Le cyclo-lecteur

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Photo Juan Camilo Martinez Otálvaro (2013)

jeudi 21 mars 2019

21 mars 2019 : une singulière amitié


Des amis précisément, ce sont des gens avec qui l’on peut s’abandonner à ses rêves, discrètement, délicieusement, parce que leur présence crée autour de nous une atmosphère, tandis que les confidences, discrètes, les alimentent et les concrétisent un peu. Peu importe même s’ils écoutent et compatissent, ou suivent leurs propres rêves.
(Valico Leizerovsky, Ma sempiternelle dignité : La Santé, Fresnes, Drancy, Correspondance 1941-1942, Les Moments littéraires, 2007)

Eh oui, l’amitié peut naître entre des êtres très différents par l’âge. Ainsi entre Steffi Herrera, adolescente de quinze ans qui vit à Björke, dans le Värmland et qui achève péniblement ses années de collège, victime d’un harcèlement scolaire, peut-être à cause de l’origine cubaine de son père, et Alvar Svensson, âgé de quatre-vingt-dix ans, pensionnaire d’une maison de retraite… Car tous deux partagent la même passion : le jazz et la basse. Leur rencontre, assez improbable, due à un hasard, va sortir Steffi de son isolement et l’encourager dans la voie qu’elle a choisie : préparer son admission dans un lycée musical, l’idéal étant celui de Stockholm. 

 
Alvar avait quitté Björke en 1942 à dix-sept ans pour se rendre à Stockholm ; c’était la guerre, l’Allemagne occupait la Norvège voisine et laissait planer la menace sur ce pays neutre. Il partait habiter chez sa tante Hilda, qui avait horreur du jazz, cette "musique de nègres". Il trouva rapidement un travail de coursier et dut inventer des excuses pour rentrer tard le soir après avoir passé la soirée dans les clubs et caves où on swinguait. Il devint, à l’instar de ses compagnons, un zazou, puis un des jazzmen assez connus sous le nom d’Alvar « P’tit gars » Svensson, pour qu’un article de journal parle de lui et tombe sous les yeux de sa tante, qui le chassa illico ! C’est ce que peu à peu, il raconte à Steffi, apprivoisant peu à peu la jeune fille, et la poussant à rester elle-même et à sa consacrer à sa passion. Bien que ne jouant plus, il délivre un peu de son savoir à Steffi, tout en lui donnant confiance en elle.
Steffi est une adolescente solitaire, élevée dans une famille aimante (malgré des frictions avec sa sœur aînée), d’ailleurs sa mère l’accompagne pour le concours d’entrée dans les lycées musicaux. Le roman fait part des brimades qui lui tombent dessus (c’est raconté au présent) et de ses rencontres avec Alvar (avec des flash-back au passé sur les jeunes années du musicien). Alvar lui raconte son grand amour pour Anita, issue d’un milieu huppé et plus âgée que lui de sept ans, et pour la jeune fille sevrée d’amour (hors du cercle familial), c’est une enchantement. Pour le lecteur aussi. L’ensemble forme une ode au Jazz et, plus généralement, à la musique, aussi bien qu'à l'amour. On découvre avec Alvar le jazz suédois des années 40 et la difficulté à se faire connaître.
Le Jazz de la Vie nous propose ainsi de suivre en parallèle le destin d’une jeune fille qui pourrait être brisée par la violence d’un harcèlement scolaire quotidien, terrifiant, car elle ne peut en parler à personne ; heureusement, Alvar est là, à qui on peut tout dire, et qui lui permet de développer sa force de caractère et la possibilité de s’évader grâce à la musique. Car il a une fabuleuse collection de disques 78 tours qu’il fait écouter sur un gramophone archaïque. Il rappelle à la jeune fille combien le jazz était mal vu à l’époque. À aucun moment, Alvar ne traite Steffi comme une enfant et elle-même ne considère pas Alvar comme un vieux plus ou moins débile. Ils se considèrent comme des être humains égaux, ce qui leur permet de créer une singulière amitié. Elle culmine vers la fin quand Alvar fait la surprise d’inviter Steffi à la Maison de retraite pour fêter le succès de sa réussite au concours du lycée, dans une scène magnifique, presque magique, que je vous laisse découvrir.
Le Jazz de la Vie est un roman fébrile, où l’on sent le swing et le rythme jazzy. On a presque envie de danser le jitterbug. C’est aussi un roman sur la liberté, sur la quête de soi et sur l’authenticité : deviens ce que tu es et reste-le, semble en être la leçon. Oui, les vieux peuvent aider les jeunes à se sentir moins mal, et les jeunes aider les vieux à sortir de leur isolement. On y trouve ce beau poème :
Dans chaque pré tu ne trouveras qu’une seul
Trèfle à quatre feuilles
Alors saisis ta chance


