Le cyclo-lecteur

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Photo Juan Camilo Martinez Otálvaro (2013)

samedi 1 juillet 2017

1er juillet 2017 : La "Divine comédie" des cyclothécaires : Livre deuxième : Le Purgatoire


Anders entre dans la pièce. On comprend à sa démarche hâtive et au coup d’œil furtif qu’il jette à sa montre surdimensionnée qu’il n’a pas de temps à perdre. Il est toujours en mouvement, sur le point de se rendre à une réunion, de se lancer dans un nouveau projet professionnel, résolument tourné vers l’avenir.
(Anna Fredriksson, La maison de vacances, trad. Lucas Messmer, Denoël, 2014)


abbaye de Saint-Maurice (Valais)
Mais, Dieu merci (le moine qui nous a fait visiter la Bibliothèque patrimoniale de l’Abbaye de Saint-Maurice d’Agaune dans le Valais, ne nous disait-il pas qu’elle était sous la «protection divine» ?), nous eûmes aussi droit au Purgatoire pendant ce tour du lac. Ce dernier étant une sorte de sas avant d’entrer au Paradis ou d'être rejeté en Enfer, selon la tradition catholique, je vais essayer de voir ce que je peux y inclure. 

vigne sur les pentes 
Je mettrais volontiers au Purgatoire l’emploi du temps extrêmement minuté, chronométré même, de notre séjour, qui nous valut des réveils très précoces (ainsi pour le départ de Genève le 19 juin, petit déj à 6 h 30, pour aller visiter le Rolex learning center de Lausanne le 21 juin, petit déj à 6 h 15, jamais de petits déjeuners au-delà de 7 h), et de nous précipiter vers les vélos dès les visites terminées, car on nous attendait ailleurs à une heure précise... Bon, je m’en suis remis, de toute façon, fatigué par ces journées menées à train d’enfer, j’étais couché en général entre 20 et 21 h.

  bateau à aubes sur le lac Léman (j'ai profité de l'arrêt à Vevey) : au loin les Alpes
 
Le Purgatoire, ce fut aussi de ne pas pouvoir passer beaucoup de temps pour admirer le paysage (qui était fort beau, entre les rives du lac, les bateaux, la brume du matin, les châteaux devant lesquels on ne faisait que passer, les montagnes au loin, les magnifiques vignes en terrasses dans la région de Vevey où le syndic nous invita à la Fête des vignerons de 2019), comme je fais toujours dans mes randonnées en solo. Ou pour souffler un peu ! Il me fallait attendre l’ordre de pause ou un arrêt inopiné, mais comme j’étais toujours vers la queue, on repartait presque chaque fois que j’arrivais !

pause connexion

Je rangerais bien aussi au Purgatoire l’hyperconnexion de la plupart des participants qui profitaient de chaque interruption pour sortir le smartphone (il est vrai que je sortais mon carnet et mon stylo) et jouer au jeu de la "petite poucette" chère à Michel Serres et – il faut l’avouer – à la plupart de nos contemporains. Je le vois bien chaque fois que je vais au cinéma, au théâtre, au spectacle, tant que la lumière n’est pas éteinte (et parfois pendant !), la drôle de petite machine se met compulsivement en mouvement, et de même dès que la lumière se rallume. Pour moi qui vais au spectacle comme au temple dans ma jeunesse (tiens, il faudra que j’y retourne voir si le même phénomène se produit là aussi avant et après le culte dominical), moi qui ferme les yeux avant que ça commence pour me concentrer sur ce que je vais voir, essayant de conserver un caractère sacré au film, à la pièce de théâtre, à l’opéra, au concert, au tour de chant, au cirque, je reste baba devant cette addiction. De même au bistrot, je vois les tablées de deux, trois, quatre personnes qui ont l’air pourtant d’être ensemble, mais dont chacun/e a les yeux et la main rivés sur sa drôle de machine ; comme écrivait Aragon : "Comme une étoffe déchirée / On vit ensemble séparés / Dans mes bras je te tiens absente".

restaurant oriental de Vevey (Riviera suisse)
Heureusement, le Purgatoire n’eut qu’un temps... Et il y eut des moments où l’on a vu "cette noble troupe, silencieuse, regarder en haut, comme en attente" (Dante Alghieri, La Divine comédie, Le Purgatoire, VII, trad. Lamennais). Ce fut alors le Paradis !

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