Le cyclo-lecteur

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Photo Juan Camilo Martinez Otálvaro (2013)

samedi 10 juin 2017

10 juin 2017 : la Bastille nous manque ! (et tout est dépeuplé)


Ceux qui abandonnent une liberté essentielle pour acheter un peu de sécurité temporaire ne méritent ni liberté, ni sécurité.

(Benjamin Franklin)



Sous prétexte de renforcer les mesures contre le terrorisme, le gouvernement s’apprête à inscrire dans la loi les principales mesures d’exception de l’état d’urgence. Rappelons que l’état d’urgence a été instauré par le gouvernement le 14 novembre 2015 suite à l’attentat du Bataclan, et prorogé systématiquement par la suite. Il permet notamment aux préfets, sans aucun contrôle du juge, de procéder à des perquisitions, d’assigner à résidence (et on ne s’en est pas privé, notamment pour des opposants écologistes ou syndicaux), de fermer des sites Internet, d’interdire des manifestations (là encore, ça devient la croix et la bannière pour obtenir l’autorisation de manifester, fût-ce le plus pacifiquement du monde, sous prétexte de menaces à l’ordre public), de dissoudre des associations...
L’assignation à résidence pour toute personne "dont son comportement constitue une menace pour la sécurité et l’ordre public" a eu ses nombreux loupés, a fait perdre leur emploi à des dizaines d’assignés qui ne pouvaient plus se rendre à leur boulot. Elle ressemble bigrement aux lettres de cachet de l’ancienne royauté (il est vrai que notre république, même "en marche" y ressemble de plus en plus). Elle n’a jamais empêché un apprenti terroriste de disparaître dans la nature, s’il avait envie de passer à l’acte. Et on a vu depuis que les camions et les automobiles devenaient des engins meurtriers : va-t-on interdire la circulation routière ? Par contre, elle a permis toute opposition démocratique (manifestation) à la COP 21 ! Il est vrai que nos écolos décroissants sont de dangereux terroristes, des empêcheurs de construire des centrales nucléaires, des opposants aux ventes d’armes et aux projets pharaoniques non seulement dispendieux et très coûteux en énergie, mais inutiles (Notre-Dame des Landes)...
Quant aux manifestations contre la loi travail, entravées dans des nasses policières (ce qui n'empêcha nullement les débordements, ou au contraire les explique), puis interdites, on voit où l’état d’urgence mène : restreindre le droit d’expression, sauf celui des merdias tout-puissants (depuis que Dieu n'existe plus, ce sont eux qui mènent le monde... par le bout du nez), relais officiels de la propagande d’État, qui s’en réjouissent à longueur de colonnes et d’antennes. Ah ! On ne risque pas d’assigner à résidence les sieurs Zemmour et Hanouna, malgré les tombereaux d’insanités et de bêtises qu’ils déversent à longueur d’écrans !
Bien entendu, la casse annoncée du code du travail va s’accompagner, très probablement, d’une interdiction de manifester contre la future loi au nom du risque de trouble à l’ordre public. Il paraît même que dans le projet de loi, l’article L228-4 indique que « le ministre de l’intérieur peut, après en avoir informé le procureur de la République de Paris faire obligation à toute (personne ciblée par l’autorité administrative) de déclarer ses identifiants de tout moyen de communication électronique dont elle dispose ou qu’elle utilise, ainsi que tout changement d’identifiant ou tout nouvel identifiant ». La France, patrie des droits de l’homme (qui ne l’étaient pas pour tous, les migrants en savent quelque chose) va devenir la patrie des non droits de l’homme. Big Brother va pouvoir nous suivre à la trace...
L’Union Syndicale des Magistrats s’est fendue d’un communiqué de presse dans lequel elle dénonce la mise en place d’un "État policier". Elle conclut que : "dans un État démocratique, sortir de l’état d’urgence ne signifie pas introduire dans le droit commun des mesures d’exceptions et exclure le contrôle de l’autorité judiciaire". La Ligue des Droits de l’Homme, s’en est émue aussi. Car désormais chacun pourra être victime de cet arbitraire, d'ailleurs certaines des dispositions inscrites dans l’état d’urgence sont déjà utilisées contre des militants associatifs, syndicaux ou politiques.
On ne peut que s’étonner de l’apathie générale des Français devant ces mesures liberticides. Il est vrai que dans l’ère de l’atomisation individuelle et du chacun pour soi, la plupart des sujets (citoyens ?) doivent se dire que cela ne les concerne pas et ne les concernera jamais. L’égoïsme de chacun est aujourd’hui devenu officiellement l’un des principaux piliers de la démocratie et de son déclin.
D’ailleurs, le 21 décembre 2016, à l’occasion d’une nouvelle prolongation de l’état d’urgence, la France a écrit au Conseil de l’Europe pour le prévenir qu’elle allait continuer à violer la Convention Européenne des Droits de l’Homme (CEDH) en raison de la "persistance de la menace terroriste". Avec l’Ukraine et la Turquie (on a les amis démocrates qu’on peut !), la France est le troisième pays qui déroge ainsi à la CEDH. Comme dans ces deux pays, on pourra donc être privé de liberté pour peu qu’on ne la ferme pas suffisamment. C’est peut-être là la victoire définitive des terroristes : en voulant les contrôler (on n’y arrive pas) et les combattre (à coups de bombardements qui cause nettement plus de morts civils, mais on nous a fait admettre les dégâts collatéraux et qu'on ne fait pas la guerre sans casser des œufs), on accepte le saccage de nos libertés fondamentales. 

et on la fera indestructible, cette fois !
Il ne nous reste plus qu’à reconstruire la Bastille : tiens, voilà un projet pharaonique qui pourrait être utile ! Je me demande pourquoi on n'y a pas encore pensé, en haut lieu ?

(largement inspiré d'un texte de Philippe Alain, dont j'emprunte de larges extraits et que je remercie)

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