lundi 9 février 2026

9 février 2026 : les petites histoires de JP 2

"Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné ?" Là est la véritable preuve que le christianisme est quelque chose de divin.

(Simene Weil, La pesanteur et la grâce, Plon, 1947)

 

                    Quand j'étais enfant, j'avais peut-être six ans, ma grand-mère maternelle, qui vivait chez nous, et qu'on appelait Mamie, commença à faire notre instruction religieuse : elle nous apprit le Notre père, et commença  à haute voix la lecture de la Bible pendant les soirées de janvier 1952, pour mon frère aîné et moi, qui partagions le même lit. Elle débuta évidemment par la Genèse qui nous intrigua suffisamment pour qu'on lui posât des questions, ce qui la poussa à rééditer plusieurs fois la lecture de la création du monde jusqu'à ce que, connaissant le texte par cœur, Michel et moi, nous n'eûmes plus de questions à lui poser. Ce récit mythique nous avait fasciné suffisamment pour que, peu à peu, je réécrivais dans ma tête cette histoire à ma convenance.

                    Voici à peu près ce que j'avais élaboré.

 

Dieu et la lumière : la naissance du monde

Quand Dieu créa le monde, il fit d'abord le ciel bleu et le soleil. Mais la lumière était trop forte. Il fit ébloui et même aveuglé. c'est qu'il n'avait aucun endroit où se cacher de cette lumière éclatante. Alors il se construisit une sorte de bunker aux murs très épais où il vivait caché. Mais comme il avait oublié de faire une fenêtre, il s'est trouvé pour le coup complètement aveugle, dans un noir absolu. C'était pire que la lumière, il ne voyait plus rien.

Il fit alors une ouverture dans un mur du bunker. Et il aperçut avec satisfaction l'aube qui pointait à l'horizon. C'était son premier matin. Puis il créa les nuages, la terre où il planta des arbres, et l'ombre des feuillages apparut. La lumière du soleil n'était plus aussi forte. Puis la nuit arriva, sa première nuit, et il en profita pour sortit du bunker ; il créa la lune et les étoiles, la mer où se reflétaient les étoiles et la lune, les rivières et les fleuves, les montagnes et les plaines, les îles et les glaciers. Il ajouta sur la terre des plantes de toute sorte, puis des animaux, des insectes, des oiseaux, dans la mer et les rivières des poissons et toutes les créatures vivantes. 

Puis il se dit : "Je vais créer des êtres à ma ressemblance !", ce qu'il avait oublié de faire. C'est ainsi que les êtres humains sont apparus. Mais quand il vit que ceux-ci faisaient le mal, se lançaient dans ses guerres destructrices, il se dit : "J'ai dû rater quelque chose, ils ne me ressemblent pas du tout !" Alors il abandonna ses créatures et se réfugia dans son bunker. 

Il n'en est plus jamais ressorti ! Et c'est pour ça qu'on ne le voit pas.

Michel Ange

 

  

dimanche 8 février 2026

8 février 2026 : Charles Juliet

Quand l’estime de soi est défaillante, penser qu’autrui pourrait s’intéresser à vous et vous donner un peu d’amitié est tout bonnement impossible.

(Charles Juliet, Me meilleures années : Journal XI, Fragments, P.O.L., 2025)

 

                    Je suis un lecteur de Charles Juliet depuis longtemps. Il est, avec Michel Tournier, le seul des écrivais vivants (de mon temps) que j'ai suivis de bout en bout, côté homme, avec Annie Ernaux, Marie-Hélène Lafon ou Marguerite Duras côté femmes. J'ai toujours trouvé que ces écrivains me parlaient ou même parlaient de moi, et que je pouvais les tenir pour des amis. Une amitié littéraire en quelque sorte, bien que je ne les ai pas toujours vus en chair et en os. Mais quelquefois, des amis de ce genre sont très précieux... Car, si on a du vague-à-l'âme, ou qu'on se sent un peu déprimé ou beaucoup, il suffit d'ouvrir un de leurs livres, et on se sent revigoré. C'est d'ailleurs pareil avec les écrivains des siècles passés,  pour moi du moins. Ils ou elles me donnent du tonus !

                    C'est ainsi que je suis allé au Petit Théâtre des Chartrons fin janvier : salle pleine (40 places) pour voir un comédien nous dire avec maestria un poème de Victor Hugo, tiré de La légende des siècles intitulé La Vision de Dante. Ce long poème (durée 55 minutes) a été longuement applaudi. Je l'ai redécouvert avec un grand plaisir. J'avais lu La légende des siècles dans les années 70 avec délectation, étonnant le libraire d'Auch avec qui je causais et qui m'a dit que seuls les étudiants en lettres lisaient ce livre, par obligation.

