Le cyclo-lecteur

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Photo Juan Camilo Martinez Otálvaro (2013)

jeudi 21 décembre 2017

21 décembre 2017 : les yeux en face des trous


« Un monsieur ? Comment était-il ?
Comme tous les messieurs, répondit le jeune homme rudement : jusqu’à l’âge de quarante ans, ce sont des messieurs et, au-delà, des petits vieux.
(Virgilio Piñera, La chair de René, trad. Liliane Hasson, Calmann-Lévy, 2005)



Après-demain, j’aurai 4 x 18 ans : j’étais "jeune" à 18 ans, "adulte" à 36 ans, "mûr" à 54 ans. Désormais, je suis "vieux", en attendant d’atteindre le stade du "vieillard" à 5 x 18, soit 90 ans, si j’y arrive. Et dire que certains me traitent encore de jeune ! Ils ne doivent pas avoir les yeux en face des trous !
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Hier, dans le bus, j’ai remarqué que le chauffeur avait son smartphone sur les genoux et qu’à chaque arrêt, il le regardait. Prions pour que lui et ses collègues ne regardent pas les leurs avant un croisement à feux, comme peut-être étaient en train de le faire ceux ou celles qui ont causé des accidents dramatiques, telle la conductrice d’une voiture qui n’a pas vu un feu rouge (à 22 h, faut le faire, la soirée était très belle et il n’y avait nul brouillard), renversant un livreur de pizzas à scooter et heurtant un cycliste en V3 (vélo de ville). Elle ne devait pas avoir les yeux en face des trous !
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Israël n’en finit pas d’opprimer les Palestiniens, non seulement en entravant leur liberté de circulation (causant la mort en couches de femmes qui se dirigeaient vers un hôpital), en restreignant considérablement l’électricité et l’eau à Gaza (avec des conséquences sanitaires très graves, mais aussi comment ces "gueux" ont-ils eu le culot de voter pour le Hamas ?), en harcelant et emprisonnant systématiquement tous ceux qui ne courbent pas l’échine, y compris des préadolescents et des mineurs en grand nombre, en arrachant les oliviers et détruisant les récoltes et les maisons des suspects de "terrorisme", mais encore cet état-voyou voudrait qu’on l’aime et qu’on le considère comme une démocratie exemplaire, et surtout il s’étonne de la haine que leur portent les jeunes Palestiniens ! Voilà un état qui n'a pas les yeux en face des trous !
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Étant allé en ville ce jourd’hui, j’ai été frappé par la cohue frénétique des acheteurs, y compris dans la célèbre librairie Mollat. Décidément, ces libraires font fort mal leur boulot. Alors que le film Les gardiennes remportent un certain succès, le roman dont il est tiré est introuvable. À La machine à lire, autre librairie de Bordeaux habituellement plus clairvoyante, j’ai dû expliquer au libraire que le livre leur serait demandé par certains spectateurs désireux de le lire avant ou après avoir vu le film. Ils en ignoraient tout. Il est vrai que Ernest Pérochon, l’auteur du roman (pourtant prix Goncourt en 1921 pour Nêne), était également totalement inconnu des critiques cinéma du Masque et la plume dimanche dernier qui se vantaient de ne jamais en avoir entendu parler et en faisaient des gorges chaudes. Décidément, il n’y a pas que les hommes politiques qui sont incultes. Libraires et critiques aussi n'ont pas toujours les yeux en face des trous !
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La télé propose dans ses programmes de fêtes quelques fleurons du cinéma hollywoodien, du meilleur (Autant en emporte le vent) au pire (La mélodie du bonheur). J’aurais aimé qu’elle propose aussi quelques fleurons du cinéma français (pourquoi pas Les enfants du paradis ou Lola Montès ?) ou du théâtre classique (ne sommes-nous pas connus comme le pays de Molière ?), qui brillent courageusement par leur absence. Il est vrai que les rayons librairie sont surchargés d’innombrables traductions de romans anglo-saxons. Paraît que le public ne veut lire que ça. Pour se faire pardonner, sans doute, d’être si nul en langues étrangères, anglais compris ? Téléspectateurs et lecteurs ont-ils encore les yeux en face des trous ?
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Enfin, certaines compagnies aériennes cassent les prix. Mais à quel prix ? Un déclassement des pilotes et des personnels navigants, qui déplorent un service médiocre, et à terme, on peut s’attendre à une désaffection du public pour le low-cost. Pareillement, une enquête du Daily Mirror révèle la condition de forçat des livreurs d’Amazon en Angleterre, obligés d’avoir avec eux une bouteille en plastique pour uriner pendant leur boulot ! Souvent, on parle des conditions de travail proches de l’esclavage au Bangla Desh ou en Chine, mais ici, ça se passe dans des pays riches, proches de nous, peut-être même chez nous, c’est-à-dire "civilisés" : où va se cacher la civilisation aujourd’hui ? Les acheteurs à bas prix ont-ils vraiment les yeux en face des trous ?
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Hier, à la RPA où je faisais une animation-lecture, j’ai eu la surprise qu’à la même heure, il y avait aussi un atelier-mémoire, alors que certains jours, il n'y a aucune animation. Or, plusieurs personnes voulaient aller aux deux. Un petit groupe est resté avec moi. Pourtant l’animatrice m’avait garanti que le créneau était libre. Au secours, plus personne n’a les yeux en face des trous !
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PS : 22 décembre (dans la nuit). Décidément, pour ceux qui ont lu ma page en avant-première hier 21, j'avais écrit "21 novembre" : moi-même, je n'ai pas toujours les yeux en face des trous ! 
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La cent millième page visitée de mon blog approche, et sera dépassée probablement pendant que je serai pour Noël à Toulouse : tiens ! en voilà qui ont peut-être les yeux en face des trous !

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