À chaque étape de ta vie un seul ami
Te sera utile
Alors saisis ta chance


Mais vite avant qu’elle ne s’enfuie
Car le bon temps passe vite
Oh oui trop vite

Un roman à recommander à tous les jeunes de 13 à 113 ans qui croient que la vie peut être riche de rencontres insolites, quand on décide d’être soi et non de chercher à être comme les autres...

mercredi 20 mars 2019

20 mars 2019 : le poème du mois


Il existe une économie de la gratuité, quelque chose en échange de rien, mais comme symbole de beaucoup.
(Erri De Luca, La nature exposée, trad. Danièle Valin, Gallimard, 2017)


TOI, TU SERAS ENCORE LÀ

Quand la colère sera apaisée
Quand les cris se seront tus
Quand les larmes auront toutes été versées
Quand les tyrans auront tous été déchus

Toi, tu seras encore là
Mon amour
Et je t’aimerai
Encore et encore

Quand les hommes déposeront les armes
Quand ils renonceront à être le mal vertical
Quand ils accepteront de n’être le reflet d’aucun dieu
Et consentiront à n’être qu’eux

Toi, tu seras encore là
Mon amour
Et je t’aimerai
Encore et encore

Quand les peuples jouiront tous de leur liberté
Qu’ils pourront parcourir la terre
Sans se faire massacrer
Quand ils auront fini
De jouer au plus méchant
À celui qui fera le plus peur à l’autre
Quand ils n’auront plus peur l’un de l’autre

Toi, tu seras encore là
Mon amour
Et je t’aimerai
Encore et encore

Quand les hommes décideront
D’être artisans d’amour
Et de circonscrire la mort

Toi, tu seras encore là
Mon amour
Et je t’aimerai
Encore et encore

Corinne Tisserand-Simon
(Sens interdits, Le Satellite, 2018)



mardi 19 mars 2019

19 mars 2019 : les raisons de la colère


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Ah, mes pauvres simplets, vous sentez monter "la haine", quelle surprenante découverte ! Mais dans quel pays vivez-vous donc ? Bien sûr qu’elle monte, la haine, ça fait même un sacré bout de temps qu’elle monte, ici comme partout, et maintenant vous l’entendez gronder sous vos fenêtres ! Bien sûr qu’à cette heure la colère qui n’a jamais cessé de bouillir dans le chaudron menace de faire péter le couvercle !...
(Alain Accardo, La décroissance N° 157, mars 2019)


Il était une fois en France un mouvement imprévisible, un mouvement venu de nulle part, sinon du fond des âges, rappelant les révoltes médiévales, celles des gueux des XVIe et XVIIe siècles, celles de la faim qui ont conduit à la Révolution française, celle des ouvriers de 1848 et de 1871, mais dans un style inédit et qui a pris de court nos élites de la politique et des médias, si promptes à parler "à la place des gens", et avec quelle arrogance, quelle morgue, quel mépris, quelle malveillance ! La couverture par les chaînes télévisuelles en continu est de ce point de vue éclairante : des gens qui ne savent pas ce que c’est que de manquer d’argent dès le 10 du mois, des gens qui vivent avec des revenus souvent supérieurs à 10000 € par mois, des gens incapables de se hisser à la place de l’autre (du moins quand elle est basse), viennent commenter les événements du haut de leur grandeur, de leur prétendu savoir, de leur supposée expertise (de quoi ? Ils n’avaient rien vu venir !) et déverser leur fiel en permanence dans leur bulle ultra-protégée, sans imaginer une minute qu’ils se déconsidèrent et qu’ils suscitent la haine de pas mal des laissés-pour-compte sécrétés par notre société…


Il se trouve que je venais de lire le livre Contes de la rue et du chat vagabond, édité en 2015 par IPPO (Information Prévention, Proximité, Orientation), organisme de Bordeaux qui s’occupe de venir en aide aux "personnes en situation de prostitution", et que là, dans ce livre de témoignages, dans ce livre de vie, dans ce livre d'espérance, j'ai rencontré des personnes qui essaient, "entre désir et conviction, d’être à la hauteur" du problème et agissent "ensemble dans le réel" et n’hésitent pas à se remettre "constamment en cause". Tout le contraire de nos gouvernants qui, bardés de leurs certitudes de classe, de leur richesse d’héritiers (relire Bourdieu et Passeron), et de leur manières d’être, toujours entre soi, sont incapables de dire, comme le font les animateurs d’IPPO : "Je considère l’autre comme un égal, ce qui signifie qu’il existe exactement comme moi et [que] la question du non-jugement est essentielle".