                    Mais revenons à Charles Juliet. Il a écrit de la critique d'art, des récits et nouvelles, des poèmes, mais sa grande œuvre reste son Journal (11 volumes) et autres écrits annexes, carnets et chroniques de voyage. Là, il se montre dans toute son humanité, sa fraternité, sa grandeur, sa sensibilité, le tout contenu dans une écriture serrée, tenue, exempte de délayage, et toujours à hauteur d'homme qui parle à d'autres êtres humains, hommes et femmes : "Se transformer, c’est rejeter tout ce qui nous conditionne, tout ce qui ne vient pas de nos racines. Quand cet élagage a eu lieu, une lucidité survient, la capacité de se voir avec lucidité. Se voir sans se valoriser, sans se justifier, sans s’accabler. Ce cap une fois atteint, il se produit une mutation : le moi a disparu et a fait place au soi une autre manière d’être, de penser, de se comporter. On est alors présent à soi-même et apte à l’instant à se percevoir avec détachement, en toute circonstance", nous dit-il dans ce nouveau et dernier volume, puisque Charles Juliet nous a quittés en 2024. Il faut noter que l'ultime livre de son Journal n'a pas été préparé par l'auteur, mais par son éditeur, qui a rassemblé des fragments inédits à son décès.

                    Il nous parle des choses de la vie, notamment de la vie de couple : " Un être qui vit à vos côtés, il vous oblige à vous surveiller, à faire preuve de courage, à aller de l’avant même quand vous fléchissez, que vous cédez à vos doutes, à votre désespérance", et Dieu sait que notre auteur a eu une vie difficile, puisque retiré à sa mère tout petit. Et qu'il lui a fallu se construire. Parfois il eut l'impression de ne pas connaître "la vraie vie" [...] D’où souvent un ennui incurable, une solitude profonde, une désespérance sans recours. Quand ce douloureux tourment s’exacerbe, nombreux sont ceux qui trouvent une échappatoire ou qui s’acharnent à l’étouffer avec la boisson ou la drogue". Heureusement, il a échappé à ces addictions, car il avait l'écriture salvatrice. 

                    Il a donc été placé dans une famille d'accueil, qui tenait une ferme à la campagne. Sa mère adoptive l'a beaucoup aimé et on sait que l'amour vrai, gratuit, sauve du désespoir. Il a connu ensuite "ce clivage en chacun causé par les études qui éloignent de la famille. Avec la solitude qui en découle", ce qui me parle aussi beaucoup, moi qui ai pu poursuivre des études supérieures qui me coupaient de mon père et de mon milieu social. Ce père dont j'avais peur enfant : Charles Juliet note qu'à "l’idée que le père pourrait se rendre compte qu’il a peur de lui, l’enfant est anéanti". En lisant ces lignes, mon enfance a ressurgi, avec ses angoisses et ma difficulté d'être. Et, comme notre auteur, j'ai découvert cette chose effrayante vers 13-14 ans : "Il savait maintenant qu’il avait quitté son enfance et il comprenait qu’il était seul, qu’il était toujours seul, qu’il lui faudrait seul, qu’il lui faudrait désormais faire preuve de courage".

                    Ce que, comme Charles Juliet, et sans doute comme tout être humain, j'ai dû moi aussi me prendre en main pour avancer dans la vie qui m'attendait, et y trouver le courage nécessaire pour l'affronter. Heureusement, j'ai aussi découvert dans ces mêmes années l'amitié, la littérature, l'écriture, le vélo et l'exercice physique, l'envie de voyager, le goût de la vie et plus tard, au moins une fois dans ma vie, l'amour réciproque.

 



 

jeudi 5 février 2026

5 février 2026 : chanson du mois : Fernandel

Sagesse n'est pas sagesse lorsqu'elle est trop fière pour pleurer, trop sérieuse pour rire et trop pensive pour parler.

 (Khalil Gibran, Sable et écume, Knopf, 1926)

                     Hé oui, une fois n'est pas coutume, je vous propose une chanson drôle, parce que j'ai besoin de rire en ce moment. Ce sera Le tango corse, chanté par Fernandel, et que des chanteurs actuels, et aussi des chorales amateurs mettent aujourd'hui à leur répertoire et au goût du jour.

                    Chaque fois cette chanson m'amuse, et l'accompagnement à l'accordéon me rappelle ma jeunesse et les bals populaires de village. Ces derniers ont-ils disparu ?

 

Paroles de la chanson Le Tango Corse par Fernandel

Au bal du petit Ajaccio
On ne danse pas le mambo
Ni le bebop, ni la biguine
Mais un vrai tango d'origine

Le tango Corse, c'est un tango conditionné
Le tango Corse, c'est de la sieste organisée
On se déplace pour être sûr qu'on ne dort pas
On se prélasse, le tango Corse c'est comme ça

Quand Dominique est fatigué
De voir les autres travailler
Il se donne un peu de repos
Juste le temps d'un petit tango

Le tango Corse, c'est un tango conditionné 
Le tango Corse, c'est l'avant-goût de l'oreiller
Le Dominique se croit déjà en pyjama
C'est magnifique, le tango Corse c'est comme ça

Un jour des musiciens du nord
Ont joué trop vite et trop fort
Un vrai tango de salariés
On ne les a jamais retrouvés

