lundi 6 avril 2026

6 avril 2026 : Résurrection de Compostelle à chacun de nous

 

On coupe les ponts, et tout simplement on avance. On se voit appelé, et il faut sortir de l'existence qu'on a menée jusqu'alors, il faut « exister » au sens le plus strict du terme.

(Dietrich Bonhoeffer, Le prix de la grâce, Seuil, 1971)

 

                       C'est la troisième fois depuis 2011 et mon arrivée à Bordeaux que je vais au Temple protestant. Or, depuis quelque temps, j'éprouve le besoin de me ressourcer dans la religion de mon adolescence. Ainsi, l'an passé, en octobre, j'ai profité d'une de mes vadrouilles pour aller au culte à Lamalou-les-Bains puis le dimanche suivant à Montpellier. C'était comme un appel. Et j'ai eu la surprise de découvrir à Montpellier qu'une des pasteures de ce temple participait à l'émission hebdomadaire Pasteur du dimanche, que je suis assez régulièrement sur internet. Là, un ou une pasteur(e) développe en l'espace de deux ou trois minutes une prédication toute simple qui se termine toujours par les mots : choisis la vie. Tout un programme.  

                   Je crois être un des rares membres de ma famille à avoir gardé un intérêt pour la religion ou même pour les religions en général ; ils (elles) sont même en général tout à fait opposé(e) à toutes les religions Je n'ai été pratiquant que pendant des périodes limitées, surtout pendant mon adolescence antre 1959 et 1969, en partie parce que le temple était proche et que le pasteur était un fou de Dieu qui avait une foi ardente et faisait ce qu'il prêchait. Puis, après un long silence, j'ai été ramené à la foi de mes ancêtres par Claire (pourtant d'origine catholique) qui, en juillet 2002, m'a dit : "ça fait un moment que tu parles de retourner au temple, et je vois que la mort de ton frère cadet t'a abattu. Je suis prête à y accompagner". Aussitôt dit, aussitôt fait. Elle a été séduite par la simplicité du culte protestant.

                  Et, jusqu'en 2008, nous y sommes allés, Claire et moi, très régulièrement, tant quelle a pu physiquement faire le déplacement. Nous sommes même devenus des éléments actifs de la communauté protestante de Poitiers, où nous avons été fort bien accueillis. Et je pense que ça a contribué à prolonger sa vie, et à nous aider à survivre pendant cette période douloureuse, à partir de 2004. Il faut dire que le pasteur de Poitiers était exceptionnel lui aussi. Et Claire a décidé que la cérémonie des funérailles aurait lieu au Temple.

 
le temple du Hâ 

               J'ai donc profité de ma solitude actuelle et d'un besoin irrépressible d'aller participer au Culte de Pâques du Temple du Hâ de Bordeaux. Il faisait beau, un coup de vélo, et hop ! Il y avait au moins une bonne centaine de personnes, dont des familles pour trois baptêmes. Le culte a duré 1 h 40. La prédication sur le thème de la Résurrection (Pâques oblige) était superbe : j'ai découvert le sens ou les multiples sens de Résurrection. Et je me suis rendu compte que j'avais plusieurs fois été ressuscité : à maintes reprises (après une maladie et une hospitalisation), un nouvel homme a surgi en moi et j'ai "dépouillé le vieil homme" (Éphésiens 4:22, Colossiens 3:9) dont parle l'apôtre Paul. Parfois, ça m'a pris beaucoup de temps. 

                    Par exemple, après mon opération de l'estomac de décembre 1968, il m'a fallu quatre ans pour modifier mon style de vie, me défaire de mon côté ténébreux et trouver ma face solaire, découvrir la force de l'amitié, puis de l'amour, l'exercice physique (randonnées pédestre et cycliste, course à pied, etc.), des rencontres multiples  avec les autres, avec la poésie, les voyages, etc. Et, à chacune des mes transformations, je me rends compte que le personnage du Christ (que j'ai toujours beaucoup admiré) était toujours derrière moi, qu'il était dans les personnes que j'ai le plus aimées, celles, vivantes ou mortes, qui m'ont accompagné constamment dans la vie. Et qui, chaque fois, m'aident à ressusciter, à me dépouiller du vieil homme, à me rendre encore un peu utile...

                    Et, comme par hasard, j'ai vu vendredi dernier un film qui m'a troublé profondément. Compostelle raconte l'histoire de deux paumés : Adam, un jeune homme de dix-sept ans, que d'aucuns considèrent comme un voyou irrécupérable, et Frédérique (Fred), une professeure en quartier sensible, mise à pied pour avoir craqué un jour et giflé une élève insupportable. Tous deux vont participer, elle comme accompagnante d'un jeune en grave difficulté et lui en remplacement d'une peine de prison, à une marche de rupture du Puy-en-Velay jusqu'à Saint-Jacques de Compostelle. Ces marches ont été initiées par Bernard Ollivier, journaliste et écrivain, que j'avais rencontré en 2007 à l'occasion d'une rencontre à la prison de Poitiers organisée par l'Association D'un livre l'autre dont je faisais partie ; il a fondé l'Association Seuil, dont je suis donateur depuis. Ces marches réussissent à sortir de l'abîme la plupart des jeunes qui lui sont confiés.

 

                    Je ne vous raconte pas l'histoire de ce lent apprivoisement de l'un par l'autre, de la transformation progressive de chacun des deux au cours de cette odyssée. Vous aurez le plaisir d'aller voir le film comme je l'ai fait : c'est un film qui fait du bien ! Et vous y apprendrez que l'amour au sens christique du terme (agapé) peut faire évoluer tout le monde, au sens d'un changement profond de la personnalité, une résurrection vers le meilleur de la vie, la solidarité, la fraternité, l'amitié. Le monde irait mieux si nous étions tous en perpétuelle "résurrection".

  

 

 

 

Compostelle 

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