Le cyclo-lecteur

Le cyclo-lecteur
Photo Juan Camilo Martinez Otálvaro (2013)

dimanche 2 juillet 2017

2 juillet 2017 : La "Divine comédie" des cyclothécaires : Livre troisième : Le Paradis 1, les rencontres


Les livres sont la plus forte contradiction des barreaux. Ils ouvrent le plafond de la cellule du prisonnier allongé sur son lit.

(Erri De Luca, Les poissons ne ferment pas les yeux, trad. Danièle Valin, Gallimard, 2008)



une des deux affiches de notre tour du Léman
Et voilà qu’après avoir failli sombrer dans l’Enfer (qui aurait été pire s’il avait plu comme ces jours derniers), et avoir vécu dans les salles d’attente du Purgatoire, il me faut bien parler du Paradis, car, tous comptes faits, ce fut quand même une semaine paradisiaque. Je diviserai mon développement sur le Paradis en trois volets : les êtres humains, les institutions visitées, le pays traversé.

bloqués par un camion
(en gilet fluo orange, un de nos capitaines de route)

Cyclo-biblio (la vélorution des bibliothécaires), c’est – d’abord – une aventure humaine, des rencontres, de l’amitié (oserais-je dire de l’amour, tant le mot, complètement connoté "sexe" aujourd'hui, paraît désuet au sens que je lui donne ?), des discussions, parfois des controverses, du vivant, quoi ! Rassembler 70 personnes (75 avec les accompagnateurs en voiture et camion), trouver à les loger, à les nourrir, à ne pas les perdre en route, à les choyer (je crois avoir été l’un des plus choyés, ayant entendu au moins cinq fois par jour : « Ça va, Jean-Pierre », chaque fois que l’un/e ou l’autre me dépassait dans la fournaise des montées), à les rassembler pour le départ ou l’arrivée, ce ne fut pas un mince travail. Bravo donc à Lara Jovignot, cheville ouvrière de cette quatrième édition, aux étudiants de la Haute École de Gestion de Genève qui se forment en information documentaire polyvalente en trois niveaux (certificat de capacité en trois ans, bachelor avec deux ans de plus, master, avec deux ans encore) et dont cinq ou six d’entre eux ont participé à la randonnée à vélo, faisant parfois ce type de rando pour la première fois de leur vie et qui ont aidé Lara dans l’organisation. Un vrai bain de jouvence que cette jeunesse ardente ! Je me voyais revenu à mes années de jeunesse, et aucun/e ne m’a fait sentir mon âge (je le sens bien tout seul !).

après l'effort, le réconfort : danse dans la bibliothèque
 
Mais enfin, c’était aussi une équipée cosmopolite. J’ai particulièrement sympathisé avec Carmen, l’Espagnole du groupe, qui connaît bien Bordeaux, et dont un des fils va peut-être poursuivre ses études à Bordeaux l’an prochain, avec les Flamands (on m’a mis dans leur chambrée en AJ1) dont j’aimais écouter le savoureux babil, avec le Zurichois Herbert (alémanique donc) qui fut un camarade de qualité, avec le couple de bibliothécaires d’Épinal, avec Stéphane, Joson, Anne, Michel, Colette, Emmanuel, Jean-Luc, et tous les autres [une liste par bibliothèques d’origine me serait bien utile], Français, Suisses, Belges, sans oublier Vincent, notre camionneur de choc, et sa compagne qui trimballaient nos sacs pour soulager nos efforts sur la route... Et tou/tes nos capitaines de route, affublé/es d'un gilet fluo orange (le nôtre était jaune), qui se plaçaient en tête et en queue du peloton ou des mini-pelotons quand on se subdivisait ! Quand je vous dis qu c'était super organisé !

Vincent le camionneur (et aussi le papa de Lara)
Enfin, il y eut aussi les rencontres dans les établissements : écoles de formation de bibliothécaires, bibliothèques municipales et scolaires, d’écoles polytechniques, universitaires, patrimoniales (Fondation Bodmer, Nations Unies, Abbaye de Saint-Maurice), où chaque fois nous fûmes reçus comme des rois, ou plutôt comme les délégués d’un métier en voie de transformation profonde, plutôt qu’en voie de disparition, et dont nous étions chargés de faire la promotion ("advocacy" en bon franglais) le long des routes, à grands coups de "flyers", de badges, de stylos, de sacs, de "goodies", de menus cadeaux, lors des pauses prévues à cet effet.

arrivée à Morges
 
Lors d'une de ces actions de promotion, à Morges, je me suis trouvé confronté à un petit groupe de jeunes de 16 à 21 ans, deux garçons, trois filles, avec qui j’ai papoté pendant un bon quart d’heure pour savoir s’ils lisaient (les deux garçons : néant), s’ils connaissaient la bibliothèque, s’ils la fréquentaient (apparemment, seule une des filles, d’origine immigrée, en était un pilier assidu) et qu’est-ce qu’il faudrait qu’on y trouve pour qu’ils y viennent... Ça n’avait pas l’air gagné. Accessoirement, je leur ai demandé s’ils faisaient du vélo ; sans étonnement, j’ai vu que les deux garçons étaient plus intéressés par les motos et les autos, mais les filles, moins. J’ai distribué en outre deux des livres de poche de ma bibliothèque, un dvd (Le docteur Jivago, ils connaissaient pas du tout !) et un cd du chanteur italien Gianmaria Testa. Car on était censé avoir apporté chacun ce type de cadeaux, pour montrer qu’on ne trouvait pas que des livres dans une bibliothèque.

l'autre affiche
1 Auberge de Jeunesse

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