Le cyclo-lecteur

Le cyclo-lecteur
Photo Juan Camilo Martinez Otálvaro (2013)

dimanche 13 mai 2018

13 mai 2018 : Cuba ou l'art du voyage


le nombre de visiteurs intéressés semble être inversement proportionnel au nombre d’appareils photo dressés vers le monument.
(Jean-Acier Danès, Bicyclettres, Seuil, 2018)
 

la fresque murale devant une boutique de coiffeur 
(j'avais bien envie d'y aller)
 
Je disais donc que j’avais fait un beau voyage. À aucun moment, je n’ai regretté d’être venu à Cuba. Pour ne pas déflorer mon attente, je n’avais lu aucun guide de voyage, seulement de la littérature cubaine (7 romans, un livre de souvenirs et un recueil de poèmes) et je ne le regrette pas : j'avais l'esprit vierge. J’ai été séduit par le pays, les hommes et les femmes, les enfants et les vieux, les villes, les campagnes, les paysages, et même la chaleur ne m’a que peu incommodé, contrairement à certains de mes compagnons de voyage. Je n’ai fait qu’un usage modéré de la climatisation, que j’éteignais toujours pour dormir, ainsi que les ventilateurs s’il y en avait. Après la Côte d’ivoire et son climat quasi-équatorial en 2016, la Guadeloupe l’an dernier, je retrouvais un climat tropical qui me changeait de cet hiver humide 2017/2018 : du soleil, du soleil, du soleil enfin ! Bien sûr, j'ai recherché l’ombre dans nos balades citadines, parfois la fraîcheur de la baignade quand nous passâmes quelques jours en bord de mer. 

l'incontournable apéritif au rhum : ici, un daïquiri
 
Mais pas plus que ça. Ce que j’aimais, c’est observer les gens, les promeneurs dans les rues, les femmes cubaines incroyablement enserrées dans leurs robes et pantalons hyper-collants (même quand elles sont épaissies par l’âge, et ça commence tôt, bien avant la trentaine) faisant ressortir leurs formes très spéciales, notamment des fessiers surabondants. Les conducteurs de vélos-taxis qui nous hélaient, les rabatteurs de restaurants ou de taxis, les solliciteurs parfois, les serveurs et serveuses de restaurants tirés à quatre épingles et nous annonçant que tel ou tel plat de la carte manquait, nos chauffeurs de taxis (car on allait d’une ville à l’autre en taxi) qui nous racontaient leurs difficultés, nos logeurs de chambre d’hôtes (casas particulares) qui se mettaient en quatre pour nous satisfaire, les écoliers, collégiens et étudiants en uniforme, les jeunes très semblables aux nôtres, vêtus de pantalons troués aux genoux et la main rivée sur un smartphone, les vieilles personnes (souvent très belles), j’aurai découvert tout un monde, vibrant, chaleureux, bruyant aussi, vivant largement dehors et en musique..

la cathédrale de Santiago de Cuba
 
Et ce métissage incroyable, jamais vu encore nulle part. Des noirs, des métis colorés de diverses nuances et très peu de blancs à proprement parler. Cependant, j’ai remarqué que les petits métiers de rue sont plus représentés par des noirs, ainsi que les travailleurs des chantiers, les ouvriers agricoles, les femmes de ménage des hôtels ou les serveurs de restaurant. Pas de racisme ici, nous disait-on. Seul un chauffeur de taxi urbain a osé nous dire : « Je n’aime pas les noirs ! » Et les Africains que j’ai rencontrés, des Congolais du Congo Brazzaville, étudiants ou stagiaires, m’ont dit avoir souffert d’un certain mépris de la part des Cubains.

les inévitables voitures américaines vieilles de 60 ou 70 ans
(mais qu'on soigne plus que les maisons !)

Tous mes camarades étaient nantis de guides de voyage ; on m’avait dit : « On risque des coupures de courant, voire d’eau, il faut apporter des lampes, et aussi du savon et du shampoing, car ça manque », toutes indications fournies par les guides, pourtant publiés en 2017 ou 2018. Faut croire qu’ils ne font pas de mise à jour, car Cuba livre en ce moment une vraie débauche d’électricité – et j’ai appris que, grâce au pétrole, ils sont en autosuffisance énergétique. D’où le fait qu’ils laissent les lampes allumées quasiment en permanence, que les voitures restent parfois (souvent ?) stationnées avec le moteur allumé. Je n’ai donc jamais utilisé mes lampes frontales ni mes piles, j’ai donné savon et shampoing (y compris le surplus de ceux fournis dans les hôtels) à des solliciteuses de rue. Le seul hic, c’est que parfois il n’y avait pas d’eau chaude en chambre d’hôte, que les hôtels étaient un peu délabrés. Mais quand on voyage, on prend ce qu’on trouve. Sinon, on reste chez soi, si on veut trouver ailleurs la même atmosphère... Partir, c'est justement changer et se remettre en question, et ici, il y avait de quoi !

la ferme aux crocodiles de Trinidad
(ben oui, j'ai mangé du crocodile !)

Là, on était vraiment ailleurs, et j’ai fait avec. Peu de wi-fi (mais je n’avais pas de smartphone et donc ça ne me gênait pas), internet payant dans les hôtels, je n'en ai pas abusé. Mais il faut apprendre à se déconnecter en vacances, et garder son esprit libre pour regarder, sentir, apprécier (ou pas) ce qui s’offre à vous. C’est tout l’art du voyage.

la bananeraie dans la finca (ferme) de Carlos, notre dernier hôte à La Havane



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