Le tango Corse, c'est un tango sélectionné
Le tango Corse, pour les courageux fatigués
Chacun s'étire en même temps que l'accordéon
Et l'on soupire, le tango Corse que c'est bon

Quand à bout de forces
On va s'étendre une heure ou deux
Le tango Corse
C'est encore là qu'on le danse le mieux

 

https://www.google.com/search?client=firefox-b-e&q=fernandel+le+tango+corse#fpstate=ive&vld=cid:40c72ddc,vid:wepJP-iELR
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dimanche 1 février 2026

1er février 2026 : le poème du mois, Bernard Mazo

La seule déchirure

inguérissable

c’est le visage désespéré

de la solitude

où se consument sans fin

nos rêves calcinés

(Bernrad Mazo, Dans l’insomnie de la mémoire, Voix d’encre, 2011)

 

                    Je viens de lire le recueil de poèmes de Bernard Mazo magnifiquement illustré par des lavis de Hamid Tibouchi, et je n'ai pas pu m"empêcher de penser à Claire, qui aurait aussi beaucoup aimé ces poèmes. Je possédais ce livre depuis des années, peut-être acheté lors d'un de mes passages au Marché de la poésie de Paris, qui se tient à Saint-Sulpice chaque année en juin, ou à ma visite au Festival Voix vives de Sète où je me suis rendu à vélo en 2012 (voir mon blog du 4 août 2012) et deux autres fois dans les années suivantes.  Mais quelquefois, il vaut mieux attendre le moment propice pour ouvrir et lire un livre. Surtout quand il s'agit de poésie !  

                    Outre le petit poème en exergue, je vous soumets ce plus long poème qui m'a littéralement pris aux tripes, et en le lisant, vous excuserez cette expression triviale, mais qui exprime bien mon ressenti.         


Toi qui fus l'herbe et la source

et le feu sauvegardé

ma belle et douce sérénité

lorsque égarée parmi les ombres marines

ayant oublié de nos liens

jusqu’à l’existence même

tu seras là-bas errante sans mémoire

parmi les hauts murs de brouillard

j’irai par le labyrinthe de la nuit

comme vers un lointain passé

                            à ta rencontre

visage entre mille autres visages

je te reconnaîtrai et nous irons ensemble

vivre dans un pays plus clair


 


 

samedi 31 janvier 2026

31 janvier 2026 : Claire et Gilles

Quand ils sont les deux, chez [Claire], à table, [Gilles] ne dit pas les parents, il dit les vieux ; pour le père, il a des mots, le vieux, le fou, le malade, le taré, le maboule, l’abruti, l’autre. Il dit surtout l’autre, et il n’arrête pas, il dit quelques phrases, six ou sept, qu’elle sait par cœur.

(Marie-Hélène Lafon, Hors-champ, Seuil, 2025)

 

                    Encore un roman campagnard ! Oui, mais d’une superbe facture. Deux héros seulement, une sœur et son frère, enfants de paysans. On va les suivre pendant plusieurs décennies. Claire, la fille, réussit dans ses études et va quitter le Cantal pour vivre sa vie à Paris comme professeure de lettres. Gilles, le fils, ne réussit pas à l’école, mais il est de toute façon destiné à reprendre et tenir la ferme de ses parents, où Claire ne réapparaîtra que lors des vacances.

                    Dans ce roman qui procède par longues ellipses, on revoit le frère et la sœur tous les dix ans. On saisit le passage du temps, les destins qui diffèrent, le poids de la vie. Le terroir est la toile de fond, avec le père taiseux, dur à la tâche et violent, et la mère qui essaie de survivre dans cette ferme isolée. Les points de vue de Claire et de Gilles alternent. Claire voit bien le malheur de ce frère assigné à la ferme et qui vit mal. Elle mesure sa solitude d’homme cabossé par la vie qu’il mène et qu’il n’a pas choisie : il n’a pas les mots pour dire ce destin étriqué, sa fatigue, son isolement. Elle, a construit sa vie dans l’éloignement, elle est devenue écrivaine, et elle sent tout ça chaque fois qu’elle revient vers ses origines, et elle mesure que, si elle a su orienter son existence et est devenue hors champ, celle de son frère a été broyée, elle est devenue suffocante.

                    Le récit est sec et précis, chaque séquence est intense, tendue, les personnages forts et présentés avec une grande justesse. Un roman ? Il y a sans doute une grande part d’autobiographie qui m'a touché au fond du cœur, quand on a vécu, comme moi, une grande partie de son enfance et de sa jeunesse dans un village et parmi les paysans.


 

jeudi 29 janvier 2026

29 janvier 2026 : le hasard

Il arrive […] que le hasard soit complice de nos vies et leur donne le meilleur, ou ce que l’on croit être le meilleur, parce qu’on est heureux.