Je venais de voir au cinéma le film irlandais Rosie Davis, qui montre la galère d’une famille (le père, qui travaille, la mère et quatre enfants) contrainte de chercher un toit chaque soir et de dormir parfois dans sa voiture. Un film terrifiant, à côté duquel ceux de Ken Loach semblent à l'eau de rose. Et ceci dans cette Europe pour laquelle on nous demande de voter et dans un des pays qui fait son miel de la séduction fiscale pour les plus riches au détriment, bien sûr, de ceux qui se retrouvent plongés dans la détresse. Mais dans quel monde vivons-nous ? En sortant du cinéma, je tombe dans la même rue sur des SDF que je secours modestement et que j’interroge sur l’enfer qu’ils vivent : il y a aussi parmi eux des enfants dans la rue, parfaitement !!! Et mon amie O. (94 ans), victime d'un malaise, est emmenée aux urgences du CHU un soir. Après avoir poireauté quelques heures, on lui trouve 25 de tension : au lieu de la garder en observation, on lui fait une ordonnance et on la renvoie chez elle à 3 heures du matin. est-ce ça, le service public ?
Alors, bien sûr, les gilets jaunes peuvent faire peur. Mais enfin, nos impôts doivent-ils servir à armer une police qui tire sur le peuple, ce qui fait autrement peur ? À bombarder la Syrie (évidemment, les bombes ne nous tombent pas dessus) ? À participer activement au trafic d’armes dans le monde ? À "céder six embarcations ultra-rapides (mais semi-rigides) aux gardes-côtes libyens afin de « faciliter le raccompagnement » des migrants qui font des efforts ridicules pour fuir un pays que Bernard-Henri Lévy s’est donné la peine de nettoyer de toute trace de dictature" (Jean-Marie Laclavetine, Siné mensuel N°84, mars 2019) ?
Alain Accardo écrivait dans La Décroissance (N° 154, novembre 2018) : "Plus grave : on punit la violence des faibles, on s’accommode de celle des puissants, voire on l’approuve. Si un flic cogne sur un manifestant, on lui donne une médaille ; si un manifestant se défend contre les brutalités policières, on lui passe les menottes. Ne parlons même pas des criminels en col blanc qui prospèrent dans las banques d’affaires, les cabinets ministériels et autres lobbies. Ils peuvent voler, tuer, violer, impunément, c’est de bonne gouvernance". On en est là aujourd’hui, et ça donne les gilets jaunes, c’est-à-dire ceux qui ne parlaient pas, qu’on n’entendait jamais et qui soudain se révèlent une force nouvelle dans ce qui n’est devenu "que l’apparence de la démocratie [où] comme chacun a pu s’en rendre compte lors de l’élection présidentielle de 2017, un clan très puissant et très bien organisé [a pu] sans trop de difficultés placer un de ses membres à la tête de l’État, même s’il était totalement inconnu quelques mois auparavant. Cependant, en attendant que les votes se fassent de façon électronique et que les résultats soient donc totalement truqués, ce genre de parodie de démocratie peut encore déraper si les événements ne se présentent pas comme prévu : il arrive encore que le peuple ne vote pas comme on le lui a dit" (Stéphane Lhomme, La Décroissance N° 154, novembre 2018).
Alors, que sont les dégâts des casseurs qui se mêlent (sans doute avec la bénédiction de la police) aux gilets jaunes, à côté de ceux de nos guerres néo-coloniales menées depuis trente ans au Moyen-Orient, de nos appuis sournois aux dictateurs qu’il nous plaît d’épauler ici et là pour soutenir l’enrichissement de nos firmes internationales et de leurs actionnaires ? Car il semblerait bien qu’une vitrine des Champs-Élysées ait plus de poids dans nos médias que les Gazaouis assassinés, mutilés ou blessés impunément par les sbires de l’armée la plus violente du monde.


Alors que nos pays riches pourraient assurer – non pas le minimum de survie à sa population (en France, plus de 30 % des travailleurs sont en-dessous du SMIC, et je préfère ne pas parler des chômeurs et des nombreux retraités à moins de 1000 € par mois) – mais une vie décente à chacun, non, on préfère laisser la colère monter, on préfère laisser les vandales accomplir impunément leurs actes destructeurs (car ainsi on discrédite le mouvement des gilets jaunes, et on dresse contre lui la population des "honnêtes gens" chers à Monsieur Thiers et qui adorent la répression). Le peuple ne demande pas la lune, mais je ne me fais pas d’illusions : comme le dit Alain Accardo (La décroissance N° 157, mars 2019), "dès que les oligarchies en place cessent de trembler devant les masses en colère, elles se hâtent de récupérer par le vote parlementaire ce qu’elles ont dû céder sous la pression des luttes et de la rue". Pour l’instant, elles ont très peu cédé, par rapport aux réclamations, mais un référendum donnera comme souvent un résultat parfaitement réactionnaire qui confortera nos oligarques, avec l’appui de lois scélérates. Car, ne l’oublions pas, la violence est "toujours du côté du pouvoir et des structures économiques oppressives qui soutiennent la croissance infinie et qui se soucient peu du vivant, végétaux, animaux et humains qui souffrent de leurs décisions irresponsables" (Alain Refalo, La décroissance N° 157, mars 2019). 
 
