samedi 31 janvier 2026

31 janvier 2026 : Claire et Gilles

Quand ils sont les deux, chez [Claire], à table, [Gilles] ne dit pas les parents, il dit les vieux ; pour le père, il a des mots, le vieux, le fou, le malade, le taré, le maboule, l’abruti, l’autre. Il dit surtout l’autre, et il n’arrête pas, il dit quelques phrases, six ou sept, qu’elle sait par cœur.

(Marie-Hélène Lafon, Hors-champ, Seuil, 2025)

 

                    Encore un roman campagnard ! Oui, mais d’une superbe facture. Deux héros seulement, une sœur et son frère, enfants de paysans. On va les suivre pendant plusieurs décennies. Claire, la fille, réussit dans ses études et va quitter le Cantal pour vivre sa vie à Paris comme professeure de lettres. Gilles, le fils, ne réussit pas à l’école, mais il est de toute façon destiné à reprendre et tenir la ferme de ses parents, où Claire ne réapparaîtra que lors des vacances.

                    Dans ce roman qui procède par longues ellipses, on revoit le frère et la sœur tous les dix ans. On saisit le passage du temps, les destins qui diffèrent, le poids de la vie. Le terroir est la toile de fond, avec le père taiseux, dur à la tâche et violent, et la mère qui essaie de survivre dans cette ferme isolée. Les points de vue de Claire et de Gilles alternent. Claire voit bien le malheur de ce frère assigné à la ferme et qui vit mal. Elle mesure sa solitude d’homme cabossé par la vie qu’il mène et qu’il n’a pas choisie : il n’a pas les mots pour dire ce destin étriqué, sa fatigue, son isolement. Elle, a construit sa vie dans l’éloignement, elle est devenue écrivaine, et elle sent tout ça chaque fois qu’elle revient vers ses origines, et elle mesure que, si elle a su orienter son existence et est devenue hors champ, celle de son frère a été broyée, elle est devenue suffocante.

                    Le récit est sec et précis, chaque séquence est intense, tendue, les personnages forts et présentés avec une grande justesse. Un roman ? Il y a sans doute une grande part d’autobiographie qui m'a touché au fond du cœur, quand on a vécu, comme moi, une grande partie de son enfance et de sa jeunesse dans un village et parmi les paysans.


 

jeudi 29 janvier 2026

29 janvier 2026 : le hasard

Il arrive […] que le hasard soit complice de nos vies et leur donne le meilleur, ou ce que l’on croit être le meilleur, parce qu’on est heureux.

(Charid Madjalani, Des vies possibles, Seuil, 2019) 

 

                    Il arrive que je viens de lire un livre, Des vies possibles, du Libanais Charif Madjalani, qui raconte, au XVIIème siècle, de façon romanesque la vie de Roufevil Hardani, alias Raphael Arbensis en Europe, un homme originaire de la montagne libanaise, et que la vie va entraîner vers Rome, Venise et l'Italie des princes, des doges  et des papes, des savants aussi, vers les Pays-Bas, la Turquie, la Perse, avant de revenir, "plein d'usage et raison, vivre entre ses parents le reste de son âge", comme écrit Du Bellay dans son sonnet le plus célèbre.    

                                           

                    Arrivé moi aussi au bout de mon âge, je mesure la part du hasard dans les diverses péripéties de ma vie. Deux exemples :

                        1 - Métier : en mai 1969, à la suite de mon année de professorat, un vieux prof m'avait dégoûté de continuer dans cette voie, quand il m'avait dit : "En histoire-géo, ce n'est difficile que dans les trois ou quatre premières années. Si vous vous débrouillez bien pendant ces années-là, vous pouvez faire toutes les classes, de la 6ème à la Terminale, et vous avez vos cours tout prêts jusqu'à la retraite. Vous serez peinard, comme moi." Moyennant quoi, au réfectoire, il m'avait dit auparavant : "Monsieur Brèthes, j'ai vu dans le journal que vous avez fait jeudi dernier une conférence sur les Cathares au Temple de Marmande (pourquoi dont n'êtes-vous pas venu ?, pensai-je). Moi, j'y connais rien, il n'y a guère que un ou deux paragraphes dans le manuel de 5ème. Et mes petits élèves me tarabustent avec ces satanés Cathares, ils veulent en savoir plus ! Vous pourriez me prêter le texte de votre conférence ?" J'aurais pu lui rétorquer qu'on trouve des renseignements plus complets dans les encyclopédies ou des livres d'histoire ou dans la collection Que sais-je ?.  

