de mon prochain 

   * ivre de découvertes de toutes chose, nouveaux paysages, ami(e)s, livres, films, chants, jeux,  et tout ce qui fait le charme et la variété de la vie

    * ivre du petit jour dans l'aube naissante

    * ivre de nuit étoilée, du vent fébrile, d'herbe fraîche, de caresse d'oiseau et du toucher d'un tronc d'arbre

    * ivre de vivre, et d'apporter un peu de vie aux autres 

                    Et maintenant, lisons ce poème en prose de Baudelaire ! 

 

 

ENIVREZ-VOUS 

Il faut être toujours ivre, tout est là ; c'est l'unique question. Pour ne pas sentir l'horrible fardeau du temps qui brise vos épaules et vous penche vers la terre, il faut vous enivrer sans trêve.

Mais de quoi ? De vin, de poésie, ou de vertu, à votre guise, mais enivrez-vous !

Et si quelquefois, sur les marches d'un palais, sur l'herbe verte d'un fossé, vous vous réveillez, l'ivresse déjà diminuée ou disparue, demandez au vent, à la vague, à l'étoile, à l'oiseau, à l'horloge ; à tout ce qui fuit, à tout ce qui gémit, à tout ce qui roule, à tout ce qui chante, à tout ce qui parle, demandez quelle heure il est. Et le vent, la vague, l'étoile, l'oiseau, l'horloge, vous répondront, il est l'heure de s'enivrer ; pour ne pas être les esclaves martyrisés du temps, enivrez-vous, enivrez-vous sans cesse ! De vin, de poésie, de vertu, à votre guise.  

(Charles Baudelaire, Le spleen de Paris, 1869) 


                    Vous l'aurez compris, j'ai beaucoup aimé aussi le roman d'Erri De Luca qui raconte l'histoire de la rencontre entre un vieux monsieur et une toute jeune gitane de quinze ans fuyant son clan pour ne pas être mariée de force.

vendredi 2 octobre 2026

2 octobre 2026 : les petites histoires de Jipé 8

Je ne fais aucune différence d’âge. Tu me traites de vieux, d’accord, mais j’ai le même âge que toi, je vis à la même époque. Les générations n’existent pas pour moi. Tant que nous vivons, nous sommes contemporains. Nous sommes deux personnes.

(Erri De Luca, Les règles du mikado, trad. Danièle Valin, Gallimard, 2024)

 

                    Pour la nouvelle édition des "Petites histoires de Jipé", je vous envoie un texte écrit ce matin dans le cadre de l'atelier d'écriture du GEM (Groupe d'Entraide Mutuelle) Grain de café situé en plein centre ville. Thème du trimestre, l'avenir. J'ai choisi de dresser le portrait d'un vieux  (et encore je n'ai pas osé écrire le paragraphe sur la disparition de la beauté) qui pourrait être moi-même ou un vieux en général : à vous de choisir !


Dessin de Karak 

 

Un vieux

Il se croit vertical, mais tout le monde lui dit : « Tiens-toi droit ! » Alors, il se redresse, déplie sa colonne vertébrale vers le haut et s’élève vers le ciel,

Il est un peu bavard, mais tout le monde lui dit : « Arrête de dire des bêtises ! » Alors, il se tait, tourne sa langue sept fois dans sa bouche, et lève les yeux au ciel

Il se met à chanter, mais tout le monde lui dit : « Tu peux pas chanter quelque chose de moderne ? C’est une vieillerie, ta chanson, y a que toi que ça intéresse ! » Alors, il chante dans sa tête, sans bruit, et retrouve un parfum d’enfance.

Il voudrait bien danser, mais tout le monde lui dit : « Laisse donc les jeunes s’amuser ! » Alors il part se coucher, et rêve des bals d’autrefois, quand il bondissait comme un cabri.

Il essaie de courir, se souvenant de ses marathons d’autrefois, mais tout le monde lui dit : « Tu vas tomber, Papy, c’est plus de ton âge. Contente-toi de marcher ! » Et il s’arrête, s’assoit sur un banc et pleure doucement.

Il voudrait bien encore connaître l’Amour avec un grand A, mais tout le monde lui dit : « Qui voudrait encore d’un vieux débris comme toi ? » Et il part se coucher pour rêver tout à loisir à ses amours passées.

Il laisserait bien pousser ses cheveux et sa barbe, mais tout le monde lui dit : « On n’est plus en mai 68 ! » Et il se contraint à voir régulièrement le coiffeur-barbier qui lui tripote la tête. Ce qui lui fait plaisir d’ailleurs, car  en dehors de lui, plus personne ne le touche.

Il a toujours envie de voyager, à pied, à vélo, en train et en car, et même en avion. mais tout le monde lui dit : « À ton âge, on reste chez soi! Qu’est-ce qui te prend de vouloir encore essayer de voyager tout seul, mon vieux ? » Comme si, de toute façon on n’était pas tout seul dans la vie, et dans la vieillesse, n’es parlons pas !

Il pense fréquemment à tous ses morts qu’il rejoindra bientôt, son grand amour trop tôt partie, sa grand-mère adorée et ses nombreux et chers amies ou amis défunts, mais tout le monde lui dit : « Pense plutôt aux vivants ! » Il a envie de répliquer grossièrement, mais il préfère rester muet.