Sur ce, je reste optimiste, en attendant d’avoir peut-être un œil crevé ou une main arrachée si, par hasard, un de ces prochains samedis, je me trouve au mauvais endroit au mauvais moment.

jeudi 14 mars 2019

14 mars 2019 : le texte du mois (pas de moi) : Annie Ernaux


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La miséricorde n’a rien à y voir, eux demandaient, moi je répondais. Une fraternité a suffi.
(Erri De Luca, La nature exposée, trad. Danièle Valin, Gallimard, 2017)



Texte paru dans Libération de ce jour : comme souvent, je me sens en plein accord avec Annie Ernaux, pourtant féministe de toujours, mais qui se démarque ici une nouvelle fois, en femme libre qu’elle est.


Soror Lila, par Annie Ernaux(Libération, 14 mars 2019)

Une fois de plus, on a frôlé l’affaire d’État, l’embrasement de la France comme naguère avec le burkini au motif qu’une entreprise française, Décathlon, a envisagé de commercialiser le hijab de course destiné aux filles et femmes musulmanes. Des bords de la droite et de l’extrême droite, du Modem, du Parti socialiste et de membres du gouvernement - des femmes notamment - ce fut à qui dénoncerait le plus fort ce funeste dessein. Le responsable de la communication de l’entreprise eut beau arguer que cette pièce de vêtement était destinée «à rendre le sport accessible pour toutes les femmes dans le monde», il y a eu consensus pour signifier tacitement que, en France, il en allait tout autrement, le port du voile contrevenant aux valeurs de la République. Des mails haineux et des menaces physiques à l’égard des vendeurs ont entraîné le retrait du projet par Décathlon et la réaction soulagée de Muriel Pénicaud, comme si la France venait d’échapper à un grand péril : «Heureusement qu’ils ont reculé.» A noter que personne ne s’est élevé contre la violence déployée à l’égard des employés de Décathlon, faute de pouvoir s’en prendre à celles qui portent le hijab.
Si quelques voix ont souligné la liberté d’une entreprise privée de vendre ce qu’elle veut, d’autres rappelé que c’est l’État qui est laïque et non pas les individus, lesquels ont le droit d’arborer les signes d’une pratique religieuse (la loi de 1905 n’a pas obligé les prêtres à enlever leur soutane ni les religieuses leur voile), il n’a pas été fait mention de cette violence infligée, une nouvelle fois, à une partie des femmes qui vivent, travaillent, étudient sur le sol français, qui sont une composante de notre société.
Violence, parce que sous couvert de défendre la liberté et l’égalité, dans les faits on tente de limiter le droit des femmes qui portent le hijab, ici, à faire du sport, là à chanter dans un télé-crochet (Mennel), à militer (Maryam Pougetoux), à accompagner des enfants en sortie scolaire (et se souvient-on de ce projet d’une sénatrice socialiste d’interdire le voile, dans leur domicile, aux assistantes maternelles ?), naguère à fréquenter les plages et se baigner. Bref, c’est de la vie collective qu’on cherche à les écarter.
Violence, parce que dans cet épisode qui les concerne, elles, au premier chef, nul, dans les médias, à ma connaissance, ne s’est avisé de leur donner la parole (1). Qu’avaient-elles à dire sur cette possibilité de pratiquer le sport conformément à leur croyance ? Qu’éprouvaient-elles à entendre les propos stigmatisants proférés tous azimuts ?
Tout se passe comme s’il n’y avait personne sous le «voile», pas d’être humain capable de réfléchir, de sentir, et de s’exprimer. La femme comme individu disparaît. On la réduit purement et simplement à un objet chargé, outre de sa signification musulmane - mais n’en doutons pas, à cause d’elle - d’un tombereau de symboles, soumission, archaïsme, étendard politique de l’islamisme, voire du jihad. En se référant à Simone de Beauvoir, on peut dire que sous le voile la femme n’est plus son corps, qu’il a disparu entièrement sous autre chose qu’elle (2).
Plus que d’autres épisodes, celui du Décathlon me laisse une impression boueuse, parce que j’ai entendu trop de femmes politiques s’insurger contre le hijab et pas assez défendre la liberté de le porter. Parce que, de plus en plus, lorsque je croise une femme en hijab dans le bus ou à l’hypermarché, je peux, me mettant à sa place, penser que j’ai, dans la France d’aujourd’hui, le visage de son exclusion. Je pose la question, celle-là même que l’on met en avant pour faire valoir la liberté d’un choix existentiel : pourquoi refuser d’accorder aux individus un droit qui ne retire rien aux autres ? Comment nous, femmes féministes, qui avons réclamé le droit à disposer de notre corps, qui avons lutté et qui luttons toujours pour décider librement de notre vie pouvons-nous dénier le droit à d’autres femmes de choisir la leur ? Où est la sororité qui a permis, par exemple, la fulgurante expansion du mouvement #MeToo ? L’empathie, la solidarité cessent dès qu’il s’agit des musulmanes en hijab : elles sont le continent noir du féminisme. Ou plutôt d’un certain féminisme qui fait la guerre à d’autres femmes au nom d’une laïcité devenue le mantra d’un dogme qui dispense de toute autre considération.
Si l’idée de me couvrir d’un voile - et plus encore celle que mes petites-filles le fassent - m’est profondément et intimement inimaginable, il me faut accepter que l’inverse, ne pas vouloir sortir sans hijab, puisse être vécu de la même manière absolue, intransigeante, quoi qu’il m’en coûte au regard de ce qu’est pour moi la liberté et une vie libre de femme. Qui suis-je pour obliger d’autres femmes à se libérer sans délai de la domination masculine ? Examiner loyalement son trajet personnel sous l’angle de la soumission et de la révolte à l’égard de celle-ci rabat l’orgueil et entame les certitudes. Je ne suis pas née féministe, je le suis devenue.
N’y a-t-il pas de quoi échanger entre nous sur les images de notre identité sexuelle, sur le contrôle du corps féminin, l’injonction de le dévoiler ou le cacher, l’impératif impossible de rester toujours jeune ? Briser l’ignorance réciproque. Se parler comme le font ces adolescentes, l’une voilée et l’autre pas, que l’on voit marchant et riant ensemble dans les rues et les centres commerciaux. J’entends déjà les rires condescendants sur ma naïveté, les arguments définitifs qu’on m’assènera. Ni rire, ni pleurer, ni haïr mais comprendre, je reste fidèle au principe de Spinoza. Vouloir comprendre le sens de la pratique du hijab, ici et maintenant, c’est ne pas le séparer de la situation dominée des immigrés en France, ni par ailleurs des bouleversements, des mutations, de l’anomie même, des sociétés occidentales actuelles. C’est reconnaître dans celle qui choisit de le porter la revendication visible d’une identité, la fierté des humiliés.