                        Or, à la fin juin, quand je suis rentré chez mes parents, ma grand-mère m'a demandé si je pouvais pas lui prendre des livres à la Bibliothèque municipale. J'y vais, et en refermant la porte de la bibliothèque, qu'est-ce que je vois ? Une affiche punaisée annonçant le concours d'entrée à l’École nationale des Bibliothèques, énonçant les épreuves écrites et orales du concours, les diplômes admis pour se présenter, que ceux ou celles qui réussissaient le concours seraient rémunérés en tant qu'élèves-fonctionnaires, et où demander le dossier d'inscription. J'ignorais qu'une telle école existait. Je me suis dit alors : "Mais c'est fait pour moi, ça !" Le hasard avait bien fait les choses, et c'est ainsi que je suis devenu bibliothécaire. Et je n'ai jamais regretté.

Auch, où j'ai rencontré Claire, sous le regard de D'Artagnan

                    2 - Amour : j'étais inscrit dans un groupe de danses folkloriques depuis 1976, à Auch, où je travaillais. Je me croyais célibataire endurci et menais une vie de garçon, comme on disait à l'époque.Mes aventures sentimentales s'étaient toujours finies en eau de boudin, comme on disait aussi. En janvier 1978, une nouvelle candidate danseuse débarqua dans le groupe. Elle se présenta, Claire, enleva son manteau et sa veste, et se montra en chemisier blanc et jupe verte flottante qui descendait un peu en dessous des genoux. A la pause, elle alla vers le vestiaire et tira de la poche de son manteau un paquet de cigarettes. Nous répétions à la MJC où il était interdit de fumer. Je suis monté sur mes ergots et me suis précipité sur elle : "Ah non, tu ne vas pas nous enfumer ici. Si tu veux fumer, tu vas dehors !" Il gelait. Elle a remis le paquet dans son manteau, et s'éloigna vers des compagnons plus doux, sans doute un peu surprise du ton assez brutal de ma voix. 

                    Après cette entrée en matière, rien ne laissait présager qu'une nouvelle aventure allait nous arriver, lorsque, au mois de juin, elle disparut d'Auch. Nous fîmes notre spectacle pendant l'été sans elle. Quand elle reparut, au mois de septembre, elle nous apprit qu'elle avait eu un terrible accident de voiture, près de Toulouse. Après quelques semaines d'hôpital, elle en était sortie avec une minerve autour du cou et avait dû faire des séances de kiné. Je lui avouai qu'elle m'avait manqué, et elle me fit la même réflexion. Ce fut le début de notre histoire qui se termina par un mariage en mai 1979. Si je ne m'étais pas inscrit dans ce groupe, je ne l'aurais jamais connue, si elle n'avait pas eu son accident, peut-être que ma timidité (pour ne pas dire ma sauvagerie) m'aurait empêché d'aller plus loin. Et d'ailleurs, je lui ai souvent dit depuis : "Si la première fois, tu t'étais présentée au groupe en pantalon, je ne t'aurais même pas remarquée !"

                    Voilà donc deux éléments de ma vie qui sont bien le fruit du hasard, mais il en est beaucoup d'autres bien entendu. Car, parmi les multiples possibles que le hasard nous présente, nous faisons des choix conditionnés par notre naissance, notre classe sociale, nos façons de vivre, nos barrières mentales, notre éducation, et nos choix restent assez limités, notre liberté presque infime. Heureusement on peut refuser certains choix dictés par la société. 

 

dimanche 25 janvier 2026

24 janvier 2026 : de la longueur des films

 

Allons, allons, l’art pour tous, la science pour tous, le pain pour tous ; l’ignorance n’a-t-elle pas fait assez de mal, et le privilège du savoir n’est-il pas plus terrible que celui de l’or ! Les arts font partie des revendications humaines, il les faut à tous ; et alors seulement le troupeau humain sera la race humaine.  

(Louise Michel, Mémoires

 

                    Je n'ai pas cessé tout soudain d'aller au cinéma, malgré la pluie qui, cet hiver, bat à nouveau des records et me rappelle mes années d'étudiant à Bordeaux, de 1965 à 1967. J"avais terminé ma licence de géographie et annoncé à mes parents* : "Je ne travaillerai jamais à Bordeaux, il pleut tout le temps". Mais, en même temps, Bordeaux, c'est aussi la ville où j'ai développé ma cinéphilie, entamée dès 1956 par le ciné-club du lycée de Mont de Marsan. Étudiant, je m'étais affilié au ciné-club bordelais (accessible à tous les cinéphiles) et au ciné-club de la fac de la lettres (accessible aux seuls étudiants), qui complétaient heureusement les nouveaux films que proposaient les cinémas commerciaux, dont certains étaient permanents. C'est-à-dire qu'on pouvait y assister à deux ou trois visions du même film à la suite, sans avoir à ressortir et à repayer, ce dont j'ai usé à plusieurs reprises, par exemple pour La vieille dame indigne, Pierrot le fou, Les demoiselles de Rochefort, entre autres.

