Le cyclo-lecteur

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Photo Juan Camilo Martinez Otálvaro (2013)

lundi 3 juillet 2017

3 juillet 2017 : La "Divine comédie" des cyclothécaires : Livre troisième : Le Paradis 2, les visites 1


Je ne cherche dans les livres qu'à y prendre du plaisir, par une honnête distraction. Et si j'étudie, ce n'est que pour y chercher la science qui traite de la connaissance de moi-même, et qui m'instruise à bien mourir et à bien vivre.
(Michel de Montaigne, Les essais, II, 10, trad. en français moderne Guy de Pernon)


Comme pour moi, l’humain d’abord, c’est primordial, j’ai commencé ma description du Paradis que fut cette semaine Cyclo-biblio par les rencontres avec des personnes, mais il y eut aussi les rencontres institutionnelles, avec les visites de nombreuses bibliothèques et autres établissements culturels, qui furent aussi, d'ailleurs, des rencontres de personnes souvent extraordinaires.

le fameux jet d'eau de Genève, vu d'assez près lors de notre retour en bateau de Bodmer

En hors-d’œuvre, le dimanche 18 juin, nous sommes allés à la Fondation Bodmer, à Genève, de l’autre côté du Rhône, avec traversée du lac en bateau, et donc une petite mise en jambes pour grimper à pied de l’autre côté. Je vous signale ce que j’ai vu ; l’exposition permanente comprend un aperçu de l’histoire de l’écriture et du livre : fragments d’écriture babylonienne cunéiforme, d’écriture hiéroglyphique, avec le livre des morts, manuscrits anciens d’Homère, Platon, Aristote, Hérodote, fragments de manuscrits bibliques du IVe siècle, Bible de Gutenberg... J’ai ensuite lâché le groupe pour visiter l’exposition temporaire Mme de Staël / Benjamin Constant qui se trouvait à l’étage au-dessous. Adolphe reste un de mes grands souvenirs de lecture, et j’ai toujours admiré ces deux écrivains, opposants au tyran Napoléon Ier, fossoyeur de la République.

départ de l'HEG après la visite : le soleil tape, il est 11 h 15
 
Lundi 19 juin : Programme plus copieux. D’abord, visite de la Haute école de gestion (terrible côte à vélo pour y accéder), qui propose, entre autres formations supérieures, le centre de formation des bibliothécaires pour la Suisse romande. La formation nous fut expliquée, avec ses trois degrés (cf hier), et leur souci de "faire-valoir" les métiers plutôt que de les "défendre" qui, selon eux, a un aspect négatif. Nous avons quitté l’école pour nous diriger vers le siège des Nations-Unies qui occupe l’ancien Palais de la Société des Nations (1919-1946), superbe bâtiment. Il a fallu montrer patte blanche. Repas à la cafétéria, puis visite de la magnifique bibliothèque qui contient les archives de la SDN. On nous a montré, entre autres trésors, une lettre d’Albert Einstein et une lettre de Marie Curie. Puis, nous avons quitté Genève pour nous rendre à Coppet (en passant devant le château de Coppet, je repensais à Mme de Staël), où nous avons été accueillis à la Bibliothèque intercommunale mixte (scolaire et publique), située à l’intérieur du collège de Terre-Sainte. Très bel accueil, apéritif dînatoire offert par la municipalité. Puis notre groupe s’est séparé en deux, les uns, dont j’étais, étant logés au Château de Bossey, les autres à l’AJ de Nyon. Le château est le siège du Conseil œcuménique des Églises, d’où le calme des lieux et notre surprise de voir un jeune prêtre orthodoxe barbu jouant au ping-pong avec un retraitant. Chambre superbe où j’étais tout seul !

