Le cyclo-lecteur

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Photo Juan Camilo Martinez Otálvaro (2013)

jeudi 25 avril 2019

25 avril 2019 : Panaït Istrati, un voyage en Roumanie


Je hais les touristes. Dès qu’il met les pieds à l’étranger, l’homme devient insolent et barbare.
(Georges Simenon, Il y a encore des noisetiers, Presses de la Cité, 1969)


Panaït Istrati

À peine revenu d’un formidable voyage en Roumanie, j’ai foncé voir mes vieux amis : Georges (bientôt cent ans, qui s’affaiblit beaucoup) et Odile (qui s’apprête à entrer prochainement en maison de retraite et qui apprécie mon aide pour s’y préparer, car elle redoute le choc) à Poitiers, d’où je reviens présentement, et Huguette qui, elle, est entrée aussi en maison de retraite tout près de chez moi, et que j’ai trouvée radieuse : sans doute le fait de n’être plus totalement seule, notamment pour les repas de midi et du soir. Ce qui explique que je n’ai point encore fait un compte rendu méticuleux de ce voyage sur les pas de Panaït Istrati.

la campagne roumaine

coucher de soleil : le Danube à à Sulina

Ce n’était donc pas à proprement parler un voyage touristique, même si nous avons visité le Palais Cotroceni, édifié à la fin du XIXème à Bucarest pour le roi Carol Ier, et devenu résidence du président de la république et musée, le  monastère Cocos dans la Dobroudja (visite agrémentée d’un admirable chant de deux moines chantres), le Monument paléo-chrétien de Niculitel (sous la direction d'un des deux chantres qui nous gratifia de nouveau d'un chant magnifique), l’écomusée du delta à Sulina, la mosquée de Babadag au sud du delta du Danube, aperçu non loin de là (sans la visiter) la citadelle gênoise d’Enisala, les musées du paysan roumain et de la littérature roumaine de Bucarest, la Maison mémorielle Panaït Istrati à Braïla, le Théâtre de Braïla, sans compter des églises et des déambulations à travers les villes (Bucarest en bus, Braïla et ses environs pour découvrir les lieux des personnages d’Istrati, Sulina et son phare sur un des bras du delta) et une balade sur le Danube, dans les canaux et lacs du delta, et jusqu’à la Mer noire, qui m’a paru d’un gris métallique.

le phare de Sulina (intérieur haut)
l'église du monastère Cocos, et un des deux chantres

Mais la grande affaire, c’était, bien sûr, plus que le tourisme, Panaït Istrati. J’ai relu sur ma liseuse trois de ses romans (Kyra Kyraline, Oncle Anghel, Présentation des Haïdoucs) pour me remettre dans le bain et pouvoir discuter avec plusieurs spécialistes de l’auteur qui faisaient partie du voyage (11 Français, 4 Roumains, 3 Autrichiens, tous "istratiens", moi y compris, puisque c’est un des treize écrivains qui m’ont inspiré dans D’un auteur l’autre). J’ai eu la surprise de découvrir dans le groupe que l’un des Autrichiens, Georg Kremnitz, n’était autre que le mari de Frantze Pierre-Charles, père des deux enfants de celle qui fut ma condisciple martiniquaise à l’École Nationale Supérieure des Bibliothèque. Après sept ans à la Bibliothèsue universitaire de Bordeaux, elle fut mutée à Fort-de-France et se sépara de Georg. Je la revis lors de mon passage en Guadeloupe, où elle m’invita à dîner chez elle, lors d'un de mes séjours en Martinique : je racontai à ses deux enfants, alors âgés de dix et huit ans, l’histoire d’Œdipe.

le groupe au Musée de la littérature roumaine

l'église grecque de Sulina (en restauration)

Nous participâmes donc à un colloque franco-roumain sur Panaït Istrati : une demi-journée à Bucarest au Musée du paysan roumain, puis une journée entière à Braïla à la Maison mémorielle Panaït istrati. Trois d’entre nous (le président de l’Association, Christian Delrue, qui signala la parution prochaine en mai chez Gallimard de la Correspondance Panaït Istrati–Romain Rolland 1919-1935, Frederika Zephir qui nous fit une belle communication sur l’imaginaire de l’écrivain vagabond, Panaït Istrati et sa ville, et Heinrich Stiehler, une très intéressante aussi sur le roumanisme rationnel de Panaït Istrati) firent des interventions, et une bonne dizaine de Roumains proposèrent un bel hommage (souvent en français) à l’écrivain roumain qui, en effet, écrivit son œuvre en langue française. 

un chat de Roumanie (aux abords de Braïla)

un plat (pour une personne !!!)
 
J’en suis revenu, conforté dans mon admiration pour Panaït Istrati, et ravi de voir que les Roumains célèbrent leurs écrivains. Le voyage était très bien organisé, j’ai noué quelques liens amicaux (ainsi avec deux des membres du groupe qui m’ont fait découvrir le CIRA de Marseille, Centre International de Recherches sur l’Anarchisme, et je me suis empressé d’y envoyer mon livre dès mon retour). Quelques-uns viendront peut-être me voir à Bordeaux, ou bien j’irai les voir chez eux, et je me suis promis d’aller à la prochaine AG de l’Association des amis de Panaït Istrati en novembre prochain à Paris. Par ailleurs, ce qui ne gâte rien, on a très bien mangé, notamment beaucoup de poisson quand nous fûmes dans le delta. Les hôtels étaient également excellents (quoique trop chauffés, mais il paraît que les hivers sont si froids qu'on chauffe les intérieurs à 27°), même si désormais, depuis la chute de l'URSS, l'anglais a largement supplanté le français... Dommage !

dans le delta, lors d'une promenade


la mosquée de Babadaq

Bref, je suis prêt à réitérer pour des voyages thématiques de cet acabit.

dans le Palais Cotroceni

1 commentaire:

Martha a dit…

Merci, Jean-Pierre, pour ce compte-rendu inspiré. Je crois que nous devrions renouveler cette expérience, les liens d'amitié qui se tissent dans de pareilles occasions sont tout-à-fait dans l'esprit de notre auteur préféré.
Meilleures pensées, A bientôt, Martha