                        Voici que, depuis quelque temps, les films de près de près de 3 heures ou plus envahissent les écrans, avec des nouveautés plus ou moins valables et une longueur pas toujours justifiée. 

                        Magellan, film portugais, par exemple. Certes, le sujet est attirant, la rencontre de deux mondes est intéressante, le film est bien fait. On y apprend que les voyages de découvertes du XVIème siècle, ici le premier tour du monde, étaient très longs, que la discipline à bord pouvait être terrible, que les indigènes, d'abord perplexes ou accueillants, finissaient par se révolter devant les exactions des conquérants (pour reprendre le titre du beau sonnet de José Maria de Heredia) en particulier par les conversions forcées. Le film est interminable, répétitif, je suis resté jusqu'au bout, mais nombre de spectateurs sont partis bien avant la fin.

                    Le maître du kabuki m'a par contre emballé. C'est l'histoire d'un jeune adepte du kabuki, adopté adolescent par un maître, et du conflit avec le fils de ce dernier, également apprenti au kabuki. J'ai apprécié la mise en espace précise des personnages, leur humanité, les couleurs, l'ambiance et la découverte du kabuki, forme théâtrale que je ne connaissais pas. Un grand moment de cinéma et des retrouvailles avec le cinéma nippon.

                    Le film brésilien L'agent secret, largement financé par l'Europe, se passe à Recife dans le Nordeste pendant le Carnaval. Le héros est venu retrouver son fils, et doit mettre à jour ses papiers pour essayer de quitter le pays, car il est recherché par la police militaire. C'est la dictature, en effet. Le film est très réussi, l'intrigue, un peu compliquée (il y a plusieurs strates de narration qu'il faut décrypter), car le héros se dévoile peu, est une sorte de thriller anti-corruption. Ici la longueur est méritée, car il faut du temps pour démêler tout ça. 

                     Enfin, assez long aussi est Le mage du Kremlin, d'après un best-seller homonyme que je n'ai pas lu. Le film raconte l'émergence au premier plan de Vladimir Poutine, due en partie à son éminence grise, qui élimine peu à peu les autres conseillers de son entourage avant d'être probablement mis au rencart lui aussi, ce que laisse subodorer la fin du film. Le film est français. Olivier Assayas est un bon réalisateur. Mais pourquoi avoir tourné ce film en langue anglaise ? a aucun moment, ça ne m'a paru crédible, malgré la qualité des acteurs. Quitte à jouer ça dans une langue étrangère à la Russie, pourquoi ce réalisateur français n'a-t-il pas choisi notre langue ? Depardieu a bien joué Staline dans Le divan de Staline (2017), et ça ne m'a paru aussi artificiel qu'ici. Dommage ! Ceci dit, ça se laisse voir.


                    * Et j'ai tenu parole : je n'ai jamais travaillé à Bordeaux, sauf pendant mes années d'étudiant où je travaillais au noir une fois par semaine aux Halles des Capucins, déchargeant des camions de fruits et légumes dans la nuit du vendredi au samedi, pour me faire de l'argent de poche, destiné à me payer le cinéma, justement !

 

dimanche 18 janvier 2026

18 janvier 2026 : solitude

 

9 mai 1922 : Il me semble que ma solitude n’est ni plus grande ni plus profonde que celle d’autrui. Chacun de nous est solitaire et réduit à soi-même. Chacun de nous est une énigme.

(Khalil Gibran, Lettres d’amour, trad. Claude Came et Anne Durouet, Librairie de Médicis, 1996)

 

                    Je passe pour un grand solitaire. Pourtant je n"ai pas l'impression de l'être tant que ça, puisque je suis un être assez sociable, ayant placé l'amitié au centre de ma vie. J'ai gardé le contact avec mon ami d'enfance, Alain P., que je connais depuis 1956. Je me suis fait des amis de toute sorte pendant ma carrière professionnelle, ma participation à de nombreuses associations, dès 1970, associations où il m'est arrivé d'être simple membre, secrétaire, trésorier ou président, dans de nombreux domaines. Et le bénévolat entraîne parfois l'amitié.