(1) Des femmes voilées ont écrit une tribune pour Libération.fr : Hijab de running : «Nous demandons à Decathlon de ne pas céder aux intimidations».
(2)
«La femme comme l’homme est son corps mais son corps est autre chose qu’elle», le Deuxième Sexe.

mardi 12 mars 2019

12 mars 2019 : vieillir 2


le sentiment que ce n’est pas bien de vouloir tirer son épingle du jeu et qu’il y a plus à attendre d’une communion que d’une solitude. On ne s’en sort pas tout seul, les hommes se sauvent ensemble ou pas du tout.
(Régis Debray, Rêverie de gauche, Flammarion, 2012)


Je reviens une nouvelle fois sur le problème du vieillissement, de la grande solitude que doivent subir ceux qui vivent trop longtemps. On oublie trop souvent "qu’il y a plus à attendre d’une communion que d’une solitude", que cette communion soit conjugale, familiale, amicale ou religieuse. Car, ainsi que je le vois avec mes amis nonagénaires, passé un certain âge, comme me l’a dit G. (99 ans maintenant) « quand on est un homme et qu’on a atteint mon âge, tous nos amis sont morts, on est le dernier », et si on n’a pas eu la sagesse ou l’occasion de se faire des amis nettement plus jeunes que soi, on se retrouve seul. Si l'on a déserté (ce qui est très courant dans notre monde déchristianisé) les églises ou les groupements de toutes sortes, on peut être très seul. Si, par ailleurs, on est resté célibataire, si l’on était enfant unique, si l’on n’a pas eu d’enfant, il ne faut guère compter sur le cercle familial. Sans compter que le plus souvent, dans le couple, la mort n’arrive pas en même temps : G. est veuf depuis huit ans, O. depuis trente ans et moi depuis bientôt dix ans. Tout le monde n’a pas la capacité, comme certains couples célèbres (Stefan Zweig et sa femme, Arthur Koestler et la sienne) de pratiquer un double suicide.
Je suis H. depuis environ six ans. Elle va avoir 83 ans, ce qui n’est pas énorme, mais elle est très affaiblie depuis trois ans et la fois où elle avait fait un malaise sous mes yeux et où j’avais appelé les pompiers. Et, surtout, elle s’affaiblit progressivement, physiquement d’abord, elle a de plus en plus de peine à marcher, mentalement aussi, elle a des jours comme aujourd’hui où elle est un peu perdue, hagarde, incohérente, surtout depuis que le moment de partir en EHPAD (ça l'angoisse) approche à grands pas, car elle devient de plus en plus dépendante. Elle est très soutenue et visitée par des habitants de notre tour, surtout des femmes assez âgées elles aussi, et par moi, qui semble le seul homme et le plus jeune de ses visiteurs. Quand je suis à Bordeaux, je vais la voir quasiment chaque jour, parfois plusieurs fois. Je vais lui chercher son courrier, je lui classe les papiers (banque, mutuelle, assurances, téléphone, électricité, etc.) au fur et à mesure qu’ils arrivent. Son héritier est un neveu qui s’occupe du dossier EHPAD, mais qui habite assez loin.
Mais H. a reculé tant qu’elle a pu le moment du départ. Elle a loupé le coche en octobre dernier quand une place se libérait dans l’établissement à côté de notre tour. Au moins elle aurait été en sécurité par rapport à ses chutes de plus en plus fréquentes. Ayant trop attendu, elle panique à l’idée de partir dans l’inconnu, tout en reconnaissant qu’elle ne peut plus rester toute seule. Les passages d’aides-soignants le matin (une demi-heure), d’auxiliaires de vie (trois quarts d’heure le soir), d’une femme de ménage (deux heures par semaine), sont loin d’être suffisants. Les repas lui sont portés à domicile. Le kiné passe deux fois par semaine, le pédicure une fois (elle a les pieds dans un état effroyable, tordus et les orteils se chevauchant). C’est sûr qu’elle serait mieux en EHPAD…


