samedi 25 juin 2022

25 juin 2022 : un roman actuel


Nous sommes la succession de personnes étrangères les unes aux autres qui, probablement, n’auraient pas grand-chose à se dire si elles se croisaient.

(Fabrice Caro, Broadway, Gallimard, 2020)


Voici un roman qui aurait plu à Claire : suffisamment réaliste pour lui permettre de se comprendre elle-même, suffisamment idéaliste pour l’empêcher de déprimer, et plein d’un humour jaune (ou noir selon notre état d’esprit au moment de la lecture) pour aller jusqu’au bout. Très contemporain, riche d’enseignement pour les couples actuels, nous laissant nus devant la réalité et les épreuves à affronter (ou pas), car on peut aussi fermer les yeux devant les vicissitudes de la vie.


Dans Broadway, Fabrice Caro nous conte les soliloques d’Axel, marié à Anna, nanti de deux ados, Jade (18 ans) et Tristan (14 ans) ; ils habitent dans un lotissement, ils ont un travail, organisent tous les trois mois un apéro avec les voisins. Une vie normale, quoi, jusqu’au jour où Axel reçoit un courrier de la CPAM lui proposant un dépistage du cancer colo-rectal comme à tous ceux qui atteignent 50 ans. Mais voilà, il n’en a que 46, et cette lettre va déclencher un séisme dans sa vie. Voici que parallèlement, sa femme lui propose pour les prochaines vacances du paddle à Arcachon (il n’en a aucune envie : "Pourquoi ce besoin de partir en vacances ensemble? Dans quel but ? Qu’avons-nous à y gagner ?"), que sa fille a un énième chagrin d’amour (comment gérer ça?) et que son fils est accusé au collège d’avoir caricaturé deux professeurs dans une posture pornographique !

Il se rend compte qu’il est à la croisée des chemins Les enfants grandissent et prendront leur envol et il voit très bien "ce que nous pouvons très bien devenir, Anna et moi, une fois que Tristan et Jade seront partis de la maison. […] nous allons passer de quatre à trois, puis de trois à deux, et quel deux deviendrons-nous alors ? À nouveau un couple ? […] Des colocataires ?" Il ne leur restera plus qu’à montrer "des photos de nos enfants aux gens qui viendront prendre l’apéritif", et à les prendre "en otages parce que ce sera pour nous la seule occasion d’oraliser une profonde blessure".

Axel a "toujours détesté la plage, je n’ai que des souvenirs traumatisants liés à la plage, des sensations de bruit, d’odeurs, d’impudeur, de sable jusque dans les pores, de complexes physiques exacerbés par la quasi nudité, cette sensation étouffante que toute la plage ne regardait que moi". Donc pas envie d’aller à Arcachon ! Et, lors d’une rencontre avec la prof de son fils (qu’il tente d’excuser), il apprend qu’elle "parcourt le pays sac au dos, elle fait ça un mois tous les étés, chaque fois dans un pays différent, seule, pour se retrouver, se ressourcer, pousser chaque fois plus loin la recherche de son moi profond, s’éprouver face à la solitude". Et Axel retrouve son fameux "fantasme de la disparition. S’évaporer, sans préavis, sans laisser la moindre nouvelle, partir, prendre congé, démissionner de la vie, démissionner de la réalité".

Perdu entre le réalisme de la vie quotidienne ("C’est donc ça la réalité") et l’idéal de ce fantasme, que peut-il décider, que va-t-il décider ? Tout est-il "foireux par essence" ou y a-t-il une possibilité d’avoir une prise sur notre vie ? Ce court roman (que j’ai pourtant mis une semaine à lire, étant donné mon hyper-activité) m’a vivement intéressé sur la conduite d’une vie en général et sur la façon de vivre en famille dans le monde d'aujourd'hui, de moins en moins simple, me semble-t-il ? 

À noter aussi que Fabrice Caro écrit aussi sous le pseudo de Fabcaro des romans graphiques (ex-BD) à l’humour déjanté. Je remercie mes cousins de Paris de me l’avoir fait découvrir il y a deux semaines. 

 

 

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