Le cyclo-lecteur

Le cyclo-lecteur
Photo Juan Camilo Martinez Otálvaro (2013)

mercredi 8 février 2017

8 février 2017 : Mozart soigne-douleurs !


Avec de la tendresse et des câlineries,
de l’amabilité et des plaisanteries,
il est facile de conquérir le cœur
des bonnes filles.
(Mozart, L’enlèvement au sérail, 1782)

Je n’étais pas allé voir un opéra au Capitole de Toulouse depuis les années 70. Mais comme mes enfants et ma belle-sœur Anne voulaient m’offrir un opéra en direct pour mon anniversaire, j’avais choisi cet opéra, que je connais assez bien pour l’avoir écouté souvent et regardé en dvd. Avouons que le « direct » (pourquoi diable s’obstinent-ils à dire à la radio et à la télé le "lailleveu", alors que nous avons un mot français si simple !). J’y suis allé dans un état épouvantable, presque à ramasser à la petite cuillère, incapable de lever mon bras gauche, affligé d’une douleur atroce, surtout pendant la nuit. Mais je savais qu’il n’y avait rien comme Mozart pour me transporter pendant quelques heures ailleurs, et je savais donc que j’oublierai la douleur pendant trois heures, malgré l’inconfort de ces vieux théâtres.

un détail de l'affiche
 
Et, effectivement, l’enchantement s’est de nouveau produit. L’enlèvement au sérail (créé en 1782) est un "singspiel", c’est-à-dire un opéra chanté entrecoupé de scènes parlées (au siècle suivant, on dira un opéra comique, au XXème, une comédie musicale, si l'on veut, mais attention, il y faut des chanteurs de grande étoffe). Sélim, le pacha, pourtant un rôle important, est un rôle seulement parlé : c’est lui détient prisonniers Constance (dont il veut faire sa favorite, mais qui lui résiste : "Je ne tremblerais / que si je pouvais être infidèle"), Pedrillo et sa fiancée Blonde, les deux jeunes femmes étant enfermées dans le sérail, gardées par le terrible Osmin, qui surveille de près Pedrillo, devenu un des serviteurs du palais, qui mijote plan sur plan pour essayer de  faire évader les deux femmes, et lui avec. Voilà que survient Belmonte, le fiancé de Constance, parti sur les mers à sa recherche. Pedrillo parvient à le faire pénétrer dans le palais, en assurant au pacha qu’il est un architecte renommé en Europe. Comment les deux jeunes gens vont-ils réussir à déjouer la surveillance d’Osmin et des terribles janissaires ? C’est tout l’objet de cette turquerie, genre assez à la mode aux grands siècles (rappelons-nous Le bourgeois gentilhomme, de Molière et Lully).
L’argument vaut ce qu’il vaut, c’est souvent le point faible des opéras, jamais de ceux de Mozart, qui nous divertit par une musique divine apposée à une histoire en fin de compte assez contemporaine, si l’on pense à tous les enlèvements politiques que l’on connaît encore en ce début de siècle. Et surtout, comme souvent chez Mozart, on y explore l’amour et un de ses aspects, qui paraît ringard aujourd’hui : la fidélité. 

ma version discographique
La première fois que les quatre jeunes gens sont réunis, derrière la joie présente, les deux hommes ne peuvent manquer d’être assaillis par le doute à l’idée que leurs deux fiancées, enfermées dans le sérail, aient pu être soumises aux désirs du pacha ou de ses sbires. "Ne te fâche pas si, après les rumeurs / que j’ai entendues, j’ose / en tremblante et en frémissant / te demander si tu aimes le pacha", ose chanter Belmonte à sa soupirante qui n’en croit pas ses oreilles. Pedrillo, de son côté chante à Blonde : "Est-ce que Osmin, de fait, / comme on pourrait le croire / n’a pas usé de son droit de maître / pour l’exercer sur toi ?" S’ensuit une jolie scène chantée de dépit amoureux, où les deux belles chantent en chœur : "Que les hommes / doutent de notre honneur / et qu’ils nous regardent avec méfiance / nous ne pouvons pas le supporter !"
L’évasion est ratée. Pedrillo a bien fait boire Osmin (duo comique de "Vive Bacchus ! Vive celui qui a inventé le vin !"), les quatre sont menés aux pieds du pacha, qui pourrait exercer de dures représailles, surtout quand il apprend que Belmonte est le fils du gouverneur d’Oran, d’où il dut fuir, abandonnant son honneur et ses possessions. Mais, faisant un retour sur lui-même, et admiratif de la fidélité (la constance) de Constance, il pardonne : "C’est pour moi un plus grand plaisir de payer une injustice subie par une bonne action, que de répondre à la haine par la haine." Et tout finira bien, les quatre fiancés chantant ensemble en un superbe quatuor : "Rien n’est plus vil que la vengeance ; / être magnanime, humain et aimable, / et pardonner sans ressentiment, / voilà le propre des grandes âmes !"
Voilà, c’est tout simple, L’enlèvement au sérail est un hymne à la fidélité, au pardon et à la magnanimité. En notre temps de disgrâce de ces trois valeurs (pourtant nos hommes politique n'ont que ce mot : valeurs, à la bouche, ce qui leur permet de cacher leurs malversations sous des mots ronflants), ça fait du bien à entendre. Surtout que la mise en scène, l’orchestre, les chanteurs et acteurs étaient parfaits. Car Mozart ne supporte pas l’à-peu-près !

le billet d'entrée

Et, pendant trois heures (il y a eu deux entractes), je suis resté roi de mes douleurs !!! Vive Mozart, et qu’on continue à l’aimer et à le jouer ! 
Merci, Anne, de m'y avoir accompagné ! Et merci à Lucile et Mathieu d'avoir participé au financement !

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