Allons, allons, l’art pour tous, la science pour tous, le pain pour tous ; l’ignorance n’a-t-elle pas fait assez de mal, et le privilège du savoir n’est-il pas plus terrible que celui de l’or ! Les arts font partie des revendications humaines, il les faut à tous ; et alors seulement le troupeau humain sera la race humaine.
(Louise Michel, Mémoires)
Je n'ai pas cessé tout soudain d'aller au cinéma, malgré la pluie qui, cet hiver, bat à nouveau des records et me rappelle mes années d'étudiant à Bordeaux, de 1965 à 1967. J"avais terminé ma licence de géographie et annoncé à mes parents* : "Je ne travaillerai jamais à Bordeaux, il pleut tout le temps". Mais, en même temps, Bordeaux, c'est aussi la ville où j'ai développé ma cinéphilie, entamée dès 1956 par le ciné-club du lycée de Mont de Marsan. Étudiant, je m'étais affilié au ciné-club bordelais (accessible à tous les cinéphiles) et au ciné-club de la fac de la lettres (accessible aux seuls étudiants), qui complétaient heureusement les nouveaux films que proposaient les cinémas commerciaux, dont certains étaient permanents. C'est-à-dire qu'on pouvait y assister à deux ou trois visions du même film à la suite, sans avoir à ressortir et à repayer, ce dont j'ai usé à plusieurs reprises, par exemple pour La vieille dame indigne, Pierrot le fou, Les demoiselles de Rochefort, entre autres.
Voici que, depuis quelque temps, les films de près de près de 3 heures ou plus envahissent les écrans, avec des nouveautés plus ou moins valables et une longueur pas toujours justifiée.
Magellan, film portugais, par exemple. Certes, le sujet est attirant, la rencontre de deux mondes est intéressante, le film est bien fait. On y apprend que les voyages de découvertes du XVIème siècle, ici le premier tour du monde, étaient très longs, que la discipline à bord pouvait être terrible, que les indigènes, d'abord perplexes ou accueillants, finissaient par se révolter devant les exactions des conquérants (pour reprendre le titre du beau sonnet de José Maria de Heredia) en particulier par les conversions forcées. Le film est interminable, répétitif, je suis resté jusqu'au bout, mais nombre de spectateurs sont partis bien avant la fin.
Le maître du kabuki m'a par contre emballé. C'est l'histoire d'un jeune adepte du kabuki, adopté adolescent par un maître, et du conflit avec le fils de ce dernier, également apprenti au kabuki. J'ai apprécié la mise en espace précise des personnages, leur humanité, les couleurs, l'ambiance et la découverte du kabuki, forme théâtrale que je ne connaissais pas. Un grand moment de cinéma et des retrouvailles avec le cinéma nippon.
Le film brésilien L'agent secret, largement financé par l'Europe, se passe à Recife dans le Nordeste pendant le Carnaval. Le héros est venu retrouver son fils, et doit mettre à jour ses papiers pour essayer de quitter le pays, car il est recherché par la police militaire. C'est la dictature, en effet. Le film est très réussi, l'intrigue, un peu compliquée (il y a plusieurs strates de narration qu'il faut décrypter), car le héros se dévoile peu, est une sorte de thriller anti-corruption. Ici la longueur est méritée, car il faut du temps pour démêler tout ça.
Enfin, assez long aussi est Le mage du Kremlin, d'après un best-seller homonyme que je n'ai pas lu. Le film raconte l'émergence au premier plan de Vladimir Poutine, due en partie à son éminence grise, qui élimine peu à peu les autres conseillers de son entourage avant d'être probablement mis au rencart lui aussi, ce que laisse subodorer la fin du film. Le film est français. Olivier Assayas est un bon réalisateur. Mais pourquoi avoir tourné ce film en langue anglaise ? a aucun moment, ça ne m'a paru crédible, malgré la qualité des acteurs. Quitte à jouer ça dans une langue étrangère à la Russie, pourquoi ce réalisateur français n'a-t-il pas choisi notre langue ? Depardieu a bien joué Staline dans Le divan de Staline (2017), et ça ne m'a paru aussi artificiel qu'ici. Dommage ! Ceci dit, ça se laisse voir.
* Et j'ai tenu parole : je n'ai jamais travaillé à Bordeaux, sauf pendant mes années d'étudiant où je travaillais au noir une fois par semaine aux Halles des Capucins, déchargeant des camions de fruits et légumes dans la nuit du vendredi au samedi, pour me faire de l'argent de poche, destiné à me payer le cinéma, justement !



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