« Le rire est le sel de la vie, petite mère.
— Eh bien, tu sales trop ! Ça décape la joie. »
(Driss Chraïbi, La civilisation, ma mère !, Gallimard, 1989)
Après le froid hivernal qui a occupé la fin du mois de décembre, la pluie a repris ses droits. Il faut faire avec, surtout moi, le cycliste. Je m'efforce de sortir dès qu'il y a une éclaircie, de ne pas oublier ma grande cape qui me protège et m'évite de mouiller mes vêtements ou mes chaussures, de faire front pour éviter de glisser. Et, en même temps, je dois dire que j'aime assez la pluie pour sortir quand même : qui sait, un rayon de soleil créera peut-être un arc-en-ciel dont les couleurs m'enchanteront. Alors, en ces temps pluvieux, je me rappelle avoir trouvé la belle ode à la pluie qui suit et que je vous propose.
Ode à la pluie
Parce que son écriture nerveuse
file sur les vitres de l’express
et parce que son voile translucide
tangue devant le mer de lumière verticale de la tour
parce qu’elle pleure à mon instar
ce que de toute façon je ne peux oublier
et parce qu’elle pointille son haïku automnal
même tout de suite effacé sur le pare-brise
parce que c’est une bénédiction
de s’endormir au son de son chant ruisselant
et féerique de se réveiller dans le noir
quand elle cogne contre le toit des voitures
parce qu’elle unit ciel et terre
dans un sacrement secret
et même parce que les femmes les plus belles
le deviennent encore plus
lorsqu’elle file à travers leur longue chevelure
parce qu’on a le droit de rester tranquille
jusqu’à ce que sa grande musique s’apaise
et parce que sa lumière liquide
est le négatif de ce poème :
voilà pourquoi j’aime la pluie
Les arbres ne rêvent sans doute pas de moi (Søren Ulrik Thomsen, trad. Pierre Grouix, Cheyne, 2016)

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