samedi 17 janvier 2026

17 janvier 2026 : le poème du mois

« Le rire est le sel de la vie, petite mère.

Eh bien, tu sales trop ! Ça décape la joie. »

(Driss Chraïbi, La civilisation, ma mère !, Gallimard, 1989)



                    Après le froid hivernal qui a occupé la fin du mois de décembre, la pluie a repris ses droits.  Il faut faire avec, surtout moi, le cycliste. Je m'efforce de sortir dès qu'il y a une éclaircie, de ne pas oublier ma grande cape qui me protège et m'évite de mouiller mes vêtements ou mes chaussures, de faire front pour éviter de glisser. Et, en même temps, je dois dire que j'aime assez la pluie pour sortir quand même : qui sait, un rayon de soleil créera peut-être un arc-en-ciel dont les couleurs m'enchanteront. Alors, en ces temps pluvieux, je me rappelle avoir trouvé la belle ode à la pluie qui suit et que je vous propose.

 

            Ode à la pluie


Parce que son écriture nerveuse

file sur les vitres de l’express


et parce que son voile translucide

tangue devant le mer de lumière verticale de la tour


parce qu’elle pleure à mon instar

ce que de toute façon je ne peux oublier


et parce qu’elle pointille son haïku automnal

même tout de suite effacé sur le pare-brise


parce que c’est une bénédiction

de s’endormir au son de son chant ruisselant


et féerique de se réveiller dans le noir

quand elle cogne contre le toit des voitures


parce qu’elle unit ciel et terre

dans un sacrement secret


et même parce que les femmes les plus belles

le deviennent encore plus

lorsqu’elle file à travers leur longue chevelure


parce qu’on a le droit de rester tranquille

jusqu’à ce que sa grande musique s’apaise


et parce que sa lumière liquide

est le négatif de ce poème :


voilà pourquoi j’aime la pluie

Les arbres ne rêvent sans doute pas de moi (Søren Ulrik Thomsen, trad. Pierre Grouix, Cheyne, 2016)


 

 

 

    

 

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