(Charid Madjalani, Des vies possibles, Seuil, 2019) 

 

                    Il arrive que je viens de lire un livre, Des vies possibles, du Libanais Charif Madjalani, qui raconte, au XVIIème siècle, de façon romanesque la vie de Roufevil Hardani, alias Raphael Arbensis en Europe, un homme originaire de la montagne libanaise, et que la vie va entraîner vers Rome, Venise et l'Italie des princes, des doges  et des papes, des savants aussi, vers les Pays-Bas, la Turquie, la Perse, avant de revenir, "plein d'usage et raison, vivre entre ses parents le reste de son âge", comme écrit Du Bellay dans son sonnet le plus célèbre.    

                                           

                    Arrivé moi aussi au bout de mon âge, je mesure la part du hasard dans les diverses péripéties de ma vie. Deux exemples :

                        1 - Métier : en mai 1969, à la suite de mon année de professorat, un vieux prof m'avait dégoûté de continuer dans cette voie, quand il m'avait dit : "En histoire-géo, ce n'est difficile que dans les trois ou quatre premières années. Si vous vous débrouillez bien pendant ces années-là, vous pouvez faire toutes les classes, de la 6ème à la Terminale, et vous avez vos cours tout prêts jusqu'à la retraite. Vous serez peinard, comme moi." Moyennant quoi, au réfectoire, il m'avait dit auparavant : "Monsieur Brèthes, j'ai vu dans le journal que vous avez fait jeudi dernier une conférence sur les Cathares au Temple de Marmande (pourquoi dont n'êtes-vous pas venu ?, pensai-je). Moi, j'y connais rien, il n'y a guère que un ou deux paragraphes dans le manuel de 5ème. Et mes petits élèves me tarabustent avec ces satanés Cathares, ils veulent en savoir plus ! Vous pourriez me prêter le texte de votre conférence ?" J'aurais pu lui rétorquer qu'on trouve des renseignements plus complets dans les encyclopédies ou des livres d'histoire ou dans la collection Que sais-je ?.  

                        Or, à la fin juin, quand je suis rentré chez mes parents, ma grand-mère m'a demandé si je pouvais pas lui prendre des livres à la Bibliothèque municipale. J'y vais, et en refermant la porte de la bibliothèque, qu'est-ce que je vois ? Une affiche punaisée annonçant le concours d'entrée à l’École nationale des Bibliothèques, énonçant les épreuves écrites et orales du concours, les diplômes admis pour se présenter, que ceux ou celles qui réussissaient le concours seraient rémunérés en tant qu'élèves-fonctionnaires, et où demander le dossier d'inscription. J'ignorais qu'une telle école existait. Je me suis dit alors : "Mais c'est fait pour moi, ça !" Le hasard avait bien fait les choses, et c'est ainsi que je suis devenu bibliothécaire. Et je n'ai jamais regretté.

Auch, où j'ai rencontré Claire, sous le regard de D'Artagnan

                    2 - Amour : j'étais inscrit dans un groupe de danses folkloriques depuis 1976, à Auch, où je travaillais. Je me croyais célibataire endurci et menais une vie de garçon, comme on disait à l'époque.Mes aventures sentimentales s'étaient toujours finies en eau de boudin, comme on disait aussi. En janvier 1978, une nouvelle candidate danseuse débarqua dans le groupe. Elle se présenta, Claire, enleva son manteau et sa veste, et se montra en chemisier blanc et jupe verte flottante qui descendait un peu en dessous des genoux. A la pause, elle alla vers le vestiaire et tira de la poche de son manteau un paquet de cigarettes. Nous répétions à la MJC où il était interdit de fumer. Je suis monté sur mes ergots et me suis précipité sur elle : "Ah non, tu ne vas pas nous enfumer ici. Si tu veux fumer, tu vas dehors !" Il gelait. Elle a remis le paquet dans son manteau, et s'éloigna vers des compagnons plus doux, sans doute un peu surprise du ton assez brutal de ma voix. 

                    Après cette entrée en matière, rien ne laissait présager qu'une nouvelle aventure allait nous arriver, lorsque, au mois de juin, elle disparut d'Auch. Nous fîmes notre spectacle pendant l'été sans elle. Quand elle reparut, au mois de septembre, elle nous apprit qu'elle avait eu un terrible accident de voiture, près de Toulouse. Après quelques semaines d'hôpital, elle en était sortie avec une minerve autour du cou et avait dû faire des séances de kiné. Je lui avouai qu'elle m'avait manqué, et elle me fit la même réflexion. Ce fut le début de notre histoire qui se termina par un mariage en mai 1979. Si je ne m'étais pas inscrit dans ce groupe, je ne l'aurais jamais connue, si elle n'avait pas eu son accident, peut-être que ma timidité (pour ne pas dire ma sauvagerie) m'aurait empêché d'aller plus loin. Et d'ailleurs, je lui ai souvent dit depuis : "Si la première fois, tu t'étais présentée au groupe en pantalon, je ne t'aurais même pas remarquée !"