Il parle parfois de la mort qui l’attend, de la décrépitude qui risque de la précéder, de la maladie et de la douleur aussi, il en a un peu peur et il trouve que la vie est bien trop longue, mais tout le monde lui dit : « Tu peux pas parler d’autre chose, tu es vivant, bon Dieu ! » Et il constate que les gens de son entourage ont encore plus peur que lui de la mort et du vieillissement, et qu’ils ne veulent pas en discuter,

Et quand il voit l’avenir, il s’imagine déjà au Paradis, mais tout le monde lui dit : « Ça n’existe pas, le Paradis, tout ça, c’est des bêtises ! » Pourtant c’est bien l’Enfer qu’il a connu sur terre, surtout maintenant qu’on le contredit tout le temps. Il aura bien mérité le droit à un petit cois de Paradis, non ?

 

dimanche 27 septembre 2026

27 septembre 2026 : sur trois films français

Vous ne ver et rez jamais un oiseau ne pas s’éveiller à l’aube et s’octroyer une grasse matinée..

(Amélie Nothomb, Psychopompe, Albin Michel, 2023)

 

                    Le cinéma français actuel ne manque pas de qualités, seulement de spectateurs ! Les jeunes le fréquentent peu. Dommage ! Quand ils auront marre des blockbusters américains, des films d'horreur à deux sous et des comédies potaches, ils redécouvriront que nous avons encore un cinéma qui tient la route et qui ne manque pas d'intérêt. Ainsi, ces derniers temps, j'ai pu voir avec le plus grand plaisir L'inconnue, Notre salut, La frappe, Jim Queen (film d'animation), De la Comédie française, Les survivants du Che  (documentaire),  entre autres films de cet été. Puis là, coup sur coup j'ai vu trois autres films qui m'ont enchanté.

                     Les roches rouges, malgré un financement de l'Espagne, l’Italie et le Portugal, est un film bien français de Bruno Dumont, dont plusieurs films m'avaient fasciné dans les années 90 et 2000, notamment L'humanité, un chef-d’œuvre, en 1999. Ce film nouveau a pour héros des enfants petits, entre 4 (c'est le cas de Géo, le héros à la bouille hilarante) et 10 ans, deux groupes qui font un peu les quatre cents coups pendant un été ensoleillé et se livrent à des jeux dangereux : faire du quad, sauter du haut des roches rouges dans la Méditerranée, etc. Les adultes sont peu présents, les gamins en profitent et découvrent l'amitié et même plus, mais aussi la jalousie. Peu de dialogues, comme chez Tati, c'est un film de grognements. Il ne se passe rien ou presque, des vues panoramiques sur les paysages méditerranéens, l'observation des enfants, leurs disputes, leurs bagarres et leurs émois. On découvre l'émerveillement des enfants devant la nature sauvage et la liberté tout à fait sauvage. Bien sûr, le film aura peu de succès, mais il m'a enchanté.

                       Histoires de la nuit est un thriller d'atmosphère tiré d'un roman de Laurent Mauvignier paru aux Éditions de Minuit. Le film qui se passe au fin fond de la campagne nous conte l'histoire d'une irruoption de nuit par trois hommes patibulaires dans une famille française de trois personnes (père, mère, fille) le soir même de l'anniversaire de la mère, Nora. La famille va être prise en otage une bonne partie de la nuit. Des secrets enfouis vont être révélés par le chef des intrus. L'atmosphère est oppressante. La cinéaste joue avec les nerfs des spectateurs. C'est très bien fait. Benoit Magimel joue le rôle du méchant avec brio et Hafsia Herzi dans le rôle de Nora lui tient tête avec subtilité. J'ai été souvent en apnée.  Un très beau thriller, âmes sensibles, s'abstenir !

                   Adèle Exarchopoulos est Garance, une comédienne qui se veut bonne comédienne, mais a une petite faiblesse : elle boit de façon régulière et ne peut plus se passer de ses nombreux verres de vin quotidiens. Elle va de casting en casting, de boite de nuit en boite de nuit, où elle fait la fête jusqu'à l'étourdissement, pour oublier ses angoisses de ne pas vraiment réussir. L'alcool devient incontrôlable et elle est de plus en plus boudée par ses amis de cœur (la troupe de théâtre), son metteur en scène et son agent.  Peu à peu, de peur de sombrer, elle finit par consulter des médecins qui la convainquent d'un nécessaire sevrage. Sa mère vieillissante, son amoureuse aussi (Sarah Giraudeau) l'y poussent également. La deuxième partie du film (le sevrage) est passionnante. Elle rend compte sans effets pathétiques, sans jugement, la lutte qui va permettre à Garance de s'en sortir. Un très beau film, pour moi en tout cas : j'ai été confronté à plusieurs reprises dans ma vie à des ami(e)s alcooliques et à la difficulté de revenir à la vie sobre.
 

 

                     

lundi 21 septembre 2026

21 septembre 2026 : smartphones, casques, etc.

Nous ne nous rendons plus compte que certains croupissent dans une misère dégradante, sans réelle possibilité d’en sortir, alors que d’autres ne savent même pas quoi faire d’autre de ce qu’ils possèdent, font étalage avec vanité d’une soi-disant supériorité, et laissent derrière eux un niveau de gaspillage qu’il serait impossible de généraliser sans anéantir la planète.