Tout cela me laisse à penser, et m’aide à anticiper mon propre vieillissement ; certes, je sais que je peux compter sur ma famille nombreuse et plusieurs sœurs prêtes à m’épauler. Mais je vois ainsi mes années à venir.
vers 2022, dans trois ou quatre ans au plus tard, j’émigrerai vers une RPA (Résidence pour Personnes Âgées) pour prendre un logement plus en conformité avec mon âge et avec mes besoins : à quoi bon tant d’espace ? J’ai trop accumulé de choses, je me sentirai plus léger. Et l’avantage d’une RPA par rapport à une maison de retraite, c’est qu’on n’y est pas coincé par une pension complète. On reste indépendant, on peut faire sa cuisine, sortir en ville, aller au cinéma ou au théâtre, partir voir sa famille ou ses amis, voire à l’étranger… tant qu’on a encore envie de bouger.
quelques années plus tard, ce sera la maison de retraite. J’avoue n’avoir pas très envie de vivre très vieux, surtout si Alzheimer ou Parkinson me sautent dessus ou si l'ouïe ou pire encore, la vue, me faisaient défaut. Dans ce dernier cas (ne plus pouvoir lire étant pour moi l’horreur absolue), je fais partie de ceux qui souhaitent que soit légalisée l’aide active à mourir (euthanasie ou suicide assisté), et si la France reste toujours en retard dans ce domaine, il me restera à tenter le coup en Suisse ou en Belgique… ou le suicide non assisté, avec le risque de me rater. Bien entendu, tant que je resterai en forme, j’aime trop la vie, la littérature, le cinéma, le vélo et les voyages, les ami.e.s et l’affection des miens,  pour en arriver à cette terrible extrémité. Mais je milite dans l’ADMD (Association pour le Droit de Mourir dans la Dignité), qui pose cette question dans le "grand débat", et je ne veux pas d’une mort indigne, ni de la survie prolongée abusivement par des médecins qui ne respecteraient pas mes volontés. Et j'ai rédigé mes directives anticipées dans ce sens.


Je viens de lire une pièce de théâtre, Une si belle vue sur le lac d’Irène Krassilchik (L’Harmattan, 2017), psychanalyste, qui se passe justement en Suisse dans un de ces établissements où se retrouvent ceux qui ont choisi le suicide assisté. Trois personnes s’y croisent pour y passer leurs derniers jours, deux hommes, un paraplégique condamné à une asphyxie prochaine, un banquier en phase terminale d’un cancer et qui ne se remet pas de la mort par suicide d’un de ses fils, et une femme qui a toujours côtoyé la mort depuis sa jeunesse, avec de multiples tentatives de suicide et qui a décidé d’en finir une fois pour toutes. La jeune employée qui doit leur administrer le lendemain la potion létale leur apporte un dernier apéritif tandis que le soleil se couche sur leur dernière soirée. C’est l’occasion unique de discuter de la vie et de la mort, en attendant celle-ci dont ils ont volontairement choisi la date. Très belle pièce, dense, intense et que j’aimerais bien voir sur scène, et même, qui sait, jouer moi-même !

C’est cette fois mon jour de lucidité...

dimanche 10 mars 2019

10 mars 2019 : vieillir 1


Ceux qui ont échappé à une mort précoce ont reçu comme privilège la bénédiction de vieillir. Demeure en attente la déchéance physique dans toute sa gloire. On doit s’habituer à accepter cette réalité.
(Haruki Murakami, Autoportrait de l’auteur en coureur de fond, trad. Hélène Morita, Belfond, 2009)


Le capitalisme moderne, néo-libéral, mondialisé, a réussi le tour de force de désolidariser les individus de leur entourage, de les pousser vers un individualisme forcené, dont le symbole fut d’abord à partir des années 50 le véhicule automobile, où chacun s’enferme dans sa petite boite à roulettes, et depuis les années 2000, le téléphone mobile, devenu ordiphone (smartphone, iphone, en attendant une implantation directe dans le cerveau ?), et qui fait de ses nombreux utilisateurs, l’œil rivé sur leur machine-doudou, des techno-zombies infantilisés, qui ne vivent plus que dans l’instant, oubliant tout autour d’eux, n’entendant plus, ne voyant plus, ne se parlant plus, ne visitant plus leurs aïeux, n’éduquant plus leurs enfants, ne pratiquant plus l’amour vrai ni la forte amitié (cf les liaisons de plus en plus éphémères et les divorces de plus en plus fréquents, sans parler des violences conjugales), se comportant comme des malotrus en société, ou en tout cas de façon incivile et discourtoise en public (tram, bus, sur les trottoirs, dans les commerces et les cinémas).