                    Cependant, il est vrai aussi que je suis assez peu sociable pour des manifestations festives, du type repas de fête ou d'anniversaire, mariages, sport, et qu'il m'arrive de décliner des invitations ou de me cacher, voire de faire le mort pour ne pas y participer. C'est que j'apprécie peu le bruit, quel qu'il soit. J'ai été très rarement en boite de nuit, ou dans des groupes de fêtards, ça ne m'amuse pas. Je préfère la cohabitation avec des ami(e)s choisi(e)s, avec qui je preux passer des soirées ou des journées calmes. Je supporte même mal le bruit induit par les téléphones portables et les conversations oiseuses qui vont avec. Ne parlons pas des rues commerçantes où la musique s'ajoute au bruit de la cohue. 

                    Alors oui, j'aime une certaine forme de solitude, la solitude choisie. Je crois que la solitude subie peut être une torture pour beaucoup de personnes. Personnellement, je n'ai jamais souffert pendant mes périodes de solitude ; je me suis baladé, j'ai randonné, j'ai lu, j'ai écrit, j'ai médité. Et, quand je suis avec des ami(e)s, j'ai même souvent conscience de trop parler, voire de couper la parole comme certains présentateurs radio ou télé, par peur du vide sans doute. Et comme la solitude s'accouple au silence, qui est ce que je préfère dans la vie, tout me paraît pour le mieux. J'ai entendu dire que, dans les retraites dans des monastères (ce qui serait nouveau pour moi), les repas sont pris en silence. Pourquoi pas ? Quand on veut entendre le silence, le meilleur endroit est encore le cimetière, comme écrit le poète Daniel Birnbaum dans son recueil  Monde, j’aime ce monde (Décharge, 2015).

                     Bref, vive la solitude !


dessin d'humour de Geluck


 

samedi 17 janvier 2026

17 janvier 2026 : le poème du mois

« Le rire est le sel de la vie, petite mère.

Eh bien, tu sales trop ! Ça décape la joie. »

(Driss Chraïbi, La civilisation, ma mère !, Gallimard, 1989)



                    Après le froid hivernal qui a occupé la fin du mois de décembre, la pluie a repris ses droits.  Il faut faire avec, surtout moi, le cycliste. Je m'efforce de sortir dès qu'il y a une éclaircie, de ne pas oublier ma grande cape qui me protège et m'évite de mouiller mes vêtements ou mes chaussures, de faire front pour éviter de glisser. Et, en même temps, je dois dire que j'aime assez la pluie pour sortir quand même : qui sait, un rayon de soleil créera peut-être un arc-en-ciel dont les couleurs m'enchanteront. Alors, en ces temps pluvieux, je me rappelle avoir trouvé la belle ode à la pluie qui suit et que je vous propose.

 

            Ode à la pluie


Parce que son écriture nerveuse

file sur les vitres de l’express


et parce que son voile translucide

tangue devant le mer de lumière verticale de la tour


parce qu’elle pleure à mon instar

ce que de toute façon je ne peux oublier


et parce qu’elle pointille son haïku automnal

même tout de suite effacé sur le pare-brise


parce que c’est une bénédiction

de s’endormir au son de son chant ruisselant


et féerique de se réveiller dans le noir

quand elle cogne contre le toit des voitures


parce qu’elle unit ciel et terre

dans un sacrement secret


et même parce que les femmes les plus belles

le deviennent encore plus

lorsqu’elle file à travers leur longue chevelure


parce qu’on a le droit de rester tranquille

jusqu’à ce que sa grande musique s’apaise


et parce que sa lumière liquide

est le négatif de ce poème :


voilà pourquoi j’aime la pluie

Les arbres ne rêvent sans doute pas de moi (Søren Ulrik Thomsen, trad. Pierre Grouix, Cheyne, 2016)


 

 

 

    

 

mercredi 14 janvier 2026

14 janvier 2026 : la chanson du mois, Louane

 

Je crois que l’on ressemble à l’endroit où on grandit, et moi je suis un courant d’air. 

(Estelle Rocchitelli, Après la brume, Dalva, 2024)

 

                    J'ai regardé récemment la photo de maman, un peu pâlie, décolorée (si on peut dire elle est en noir et blanc, et date de sa jeunesse),  et j'ai celle de Claire sur mon bureau, également en noir et blanc, quand elle était jeune maman.  Et maintenant, j'ai deux nouvelles mamans à dorloter, qui perpétuent l'histoire familiale, Lucile, ma fille et Mélanie, ma belle-fille. Je leur dédie en ce début d'année, la chanson de Louane, qui suit.

