Le cyclo-lecteur

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Photo Juan Camilo Martinez Otálvaro (2013)

jeudi 25 mai 2017

25 mai 2017 : solidarité active avec les Palestiniens !!!



Tu n’as pas de chez-toi jusqu’à ce que tu t’en ailles, et une fois que tu es parti tu ne peux jamais revenir.
(James Baldwin, La chambre de Giovanni, trad. Élisabeth Guinsbourg, Rivages, 1997)


J’ai jeûné aujourd’hui. 
En solidarité avec les grévistes palestiniens de la faim, retenus depuis de nombreuses années dans les geôles israéliennes (l'un d'eux depuis 35 ans !), parfois sans inculpation ni le moindre jugement, pour des durées illimitées, sans accès à leur dossier (ce que l’occupant appelle la détention "administrative") et qui demandent les droits les plus élémentaires : fin de la détention "administrative", du confinement et des tortures, visites familiales deux fois par mois, un téléphone public en prison, un accès à des soins et des médecins indépendants et même la possibilité d’étudier en prison... Ce qui existe dans toutes les prisons des pays un tant soit peu démocratiques. Mais Israël, qui réserve sur son territoire des droits à certains et les dénient à d’autres (cartes d’identité différentes par exemple), créant de fait de la ségrégation, voire de l’apartheid, est-il une démocratie ? Il ne suffit pas d’organiser des élections pour se prétendre "démocratie" : on ne le voit que trop dans le monde, et même à nos portes...
Les prisonniers en question, en grève de la faim depuis le 17 avril, sont tous des opposants à l’occupation israélienne, mais ils sont privés du statut de prisonnier politique (ce qui permet à l’occupant de les incarcérer en toute illégalité hors de leur territoire, la Palestine), ils sont constamment harcelés, brutalisés, quand ce n’est pas torturés, y compris les enfants de 13-14 ans qui jettent des pierres sur les tanks de l’armée occupante, sur leurs bulldozers qui démolissent les maisons des soi-disant "terroristes" (jetant des familles entières à la rue et dans la misère), ou sur les tractopelles qui arrachent leurs oliviers. Car, bien sûr, quand on est puissance occupante, on peut tout faire : faire de Gaza un immense camp de concentration à ciel ouvert de près de 2 millions d'habitants, et de la Cisjordanie occupée un laboratoire des méthodes d’occupation coercitives qui serviront vraisemblablement de modèle à d’autres états se disant eux aussi démocratiques.

l'affiche de la conférence 
(avec le rappel de Mandela en figure de proue de la résistance)
 
Bref, j’en ai appris de belles pendant mon séjour parisien. Bien sûr, j’en savais déjà beaucoup, on peut s’informer, quand on veut, et ne pas subir le poids des grands médias cachottiers de tout ce qui les dérange (plus exactement de ce qui dérange leurs propriétaires). 
Le 19 mai, j’ai assisté à l’Ile Saint-Denis (en présence du maire de la commune, eh oui, tous les élus ne sont pas corrompus !) à une Conférence-débat sur la Palestine, la situation des prisonniers palestiniens et le droit international. Étaient présents : le jeune Palestinien Alaa Shadi (qui étudie en France, et dont le père est en prison depuis vingt ans), l’opposant israélien Ronnie Barkan, et surtout la jeune refuznik (on appelle ainsi ceux qui refusent le service militaire obligatoire en Israël, de trois ans pour les garçons, de deux ans pour les filles, service militaire qui consiste en un bourrage de crâne intensif culminant dans les territoires "occupés" où on les oblige à humilier en permanence ces "sous-hommes" que sont les Palestiniens) Tamar Alon : cette jeune fille de dix-huit ans à peine, qui a préféré faire de la prison au déshonneur de servir une armée d’occupation qui humilie quotidiennement les Palestiniens, m’a impressionné par son calme, son beau sourire et la clarté de son discours en anglais suffisamment laborieux pour que je le comprenne. Tous trois ont souligné l’importance du soutien international, ainsi que celle du boycott (BDS Boycott Désinvestissement Sanction), sans trop se faire d’illusions cependant. 

les trois invités : au centre, la jeune refuznik
 
Car, à l’égal de sa maîtresse en realpolitik, l'infâme et machiavélique Margaret Thatcher qui, lors de l’incarcération et de la grève de la faim des activistes irlandais (dont Bobby Sands, pourtant élu député, qui en mourra) disait : « Qu’ils crèvent ! », Netanyahou ne dit pas autre chose, mais comme il pense à l’opinion publique mondiale, il est prêt à nourrir de force les malheureux, qui bien entendu, ne le veulent pas. Il paraît (d’après Ronnie Barkan) que les médecins israéliens sont opposés à l’alimentation forcée, et qu’on va devoir faire appel à des médecins étrangers, moins soucieux de morale politique (et sans doute grassement payés pour ce faire). On en est là au bout de quarante jours. 

 
Que peut-on faire ? Demander à nos dirigeants de faire respecter par leur allié israélien les conventions de Genève qu’il a signées ? Faut pas trop y compter, car à part De Gaulle ("ce peuple sûr de lui et dominateur", disait-il en 1967, décidément, il était visionnaire !), tous nos dirigeants ont rampé devant l’état israélien. Informer en place publique par des tracts, car il ne faut pas trop compter sur les "merdias" (comme disent mes amis de tous bords) radio, télé ou magazines, pour l’être. Boycotter certaines entreprises mondialisées, comme HP (oui, Hewlett Packard) qui fournit à Israël les moyens d’opprimer encore davantage les Palestiniens, notamment aux check-points complètement illégaux, puisqu’en territoire palestinien (mais qui pourrissent la vie des habitants, autant que celle des soldats affectés à ces postes), tout en aidant activement les colonies israéliennes illégales de Cisjordanie.


Parallèlement, avec mes cousins, je suis allé voir Le chanteur de Gaza, un biographie filmée de Mohammed Assaf qui a pu s’enfuir, avec de faux papiers, de Gaza vers l’Egypte en 2012 pour participer à l’émission de télé Arab Idol, où il triompha. Depuis, il a un passeport diplomatique qui lui permet de voyager partout dans le monde, sauf qu’il ne peut pas revenir chez lui, car Gaza est une immense prison dont on ne peut ni entrer ni sortir. Le film nous le montre dans cet enfermement, se promenant le long de la mer, mais impossible de s’échapper par là, le long des km de clôtures barbelées et électrifiées qui vont vers Israël. C’est impressionnant, on voit enfin Gaza outragé, brisé, martyrisé, en attendant d'être libre un jour (il paraît que le réalisateur a eu droit à deux jours pour filmer des scènes à Gaza, il a dû compléter par des prises de vue en Égypte ou au Liban). J’aurais vu pas mal de biopics (comme on dit, un peu marre de tous ces anglicismes) musicaux cette année (Dalida, Django, celle-ci), mais celle-ci est encore plus pertinente que Django, en termes politiques.

Ne vous inquiétez pas trop, j’ai assez l’habitude de sauter un repas de temps en temps, là, j’en aurai sauté deux... Qu’est-ce par rapport à tous ces gens qui jeûnent depuis près de quarante jours ? Et qui risquent leur vie : elle vaut bien la nôtre, non ?

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