En tout cas, autre effet dévastateur de la société post-moderniste : l’abandon de nos anciens. Quand ils sont encore chez eux, on les a tellement habitués à l’individualisme forcené qu’ils ne savent même plus se faire aider efficacement et solliciter leurs proches (famille, voisins, amis) de peur de les embêter ! Quand ils sont en maison de retraite ou établissement hospitalier pour personnes âgées dépendantes (nouveaux euphémismes, pour désigner ce qu’on appelait dans ma jeunesse les hospices ou asiles de vieillards), ça n’est pas tellement mieux non plus ; d’abord, neuf fois sur dix, ils ont trop attendu pour faire leur demande d’admission ; ensuite, ils sont souvent encore plus abandonnés, car le personnel est notoirement en insuffisance ; enfin, quand ils demandent à mourir, la loi interdit qu’on les aide, et parfois même on les laisse endurer de façon inadmissible leur souffrance physique et morale.


Nous vivons une société névrotique. La peur d’être éloigné de son smartphone (comme si on en avait besoin en permanence !!!), l’incitation pulsionnelle à répondre immédiatement à la moindre vibration, au moindre appel ou message, indiquent très clairement une régression infantile de caprice de satisfaction immédiate, du type de celle de l'enfant de trois ans. On se croit moderne, indépendant et libre, alors qu’on est asservi à une machine dont je ne nie pas l’utilité, mais qui nous rend esclave, dans une addiction aussi destructrice (quoique d’une autre manière) que les divers dopants, alcools, tabacs, et autres drogues plus ou moins dures. L’objet ne quitte pas son possesseur (même la nuit), il est devenu une présence tellement indispensable qu’il faut voir les affres des malheureux addicts en voyage dans des pays où il n’y a pas d’antennes-relais partout : ils sont au bord de l’effondrement, et n'ont pour seules consolations que de regarder les innombrables photos qu'ils viennent de prendre ! On peut imaginer que cet objet comble chez eux un vide, leur permet de ne jamais se sentir seuls (il est assez terrifiant de voir que la peur de la solitude est le corollaire de l’individualisme).

Je vois sur les chantiers de nombreux ouvriers qui, à la moindre pause mais aussi parfois pendant leur travail sur l'échafaudage, sortent leur smartphone ; les commerçants, entre deux clients, louchent sur leur smartphone ; dans les bureaux, les employés qui ont le smartphone à côté de l’ordinateur sur lequel ils travaillent ; même dans les bus et les autocars, les chauffeurs qui souvent quittent de l’œil la route pour jeter un regard sur leur doudou ; de nombreux cyclistes qui, au lieu d'avoir les yeux vers le guidon et devant eux, l'ont vers leur main libre tenant l'objet sacré ; dans les restaurants, des couples qui ne se parlent plus, l’œil rivé sur leur engin posé à côté de l’assiette…
Je crois savoir que certains passent plusieurs heures par jour à consulter leur ordiphone. Par contre, combien d’heures passent-ils à nouer et cultiver des relations sociales véritables, non virtuelles, autrement plus vivantes que l'écran d'une machine ? Combien d’heures à rendre visite à leurs vieux parents et amis ? Combien d’heures à jouer avec des enfants, à leur faire la lecture, à leur apprendre à cuisiner ou à jardiner ? Combien d’heures à se comporter de façon civile en parlant avec ses voisins, avec des inconnus rencontrés au hasard de la rue, voire avec des SDF ? Combien d’heures à lire des livres, à apprendre des langues étrangères, à se cultiver, à méditer, à lever la tête pour regarder la beauté du ciel, des nuages, des étoiles ? Combien d’heures à faire de l’exercice physique autre que celui de faire bouger ses doigts ? Combien d’heures à anticiper son départ en retraite, puis plus tard à préparer son départ en maison de retraite ? Fort peu sans doute, car le temps n’est pas extensible…

C’était mon heure de morosité. Le ciel est gris, heureusement je suis invité ce midi chez des amis. Et je mettrai mon téléphone mobile (qui n'est pas un smartphone) en mode avion !

mardi 5 mars 2019

5 mars 2019 : le vélo enchanté


Mais aujourd’hui le vide ne saurait amener la joie de vivre. Ni le vide, ni le zapping permanent, le nez vissé sur un écran. On a l’impression de communiquer avec le monde entier et on est seuls.
(Pedro Okepa, Insurgez-vous !, Éd. du Rocher, 2017)