                Maman

Y a plus d'amants, y a plus de lits
Finalement, tu vois, j'ai construit ma vie
Et le vide est grand, les questions aussi
Toi, tu vas comment?
Est-ce que tu vois tout ici?
Et j'ai bien changé, j'ai bien grandi
De toi, j'ai gardé tout ce qui fait qui je suis

Je vais mieux, je sais où je vais
J'ai arrêté de compter les années
Et si j'ai voulu arrêter le temps
Maintenant, c'est moi qu'elle appelle maman

Maman, maman
Maman

J'ai trouvé l'amour, indélébile
Tu sais le vrai toujours, même quand le temps file
Quand il me tient la main
J'ai plus peur de rien
Et ça m'fait comme avant
Quand toi, tu m'tenais la main

Je vais mieux, je sais où je vais
J'ai arrêté de compter les années
Et si j'ai voulu arrêter le temps
Maintenant, c'est moi qu'elle appelle maman

Maman, maman, maman
Maman, maman, maman

Je vais mieux, je sais où je vais
J'ai arrêté de compter les années
Et si j'ai voulu arrêter le temps
Maintenant, c'est moi qu'elle appelle

Maman, maman, maman
Maman, maman

Si j'ai voulu arrêter le temps
Maintenant, c'est moi qu'elle appelle (maman)

 

 Pour l'écouter :

https://www.google.com/search?client=firefox-b-e&q=louane+maman#fpstate=ive&vld=cid:72505637,vid:HExLLJ7VIuQ,st:0

samedi 10 janvier 2026

10 janvier 2026 : les petites histoires de JP 1

Silence

La vieille peau est morte

l’esprit s’est envolé

Et chante sur le faîte

D’un arbre calciné

(Grisélidis Réal, Chair vive : poésies complètes, Seghers, 2022)

 

                    J'inaugure aujourd'hui une nouvelle rubrique : les petites histoires de JP. Il pourrait y en avoir une par mois, ou tous les deux mois, je ne sais pas encore. on verra selon mon inspiration. Ce sera de petites fictions, contes, historiettes... Mais toujours de mon imagination ou des choses que j'ai plus ou moins entendues.

Les chatons

        Les chats ont miaulé toute la nuit. Au matin, dans sa chambre, papy rencontre sa petite fée aux yeux magiques..

        — Tu as entendu les chats ? demande le papy.

        — Voui ! Ils sont montés sur le toit pour manger des sucettes.

        — Des sucettes ? Mais elles sont dans la cuisine.

        — Mais non! Des sucettes pour chats!  Pas mes sucettes ! Y a des sucettes pour tous les animaux, les poules, les chiens, les dragons et les chats ..

        — Des sucettes pour chats ?

        — Voui ! Je pense que ce sont les étoiles, c’est pour ça qu’ils montent sur le toit. Pour lécher les étoiles !

        — Ah oui ! Et c’est pour ça qu’ils miaulent ?

        — D’abord, ils font pas miaou-miaou, ils font miam-miam parce qu’ils et elles se régalent. les petites chattess en mangent tellement que leur ventre devient tout gros, et avec leurs petits bras elles font un cercle devant elles et marchent comme si elles pesaient cent kilos.

        — Tu es sûre de ça ?

        — Ben, pourquoi, tu sais pas encore, à ton âge ?

        — Je ne sais pas quoi ?

        — Hé papy ! comment tu crois que les chattes font des bébés chatons ?

 

        Là, papy doit s’avouer qu’il se sent largué ! Il a fallu qu’il soit grand-père pour savoir comment les chatons venaient au monde.

 


 

 



 

 

mardi 6 janvier 2026

6 janvier 2026 : mon équipée de Noël et du Nouvel an

 

Vous ne verrez jamais un oiseau ne pas s’éveiller à l’aube et s’octroyer une grasse matinée. 

(Amélie Nothomb, Psychopompe, Albin Michel, 2023)

 

                    Ne le prenez pas mal, mais j'ai toujours rêvé d'être un oiseau, et je m'éveille toujours à l'aube, même s'il m'arrive parfois de traîner ensuite un peu au lit, pour continuer ou terminer un livre. J'ai horreur des grasses matinées, je suis du matin, et pas du tout du soir : je n'ai que rarement mis les pieds en boîte de nuit. Bigre, j'ai toujours cru que la nuit était faite pour dormir, plutôt que de "danser" (gigoter conviendrait mieux !)...

                    J'ai donc, après le repas de Noël des Petits frères des Pauvres, du 24 décembre midi à Bordeaux, où j'étais à la fois serveur (une vingtaine de bénévoles comme moi accueillaient, plaçaient et servaient les plats aux personnes âgées que nous accompagnons pendant l'année, et qui étaient suffisamment valides pour y venir), convive, et un peu animateur (danse, chanson, discussions), continué ma route pour une nouvelle vadrouille.