(Pape François, Laudate si’ : le souci de la maison commune, Parole et Silence, 2015)

 

                        Non, ne riez pas, j'ai bien lu, pour la première fois de ma vie (mais il faut un commencement à tout), une encyclique d'un pape, celui qui a précédé le pape actuel : elle traite d'écologie et, ma foi, sa parole vaut bien celles des savants ou d'associations qui traitent du sujet. Je n'y ai pas trouvé une phrase à y retrancher mais beaucoup qui font réfléchir sur la vie actuelle et notre consumérisme outrancier et notre gaspillage insensé. Et pourtant, hélas, nous faisons baver d'envie tous les miséreux des pays pauvres qu'évoque le pape dans la phrase en exergue ci-dessus. J'ai bien vu le problème lors de mes voyages en Côte d'ivoire et à Madagascar : de tous les jeunes que j'ai rencontrés, tous rêvaient de venir en France. Et, avec le réchauffement climatique né de notre civilisation déboussolée, une partie de la jeunesse des pays du Tiers monde aura encore plus besoin de migrer et, déjà que nous accueillons fort mal les migrants actuels (l'Europe aurait même plutôt tendance à les refouler), nous risquons d'arriver au bord de l'explosion sociale. 

 

                    Il est paru dans Sud-Ouest récemment, un article qui faisait une page entière sur le thème : bientôt le casque obligatoire pour tous les cyclistes. Bien entendu, je suis absolument contre, mon association de cyclistes, Vélo-Cité (défense et promotion du vélo au quotidien) aussi. Je me suis dit : "Le lobby du casque a encore frappé !" C'est qu'il y en a de l'argent à gagner, vu les nombreux cyclistes qui vont tête nue ou se contentent d'une casquette à visière comme moi. J'ai fait un rapide sondage en ville, 65% environ des usagers du vélo n'ont pas de casque sur la tête à Bordeaux !  Bien sûr, j'ai un casque chez moi. Mais il est encombrant, je l'ai utilisé lors du Tour du Lac Léman à vélo en 2017, car c'était obligatoire en Suisse. En France ça n'est obligatoire que pour les moins de douze ans et pour les coureurs cyclistes. Su ça devient obligatoire, je n'utiliserai plus le vélo.

                    Je me souviens de notre séjour aux Pays-Bas en 2000, où nous avons pu faire tout à fait librement pas mal de vélo, en toute sécurité et sans caques. Il semble que là-bas seuls 1% des cyclistes en portent un. Et pourtant il y a moins d'accidents graves qu'en France. Dans ce pays, la prévention est collective, les pistes cyclables immontrables, et nettement séparées des flux automobiles. Les pouvoirs publics misent sur l'éducation et la sécurité collective plutôt que sur l'obligation individuelle. Mais je pense qu'avec les nouveaux vélos à assistance électrique (je n'en aurai jamais un) qui vont à toute vitesse et dont la maîtrise reste plus difficile, le port du casque pourrait effectivement devenir obligatoire. Car ces engins son redoutables et causeront du tort aux cyclistes non électrifiés.

                Et, pour en revenir au consumérisme, on pourrait aussi parler des téléphones mobiles actuels (smartphones et i-phones), devenus incontournables, et qui se vendent comme des petits pains, ces instruments sans cesse à la pointe du progrès, et dont il vaut mieux avoir la dernière mouture pour ne pas être dépassé (et sans doute pour mieux épater ses ami.e.s), ces instruments donc nous empoisonnent peu à peu l'existence par leur usage ininterrompu et souvent intempestif : réveils fâcheux pendant la nuit, utilisation importune et malpolie pendant les repas (au point que les repas en silence absolu dans les couvents me font rêver), dans les transports en commun, à bicyclette même ou en conduisant, pendant les spectacles, etc... On dirait que les gens ont peur du silence (très relatif, je dois dire, en ville) et sont devenus esclaves de cette machine.

                    Bon, je vais arrêter de faire le grincheux, d'autant plus que je me sens en pleine forme en ce moment (due peut-être à ce magnifique soleil qui m'inonde de sa lumière et de sa chaleur bienfaisantes)...

 

samedi 19 septembre 2026

19 septembre 2026 : sécheresses

 

l’injustice afflige ceux qui ont le cœur pieux.

(Ernst Wiechert, Le buffle blanc, trad. Sylvain Duclos, Le livre de poche, 2025)

 

 

                 On parle beaucoup de la sécheresse exceptionnelle de cet été, et c'est vrai qu'ici, à Bordeaux, il n'y a presque pas plu depuis la fin mai. Dans ma mémoire, il y a celle de 1976, qui avait débuté dès le mois de février ; j'habitais alors dans le Gers, et cet été très sec avait été suivi l'année suivante en juillet 1977, par une pluie catastrophique et une inondation terrible à Auch. Le centre ville avait été dévasté, des centaines de maisons  et d'habitants évacués,et le nettoyage et la reconstruction avaient duré. Il y avait eu des morts. L'avenir nous dira si la sécheresse de cet été aura durci les sols comme en 1976, et si de grosses pluies peuvent de nouveau ne pas être absorbées par le sol et le sous-sol.

