Le cyclo-lecteur

Le cyclo-lecteur
Photo Juan Camilo Martinez Otálvaro (2013)

mardi 21 février 2017

21 février 2017 : sur les flots d'Arçais


Le poème ne passe que par les mots
L’au-delà des mots, seul l’homme peut le capter
(Shuntarô Tanikawa, L’ignare, trad. Dominique Palmé, Cheyne, 2014)

J’ai donc passé deux journées et uns soirée éclatantes à Arçais, dans les Deux-Sèvres, à l’invitation de l'ami Claude Andrzejewski, qui organise chez lui des manifestations culturelles, petites par leur dimension, la petite salle ne peut contenir qu’une quarantaine de personnes, mais immenses par leur ambition : textes et musique mêlés, lectures théâtralisées, chanson aussi... On en sort ébloui, surpris, ému, plein de ferveur envers les artistes et sans doute d’autant plus qu’on est peu nombreux, ce genre de manifestation ne se prêtant d’ailleurs pas à la foultitude. Car il faut être très près du ou des artistes (lecteur, musicien ici), et se sentir partie prenante du groupe, pour arriver à la ferveur communicative que signalait si bien Marie Cosnay dans ma page d’hier.
Il se trouve qu’en plus, il s’agissait de faire une petite soirée autour de Danse sur les flots, mon petit recueil de poèmes paru l’an dernier. Claude, le lecteur, a fait un choix, curieusement complètement différent de celui que j’avais fait pour la nuit poétique de Reillanne. Ce qui n’a rien de surprenant, le recueil comprend plus de cent textes, il en a sélectionné une vingtaine (moi, j’en avais pris dix) qu’il a classés dans une sorte de continuité, comme si l’ensemble ne faisait qu’un seul poème. Serge, le musicien a utilisé le saxophone, notamment pour signaler l’entrée en lice du cargo (son de corne), un djembé (qu’il a frotté pour donner l’impression de la mer), un instrument à base de tiges métalliques dont le nom m’est inconnu (et qui permet d’imiter le bruit de l’eau) et une cloche. Il a pu ainsi donner une sorte de respiration à la lecture de Claude par un contrepoint musical bienvenu.
Je n’ai pas reconnu mes textes ; ou bien j’ai eu l’impression de les découvrir, comme s’ils venaient d’un autre auteur. Loin de me gêner, ça m’a donné une sensation toute nouvelle : d’abord, je n’étais pas seul, comme dans le processus d’écriture. Le lecteur s’appropriait les mots, et peut-être même l’au-delà des mots, comme écrit le poète japonais. Sa lecture était celle d’un homme aguerri à l’oralité, ponctué de pauses, et qui semblait avoir à cœur de faire savourer les mots. Par ailleurs, le groupe était extraordinairement attentif, suspendu au mélange de paroles lues et de sonorités musicales. Et je faisais partie de ce groupe, venu sans doute plus pour Claude que pour moi, mais qui me découvrait aussi.
La séance avait d’ailleurs débuté, après la présentation générale par Virginie, l’hôtesse de maison, par ma lecture d’une partie de la postface où j’explicite l’origine et les circonstances de l’écriture. Bref, tout avait été calculé pour faire de cette soirée une réussite : Claude m’a fait lever pour les applaudissements, et c’est enlacé par les deux artistes que j’ai atteint une détente totale. Car, bien sûr, on a toujours peur qu’il y ait un raté, que le public ne suive pas. Non, là, il y a eu véritablement une sorte de ferveur, l’émotion était visible et, pour ma part, j’étais enchanté.
Le pot qui a suivi a permis quelques discussions avec les uns ou les autres, notamment sur les voyages en cargo, j’ai signé quelques exemplaires du livre, mais évidemment la poésie ne se vend pas aussi aisément que la prose. L’essentiel n’était d'ailleurs pas là. Mais le principal y était : la joie, l’émotion, le plaisir d’être ensemble autour de l’amitié tout autant qu’aux abords de la littérature. Merci Claude (le maître d’œuvre), merci Serge (tu t’es merveilleusement adapté à la situation), merci Virginie d’avoir pris ton après-midi pour préparer la salle, et merci à tous ceux qui sont venus écouter du texte... Bon vent à tous.

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