                    Le 25, j'étais à Toulouse, logé chez ma sœur Marie-France, mangeant le midi chez ma belle-sœur Anne et le soir chez Marie-France. J'y ai donc vu une partie de ma famille, dont ma fille, son compagnon et ma petite-fille Sasha, également logés chez ma sœur, et une partie de ma belle-famille. C'était convivial et très agréable. Je me suis pas mal promené, seul pour aller à la poste acheter des timbres et des enveloppes pré-timbrées, ou en groupe : il faisait froid, mais beau.

                    Étape suivante : Lamalou-les-Bains, chez mon autre sœur Monique. Le 27 décembre, le voyage a été assez rocambolesque, avec le train TER Toulouse-Narbonne annulé, j'ai dû prendre le suivant qui, évidemment, allait être bondé. Sur le quai, la cohue était indescriptible pour monter dans les voitures. Le haut-parleur annonçait des bus supplémentaires pour faire le même trajet. J'ai quand même réussi en jouant des coudes à me hisser dedans, mais sans pouvoir m'asseoir plus d'une heure entre Toulouse et Carcassonne. Nous étions au touche-touche avec nos sacs et valises ! Enfin, j'ai pu arriver à Bédarieux, toujours en train, puis à Lamalou, en bus.

                    Monique avait préparé une grande réunion de famille, avec mon autre sœur, Maryse, de Bordeaux, venue à Montpellier avec son mari voir leur fille Pauline, trentenaire établie dans cette ville. Et bien sûr, Monique avait invité sa propre fille, Milena, trentenaire également, vivant aussi près de Montpellier. Les deux trentenaires étaient accompagnées de leurs chéris, que je n'avais vus jusque là qu'épisodiquement. Nous étions donc neuf, en comptant le mari de Monique. Le repas fut très animé, surtout par les deux jeunes hommes, qui se sont montrés gros mangeurs, grands buveurs et bons blagueurs.

                    Dernière étape, Lyon, où depuis quelques années, je passe le réveillon du Nouvel an avec Jean (75 ans), mon compagnon du cargo de 2013, avec qui j'avais sympathisé. Manquait à l'appel Dame Fortune, comme l'appelle Jean, qui partageait mes agapes de Lyon ; Fortune (93 ans aujourd'hui), je l'avais connue lors de mon voyage à Tanger en 2012. Nous avions fraternisé sur le ferry d'Algésiras à Tanger et je l'avais surnommée "la vieille dame de Tanger". Je l'avais fait connaître à Jean. Elle n'était plus très valide depuis trois ans, mais je l'invitais en général au restaurant à midi le 30 décembre jusqu'à l'an dernier. Cette année, elle venait de tomber dix jours avant mon arrivée, et s'était cassé le col du fémur. Elle était donc à l'hôpital Édouard Herriot, où je suis allé la voir. Très affaiblie, elle battait la campagne, s'imaginant qu'on la ramènerait chez elle et qu'elle reprendrait sa vie ordinaire.

Lyon sans Guignol n'est plus Lyon !

                    J'ai donc dû me contenter de Jean pendant mes autres journées de Lyon. Bon cuisinier, il m'avait prévu de bons petits plats auxquels il touchait à peine, n'ayant plus très faim. J'y ai fait honneur, bien que n'étant pas moi-même très glouton : j'ai ouverte les huitres. Je suis sorti, plusieurs fois tout seul, pour prendre l'air et tâter le pouls de la métropole lyonnaise, le soleil était magnifique. Mais c'était la première fois qu'il faisait froid depuis que je passais ma fin d'année à Lyon. Des trois mousquetaires lyonnais, j'étais le plus alerte !

L'ouverture des huitres

                        Et je suis rentré en solo à Bordeaux par le car Flixbus qui traverse le Massif central par Clermont-Ferrand. Ce n'est pas dans l'intention de la SNCF de recréer une liaison ferroviaire entre nos deux villes, sauf à passer par Massy !!! Mais ces huit jours de balade m'ont fait un bien fou : j'étais hors du temps, je ne me suis pas du tout intéressé à l'information, je ne savais rien de ce qui se passait en France et dans le monde, et surtout je voyageais seul, ce qui m'a valu de faire de belles rencontres éphémères, tant dans le train que dans l'autocar. Il y avait longtemps que je n'avais eu des vacances aussi froides, un temps aussi sec, et j'étais pourtant plutôt exalté. Et puis, j'ai lu Sénèque, L'art d'apaiser  la colère. Bref, un beau voyage, méditatif aussi.

