Le cyclo-lecteur

Le cyclo-lecteur
Photo Juan Camilo Martinez Otálvaro (2013)

lundi 12 juin 2017

12 juin 2017 : l'angoisse du cyclothécaire au moment du départ en peloton


Un touriste, c’est souvent un portefeuille qui commente le peu qu’il voit sur un ton sans appel.

(Lyonel Trouillot, La belle amour humaine, Actes sud, 2011)



Je suis en train de mettre la dernière main à mon préparatif de voyage vers la Suisse et, plus précisément le tour du lac de Genève à bicyclette avec le groupe intitulé Cyclo-biblio du 18 au 24 juin (site : http://www.cyclingforlibraries.org/cyclobiblio/edition-2017/ ; page facebook : https://www.facebook.com/cyclobiblio/?fref=ts si vous voulez nous suivre).

 
On nous recommande vivement d’apporter un appareil nomade : tablette, smartphone, laptop (heureusement que j’ai fait mon voyage en cargo de 2015, j’ai appris du passager québécois que mon vulgaire notebook était un laptop !). Comme je ne me suis toujours mis ni à la tablette ni au smartphone (oh ! le vilain retardataire !), je recharge en ce moment mon notebook (petit ordinateur portable, il a 7 h d’autonomie, c’est plus que suffisant pour mon usage restreint, et je n’emporterai pas le cordon d’alimentation, voyager léger, ça demande de s’alléger à tous points de vue) que je prendrai peut-être, s’il reste de la place.
Car on doit emporter aussi quelques cadeaux à distribuer (pris deux bouquins peu épais, un cd et un dvd, et quelques petites nourritures terrestres de la région) à la foule qui ne manquera de nous suivre le long de la route (nous en sommes les nouveaux GÉANTS) et de nous acclamer ici et là, car nous devons faire l’advocacy des bibliothèques. Ben oui, on parle autant franglais à Cyclo-biblio que dans le quotidien Libération. Le mot promotion est nettement moins prestigieux qu’advocacy, dont je n’avais jamais jamais entendu parler avant ce voyage et les mails qui l’ont précédé (un mot qui semble utilisé aussi en médecine, il est vrai que tous les congrès internationaux sont en anglais !).
Bon, tout ça n’est que broutilles. Je sens que je vais découvrir une nouvelle langue de bois et qu’il va falloir m’adapter. Mais c’est aussi pour ça que je me suis inscrit. Serai-je le seul retraité ? Probable. Ça va m’amuser d’écouter nos jeunes bibliothécaires-pédaleurs (ne l’étais-je pas moi-même naguère ?), de les voir manier des concepts nouveaux, d’essayer de comprendre l’état des lieux de la bibliothèque nouvelle (le mot médiathèque semble déjà presque dépassé).
Que vais-je bien pouvoir leur apporter, à mes camarades jeunots ? De la même manière que j’ai eu l’impression, entre mon enfance campagnarde landaise et mon départ à la retraite d’être passé du Moyen âge au XXIème siècle, je vais sans doute avoir l’impression, depuis mes débuts en bibliothèque (en 1960 tout de même, à Mont de Marsan, en tant qu’usager) de passer des "Assis" de Rimbaud (cf son poème du même titre où il se moque férocement des bibliothécaires de Charleville : "Ces vieillards ont toujours fait tresse avec leurs sièges / - Oh ! ne les faites pas lever ! C'est le naufrage...") aux "geek-thécaires" actuels, toujours en avance sur leurs usagers, toujours à la pointe de l’innovation, de peur sans doute d’être à la traîne. Je revois encore ma vieille amie Monique R., condisciple à l’école nationale supérieure des bibliothèques, qui me disait déjà, quand je suis allé lui rendre visite à Lille en 1988 : « Nous voilà transformés en bibliothécaires presse-boutons ! ».
Un des derniers exemples est le changement de logiciel du site de la Médiathèque de Bordeaux. Le précédent était très simple. Mais pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué (c’est un peu comme le site des impôts) : résultat, la moindre recherche demande des plombes [je viens d’y jeter un œil, j’ai l’impression que l’ancien système est revenu, z’ont dû recevoir des plaintes, ou alors j’ai fait un cauchemar et j'aurai rêvé le nouveau logiciel]. C’est sans doute voulu. Ça me rappelle, quand je travaillais en Guadeloupe, le bibliothécaire de Sainte-Anne. C’est la seule tournée à laquelle je participais ; il ne classait pas les livres, car son point de vue était le suivant : « il faut que le lecteur cherche » ! Moyennant quoi, il avait largement le temps, en Don Juan qu’il était, d’admirer les formes suggestives des lectrices qui, effectivement, cherchaient, et de nouer avec celles qui lui plaisaient des intrigues prometteuses ! Résultat : les livres de la bibliothèque départementale, il fallait aller les dégoter nous-mêmes, noyés au milieu des livres appartenant à la Commune. On les retrouvait quand même assez vite, car notre étiquetage n’était pas le même, mais tout de même ! Jamais pu lui faire comprendre l’intérêt du classement alpha-numérique.
Bref, je me prépare. Comme je vais faire un trajet train + vélo, j’ai intérêt à rester léger. Parce qu’il faut chaque fois hisser le vélo dans le train, l’accrocher en hauteur, récupérer le sac à dos (qu’une voiture-balai transportera pendant nos étapes), j’en aurai un deuxième plus petit pour la journée, et que je n'ai plus vingt ans. J’ai fait réviser le vélo. Le cycliste a été révisé aussi, je me suis même fendu de l’achat d’un brassard tensiomètre (mais je ne l’emporterai pas), car les tensiomètres de poignet sont trop peu fiables, je suis allé à l’assurance vérifier que mon assurance peut assurer le rapatriement, etc.
Ma seule angoisse, c’est le peloton ; je n’ai jamais roulé en peloton, préférant le vélo solo ou à deux. Je pense que je me mettrai à l’arrière. Ce sera plus prudent, non seulement pour moi, mais aussi pour les autres. Et vogue le vélo !

PS : pendant quinze jours, pas de nouvelles pages sur le blog !

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