lundi 25 août 2025

25 août 2025 : quoi de neuf en Palestine ?

 

il détestait cette guerre, entrevoyait des jours de ténèbres où triompheraient les pharisiens et les méchants, où les choses saintes seraient en dérision : non plus lumière au fond des cœurs, mais paroles de blasphème qui couvriraient en vérité l’orgueil, la cupidité, la luxure, la sauvagerie de la pire bête qui soit sous le ciel de Dieu : l’homme qui a renié son âme.

(Maurice Genevoix, La motte rouge, Seuil, 1979)

 

                    Le temps passe, et peu à peu Israël raye Gaza de la carte, avec son lot de bombardements, de famine organisée, de cruauté assumée, de crimes de guerre, et la volonté délibérée d'éliminer tout un peuple, tout cela sous l’œil bienveillant de hommes politiques de l'Occident, dont le nôtre. Seul le peuple proteste, en France, en Allemagne, en Espagne, en Angleterre, en Australie, etc., mais cela n'arrête pas la machine de guerre et son commerce, ni l'économie de guerre qui se met en place un peu partout.

                Quant à la malheureuse Cisjordanie, elle est en train d'être dépecée (implantation de colonies), spoliée (vols de terres et de bétail, démolitions de maisons, arrachages d'oliviers, etc.), violentée (arrestations arbitraires, assassinats, enlèvements...), par la colonisation aidée de la soldatesque et d'un gouvernement ouvertement colonialiste. Ah ! on peut dire que Hitler a gagné la guerre, puisque presque toutes les guerres, depuis 1945, se développent sur le modèle nazi; avec l'appui éhonté de la technologie et de la science modernes. 

                 Et comme me l'ont dit quelques personnes lors de la distribution de tracts à laquelle j'ai participé samedi dernier 23 août, "à quoi peuvent bien servir vos manifestations, vos tracts, vos protestations, vous n'arrivez même pas à faire bouger la ligne de nos gouvernants, et encore moins celle d'Israël, qui s'apprête à conquérir de nouveaux territoires, tout en malmenant les pays voisins..." Eh oui, à quoi ? Devons-nous rester muets, ne rien dire, accepter la fascisation du monde qui vient, accepter d'être accusés de "faire l'apologie du terrorisme", alors que c'est le contraire : nous condamnons Israël, qui se comporte en état terroriste.

                   "Voilà ce que c’est […] la guerre ! la barbarie civilisée… le brigandage légal…", écrivait Grigory Danilevski dans Moscou en flammes (Bibliothèque russe et slave, ebook), magnifique roman russe de la fin du XIXème siècle qui raconte la fameuse campagne de Russie de Napoléon Ier en 1812 et la formidable résistance du peuple russe. Je dois dire que j'admire énormément l'héroïque peuple palestinien, qui tient le coup depuis plus de 77 ans sous la botte d'un peuple d’élite, sûr de lui-même et dominateur (Charles de Gaulle, discours 1967).

                Et j'étais désappointé samedi devant la passivité de la plupart des passants qui, munis de smartphones, se gobergeant de glaces ou de pâtisseries, se contrefoutaient de la Palestine, détournaient le regard, comme si j'étais transparent. J'étais découragé d'y être allé, surtout sans mon t-shirt Free Palestine, ma casquette Palestine et mon petit drapeau palestinien. Je découvrais "la douce et souveraine mélancolie que donne la réalité vue de face", dont parle Michel Serres, dans les Nouvelles du monde (Flammarion, 1997), le livre que je suis en train de lire.



 

 

 

samedi 23 août 2025

23 août 2025 : vacances ?

 

Cherche toujours tes réponses dans les grands livres. Fais-leur confiance. Et rappelle-toi qu’il n’y a qu’eux pour nous rappeler que nous ne vivons pas seuls dans ce monde et que nous sommes responsables des autres.

(Vincent Hein, Kwaï, Phébus, 2018)

 

                    Je rentre d'un séjour dans la Poitou, où j'ai d'abord revu des amis (F. à Poitiers, C. près d’Angoulême) puis une partie de ma belle-famille dans la Vienne, à Romagne. En juillet, j'avais passé trois jours dans les Landes et cinq jours dans l'Hérault, chez deux de mes sœurs. Le reste de l'été, je suis resté à Bordeaux, où j'ai continué à faire mes visites en EHPAD (et des lectures à haute vois aussi), à fréquenter ma sœur et mon neveu d'ici, et à voir mes amis(e) bordelais(e)s. J'ai aussi subi quelques examens médicaux qui vont encore continuer en septembre : "révision générale, comme pour les vieilles voitures", a dit mon toubib.

                   J'ai peu souffert de la chaleur, qui n'a pas dépassé 27° dans ma chambre, où j'ai pu dormir sans difficulté. Au cours de mes vadrouilles diverse, j'ai pu constater - était-ce l'effet de la chaleur ? - le peu de chants d'oiseaux lors de mes promenades pédestres, seul et en compagnie. Est-ce à mettre sur le compte de l'excès de pesticides et autres produits tueurs d'insectes ? J'étais pourtant souvent dans la campagne, forêt de pins pour les Landes, contreforts des Cévennes pour l'Hérault, campagnes de la Vienne et de la Charente.