 
Auch 1977 (cop Sud-Ouest)                     

                    En tout cas, ce soleil excessif aura permis à la peau de mes bras et de mes jambes de devenir presque marron. Car bien sûr, je n'ai pas cessé de sortir et de circuler à bicyclette, de préférence à la fraîche (très relative) du matin et l'après-midi pour aller en ville faire une cure de cinéma dans les salles obscures. En dehors des périodes de randonnées cyclistes longues (sur plusieurs jours voire plusieurs semaines), je n'ai jamais fait autant de km à vélo que cet été. J'avoue que, sur ma bicyclette, je redoute davantage le mauvais temps, pluie, neige, vents, froid, et autres intempéries, que le bonhomme soleil qui me chauffe, m'éclaire, me sourit : d'ailleurs on a moins chaud à vélo qu'à pied ! Sur le vélo, je cours, je danse, je vole et je me venge des jours où il vaut mieux ne pas pédaler.

                    Donc je ne me plains pas. Par contre, je plains les plantes et tous les végétaux, les animaux, les oiseaux, qui souffrent de la soif. Je plains aussi les humains qui, par suite des sécheresses continues et aussi des guerres (comme à Gaza, au Liban, en Iran, en Ukraine, au Soudan et je vous laisse le soin de compléter la liste), non seulement souffrent plus abominablement que nous de la sécheresse et du réchauffement climatiques, mais chez qui s'ajoute la sécheresse de cœur des grands de ce monde, des inventeurs, fabricants et marchands d'armes et qui n'en peuvent mais. Et je plains aussi tous ceux, partout dans le monde, souffrent de la sécheresse de cœur universelle, enfants non désirés, battus, humiliés, harcelés, femmes sous la coupe de machos, hommes exploités dans beaucoup de métiers, handicapés physiques et mentaux, migrants, vieux et vieillards délibérément mis de côté, s.d.f., etc.

                    Oui, le monde va mal, il va plus mal que dans ma jeunesse, où pourtant, j'étais très introverti et n'avais que peu d'amis. D'abord parce qu'on est aujourd'hui au courant de tout, et surtout de ce qui va mal. Que la solitude des personnes en situation de difficulté est plus grande, malgré ou à cause des moyens technologiques de communication qui nous ferment au monde au lieu de nous ouvrir aux autres... A quoi sert d'avoir 3000 ami(e) sur un réseau social si en fait, on n'en a aucun en vrai ? Résultat, beaucoup de personnes citées plus haut sont dans un isolement extrême, des jeunes sont en grande souffrance, vont très mal. Ne parlons pas des très vieux, confinés dans des établissements spécialisés soumis au rendement économique.

                    Alors, ouvrons notre cœur, sortons de notre égocentrisme, et regardons du côté où ça va mal, et aidons au maximum les associations qui œuvrent dans le domaine social, participons nous aussi, s'il se peut Si nous ne pouvons pas grand-chose pour la sécheresse climatique, nous pouvons énormément pour limiter les dégâts de la sécheresse du cœur


 

 

 

 

 

                         

mardi 8 septembre 2026

8 septembre 2026 : L'humanitude 3

Être vieux, c’est quand les horizons deviennent limités. Le vélo ou la bicyclette permettent de compenser, à un rythme légèrement supérieur à celui de la marche à pied, tout en étant porté par la machine et par le vent. Vieillir, c’est moins la vie qui s’en va que le temps-qui-nous-reste-qui-se-rétrécit-comme-peau-de-chagrin.

(Bernard Chambaz, Petite philosophie du vélo, Milan, 2008)

 

                     Décidément, depuis que j'ai découvert le concept d'humanitude, je le découvre à l’œuvre un peu partout, dans la vie comme dans les films que je vois ou les livres que je lis. C'est ainsi que je suis allé voir hier le film magnifique Trois adieux d'Isabel Coixet, encore une réalisatrice, ce qui me laisse penser que les femmes sont plus capables d'approcher le concept. Comme il est porté par la lumineuse actrice Alba Rohrwacher dans le rôle principal, on comprend pourquoi j'ai été bouleversé par ce film comme les quelques spectateurs.trices avec qui j'en ai parlé à la sortie. Un film qui ne fait pas de bruit, mais dont les dialogues (et les silences, les regards des personnages) nous touchent particulièrement. Et en plus, l'héroïne roule à bicyclette, a une façon de parler qui ma rappelle les paroles de ma femme à la fin de sa vie, et il n'en faut pas plus pour que je conseille ce film à tous ceux et celles que j'aime.

 

            L'argument est simple, adapté d'un roman autobiographique de Michela Murgia (non publié en français pour l’instant) : à Rome, un couple se sépare après une dispute un peu bébête qui a dégénéré, comme il en est tant dans une vie commune. Antonio s'en va : chef cuisinier, il se réfugie dans son restaurant où il va vivre très mal la séparation. Marta, professeur de sport en lycée, après un commencement de désespoir, découvre que la vie est pleine de surprises et peut être envisagée sans peur. Ce qui la rend apte à affronter la terrible maladie qui la rongeait et se déclare soudain  : des métastases d'un cancer de type IV N'ayez pas peur, le film n'a rien de larmoyant ! Au contraire, l'épreuve est traitée avec une pudeur, une retenue, une tendresse même, qui excluent le pathos. Et Marta va essayer de vivre chaque moment ordinaire de sa vie, avec ses élèves, ses collègues, sa sœur Elisa, en quelque chose de rare, de beau et de bon.

