Le cyclo-lecteur

Le cyclo-lecteur
Photo Juan Camilo Martinez Otálvaro (2013)

lundi 5 juin 2017

6 juin 2017 : moins parano que moi, tu meurs !


Un jour, vous aussi vous mourrez. Quand viendra l’heure, posez-vous la question qui compte : « Ai-je fait un bel usage de ma présence au monde ? »
(Lyonel Trouillot, La belle amour humaine, Actes sud, 2011)


Dans le train il y a quelque temps. Je reviens des toilettes, j’ai dû m’absenter une minute ! Quand je reviens, je vois un type qui regarde avec suspicion ma sacoche, posée sur mon siège, à côté de mon livre. Il a déjà son smartphone à la main,
"Elle vous déplaît, ma sacoche ? 
Non, mais vous ne l’avez pas étiquetée ! J’allais appeler le contrôleur.
Mon sac à dos, là-haut, l’est [je lui montre]. Pourtant, il est bien plus gros qu’elle, où je ne mets qu’une petite bouteille pour le voyage, mon livre et mon carnet de voyage. Et, lui, pourrait contenir une bombe ! Vous croyez que l’étiquette fait le contenu, comme l’habit fait le moine ?
Mais pourquoi vous la laissez là ?
Parce que je suis sûr de l’y retrouver. Si je vais avec aux toilettes, y a une chance sur deux que je le pose et l’oublie... À mon âge, vous savez, la mémoire...
Mais les panneaux indiquent que tous les sacs doivent être étiquetés.
Sortez un peu, mon vieux ! Promenez-vous dans le train, les 3/4 des sacoches d’ordinateur n’ont pas d’étiquette non plus, ni les sacs à main de dame ; disons que c’est mon sac à main, cette sacoche ! Faut pas être parano, tout de même, et arrêter de voir des bombes et des terroristes partout..."
Ça s’est arrêté là, l’homme jeune (la trentaine), a rejoint son siège, il n’en pensait pas moins ! Depuis, je prends ma sacoche en bandoulière quand je me déplace dans les trains... Mais je n’en pense pas moins non plus !

la fameuse sacoche litigieuse


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Ça me rappelle l’hôtel Ibis de Saint-Pétersbourg : la première chose qu’on voit dans le hall, c’est un grand panneau, en plusieurs langues : ATTENTION AUX PICKPOCKETS, DANS LES RUES, LES MAGASINS, LES MUSÉES, LE MÉTRO. Résultat, je n’ai pas osé m’aventurer dans le métro pendant mon séjour pétersbourgeois. Drôle d’accueil quand même !

j'ai dû me contenter de me balader dans les rues, le long des rivières et des canaux

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Dimanche matin, SMS d’une de mes sœurs : « T’as des nouvelles de Lucile [ma fille vit à Londres depuis novembre dernier] ? Paraît qu’y a des Français parmi les morts ! » Ma réponse, en SMS : « Tu regardes trop la télé ! » J’étais parti voir Michel à vélo dans sa maison de convalescence. Le soir, avant le match de rugby, on regarde les infos : les charognards sont là, ils interrogent les rescapés avec une gourmandise malsaine, on a l’impression qu’ils regrettent que ça n’ait pas été plus sanglant ! Plus de la moitié du journal y fut consacrée... Comme je fais bien de ne pas regarder la télé, sauf quand je suis chez les autres !
Retour du bassin d’Arcachon aujourd’hui : à Midi et demi, je suis à peine à Saint-Médard-en-Jalles, encore à 20 km de chez moi. Trois heures de vélo, même sur du plat, je suis claqué. j’avais oublié qu’on était lundi de Pentecôte, la plupart des restos sont fermés, une dame (sans écouteurs aux oreilles) que j’interroge, me signale le Meuh, consacré au bœuf, tout près de l’Intermarché, qui est ouvert toute l'année. Ça me fait un détour, mais tant pis ! 

la sac du panier
 
Je fais un test, pour voir si la parano a atteint tout le monde. J’installe mon vélo en face, au parc à vélo, mais laisse exprès mon sac (qui contient surtout le linge sale de mon frère) dans le panier arrière, je passe ma commande et je m’installe juste en face, en terrasse, pour observer le manège des gens qui vont passer à côté du vélo. Tout en mangeant, je suis aux premières loges pour intervenir et dire que ce sont mes affaires. Les deux cyclistes qui s’étaient garées avant moi reprennent leur vélo, jettent vaguement un regard sur mon panier et s’en vont. La voiture la plus proche, ce sont trois ouvriers d’une entreprise de charpente, ils ont mangé au restaurant, ils passent à côté du vélo, sans un regard, s’installent dans leur véhicule de service et démarrent. Une autre conductrice prend sa voiture juste à côté et s’en va. Mon vélo ne l’a pas surprise. Test concluant : tous les Français ne sont pas paranos, ça me rassure !

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Enfin, je voudrais revenir sur le terme terroriste, de plus en plus galvaudé aujourd’hui. Je rappelle simplement qu’il a eu ses lettres de noblesse : les résistants aux nazis et aux régimes collaborationnistes étaient traités de "terroristes". Ce sont des policiers français qui ont arrêté le cousin de ma mère qui n’avait pas encore dix-huit ans et l’ont livré aux Allemands comme "terroriste", il n’est jamais revenu des camps !
Appelons donc nos terroristes actuels par leurs vrais noms : des fanatiques religieux, des fous de Dieu, des suicidaires, des assassins, des criminels, des tueurs, des meurtriers, je vous laisse en imaginer d’autres ! Car eux ne s'opposent pas à une oppression réelle, ils vivent dans le fantasme et dans la manipulation.

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