                    Mais quand j'étais seul ici chez moi, je me suis engouffré au cinéma voir le programme d'été. J'ai ainsi vu, parmi d'autres films, Amélie et la métaphysique des tubes, joli film d'animation d'après un roman d'Amélie Nothomb ; le film féministe turc Confidente, qui m' a impressionné ; le magnifique film iranien Sept jours, sur une dissidente qui préfère retourner en prions que fuir à l'étranger ; plusieurs films palestiniens, documentaires et de fiction, car j'ai toujours la Palestine au cœur ; un étrange film népalais, Pooja, sir, sur la difficulté d'être femme-flic dans ce pays... Et bien d'autres films, tous plus intéressants les uns que les autres, venant de tous pays et continents. Car à défaut d'y voyager, voir des films fait connaître la diversité des cultures, des façons de vivre, des spiritualités, nous montre bien qu'il n'y a pas d'étrangers sur notre terre, selon le mot d'ordre de la Cimade, qui s'occupe en France, avec d'autres associations, des migrants.

                    Et, dans la solitude qui me restait, j'ai beaucoup lu, d'autant plus que je me sais menacé de DMLA et, à terme, de ne plus pouvoir lire, ce qui sera une catastrophe pour moi. Quels titres et auteurs ont été les plus marquants cet été ? On n'est jamais seul quand on lit ; les auteurs, vivants ou morts, sont nos amis indéfectibles.

    * Stefan Zweig : Est-ce lui ?, deux nouvelles, l'une très courte et optimiste, que je lirai en EHPAD et la deuxième assez longue et cruelle. Mais toutes deux excellentes, comme tous les récits de l'Autrchien.

    * Ahmet Altan : Les dés, un roman turc assez cruel aussi..

    * Martin Suter : Melody, un roman d'amour manqué (l'amour, pas le roman). Un romancier suisse de langue allemande que j'apprécie beaucoup.

    * Erri De Luca : Le contraire de un, une suite de courts récits philosophiques. Un de mes auteurs contemporains préférés.

    * Gaza, y a-t-il une vie avant la mort ? : anthologie saisissante de poètes palestiniens, dont certains tué(e)s sous les bombardements récents. Écrire est aussi une forme de résistance.

    * Victor Hugo : Ce que c'est que l'exil, magistrale réflexion d'un exilé volontaire qui a refusé toute compromission avec le tyran.

    * Vincent Hein : Kwaï, essai troublant sur la mémoire, les voyages, la littérature, la guerre et la cruauté de l'homme, à partir du film de David Lean, Le pont de la rivière Kwaï, que son père a fait voir à l'enfant Vincent, du roman de Pierre Boulle, qu'il a lu ensuite, et d'un voyage sur le site. Inclassable, mais prenant.

                    Et bien sûr, je n'oublie pas aussi que j'aurai fait beaucoup de vélo cet été, en dépit de la chaleur. Et au cours de mas vagabondages, envoyé quelques cartes postales !


mardi 12 août 2025

12 août 2025 : vive l'été !

 

le bonheur que j’avais vécu sur la route, félicité acquise au fil des rencontres mais aussi au cours de moments passés seul.

(Julien Leblay, Le tao du vélo, petites méditations cyclopédiques, Transboréal, 2016) 

 

 

                L'été est une saison assez bien aimée de la population : des enfants parce qu'il n'y a pas école, des adultes parce que c'est le moment des vacances, des citadins et des cyclistes parce qu'ils voient les villes délestées des voitures si encombrantes et si bruyantes pendant le reste de l'année, des vieux comme moi parce que dans l'ensemble, on est plus tranquille, les trublions préférant la foule et la fête... Mais certains détestent l'été : les habitants des communes touchées par l'excès de tourisme, et tous ceux qui ne supportent pas la chaleur.

                    En tout cas, je supporte bien la chaleur (je me déplace principalement à vélo, et comme je le répète sans cesse, quand il fait très chaud, on souffre moins à vélo qu'à pied, ce que je constate à chaque sortie en ce moment, puisque je marche aussi à pied), je suis ravi qu'il reste moins de voitures à Bordeaux, et je ne change pas mon mode de vie : je me lève plus tôt qu'en hiver, suivant ainsi le soleil, et je fais ma petite balade à vélo d'une durée d'une heure à une heure trente à la fraîche, partant au plus tard à 8 heures du matin. Je redeviens un enfant (ai-je seulement cessé de l'être ?) levé tôt quand on allait à la pêche dans l'Adour avec mon père qui nous réveillait à l'aube.     

                    Et puis, de toutes les saisons, c'est l'été qui me comble le plus. Il ne m'empêche pas de voir un peu de famille et d'amis, de voyager un peu, de rêver, de lire, d'aller au cinéma, de me dévêtir parfois pour une baignade, de me promener dans les bois, d'admirer les fleurs et de n'avoir pas... froid ! Eh oui, j'aime moins le froid  hivernal et les pluies trop nombreuses des saisons intermédiaires. Ciomme je disais à mes parents après avoir obtenu me licence : "Je ne travaillerai jamais à Bordeaux, il pleut tout le temps". Le nombre de parapluies que j'ai dû acheter, les perdant assez rapidement sur un banc de la fac ou une chaise de bibliothèque, quand ce n'était pas au cinéma.      

                        Alors, on peut critiquer le climat actuel, le réchauffement climatique, les canicules à répétition,  je continue à préférer l'été à l'hiver, non seulement plus froid, mais me privant de lumière, cette lumière qui, à mon âge, m'est très nécessaire.