 

dimanche 4 janvier 2026

4 janvier 2026 : Les USA, état voyou

 

Rien de plus funeste que les inimitiés : elles sont le fruit de la colère. Qu’est-ce que la guerre, ce fléau qui dépasse tous les fléaux ? L’explosion de la colère des grands.

(Sénèque, L’art d’apaiser la colère, trad. Félix Lemaistre, Mille et une nuits, 2025)

 

                Voici que, au moment d'envoyer mes vœux par mon blog, j'apprends les événements du Vénézuela, dont je savais que ce serait la prochaine victime de Trump, les ingérences américaines en Amérique latine étant notoires et s'accentuant sous la présidence  de ce cet "élu" à moitié dingue. Ce nouveau coup d'éclat va éclipser les événements de Palestine, Ukraine. Pourquoi désormais la Chine se gênerait-elle pour s'emparer de Taïwan qui, après tout, a longtemps fait partie de l'Empire chinois ? Comme l'approvisionnement en pétrole est l'une des causes de l'enlèvement d'un président (qui ne cachait pas son hostilité à Trump), ce dernier va avoir quartier libre pour déstabiliser l'Iran (autre pourvoyeur potentiel de pétrole), pour avoir enfin raison de Cuba, etc...

                    Je vous livre le texte d'Alain Graux sur son blog :

La véritable raison de l'invasion du Venezuela par les États-Unis remonte à un accord conclu par Henry Kissinger avec l'Arabie saoudite en 1974…. Il s'agit en réalité de la survie du dollar américain en tant que monnaie d'échange internationale, un système qui assure la domination impériale de ce pays.

Ni la drogue. Ni le terrorisme. Ni la « démocratie ». Il s'agit du système du pétrodollar qui a permis aux États-Unis de rester la puissance économique dominante pendant 50 ans. Et le Venezuela vient de menacer d'y mettre fin.: Le Venezuela possède 303 milliards de barils de réserves de pétrole prouvées. Le plus grand du monde. Plus que l'Arabie saoudite. 20 % du pétrole mondial. Mais voici ce qui compte :

Le Venezuela vendait activement son pétrole en yuans chinois, et non en dollars. En 2018, le Venezuela a annoncé son intention de « se libérer du dollar ». Ils ont commencé à accepter les yuans, les euros, les roubles, tout sauf les dollars pour le pétrole. Ils demandaient à rejoindre les BRICS. Ils mettaient en place des canaux de paiement direct avec la Chine, contournant totalement le système SWIFT. Et ils disposaient de suffisamment de pétrole pour financer la dédollarisation pendant des décennies. Pourquoi est-ce important ? Car tout le système financier américain repose sur une seule chose : Le pétrodollar. En 1974, Henry Kissinger a conclu un accord avec l'Arabie saoudite :

Tout le pétrole vendu dans le monde doit être tarifé en dollars américains. En échange, l'Amérique assure sa protection militaire. Cet accord unique a créé une demande artificielle de dollars à l'échelle mondiale. Tous les pays du monde ont besoin de dollars pour acheter du pétrole. Cela permet aux États-Unis d'imprimer de l'argent à volonté tandis que d'autres pays travaillent pour cela. Il finance l'armée. L'Etat-providence. Les dépenses déficitaires. Le pétrodollar est plus important pour l'hégémonie américaine que les porte-avions. Et il existe un schéma récurrent quant à ce qui arrive aux dirigeants qui le contestent :

2000 : Saddam Hussein annonce que l'Irak vendra son pétrole en euros et non plus en dollars. 2003 : Invasion. Changement de régime. Le pétrole irakien est immédiatement reconverti en dollars. Saddam Hussein est lynché. Les armes de destruction massive n'ont jamais été trouvées car elles n'ont jamais existé.

2009 : Kadhafi propose une monnaie africaine adossée à l'or, appelée « dinar or », pour le commerce du pétrole. Les courriels divulgués d'Hillary Clinton elle-même confirment que c'était la raison PRINCIPALE de l'intervention. Extrait d'un courriel : « Cet or était destiné à établir une monnaie panafricaine basée sur le dinar d'or libyen. »

2011 : L’OTAN bombarde la Libye. Kadhafi est assassiné. La Libye abrite désormais des marchés d’esclaves à ciel ouvert. « Nous sommes venus, nous avons vu, il est mort ! » a lancé Clinton en riant devant la caméra. Le dinar d'or mourut avec lui.