                    Voilà donc deux éléments de ma vie qui sont bien le fruit du hasard, mais il en est beaucoup d'autres bien entendu. Car, parmi les multiples possibles que le hasard nous présente, nous faisons des choix conditionnés par notre naissance, notre classe sociale, nos façons de vivre, nos barrières mentales, notre éducation, et nos choix restent assez limités, notre liberté presque infime. Heureusement on peut refuser certains choix dictés par la société. 

 

dimanche 25 janvier 2026

24 janvier 2026 : de la longueur des films

 

Allons, allons, l’art pour tous, la science pour tous, le pain pour tous ; l’ignorance n’a-t-elle pas fait assez de mal, et le privilège du savoir n’est-il pas plus terrible que celui de l’or ! Les arts font partie des revendications humaines, il les faut à tous ; et alors seulement le troupeau humain sera la race humaine.  

(Louise Michel, Mémoires

 

                    Je n'ai pas cessé tout soudain d'aller au cinéma, malgré la pluie qui, cet hiver, bat à nouveau des records et me rappelle mes années d'étudiant à Bordeaux, de 1965 à 1967. J"avais terminé ma licence de géographie et annoncé à mes parents* : "Je ne travaillerai jamais à Bordeaux, il pleut tout le temps". Mais, en même temps, Bordeaux, c'est aussi la ville où j'ai développé ma cinéphilie, entamée dès 1956 par le ciné-club du lycée de Mont de Marsan. Étudiant, je m'étais affilié au ciné-club bordelais (accessible à tous les cinéphiles) et au ciné-club de la fac de la lettres (accessible aux seuls étudiants), qui complétaient heureusement les nouveaux films que proposaient les cinémas commerciaux, dont certains étaient permanents. C'est-à-dire qu'on pouvait y assister à deux ou trois visions du même film à la suite, sans avoir à ressortir et à repayer, ce dont j'ai usé à plusieurs reprises, par exemple pour La vieille dame indigne, Pierrot le fou, Les demoiselles de Rochefort, entre autres.

                        Voici que, depuis quelque temps, les films de près de près de 3 heures ou plus envahissent les écrans, avec des nouveautés plus ou moins valables et une longueur pas toujours justifiée. 

                        Magellan, film portugais, par exemple. Certes, le sujet est attirant, la rencontre de deux mondes est intéressante, le film est bien fait. On y apprend que les voyages de découvertes du XVIème siècle, ici le premier tour du monde, étaient très longs, que la discipline à bord pouvait être terrible, que les indigènes, d'abord perplexes ou accueillants, finissaient par se révolter devant les exactions des conquérants (pour reprendre le titre du beau sonnet de José Maria de Heredia) en particulier par les conversions forcées. Le film est interminable, répétitif, je suis resté jusqu'au bout, mais nombre de spectateurs sont partis bien avant la fin.

                    Le maître du kabuki m'a par contre emballé. C'est l'histoire d'un jeune adepte du kabuki, adopté adolescent par un maître, et du conflit avec le fils de ce dernier, également apprenti au kabuki. J'ai apprécié la mise en espace précise des personnages, leur humanité, les couleurs, l'ambiance et la découverte du kabuki, forme théâtrale que je ne connaissais pas. Un grand moment de cinéma et des retrouvailles avec le cinéma nippon.

                    Le film brésilien L'agent secret, largement financé par l'Europe, se passe à Recife dans le Nordeste pendant le Carnaval. Le héros est venu retrouver son fils, et doit mettre à jour ses papiers pour essayer de quitter le pays, car il est recherché par la police militaire. C'est la dictature, en effet. Le film est très réussi, l'intrigue, un peu compliquée (il y a plusieurs strates de narration qu'il faut décrypter), car le héros se dévoile peu, est une sorte de thriller anti-corruption. Ici la longueur est méritée, car il faut du temps pour démêler tout ça. 

                     Enfin, assez long aussi est Le mage du Kremlin, d'après un best-seller homonyme que je n'ai pas lu. Le film raconte l'émergence au premier plan de Vladimir Poutine, due en partie à son éminence grise, qui élimine peu à peu les autres conseillers de son entourage avant d'être probablement mis au rencart lui aussi, ce que laisse subodorer la fin du film. Le film est français. Olivier Assayas est un bon réalisateur. Mais pourquoi avoir tourné ce film en langue anglaise ? a aucun moment, ça ne m'a paru crédible, malgré la qualité des acteurs. Quitte à jouer ça dans une langue étrangère à la Russie, pourquoi ce réalisateur français n'a-t-il pas choisi notre langue ? Depardieu a bien joué Staline dans Le divan de Staline (2017), et ça ne m'a paru aussi artificiel qu'ici. Dommage ! Ceci dit, ça se laisse voir.


                    * Et j'ai tenu parole : je n'ai jamais travaillé à Bordeaux, sauf pendant mes années d'étudiant où je travaillais au noir une fois par semaine aux Halles des Capucins, déchargeant des camions de fruits et légumes dans la nuit du vendredi au samedi, pour me faire de l'argent de poche, destiné à me payer le cinéma, justement !

