Le cyclo-lecteur

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Photo Juan Camilo Martinez Otálvaro (2013)

lundi 30 janvier 2017

30 janvier 2017 : "La la land" ou le rendez-vous manqué


le bonheur, c’est autre chose. Il ne se voit pas tout de suite aux yeux des hommes, comme le bien-être aux fenêtres des maisons. Il ne se voit qu’à la longue, il ne se voit pas souvent, il ne se voit presque jamais.
(Octave Mirbeau, La 628-E8, Fasquelle, 1907)

J’attendais beaucoup de ce film, La la land : la résurrection d’un genre que j’affectionne énormément, le musical américain. Le rendez-vous avec le genre sera pour une autre fois. Oh, le film ne démérite pas totalement. Il y a même deux belles scènes, celle du début, sur l’autoroute surchargée, le ballet des automobilistes immobilisés, et à la fin, la scène onirique du ballet "parisien" sur fond de toiles peintes (hommage à Vincente Minnelli et à Tous en scène et Un Américain à Paris, aussi bien qu’à Jacques Demy et aux Demoiselles de Rochefort). Entre les deux, je me suis copieusement barbé, j’ai bâillé x fois à me décrocher la mâchoire. La faute à quoi ?

D’abord un scénario assez faible, ensuite des personnages trop peu caractérisés pour qu’on s’y intéresse, une action assez mollassonne, des chansons trop rares (et qu’on ne retient pas) et des parties dansées globalement insuffisantes. Il ne suffit pas de faire bouger la caméra pour donner l’illusion de la danse. Il faut aussi un chorégraphe derrière. Et puis, les deux acteurs principaux sont très peu charismatiques : c’est simple, Emma Stone a un air de Marion Cotillard, qui n’a jamais brillé par son charisme, et Ryan Gosling se demande parfois ce qu’il fait là, surtout quand il chante. Et, comble de disgrâce pour une comédie musicale, l’histoire d’amour finit en eau de boudin.
Il ne suffit pas de faire allusion à James Dean (les héros vont au cinéma voir La fureur de vivre) pour que ça donne aux deux acteurs l’aura (qu'avaient James Dean et Natalie Wood dans ce film) nécessaire à faire vivre leur histoire dans La la land. On retiendra tout de même la mise en espace des scènes de cabaret et l’hommage au jazz. Dommage, j’aurais bien aimé dire du bien de ce film qui a un succès phénoménal. Mais on sait que les Français, qui n’ont jamais aimé les chefs-d’œuvre du "musical" américain au moment de leur sortie (peut-être tout simplement à cause des sous-titres à lire), ont commencé à faire un triomphe à certains films musicaux à partir de West side story, qui en fut le chant du cygne, et ont exulté devant La fièvre du samedi soir ou Flashdance, qui en signaient l’arrêt de mort sur le plan esthétique.
La faute incombe ici à une musique trop peu entraînante, à l’absence de chansons que l’on a plaisir à fredonner, à la carence de la chorégraphie, au manque de gaieté, d’émotion, et surtout de goût du bonheur, tous ingrédients indispensables dans le genre si l’on songe aux réussites que furent Chantons sous la pluie, Un jour à New York ou Brigadoon ? Je ne sais pas : j’attendrai cependant avec impatience le prochain film de Damien Chazelle, en lui souhaitant d’avoir un scénario plus consistant, et de faire appel à des chorégraphes confirmés et inventifs, à des acteurs et chanteurs plus envoûtants et porteurs de la grâce indispensable dans le genre.

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