                    Confrontée à la perte et à la solitude, se sachant condamnée, elle vit dans l'urgence et veut encore savourer l'instant. Ni victime, ni femme courage, elle se murmure ce que la vie peut encore lui apporter. Et elle réapprend à parler ou à négocier le silence. J'ai bien connu ça avec Claire. L’amoureux transi, les élèves, les médecins, la sœur, tous ceux qui entourent Marta, y compris son mari qui vient la revoir une dernière fois, sont saisis de cet élan vital qui la porte désormais, alors même qu'elle est condamnée. C'est donc un film d'adieu dont on sort ému et grandi, invité à vivre pleinement. Les images sont superbes, ciels flamboyants de Rome au crépuscule, vols d'étourneaux tourbillonnants, Marta à bicyclette (d'où sans doute le plaisir que j'ai eu à voir ce film, sans compter les réminiscences, même dans les dialogues, des dernières années de Claire), les petits plaisirs de repas au restaurant, les scènes traitées avec beaucoup de délicatesse, tout y sonne juste. Marta se rend compte qu'elle se fait du bien, et qu'au passage ça fait du bien aux autres. 

                        Décidément, on voit beaucoup de bons films en ce moment. Ils traitent de la vie, de l'amour et de la mort, dans ces temps d'actualités désespérantes on a bien besoin de ça. Bravo à la réalisatrice espagnole de ce film italien ! 


vendredi 4 septembre 2026

4 septembre 2026 : le poème du mois, Véronique Joyaux

Et savoir à cet instant que nous sommes si peu

juste une trace dans l'éternité 

Savoir que toujours les arbres pousseront

insouciants de notre absence .

(Véronique Joyaux, Furtive, Editinter, 2007) 

 

                     J'ai donc eu le plaisir de revoir Véronique Joyaux, et cette fois pour une durée assez longue (les trois jours de l'atelier d'écriture de Poitiers), et ça m'a donné envie de relire son œuvre, et en particulier le recueil Furtive, où éclate  son goût des mots et de la nature, des parages de la mer, du soleil et de l'ombre, et aussi une discrète douleur d'être.  J'avais eu le plaisir de préfacer son recueil Les âmes petites en 2011 (titre qui fait allusion au Gavroche de Victor Hugo : cette petite grande âme venait de s'envoler *) et nous nous sommes revus plusieurs fois lors de réunions de la Maison de la poésie de Poitiers. Elle était donc toute désignée pour que je choisisse un de ses poèmes ce mois-ci. Le voici donc, extrait de Furtive. 

Il y a des mots qui dorment

au fond des chambres sous le papier peint

entre la dernière page du livre et la couverture

comme les ombres des lampes sur les murs

il y a des mots qui s'entrouvrent

avec le glissement des rideaux

des gestes d'homme simples et généreux

l’éclatement d'un fruit gorgé de soleil

 

Des mots qui jaillissent à tire-d'aile

oiseaux de lumière et de rire

entre les arbres écarquillés

 

Des mots qui blessent comme des armes

mots de guerre mots de révolte mots de banlieue

éclats aiguisés du mal de vivre 

il y a des mots qui mentent et d'autres qui réconcilient

tant de mots inutiles que l'on emprunte au silence 

des mots gris que l'on enlève au jour

et qui meurent fatigués d'avoir mal vécu

 

Des mots aussi lancés vers le ciel

qui laissent leur sillage longtemps après l'arrivée de l'ombre

                    (Véronique Joyaux, octobre 2006) 

 

* Victor Hugo, Les Misérables,  Cinquième partie, Livre 1, Chapitre 15)

Une balle pourtant, mieux ajustée ou plus traître que les autres, finit par atteindre l’enfant feu follet. On vit Gavroche chanceler, puis il s’affaissa. Toute la barricade poussa un cri ; mais il y avait de l’Antée dans ce pygmée ; pour le gamin toucher le pavé, c’est comme pour le géant toucher la terre ; Gavroche n’était tombé que pour se redresser ; il resta assis sur son séant, un long filet de sang rayait son visage, il éleva ses deux bras en l’air, regarda du côté d’où était venu le coup, et se mit à chanter.

Je suis tombé par terre,
C’est la faute à Voltaire,
Le nez dans le ruisseau,
C’est la faute à…

Il n’acheva point. Une seconde balle du même tireur l’arrêta court. Cette fois il s’abattit la face contre le pavé, et ne remua plus. Cette petite grande âme venait de s’envoler. 

                    J'ai eu le plaisir de lire récemment dans une Maison de retraite "La mort de Gavroche" sur la barricade. La quinzaine de résidents présents (moyenne d'âge 95 ans) ont été enchantés malgré le thème de la mort, que je savais un peu tabou à leur âge. Il faut dire que lire du Victor Hugo à haute voix est un plaisir incomparable chez le lecteur et, je l'espère, chez les auditeurs, comme en a témoigné récemment le récital triomphal de Fabrice Lucchini..

                     

 

 

 

 

 

 

 

jeudi 3 septembre 2026

3 septembre 2026 : les petites histoire de Jipé 7

Moustique : plus dangereux que n'importe quelle bête féroce.