 

dimanche 18 janvier 2026

18 janvier 2026 : solitude

 

9 mai 1922 : Il me semble que ma solitude n’est ni plus grande ni plus profonde que celle d’autrui. Chacun de nous est solitaire et réduit à soi-même. Chacun de nous est une énigme.

(Khalil Gibran, Lettres d’amour, trad. Claude Came et Anne Durouet, Librairie de Médicis, 1996)

 

                    Je passe pour un grand solitaire. Pourtant je n"ai pas l'impression de l'être tant que ça, puisque je suis un être assez sociable, ayant placé l'amitié au centre de ma vie. J'ai gardé le contact avec mon ami d'enfance, Alain P., que je connais depuis 1956. Je me suis fait des amis de toute sorte pendant ma carrière professionnelle, ma participation à de nombreuses associations, dès 1970, associations où il m'est arrivé d'être simple membre, secrétaire, trésorier ou président, dans de nombreux domaines. Et le bénévolat entraîne parfois l'amitié.

                    Cependant, il est vrai aussi que je suis assez peu sociable pour des manifestations festives, du type repas de fête ou d'anniversaire, mariages, sport, et qu'il m'arrive de décliner des invitations ou de me cacher, voire de faire le mort pour ne pas y participer. C'est que j'apprécie peu le bruit, quel qu'il soit. J'ai été très rarement en boite de nuit, ou dans des groupes de fêtards, ça ne m'amuse pas. Je préfère la cohabitation avec des ami(e)s choisi(e)s, avec qui je preux passer des soirées ou des journées calmes. Je supporte même mal le bruit induit par les téléphones portables et les conversations oiseuses qui vont avec. Ne parlons pas des rues commerçantes où la musique s'ajoute au bruit de la cohue. 

                    Alors oui, j'aime une certaine forme de solitude, la solitude choisie. Je crois que la solitude subie peut être une torture pour beaucoup de personnes. Personnellement, je n'ai jamais souffert pendant mes périodes de solitude ; je me suis baladé, j'ai randonné, j'ai lu, j'ai écrit, j'ai médité. Et, quand je suis avec des ami(e)s, j'ai même souvent conscience de trop parler, voire de couper la parole comme certains présentateurs radio ou télé, par peur du vide sans doute. Et comme la solitude s'accouple au silence, qui est ce que je préfère dans la vie, tout me paraît pour le mieux. J'ai entendu dire que, dans les retraites dans des monastères (ce qui serait nouveau pour moi), les repas sont pris en silence. Pourquoi pas ? Quand on veut entendre le silence, le meilleur endroit est encore le cimetière, comme écrit le poète Daniel Birnbaum dans son recueil  Monde, j’aime ce monde (Décharge, 2015).

                     Bref, vive la solitude !


dessin d'humour de Geluck


 

samedi 17 janvier 2026

17 janvier 2026 : le poème du mois

« Le rire est le sel de la vie, petite mère.

Eh bien, tu sales trop ! Ça décape la joie. »

(Driss Chraïbi, La civilisation, ma mère !, Gallimard, 1989)



                    Après le froid hivernal qui a occupé la fin du mois de décembre, la pluie a repris ses droits.  Il faut faire avec, surtout moi, le cycliste. Je m'efforce de sortir dès qu'il y a une éclaircie, de ne pas oublier ma grande cape qui me protège et m'évite de mouiller mes vêtements ou mes chaussures, de faire front pour éviter de glisser. Et, en même temps, je dois dire que j'aime assez la pluie pour sortir quand même : qui sait, un rayon de soleil créera peut-être un arc-en-ciel dont les couleurs m'enchanteront. Alors, en ces temps pluvieux, je me rappelle avoir trouvé la belle ode à la pluie qui suit et que je vous propose.

 

            Ode à la pluie


Parce que son écriture nerveuse

file sur les vitres de l’express


et parce que son voile translucide

tangue devant le mer de lumière verticale de la tour


parce qu’elle pleure à mon instar

ce que de toute façon je ne peux oublier


et parce qu’elle pointille son haïku automnal

même tout de suite effacé sur le pare-brise


parce que c’est une bénédiction

de s’endormir au son de son chant ruisselant


et féerique de se réveiller dans le noir

quand elle cogne contre le toit des voitures


parce qu’elle unit ciel et terre

dans un sacrement secret


et même parce que les femmes les plus belles

le deviennent encore plus

lorsqu’elle file à travers leur longue chevelure


parce qu’on a le droit de rester tranquille

jusqu’à ce que sa grande musique s’apaise


et parce que sa lumière liquide

est le négatif de ce poème :


voilà pourquoi j’aime la pluie

Les arbres ne rêvent sans doute pas de moi (Søren Ulrik Thomsen, trad. Pierre Grouix, Cheyne, 2016)


 

 

 

    

 

mercredi 14 janvier 2026

14 janvier 2026 : la chanson du mois, Louane

 

Je crois que l’on ressemble à l’endroit où on grandit, et moi je suis un courant d’air. 

