Le cyclo-lecteur

Le cyclo-lecteur
Photo Juan Camilo Martinez Otálvaro (2013)

samedi 24 septembre 2016

24 septembre 2016 : "Danse sur les flots" (encore ?)



Tous ceux qui ont perdu quelqu'un sont, si peu que ce soit, engagés dans la mort. Mais nous n'avons rien perdu. Ils sont là ; ils nous attendent, là où il n'y a plus d'attente.
(Marguerite Yourcenar, Suite d'estampes pour Kou-Kou-Haï, in En pèlerin et en étranger, Gallimard, 1989)



Je viens de recevoir un nombre d'exemplaires assez important de mon livre. Mon recueil est une suite de textes poétiques sur le deuil, c'est pourquoi j'ai mis en exergue la citation de Marguerite Yourcenar ci-dessus, qui me semble refléter à la fois mon mode de pensée en général et le contenu assez exact du livre en particulier.
Je vous en offre un autre texte, en espérant que vous serez nombreux à souhaiter l'acquérir, justement pour aider d'autres personnes endeuillées. Ceci étant, ce n'est pas un livre triste, je ne crois pas du moins. J'ai simplement eu besoin, dans l'absence déchirante qui s'est produite tout à coup, d'une part de faire ces voyages en cargo et d'écrire de ce lieu de nulle part, au milieu des océans, pour essayer d'y voir plus clair.
Voici donc un des poèmes de la fin du livre :

un jour, tu as quitté mon orbite
je n'étais pas pourtant un astre terrifiant
tes dents voulaient croquer une joie inconnue
ton rire soulever la routine en poussière
ton haleine chasser les branches de l'ennui

un jour, tu as coupé toutes les chaînes
je n'étais pas pourtant une prison terrible
tes yeux ne voulaient plus qu'on les retienne
tu voyais dans mes pleurs un crocodile
et dans mon souffle un éventail troué

un jour, tu es partie à la dérive
ivre comme un bateau sur les mers effarées
tu m'as laissé creuser ton absence en désert
tu n'acceptais plus le mensonge du destin
tu m'as abandonné, chien perdu sur un quai

voilà : je te poursuis sur les mers insolites
croyant te retrouver dans les soirs aveuglants
dans les fruits de la nuit quand la mer est étale
dans les rides fanées des vagues vieillissantes
jusque dans les abris des rades du silence

je te retrouverai, tenace et téméraire
car les mots veillent la nuit dans mon sommeil
j'essorerai la mer, la prendrai au lasso
j'épongerai le sel de sa prison humide
et un jour, tu referas escale dedans moi




J'espère que ça vous vous donne une envie d'en lire plus, merci.

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