Le cyclo-lecteur

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Photo Juan Camilo Martinez Otálvaro (2013)

jeudi 11 février 2010

11 février 2010 : la vie



Si nous accueillons le bonheur comme un don de Dieu, comment ne pas accepter de même le malheur !

(Job, 2, 10)


Au moment où de nouveaux deuils frappent la famille, comment ne pas rester stoïque, et savoir que tout cela fait partie de la vie ? Je suis en train de lire Montaigne, Sénèque également (De la tranquillité de l'âme), Jean Giono (J'ai ce que j'ai donné, recueils de lettres à sa famille) et je dois dire que ces auteurs, au même titre que Job, ou que les conversations avec mes amis ici, me font mieux apercevoir la vie...

Au fond, il n'y a ni malheur, ni bonheur, il y a simplement le flux de la vie. Quand je repense à la façon dont Claire nous a accompagnés sur le chemin de son départ, avec le même stoïcisme que Montaigne ou Sénèque, alors pourtant qu'elle ne les lisait pas, je lui tire mon chapeau. Quelle leçon !

Ici, tout me la rappelle : les hibiscus rouges avec les petits colibris qui se précipitent à l'intérieur pour aspirer quoi, le suc, les hérons pique-boeufs qui passent en bande le soir regagner leur dortoir, les mornes ocre et vert, aux pentes de plus en plus cultivées (gros progrès depuis vingt-cinq ans, et Yvon me confirme que les bidonvilles sont en nette régression, les Guadeloupéens s'étant rendus compte qu'on vivait mieux dans une case à la campagne avec un petit lopin à cultiver, quelques poules et dans la solidarité locale), la plage de Rocroy, où je suis resté à méditer deux heures hier, assis sous la paillotte où Claire accrochait le hamac de toile qu'elle avait confectionné pour Mathieu, la Soufrière toujours bien dégagée le matin et qui se couvre peu à peu, et cette sociabilité antillaise qu'elle appréciait tant.

Foin des chichis à l'occidentale, des réticences du cœur et du corps, on boit (je sens que je vais m'habituer au ti-punch), on mange, on parle, on se tape sur l'épaule, on accueille avec le cœur. Et curieusement, je retrouve cette même convivialité que j'ai eu avec les matelots sur le cargo. Est-ce que l'excès de richesse tuerait la sagesse du cœur ?

Etant sur le poste internet de la jolie médiathèque de Vieux-Habitants (grâces lui soient rendues), je ne peux m'attarder, surtout que je n'avais rien préparé ! Mais nous avons tous des trésors dans le cœur : sachons les repérer, les faire sortir et les faire prospérer... Après, il n'y a plus ni bonheur, ni malheur, mais seulement la vie qui palpite, qui fuse, qui jaillit, qui nous rend aimants, solidaires et libres donc, comme les flocons de neige qui semblent vous ensevelir en ce moment...

Mais n'embellissent-ils pas le paysage ??? Nous, nous pouvons embellir notre cœur.



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