Et maintenant Maduro. Avec cinq fois plus de pétrole que Saddam et Kadhafi réunis. Vente active en yuans. Créer des systèmes de paiement hors du contrôle du dollar. Demande d'adhésion aux BRICS. En partenariat avec la Chine, la Russie et l'Iran. Les trois pays à la pointe de la dédollarisation mondiale. Ce n'est pas une coïncidence. Contester le pétrodollar. Changer de régime. À chaque fois.

Stephen Miller (conseiller à la sécurité intérieure des États-Unis) l'a littéralement dit à voix haute il y a deux semaines : « L’industrie pétrolière vénézuélienne a été créée grâce à la sueur, à l’ingéniosité et au labeur des Américains. Son expropriation tyrannique constitue le plus grand vol de richesses et de biens américains jamais enregistré. » Il ne le cache pas.

Ils prétendent que le pétrole vénézuélien appartient à l'Amérique parce que des entreprises américaines l'ont exploité il y a 100 ans. Trump l'a proclamé lui-même.

Le pétrodollar : une mort annoncée.                                              La Russie vend son pétrole en roubles et en yuans depuis la guerre en Ukraine et les sanctions. L'Arabie saoudite discute ouvertement des règlements en yuans. L'Iran commerce avec des devises autres que le dollar depuis des années. La Chine a créé CIPS, sa propre alternative à SWIFT, qui compte 4 800 banques dans 185 pays. Les BRICS développent activement des systèmes de paiement qui contournent totalement le dollar. Le projet Bridge permet aux banques centrales de régler instantanément les transactions en monnaies locales. L'adhésion du Venezuela aux BRICS, avec ses 303 milliards de barils de pétrole, accélérerait ce processus de manière exponentielle. Voilà le véritable enjeu de cette invasion.

On ne lutte pas contre le trafic de drogue. Le Venezuela représente moins de 1 % de la cocaïne consommée aux États-Unis. Ce n'est pas du terrorisme. Il n'y a absolument aucune preuve que Maduro dirige une « organisation terroriste ». Ce n'est pas la démocratie. Les États-Unis soutiennent l'Arabie saoudite, qui n'organise aucune élection. Il s'agit de maintenir un accord vieux de 50 ans qui permet à l'Amérique d'imprimer de l'argent pendant que le monde travaille pour elle. Et les conséquences sont terrifiantes :

La Russie, la Chine et l'Iran dénoncent déjà cela comme une « agression armée ». La Chine est le plus gros client pétrolier du Venezuela. Ils perdent des milliards.  Tous les pays, comme les BRICS,  qui envisagent la dédollarisation viennent de recevoir le message : défiez le dollar et nous vous bombarderons. Mais le message pourrait accélérer la dédollarisation, et non l'arrêter. Désormais, tous les pays du Sud Global savent ce qui arrive lorsqu'on menace l'hégémonie du dollar.

Le 3 janvier 2026 le Venezuela est bombardé et le président Maduro est capturé. Déjà le 3 janvier 1990, c'était l'Invasion du Panama et la Capture de Noriega. Presque jour pour jour. Même scénario. Même accusation de « trafic de drogue ». La même raison; ce qui était vrai pour Noriega et n'est pas vraisemblable pour Maduro. Pour les mêmes objectifs: le contrôle des ressources stratégiques et des routes commerciales, et aussi le contrôle du continent américain, selon le principe de la doctrine Monroë : une chasse gardée des Etats-Unis, comme pour Poutine, le contrôle - perdu - de la zone d'influence soviétique est la raison de la guerre en Ukraine. Pour la Chine  c'est un peu différent : Taîwan était une partie de son territoire, pas une zone d'influence extérieure. Dans ses surprenantes et précédentes déclarations, Trump affirmait revendiquer aussi le Canada et surtout le Groenland, pays du Continent américain. Quelles seront les prochaines étapes ? D'abord en Amérique dite latine : le Nicaragua, le Brésil (Trump interviendra sans doute dans les prochaines élections comme il l'a fait honteusement en Equateur, en Bolivie, au Honduras au Chili), Cuba, puis le Mexique dont la présidente progressiste Claudia Sheinbaum est une scientifique, climatologue, spécialiste de l'efficacité énergétique, l'une des autrices principales du cinquième rapport d'évaluation du GIEC. Toutes disciplines, bannies par Trump!

Avec ce type et sa bande evangélo-extrémiste de droite, il faut s'attendre à tout, y compris dans l'UE, considérée comme une ennemie économique, parce que concurrente avec l'euro, sa monnaie unique ... 

Alain Graux


 

                    Sur ce, bonne année quand même, et relisons Sénèque.