(Gustave Flaubert, Dictionnaire des idées reçues, Mille et une nuits, 2000)

 


                    Dans mon atelier d'écriture du mois d'août, j'ai écrit le petit texte suivant que je devais sans doute méditer depuis des années. Et pourtant, cette année, les moustiques ne sont pas montés jusqu'à mon huitième étage ! Mais à Poitiers, justement, j'avais dormi chez des amis où j'avais été importuné pendant la nuit par une des bêtes féroces dont Flaubert à fait une de ses idées reçues les plus drôles ! ce qui m'a inspiré le texte suivant :

 

Moustique

C’est la nuit,

La nuit je dors.

Normalement !

Bzbzbzbzbzbz...

Je me réveille, diable, c’est un moustique. Normal, après la pluie d’hier. Et la fenêtre, que j’ai laissé ouverte, puisque la nuit, l’air est un peu moins caniculaire… Et puis j’espérais peut-être que les étoiles viendraient me faire un clin d’œil et m’embrasser pour me régaler de songes ardents. La fenêtre, donc, a laissé entrer un moustique qui zinzinule à mon oreille sa chanson monotone ! Car il n’a pas appris la musique, lui ! Ce n’est pas du Mozart, c’est plutôt du bruit.

Voilà qui me ramène quelques quarante années en arrière. Quarante-quatre, précisément. C’était les premiers mois de mon fils : je le surnommais justement Moustique, car son prénom commençait par M, et qu’il avait la particularité de ne pas nous laisser tranquille pendant les nuits. Vers 2 h de la nuit, puis vers 6 h du matin, il poussait des hurlements à réveiller un régiment. Pour qu’on le change ou qu’on lui apporte un biberon.

Et je me levais, furieux et excédé, mais content aussi : il était vivant, au moins, et le faisait entendre. C’était notre Moustique à nous, c’est nous qui l’avions fait. Et on lui pardonnait volontiers ces réveils intempestifs!

Mais ce moustique actuel, bien plus petit, j’ai beaucoup de mal à lui pardonner. Je souffre de l’entendre. Pendant une vingtaine de minutes, il reste silencieux, sans doute pour digérer la pinte de sang qu’il s’est octroyée frauduleusement, puis au moment où je me rendors, voilà-t-y pas qu’il remonte sur son manège pour tourner autour de mes oreilles ! Je me dis : « Non, l’Enfer, ce n’est pas les autres, mais bien un moustique ! »

Et je rêve du Paradis où, si ça se trouve, on n’a pas besoin de dormir : et pas de bébés hurleurs ni de moustique zinzinulant ! Oui, mais il y a des Anges. Et ils sont nombreux, dit-on. Et, quand ils battent des ailes pour prendre leur envol, ça doit en faire, du boucan ! Et c’est peut-être bien désagréable ! Et, pensant à eux, je m’envole moi aussi, je plane dans les mystères du ciel, je survole les terres et les mers, je m’endors apaisé, quand…

Bzbzbzbzbzbz...

Pardi, il ne m’a pas oublié, le bougre, ou il a envie que je l’applaudisse...

Allons, voyons le bon côté des choses. Je suis encore vivant. Parfois, avec ces diables de moustiques, j’ai envie de partir définitivement. Mais, depuis qu’un vieux monsieur m’a dit qu’il avait essayé de téléphoner à Saint Pierre et que la réponse sans appel était : « Désolé, c’est complet. Il faut attendre une dizaine d’années », je me suis dit : « Mon Dieu, et moi qui n’aime pas attendre, va falloir encore que je poireaute ! »

Et j’ai préféré conclure : « Vivent les moustiques ! »


 

 





 

 

 

mardi 1 septembre 2026

1er septembre 2026 : Le 31 du mois d'août; chanson du mois

Ulysse […] n’est guère obsédé par cette ritournelle du XXIème siècle : « Le monde change ! Il faut l’accepter ! » Dans la pensée antique, on ne s’inflige pas ce pensum formulé par Hannah Arendt : « la dégradation obligatoire d’être de son temps ».

(Sylvain Tesson, Un été avec Homère, Éd. Des Équateurs, 2018)

 

 

                        Je me souviens que ma grand-mère maternelle chantait très biens ; quand elle nous emmenait cueillir les mûres en 1952 et 1953, elle nous chantait une chanson de marins célèbre, qui datait du temps du corsaire français Surcouf : Le 31 du mois d'août que nous apprécions vivement, mon frère aîné Michel et moi. Pour entamer le mois de septembre, ce sera donc la chanson du mois, en hommage à cette divine grand-mère qui nous a tant appris de la vie.

 

  

             Et bien sûr, ça me rappelle aussi aujourd'hui mes longs voyages en mer, particulièrement ceux de 2013 et 2015 sur des cargos. même si j'ai échappé aux pirates (on nous faisait visiter la salle où on devait se réfugier en cas d'attaque) et à la guerre...

 

Le trente et un du mois d'août
Nous vîmes venir sous l'vent vers nous,
Le trente et un du mois d'août
Nous vîmes venir sous l'vent vers nous,
Une frégate d'Angleterre
Qui fendait l'air et puis les eaux,
Voguant pour aller à Bordeaux 

{Refrain:}
Buvons un coup, buvons-en deux
A la santé des amoureux,
Buvons un coup, buvons-en deux
A la santé des amoureux,
A la santé du Roi de France
Et merde pour le Roi d'Angleterre,
Qui nous a déclaré la guerre !

