Le cyclo-lecteur

Le cyclo-lecteur
Photo Juan Camilo Martinez Otálvaro (2013)

lundi 24 avril 2017

24 avril 2017 : après la gueule de bois


Il y a une sorte d’uniforme moral que portent tous les spéculateurs milliardaires.
(Octave Mirbeau, La 628-E8, Fasquelle, 1907)


Vous avez bien connu un jour la gueule de bois ? C’est un peu ce qui se passe pour moi, depuis hier soir (heureusement que je n’ai pas d’alcool à la maison, je me serais saoulé !). Malgré les énormes progrès de mon champion (+ 3 millions de voix par rapport à 2012), il a été la victime du machiavélisme de Hollande et du PS. Ils savaient bien que Hamon allait au casse-pipe, mais après tout, Hamon a bien fait "le job pour lequel il était mandaté par l’appareil du parti, à savoir : limiter autant qu’il le pouvait la progression des insoumis", ai-je lu quelque part. Mélenchon aurait peut-être pu se qualifier si l’autre zigoto de service s’était désisté, comme il aurait dû le faire. Et on aurait au moins eu un candidat de gauche au second tour, car il pouvait dépasser la Le Pen.
 
Heureusement, ça ouvre la voie à la fin de l’hégémonie du PS sur la gauche, car le parti est en lambeaux. Il fallait les regarder se précipiter pour se raccrocher au wagon Macron hier au soir ; c’était pénible à voir et à entendre. Je me demande comment ils auraient réagi en cas de second tour Macron-Mélenchon. Ils auraient peut-être alors montré leur vrai visage, celui des amis de la finance internationale, de l’évasion fiscale (l’un de leurs ministres n’en était-il pas un vrai champion ; ah ! on le juge moins vite qu’un voleur de pain !), des réductions d’impôts pour les ultra-riches, de la fin de l’ISF (n’est-elle pas au programme de Macron ?), de la spéculation immobilière, des ventes d’armes, des réductions des services publics, et j’en passe…
Bref, Mélenchon a été un des rares à dire hier au soir qu’il n’avait pas été mandaté pour donner des consignes de vote. Pour en avoir discuté dès hier avec pas mal de personnes dès la fin du dépouillement auquel j’ai participé dans mon bureau de vote (Mélenchon 1er dans mon quartier, bravo !), puis encore ce matin, je peux affirmer qu’on sera assez nombreux à ne pas voter ou à voter nul ou blanc ! Pas question d’une élection soviétique comme Chirac en 2002 : 82,21 %. "On nous a eus une fois, on nous aura pas deux fois", tous me disaient ! Ça fait d’ailleurs quelque temps qu’on le dit aussi, depuis deux ou trois ans, entre nous. Et qu’on ne nous fasse pas le coup du fait qu’on risque de laisser élire Le Pen. Celle-ci a d’ailleurs fait son plein de voix chez les ruraux (elle fait un score très faible dans les grandes villes) et les vieux (paraît qu’elle est à 45 % chez les plus de 70 ans).
Macron fera autour de 60 %, on verra le total des abstentions, des votes nuls et blancs. C’est déjà pas si mal ! Bravo à Hollande d’avoir achevé le travail commencé par Jospin (le 1er ministre qui a le plus privatisé, faut le faire, quand même, quand on se dit de gauche) qui aura été de détruire peu à peu la gauche et surtout d’en dégoûter les électeurs. Il ne reste donc plus, à gauche, que l’extrême gauche (en voie d’extinction) ou les insoumis, les "Nuit debout", les zadistes, les autres étant complètement englués dans la soi-disant modernité du divin marché, la course aux prébendes qui va avec et la mort définitive de l’idéalisme en politique.
En tout cas, même si Mélenchon donnait une consigne de vote contre Le Pen, qu’il prenne garde, il perdrait pas mal de ses soutiens, qui en ont marre de voter "contre".

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