bibliothèque de Rolle (Marie, de la BDP des Vosges, lit son texte)
Mardi 20 juin : nous rejoignons les autres (un peu "jaloux" de notre vie de château) à Nyon, d’où on s’élance vers Rolle, sur des petites routes au milieu des vignes et par des pistes cyclables, admirant les brumes sur le lac. Là encore, la Bibliothèque municipale de Rolle est mixte (scolaire et publique), et nous eûmes l’agréable surprise de voir des enfants de l’école nous offrir des cartes postales sur lesquelles étaient imprimés les calligrammes en forme de vélo qu’ils avaient inventés en atelier d’écriture. De Rolle, nous avons longé le lac pour rejoindre Morges, dont la Bibliothèque municipale est une des plus anciennes de Suisse, crée en 1767. Rénovée, elle contient aussi un fonds ancien. C’est là qu’ensuite, nous fîmes une action de promotion ("advocacy") sur les quais et en ville, et que je rencontrais mes jeunes de 16 à 21 ans (et non pas à Montreux comme indiqué par erreur hier, j’ai corrigé). Nous quittâmes Morges pour Lausanne, où nous fîmes une entrée triomphale, escortés par la police. Un accueil officiel nous attendait à la plage, où la Bibliothèque de la ville installe une "Bibliothèque à la plage" pour l’été. À 19 h 30, on file à l’AJ. Hyper fatigué (50 km de vélo sous le cagnard, trois arrêts longs), je renonce aux joies du barbecue géant qui nous attend sur la plage voisine, et à 20 h 30, je dors déjà. Je n’entendrai pas mes quatre colocataires de chambrée rentrer, ni leurs ronflements !

vue extérieure du Rolex learning center (photo Antoine, je crois, en tout cas, pas de moi)
Mercredi 21 juin : journée entière à Lausanne que nous ne quitterons que demain. Petit déj à 6 h 15, et départ à 6 h 45 pour le Rolex learning center, magnifique bâtiment en forme de vague épousant la colline et de gruyère (à la française) aussi, car vu du ciel, il est aéré par de nombreux trous. Construit par l’équipe japonaise SANAA, je me suis dit en sortant que, si j’avais eu la chance d’avoir un tel bâtiment, j’aurais sans doute été moins nomade et moins instable dans ma vie professionnelle (quoiqu’il est possible qu’on s’y ennuie un peu, à la longue). Très belle visite, ultra-rapide, car nous sommes attendus à 9 h à la Bibliothèque cantonale et universitaire de Lausanne, où on nous présente le nouveau réseau du canton de Vaud, RENOUVAUD. Projet de doublement de la bibliothèque par un agrandissement sur la colline... 

bibliothèque cantonale et universitaire de Lausanne
 
L’après-midi, départ à pied pour le centre-ville, avec des visites par groupes. J’avais choisi la section jeunesse de la Bibliothèque municipale du Chauderon, qui a la particularité d’avoir créé une bibliothèque des parents (psychologie, puériculture, famille, problématiques de la pré-adolescence et de l’adolescence). C’est là que j’ai vu pour la première fois des bornes RFID, automates qui font à la fois les prêts et les retours. En fin d’après-midi, visite à Bibliomédia, sorte de super bibliothèque desservant les petites communes de toute la Suisse romande : 953690 prêts en 2016 par envois postaux, 18000 colis par an. Bibliomédia propose aussi un projet d’éveil au langage : "Né pour lire", des séries de livres pour lectures suivies, des expositions clés-en-mains, des animations de bibliothèques de rue, et un prix littéraire annuel double (un auteur français, un auteur suisse francophone). Nous y eûmes droit à un atelier de sketch-notes.

bibliothèque jeunesse du Chauderon et ses célèbres arbres à livres
La suite au prochain numéro... Vous voyez comme c’était copieux !

PS : J'oubliais de dire que chaque jour, un des participants était chargé de lire un court texte illustrant un des slogans de Cyclo-biblio cette année. J'ai dû le faire en premier le lundi à la Bibliothèque du Collège de Terre-Sainte. J'avais naturellement oublié mon texte préparé (slogan : "stimuler son esprit critique"), j'ai improvisé sur la visite que Michel Tournier avait faite en février 1978 pendant deux jours dans le département du Gers, sous ma houlette, et sur la manière dont il stimulait l'esprit critique des enfants lors des rencontres ! 

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