Le capitaine, un grand forban,
Fait appeler son lieutenant
Le capitaine, un grand forban,
Fait appeler son lieutenant :
"Lieutenant, te sens-tu capable,
Dis-moi, te sens-tu z'assez fort
Pour prendre l'Anglais à son bord ? 
{au Refrain} 
Le lieutenant fier z'et hardi
Lui répond : Capitaine, z'oui
Le lieutenant fier z'et hardi
Lui répond : Capitaine, z'oui
Faites branl'bas à l'équipage
Je vas z'hisser not'pavillon
Qui rest'ra haut, nous le jurons.

{au Refrain}

Le maître donne un coup d'sifflet
Pour faire monter les deux bordées
Le maître donne un coup d'sifflet
Pour faire monter les deux bordées
Tout est paré pour l'abordage
Hardis gabiers, fiers matelots
Braves canonniers, mousses, petiots.

{au Refrain}

Vire lof pour lof en bourlinguant,
Je l'abordions par son avant
Vire lof pour lof en bourlinguant,
Je l'abordions par son avant
A coup de haches d'abordage
De pique, de sabre, de mousquetons,
En trois cinq sec, je l'arrimions

{au Refrain}

Que dira-t-on du grand rafiot,
En Angleterre et à Bordeaux,
Que dira-t-on du grand rafiot,
En Angleterre et à Bordeaux,
Qu'a laissé prendre son équipage
Par un corsaire de six canons
Lui qu'en avait trente et si bons ?

{au Refrain}

 

 

Pour l'écouter, deux versions aux paroles légèrement différentes :

https://www.youtube.com/watch?v=N0g0mfS3j6s 

https://www.youtube.com/watch?v= et Igvsl0HbUZA 

dimanche 30 août 2026

30 août 2026 : bilan de l'été

C’était une de ces journées où on se demande ce qu’on fait là. On se réveille, on se lève, et voilà. On ne sait pas d’où on vient et où on va.

(Arthur Upfield, L’homme des deux tribus, trad. Michèle Valencia,10/18,1991)

 

 

                    L'été s'achève ou du moins le mois d'août, traditionnellement consacré aux vacances, et cette année comme les autres, aux travaux urbains et à la faible prégnance en ville de la circulation automobile, aubaine pour les cyclistes âgés comme moi. A condition d'éviter les chantiers, on arrivait à circuler sans problèmes, c'était presque trop beau de braver la canicule et de se mordorer bras et jambes. Je n'ai pas utilisé une seule fois de crème solaire et, pour l'instant, je ne m'en porte que mieux. J'ai gardé mes socquettes et ma casquette tout l'été, en déplacement (Normandie, Hérault, Poitiers) comme à Bordeaux. 

                    J'ai lu de bons livres : classiques (Anatole France, Mikhaïl Boulgakov, Salluste, Sénèque, Bashō, Thoreau) et contemporains (Fabrice Caro, Eric Vuillard,, Amélie Nothomb), et la lecture reste toujours pour moi un ressourcement et un enrichissement formidables. Pourvu que mes yeux ne me lâchent pas ! De  même j'ai profité de la canicule pour aller passer pas mal d'après-midis au cinéma et vu ou revu de bons films ; deux films de Jacques Tati, des films d'animation (Jim Queen, In waves, Le corset), le formidable film espagnol L'être aimé, le très beau film indien La dernière séance, plusieurs films japonais, tous excellents, et même un blockbuster d'après Homère... Bref pas eu le temps de m'ennuyer ni de m'échauffer trop. J'ai jamais autant pédalé que cet été, du moins à Bordeaux, comme quoi la canicule aussi a du bon, ne serait-ce que faire un peu d'exercice, et on a moins chaud à vélo qu'à pied !

 

                       J'ai un peu vagabondé : à Poitiers pour un très bon stage d'écriture, en Normandie pour une belle cousinade chez ma belle-famille, et dans l’Hérault où j'ai revu mon ami de Bédarieux et ma sœur, son mari et leur chien à Lamalou-les-Bains. Dans cette même localité, j'ai assisté à une représentation d'opérette, La veuve joyeuse, qui m'a un peu déçu. J'y suis allé en souvenir de ma grand-mère qui m'en avait beaucoup parlé, étant abonnée au Grand-Théâtre de Bordeaux entre les deux guerres. Seule la partie parlée de cette comédie "musicale" m'a plu, le chant était par trop démodé. Je ne suis pas étonné qu'une seule des chansons de cette opérette soit restée relativement célèbre : le duo Heure exquise qui nous grise...

                        Et j'ai continué mon bénévolat associatif, et en particulier mes lectures en Ehpad : mon cercle d'auditeurs.trices nonagénaires a eu droit cette fois à des extraits des Misérables de Victor Hugo, la rencontre du forçat Jean Valjean avec l'évêque de Digne, le rencontre de Jean Valjean avec Cosette envoyée par les Thénardier chercher nuitamment chercher de l'eau à la source, et la mort de Gavroche sur les barricades. Ce dernier épisode que je craignais de lire, puisque ça traite de la mort (sujet qui est un peu tabou à leur âge), les a beaucoup ému.e.s Sans doute la dernière phrase ("Cette petite grande âme venait de s'envoler") les a touché.e.s. Je vais continuer avec des lectures plus modernes ; je me suis pourtant aperçu que la prose de Victor Hugo est d'une beauté incomparable en lecture à haute voix. Mais je suis toujours étonné de les voir m'attendre avec impatience, et de voir leurs sourires, quand ils/elles ne s'endorment pas en cours de lecture. 