Idéal pour découvrir les avantages du vélo, le documentaire néerlandais Why we cycle, que proposait l’association Vélocité à l’Utopia ce lundi soir. Il démontre tout ce que je savais déjà, puisque j’ai toujours fait du vélo, à la fois pour mon plaisir physique, pour aller au travail (90 % de mes trajets de chez moi à mes bibliothèques se sont effectués à vélo, y compris en Guadeloupe, où je devais monter une rude côte de 6 km à 10 % de moyenne de dénivelé pour rentrer chez moi le soir ; j’ai d’ailleurs aussi fait le tour complet de la Guadeloupe à vélo en une semaine enchanteresse) et pour en savourer les effets bénéfiques du vélo sur moi, sur mon entourage : impossible d'être désagréable avec les autres quand on est cyclable ! Avouons-le, le vélo, au contraire de la voiture (où l’on est totalement passif) est un moyen de mobilité active. Mon séjour d’été aux Pays-Bas en 2000 m’avait de surcroît convaincu que ce pays avait des années d’avance sur la France, tant en matière d’infrastructures cyclables (pistes, couloirs dédiés, immenses parkings à vélo, etc.) que de pratique réelle des habitants de tous âges, ce que confirme cet excellent documentaire.


Le film est un enchantement, une invitation au bonheur simple et tranquille, la fête de la petite reine : même la famille royale tient à montrer qu’elle pratique la bicyclette. Les ministres eux aussi donnent l’exemple (à ma connaissance, je n’ai vu chez nous que Christiane Taubira aller au Conseil des ministres à vélo, sous Hollande). Le vélo est déstressant, au contraire du transport en métro ou en bus, ou en voiture. Les Néerlandais sont un modèle de mobilité durable qu’on peut envier, en dépit de la forte pression du lobby automobile. Comment y résistent-ils ? Bien sûr, ils connaissent les arguments courants : le vélo est bon pour la santé, ne pollue pas, il est plus rapide et maniable en ville, il est nettement moins cher dans l’usage, etc. Mais surtout, dès le plus jeune âge, on monte à vélo, et les parents encouragent leurs enfants à l’autonomie que procure la bicyclette, pour aller à l’école, pour rejoindre les copains et même pour aller en ville (ils deviennent de "petits débrouillards"). Le vélo est synonyme de confiance et de liberté, de grand air et d’aventure. Le documentaire fait état d’une étude faire avec la technologie GPS sur les choix d'itinéraires faits par les cyclistes. Les chercheurs néerlandais ont découvert que les cyclistes ne prenaient pas forcément les belles pistes cyclables spécialement aménagées pour eux ! Ils les trouvent en effet un brin ennuyeuses. Leurs choix d’itinéraire était davantage guidé par leur instinct que par la logique raisonneuse (rationnelle ?) des urbanistes et ingénieurs de la circulation. L’urbaniste Marco te Broemmelstroet explique que sur un vélo, vous n’êtes pas enfermé comme dans une voiture, mais exposé au contact humain et social. Les voitures sont en fait des "cages" qui n’invitent pas au contact, ni au dialogue, ni au toucher, ni au sourire... Aux Pays-Bas, on apprend à vélo le fameux "vivre ensemble", dont on nous rebat les oreilles depuis trente ans ici : l’art de la négociation directe par tous les sens pour se croiser dans les carrefours ; c’est une école de confiance mutuelle entre les cyclistes, qui apprennent à donner un coup de pédale ou de frein quand il le faut pour ne pas gêner les autres. Ce qui crée une solidarité, une fraternité, une égalité dans l’ensemble de la société. Les enfants apprennent à se déplacer seuls à vélo dès l’âge de 4 à 5 ans. Des séquences nous montrent comment les parents s’y prennent pour apprendre la confiance à leurs rejetons ; et j'ai noté que l'usage du casque est très rare ! Les enfants apprennent à diriger leur vie plus tôt que chez nous (où ils sont transportés comme des marchandises à l’arrière de la voiture pour aller à l’école, voire même au lycée). Ils deviennent ici des adolescents, puis des adultes, plus confiants et ouverts à la relation humaine.


le cycliste néerlandais qui allait à Compostelle et s'était arrêté chez moi en 2017
 
Là-bas, rouler à vélo est aussi naturel que respirer. L’histoire de ne pas utiliser la voie la plus usuelle (fût-elle cyclable) pour aller au travail, je l’avais expérimentée quand j’ai été nommé à la BU de Poitiers, distante d’à peine un petit kilomètre de chez moi. Comme je partais une demi-heure avant l’ouverture, je faisais de longs détours pour arriver à bon port, ayant respiré l’air pur des petits bois proches, et arrivant au travail décontracté et serein. Idem au retour, où je prenais également le chemin des écoliers pour me dérouiller des heures d’enfermement au travail. Et je dois dire que ça vaut tous les anti-dépresseurs chimiques ! Vive le vélo ! Et le vrai, pas l'électrique !