(Estelle Rocchitelli, Après la brume, Dalva, 2024)

 

                    J'ai regardé récemment la photo de maman, un peu pâlie, décolorée (si on peut dire elle est en noir et blanc, et date de sa jeunesse),  et j'ai celle de Claire sur mon bureau, également en noir et blanc, quand elle était jeune maman.  Et maintenant, j'ai deux nouvelles mamans à dorloter, qui perpétuent l'histoire familiale, Lucile, ma fille et Mélanie, ma belle-fille. Je leur dédie en ce début d'année, la chanson de Louane, qui suit.

                Maman

Y a plus d'amants, y a plus de lits
Finalement, tu vois, j'ai construit ma vie
Et le vide est grand, les questions aussi
Toi, tu vas comment?
Est-ce que tu vois tout ici?
Et j'ai bien changé, j'ai bien grandi
De toi, j'ai gardé tout ce qui fait qui je suis

Je vais mieux, je sais où je vais
J'ai arrêté de compter les années
Et si j'ai voulu arrêter le temps
Maintenant, c'est moi qu'elle appelle maman

Maman, maman
Maman

J'ai trouvé l'amour, indélébile
Tu sais le vrai toujours, même quand le temps file
Quand il me tient la main
J'ai plus peur de rien
Et ça m'fait comme avant
Quand toi, tu m'tenais la main

Je vais mieux, je sais où je vais
J'ai arrêté de compter les années
Et si j'ai voulu arrêter le temps
Maintenant, c'est moi qu'elle appelle maman

Maman, maman, maman
Maman, maman, maman

Je vais mieux, je sais où je vais
J'ai arrêté de compter les années
Et si j'ai voulu arrêter le temps
Maintenant, c'est moi qu'elle appelle

Maman, maman, maman
Maman, maman

Si j'ai voulu arrêter le temps
Maintenant, c'est moi qu'elle appelle (maman)

 

 Pour l'écouter :

https://www.google.com/search?client=firefox-b-e&q=louane+maman#fpstate=ive&vld=cid:72505637,vid:HExLLJ7VIuQ,st:0

samedi 10 janvier 2026

10 janvier 2026 : les petites histoires de JP 1

Silence

La vieille peau est morte

l’esprit s’est envolé

Et chante sur le faîte

D’un arbre calciné

(Grisélidis Réal, Chair vive : poésies complètes, Seghers, 2022)

 

                    J'inaugure aujourd'hui une nouvelle rubrique : les petites histoires de JP. Il pourrait y en avoir une par mois, ou tous les deux mois, je ne sais pas encore. on verra selon mon inspiration. Ce sera de petites fictions, contes, historiettes... Mais toujours de mon imagination ou des choses que j'ai plus ou moins entendues.

Les chatons

        Les chats ont miaulé toute la nuit. Au matin, dans sa chambre, papy rencontre sa petite fée aux yeux magiques..

        — Tu as entendu les chats ? demande le papy.

        — Voui ! Ils sont montés sur le toit pour manger des sucettes.

        — Des sucettes ? Mais elles sont dans la cuisine.

        — Mais non! Des sucettes pour chats!  Pas mes sucettes ! Y a des sucettes pour tous les animaux, les poules, les chiens, les dragons et les chats ..

        — Des sucettes pour chats ?

        — Voui ! Je pense que ce sont les étoiles, c’est pour ça qu’ils montent sur le toit. Pour lécher les étoiles !

        — Ah oui ! Et c’est pour ça qu’ils miaulent ?

        — D’abord, ils font pas miaou-miaou, ils font miam-miam parce qu’ils et elles se régalent. les petites chattess en mangent tellement que leur ventre devient tout gros, et avec leurs petits bras elles font un cercle devant elles et marchent comme si elles pesaient cent kilos.

        — Tu es sûre de ça ?

        — Ben, pourquoi, tu sais pas encore, à ton âge ?

        — Je ne sais pas quoi ?

        — Hé papy ! comment tu crois que les chattes font des bébés chatons ?

 

        Là, papy doit s’avouer qu’il se sent largué ! Il a fallu qu’il soit grand-père pour savoir comment les chatons venaient au monde.

 


 

 



 

 

mardi 6 janvier 2026

6 janvier 2026 : mon équipée de Noël et du Nouvel an

 

Vous ne verrez jamais un oiseau ne pas s’éveiller à l’aube et s’octroyer une grasse matinée. 

(Amélie Nothomb, Psychopompe, Albin Michel, 2023)

 

                    Ne le prenez pas mal, mais j'ai toujours rêvé d'être un oiseau, et je m'éveille toujours à l'aube, même s'il m'arrive parfois de traîner ensuite un peu au lit, pour continuer ou terminer un livre. J'ai horreur des grasses matinées, je suis du matin, et pas du tout du soir : je n'ai que rarement mis les pieds en boîte de nuit. Bigre, j'ai toujours cru que la nuit était faite pour dormir, plutôt que de "danser" (gigoter conviendrait mieux !)...