 

samedi 29 août 2026

29 août 2026 : des médecins français dénoncent l'inacceptable

 

Je pense depuis longtemps déjà que si un jour les méthodes de destruction de plus en plus efficaces finissent par rayer notre espèce de la planète, ce ne sera pas la cruauté qui sera la cause de notre extinction, et moins encore, bien entendu, l’indignation qu’éveille la cruauté, ni même les représailles de la vengeance qu’elle s’attire… mais la docilité, l’absence de responsabilité de l’homme moderne, son acceptation vile et servile du moindre décret public. 

(Georges Bernanos, Journal d’un curé de campagne, Flammarion, 2019)

 

                        Je n'ai plus envie d'être  éternellement docile, ni d'accepter avec servilité toutes les horreurs du notre temps, témoin ces médecins qui témoignent d'un des innombrables drames humains de Gaza. Veuillez, s'il vous plaît, si vous savez encore écouter, et ne pas vous contenter des sornettes des médias de Bolloré et de la presse en général, entendre ce témoignage de médecins français :

 

https://video.europalestine.com/w/7v9JBUd3grc8c4j6tVvfew?start=7s

 

                    Et battons-nous contre un état (le nôtre, hélas) qui condamne trop souvent les militants contre l'insoutenable sous l'accusation indécente d'apologie du terrorisme ! 

Free Palestine !

 

 

 

 


vendredi 28 août 2026

28 août 2026 : L'humanitude 2

L’âge décape bien des croyances. C’est même une partie majeure de ce que l’on appelle le dépouillement. Chaque journée apporte sa propre nuance au dépouillement. On ne doit pas s’en attrister, la joie est ailleurs.

(Jocelyne François, Car vous ne savez ni le jour, ni l’heure, Journal 2008-2018, Les Moments littéraires, 2022)

 

 

                    Je suis bon public : un film de plus de trois heures et des poussières ne me gêne pas (sinon quand le film est boursouflé comme le Ben Hur de William Wyler) et parfois j'y prends un plaisir intense, comme quand je fais un rêve lumineux. C'est le cas de Soudain, mon meilleur film de l'année, qui m'a profondément touché et qui fut d'ailleurs longuement applaudi, ce qui est rare en salle de cinéma (sauf dans les festivals). Les actrices qui jouent les deux magnifiques héroïnes ont obtenu le prix d'interprétation ex-æquo, car on ne peut les dissocier l'une de l'autre..

                    Le cinéaste japonais Ryūsuke Hamaguchi a superbement réussi son passage en France en filmant cet Ehpad où  la directrice Marie-Lou (Virginie Effira) essaie de mettre en œuvre avec son personnel et les résidents le concept d'humanitude (https://fr.wikipedia.org/wiki/Humanitude). Le film fait une large part au silence, car les résidents d'Ehpad ne sont pas bavards, certains ne parlant pas du tout. Donc, on entre ici de plain-pied avec les vieillards. Mais le film fait la part belle aussi avec les différences culturelles et à la rencontre avec le Japon. En allant un soir au théâtre, Marie-Lou fait connaissance de Mari, une  metteuse en scène japonaise en représentation à Paris (Tao Okamoto) et ce sera un coup de foudre amical qui va réunir les deux femmes. Mari cache sous son éternel entrain qu’elle se sait condamnée à brève échéance par la maladie. Marie-Lou, elle, veut faire de l’accompagnement humain, au niveau supérieur : prendre  en compte des personnes plutôt que de simples personnes âgées et donc accorder le temps, de l’attention et de la considération à chacun.e d'entre eux, ce qui est plus difficile que de leur imposer un management froid et technique largement inhumain. Elle se veut donc à mille lieues des méthodes technocratiques de notre monde libéral. Ce projet a des résonance fortes avec la scénographe japonaise, qui travaille aux frontières entre les problèmes mentaux et la prétendue normalité avec son comédien Goro Kiyomiya qui a amené avec lui à Paris son petit-fils autiste.

                        Inutile de dire que pour moi, qui fréquente des personnages âgées depuis longtemps, en les accompagnant jusqu'à la mort, qui fait du bénévolat en Ehpad depuis quelques années, qui, de plus participe à des groupes de gens qui ont eu affaire à la psychiatrie et sont largement exclus de la société, et qui fréquente aussi des migrants et des SDF, ce film ma parlé et même m'a bouleversé. Oui, ne plus traiter les résidents comme de simples patients quand ce n'est pas comme des légumes, favoriser leurs restes d'autonomie (la scène magnifique dans le film, où ils/elles se massent mutuellement les pieds et finissent par former un groupe vautré par terre et riant, témoigne de ce souci), non seulement rend la dignité aux résidents, mais rend aussi leur humanité aux soignants. Et je me suis aperçu que, dans ma vie personnelle, je pratiquais l'humanitude sans le savoir depuis longtemps. 

                        C'est un film sublime. Pour moi, le plus beau de l'année, et pourtant j'en ai vu beaucoup, de beaux films !