Le silence n’est pas une fin de non-recevoir ni une rupture. Il est même le test absolu, en amitié comme en amour. L’être avec qui on peut se taire en harmonie, c’est l’élu.
(Amélie Nothomb, Psychopompe, Albin Michel, 2023)
Ma petite histoire se passe un 1er avril, mais ce n'est pas un poisson d'avril pour autant !
Drôle de 1er avril
Ce 1er avril 1954, Piccolo (ainsi surnommé par sa mamie) revint de l'école vers 17 h. Il avait fait le chemin de l'école à la maison avec Francine, la fille des voisins, avec qui il était toujours dès qu'il pouvait, laissant son frère aîné prendre le chemin des écoliers avec les grands garçons. Piccolo ne les aimait pas trop, car ils étaient trop brutaux et ne disait que des gros mots. Avec ses 11 ans, Francine aussi était une grande : elle aimait bien le petit Piccolo, de trois ans son cadet, qui ne s'était jamais moqué d'elle, et qui était fier qu'elle lui donne la main pour rentrer à la maison. Le plus souvent, ils avançaient en silence.
Mais cette fois, Francine ne put s'empêcher de lui annoncer une grande nouvelle :
"Tu connais le bruit qui court dans le village ?"
Piccolo répondit : "Non. Maman et Mamie n'aiment pas les commérages !"
"Oh, mais c'est pas un commérage. C'est Dany elle-même, Dany, tu sais, la grande du certif, qui me l'a dit! Eh ben, elle court après Gilbert, qui prépare le certif aussi. Ils sont grands, ils ont treize ans".
"Oui, et alors ?"
"Ben, elle m'a dit qu'ils étaient amoureux."
"Oh, tu sais, elle peut toujours dire ça, et lui courir après. Mais elle est pas près de rattraper, car c'est le meilleur coureur des garçons de l'école !"
Francine se mit à rire et même à éclater de rire. Piccolo ne comprenait pas, il n'avait rien dit de drôle ! Ils arrivaient, chacun entra dans sa maison respective, après s'être donné un petit bisou sur la joue.
Comme toujours, Piccolo avait une anecdote à raconter pendant les repas. Et, pour le dîner, après la soupe, il demanda :
"Je peux dire quelque chose, Mamie ? C'est un truc que Francine m'a raconté."
"Oh, si c'est Francine, ça doit pas être quelque chose de bien méchant", dit la grand-mère qui connaissait son Piccolo et Francine aussi.
"Oui, c'est pas méchant. Il paraît que le grand Gilbert, vous savez, le fils des voisins, qui habite un peu plus loin, dans la rue en face. Eh ben, Gilbert court après Dany, la fille de l'épicier. C'est Dany elle-même qui l'a dit à Francine !"
"Et alors ?", demandèrent d'une seule voix Maman, Mamie et Joseph, le frère aîné.
"Eh ben alors, vous comprenez pas ? Elle peut toujours lui courir après..."
"Oui, et alors ?"
"Eh ben, j'ai dit à Francine, que Dany peut bien lui courir après, elle le rattrapera jamais, c'est le plus rapide de l'école."
"Que tu es naïf, mon garçon !", dit Mamie en souriant, tandis que Joseph éclatait de rire. "Dans l'expression courir après, courir n'a pas le sens habituel, viens avec moi dans ma chambre, pendant que Joseph va aider Maman à débarrasser la table et faire la vaisselle, je t'expliquerai..."
Et depuis, Piccolo s'est montré plus prudent dans les conversations. Il a même souvent évité de mettre son grain de sel et préféré le silence.

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