                    J'ai donc, après le repas de Noël des Petits frères des Pauvres, du 24 décembre midi à Bordeaux, où j'étais à la fois serveur (une vingtaine de bénévoles comme moi accueillaient, plaçaient et servaient les plats aux personnes âgées que nous accompagnons pendant l'année, et qui étaient suffisamment valides pour y venir), convive, et un peu animateur (danse, chanson, discussions), continué ma route pour une nouvelle vadrouille.

                    Le 25, j'étais à Toulouse, logé chez ma sœur Marie-France, mangeant le midi chez ma belle-sœur Anne et le soir chez Marie-France. J'y ai donc vu une partie de ma famille, dont ma fille, son compagnon et ma petite-fille Sasha, également logés chez ma sœur, et une partie de ma belle-famille. C'était convivial et très agréable. Je me suis pas mal promené, seul pour aller à la poste acheter des timbres et des enveloppes pré-timbrées, ou en groupe : il faisait froid, mais beau.

                    Étape suivante : Lamalou-les-Bains, chez mon autre sœur Monique. Le 27 décembre, le voyage a été assez rocambolesque, avec le train TER Toulouse-Narbonne annulé, j'ai dû prendre le suivant qui, évidemment, allait être bondé. Sur le quai, la cohue était indescriptible pour monter dans les voitures. Le haut-parleur annonçait des bus supplémentaires pour faire le même trajet. J'ai quand même réussi en jouant des coudes à me hisser dedans, mais sans pouvoir m'asseoir plus d'une heure entre Toulouse et Carcassonne. Nous étions au touche-touche avec nos sacs et valises ! Enfin, j'ai pu arriver à Bédarieux, toujours en train, puis à Lamalou, en bus.

                    Monique avait préparé une grande réunion de famille, avec mon autre sœur, Maryse, de Bordeaux, venue à Montpellier avec son mari voir leur fille Pauline, trentenaire établie dans cette ville. Et bien sûr, Monique avait invité sa propre fille, Milena, trentenaire également, vivant aussi près de Montpellier. Les deux trentenaires étaient accompagnées de leurs chéris, que je n'avais vus jusque là qu'épisodiquement. Nous étions donc neuf, en comptant le mari de Monique. Le repas fut très animé, surtout par les deux jeunes hommes, qui se sont montrés gros mangeurs, grands buveurs et bons blagueurs.

                    Dernière étape, Lyon, où depuis quelques années, je passe le réveillon du Nouvel an avec Jean (75 ans), mon compagnon du cargo de 2013, avec qui j'avais sympathisé. Manquait à l'appel Dame Fortune, comme l'appelle Jean, qui partageait mes agapes de Lyon ; Fortune (93 ans aujourd'hui), je l'avais connue lors de mon voyage à Tanger en 2012. Nous avions fraternisé sur le ferry d'Algésiras à Tanger et je l'avais surnommée "la vieille dame de Tanger". Je l'avais fait connaître à Jean. Elle n'était plus très valide depuis trois ans, mais je l'invitais en général au restaurant à midi le 30 décembre jusqu'à l'an dernier. Cette année, elle venait de tomber dix jours avant mon arrivée, et s'était cassé le col du fémur. Elle était donc à l'hôpital Édouard Herriot, où je suis allé la voir. Très affaiblie, elle battait la campagne, s'imaginant qu'on la ramènerait chez elle et qu'elle reprendrait sa vie ordinaire.

Lyon sans Guignol n'est plus Lyon !

                    J'ai donc dû me contenter de Jean pendant mes autres journées de Lyon. Bon cuisinier, il m'avait prévu de bons petits plats auxquels il touchait à peine, n'ayant plus très faim. J'y ai fait honneur, bien que n'étant pas moi-même très glouton : j'ai ouverte les huitres. Je suis sorti, plusieurs fois tout seul, pour prendre l'air et tâter le pouls de la métropole lyonnaise, le soleil était magnifique. Mais c'était la première fois qu'il faisait froid depuis que je passais ma fin d'année à Lyon. Des trois mousquetaires lyonnais, j'étais le plus alerte !

L'ouverture des huitres

                        Et je suis rentré en solo à Bordeaux par le car Flixbus qui traverse le Massif central par Clermont-Ferrand. Ce n'est pas dans l'intention de la SNCF de recréer une liaison ferroviaire entre nos deux villes, sauf à passer par Massy !!! Mais ces huit jours de balade m'ont fait un bien fou : j'étais hors du temps, je ne me suis pas du tout intéressé à l'information, je ne savais rien de ce qui se passait en France et dans le monde, et surtout je voyageais seul, ce qui m'a valu de faire de belles rencontres éphémères, tant dans le train que dans l'autocar. Il y avait longtemps que je n'avais eu des vacances aussi froides, un temps aussi sec, et j'étais pourtant plutôt exalté. Et puis, j'ai lu Sénèque, L'art d'apaiser  la colère. Bref, un beau voyage, méditatif aussi.